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CHAPITRE II

§ I. — Anatomie et physiologie.

Le pavillon de l’oreille est situé sur les parties latérale et inférieure du crâne, au devant de l’apophyse mastoïde, en arrière de l’articulation temporo-maxillaire. De forme ovalaire, aplati transversalement, il est libre en haut, en bas et en arrière. Il se continue, en avant et en dedans, avec les parties voisines, et se termine inférieurement par un petit prolongement rempli de graisse, le lobule. Sa forme, ses dimensions et son angle d’insertion sont extrêmement variables. De ses deux faces, dont l’une est antéro-externe, l’autre postéro-interne, la première seule offre un certain intérêt: on y découvre une série de saillies et de dépressions auxquelles on a donné des noms spéciaux (fig. 26). La première saillie qu’on rencontre d’arrière en avant porte le nom d’hélix ; elle prend naissance dans une cavité, la conque, se dirige d’abord d’arrière en avant, puis de bas en haut et en arrière, et enfin de haut en bas pour se terminer au lobule. Parallèlement à l’hélix et au devant de lui, se trouve l’anthélix qui se bifurque en haut, et laisse entre ses deux branches une dépression triangulaire, la fosse naviculaire. En avant de

l’anthélix se voit une cavité profonde, la conque, divisée en deux compartiments par la racine de l’hélix. A la partie inférieure de l’anthélix existe une petite saillie triangulaire, l’antitragus ; en face d’elle, en avant et à l’entrée du conduit auditif externe, un petit carti-

Fig. 26. — Pavillon de l’oreille. — h, hélix que; l, lobule; f, fosse naviculaire a', antitragus; t, tragus.

lage quadrangulaire mobile, le tragus, couvre en partie le méat ; il paraît destiné à garantir le conduit auditif contre l’impression de l’air, et à faciliter la concentration vers le tympan des ondes sonores qui viennent frapper le pavillon.

Le pavillon de l’oreille formé par un cartilage élastique et fragile, analogue aux cartilages du nez, est

64 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, recouvert par une peau fine, très adhérente à la partie antérieure, plus lâche à la face postérieure ; il renferme du tissu cellulaire et graisseux.

Dans la conque, on trouve des glandes sébacées qui prennent quelquefois un développement assez considérable et se couvrent d’un point noir (comédones).

Les muscles du pavillon sont au nombre de huit, dont cinq intrinsèques et trois extrinsèques; leur action très limitée chez l’homme, se développe pourtant chez certains sujets d’une façon remarquable.

Les artères du pavillon viennent de la temporale superficielle et de l’auriculaire postérieure (carotide externe).

Les veines, parallèles aux artères, se jettent : les antérieures dans la veine jugulaire externe; les postérieures, plus nombreuses, après s’être réunies au tronc veineux qui traverse la portion mastoïdienne du temporal, dans le sinus latéral.

Les vaisseaux lymphatiques sont nombreux et serrés; les antérieurs se jettent dans le ganglion situé au devant du tragus, les postérieurs dans les ganglions sous-occipitaux.

Les nerfs viennent de trois sources : le nerf auriculotemporal, branche du maxillaire inférieur (cinquième paire), se rend à la partie antérieure de l’auricule; le plexus cervical fournit une branche à la partie inférieure ; le nerf sous-occipital innerve la partie postérieure.

Le pavillon de l’oreille a pour fonction de réfléchir les ondes sonores vers l’orifice externe du conduit auditif; il transmet ses propres vibrations aux os du

crâne par l’intermédiaire du conduit cartilagineux et sert en même temps de résonnateur ; c’est un auxiliaire important de la membrane du tympan.

On a soutenu dans ces derniers temps qu’il avait pour fonction de reconnaître la direction des sons, de les isoler et de les transmettre ainsi isolés au labyrinthe.

J’ai eu occasion de faire quelques expériences sur un malade qui avait eu une oreille coupée. Je n’ai pas remarqué qu’il y eût une différence même légère entre la faculté d’orientation des deux oreilles.

§ II. — Anomalies et vices tle conformation du pavillon.

Cassebohm a observé un sujet qui avait quatre pavillons, dont deux occupaient leur siège ordinaire ; les deux autres étaient placés un peu plus bas, au-dessous de l’apophyse mastoïde. Rossi (Maladies de Voreille) mentionne également un cas de pavillon surnuméraire. Ces anomalies sont rares. Il en est de même des cas d’absence totale du pavillon dont Oberteufer, Meckel et Samuel Cooper rapportent quelques exemples. Mais on observe assez fréquemment une diminution ou une augmentation de volume de l’auricule ; l’absence d’une partie ou de la totalité du cartilage ; l’absence du lobule ; des adhérences entre le tragus et la conque, le tragus et l’hélix, le tragus et le lobule.

L’augmentation de volume peut porter sur l’ensemble de l’organe ou sur le lobule seulement. Quelquefois le tragus et l’antitragus présentent seuls un développe-

ment anormal et se rapprochent au point d’obstruer le méat.

Les fistules résultant d’un trouble dans l’occlusion de la première branchie sont rares. Betz ( Schmidt's Jahrbücher, 1864) en a vu un cas.

Les malformations du pavillon sont souvent accompagnées d’anomalies des parties profondes de l’oreille. Thompson [Edimbourg journal of medic. science, 1837) a constaté à côté d’un vice de conformation du pavillon une oblitération du méat auditif avec absence du conduit auditif externe ; la caisse du tympan était semblable à celle des oiseaux, et les osselets réunis entre eux avaient la forme d’une columelle. Le labyrinthe était normal.

Ladreit de la Gharrière (Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales) rapporte l’histoire d’un sourdmuet dont le pavillon gauche était rudimentaire et qui présentait en même temps une division longitudinale du voile du palais et de la voûte palatine. Le conduit auditif était normal.

Le chirurgien n’a pas souvent à intervenir dans le traitement des malformations du pavillon. Lorsque cet appendice présente un volume excessif, au point de se renverser comme chez certains animaux, on peut en supprimer une partie au moyen d’une incision triangulaire et réunir les bords de la plaie avec des points de suture. On raccourcira le lobule s’il présente une longueur démesurée ; on détruira les adhérences s’il en existe. Lorsque le tragus et l’antitragus se rapprochent suffisamment pour obstruer le conduit auditif et entraver l’audition, il faut en exciser une partie et empêcher

la soudure cicatricielle, en maintenant un tube en caoutchouc dans le conduit auditif jusqu a guérison.

§ III. — Lésions traumatiques du pavillon.

A. — Contusions.

Les contusions du pavillon de l’oreille sont assez fréquentes; elles donnent lieu à des ecchymoses légères ou à des épanchements sanguins plus ou moins considérables, quelquefois même à la rupture du cartilage.

Aucun traitement spécial n’est indiqué. Il suffit le plus ordinairement d’appliquer des compresses résolutives sur les parties lésées, après avoir obturé avec soin le conduit auditif avec de la ouate.

B. — Plaies par instruments piquants.

Les plaies accidentelles par instruments piquants sont rares et n’offrent en général aucune gravité ; mais celles qu’on a coutume de pratiquer aux lobules pour y accrocher des boucles d’oreille peuvent donner lieu, chez des sujets lymphatiques, scrofuleux ou herpétiques, a des accidents assez sérieux. Elles deviennent fréquemment le point de départ d’un eczéma ou d’un érysipèle, qui du lobule s’étend aux régions voisines. Lorsque les pendants d’oreille sont lourds et leur crochet tranchant, ils peuvent diviser le lobule, nécessiter un avivement et l’application de points de suture. On a vu plusieurs fois des fibromes se développer au pourtour même de la piqûre.

G. — Plaies par instrument tranchants.

Les plaies par instruments tranchants ne sont pas rares ; il faut toujours tenter de les réunir par première intention pour éviter une difformité, et ne pas craindre d’appliquer, s’il y a lieu, des points de suture aux carti- * lages.

§ IY. — Inflammations du pavillon.

A. — Érythème.

Genèse et étiologie. —L’érythème du pavillon de l’oreille s’observe fréquemment chez les enfants lymphatiques ou scrofuleux, et spécialement chez les jeunes filles jusqu’à l’époque de la puberté ; mais il n’est pas rare de le rencontrer chez les adultes, et même chez des personnes plus avancées en âge.

Cette affection se développe tantôt spontanément et sans cause connue, tantôt sous l’influence d’un traumatisme ou du froid humide. Elle est plus fréquente en hiver et en automne qu’en été et au printemps. Liée presque toujours à un état diathésique, elle se transmet souvent par voie d’hérédité. Elle se limite à une partie du pavillon ou l’envahit en totalité. L’hélix et le lobule en sont le siège le plus ordinaire ; rarement on la rencontre à l’anthélix et au tragus. L’érythème est aigu ou chronique. La forme chronique, qui parfois s’établit d’emblée, présente des périodes d’augment et de rémission suivant les saisons.

Symptômes. — Dans les cas légers, une rougeur plus ou moins prononcée et un gonflement modéré de l’oreille sont les symptômes principaux de cette maladie. La douleur est exceptionnelle, mais il existe fréquemment un prurit très vif, qui s’exaspère parla chaleur et porte le malade à se gratter jusqu’au sang.

Tous les cas ne présentent pas ce caractère de bénignité. L’oreille devient quelquefois luisante, rouge foncé, et se tuméfie considérablement ; les plis et les rainures s’effacent ; il s’y développe des vésicules et même des phlyctènes qui, en s’ouvrant, laissent échapper une sérosité brune ou noirâtre. L^e derme mis à nu s’ulcère et fournit une sécrétion purulente plus ou moins fétide. Cette sécrétion, en se desséchant, forme des croûtes jaune brunâtre. Le travail inflammatoire peut s’étendre jusqu’au conduit auditif, et produire un certain degré de surdité, des bourdonnements, des démangeaisons intolérables, et quelquefois des douleurs assez vives.

Diagnostic. — Dans la forme légère, l’érythéme ne pourrait être confondu qu’avec l’érysipèle ; mais l’érysipèle, au début, se distingue par une rougeur et une chaleur plus vives, par une tuméfaction plus intense ; il est accompagné quelquefois de frissons et de fièvre, et se termine par la desquamation et une pigmentation passagère. Lorsqu’il existe des ulcérations ou des croûtes, le diagnostic présente parfois certaines difficultés. A-t-on affaire à un érythème aggravé par la malpropreté, par un traitement inopportun, par les irritations mécaniques que provoquent les démangeaisons, ou bien s’agit-il d’un echtyma cachectique, ou de lésions

70 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, causées par la syphilis? Il faut se rappeler que l’ecthyma cachectique ne se rencontre guère que chez les vieillards, tandis que l’érythème de l’oreille s’observe plus fréquemment dans le jeune âge et chez les sujets strumeux. Les affections syphilitiques du pavillon sont très rares; elles sont accompagnées de manifestations spécifiques du côté de la gorge et du cuir chevelu, avec engorgement des ganglions cervicaux.

Pronostic. — L’érythème simple de l’oreille ne présente aucune gravité, mais il est toujours fort désagréable lorsqu’il revêt un caractère chronique. La forme phlycténoïde et ulcéreuse peut amener une déformation du pavillon. L’audition n’est diminuée que si Le processus morbide se propage au conduit auditif et à la membrane du tympan.

Traitement. — Le traitement sera général et local. Les sujets atteints d’érythème étant plus ou moins scrofuleux, on leur prescrira de l’huile de foie de morue, (une à deux cuillerées à soupe par jour), de l’iodure de fer sous forme de pilules ou de sirop, l’élixir antiscrofuleux de Peyrilhe, des tisanes amères (houblon, gentiane), des bains de Barèges, une alimentation substantielle, un peu de vin pur, l’exercice au grand air et au soleil. Chez les jeunes filles, à l’époque de la puberté, il y a indication à favoriser l’établissement des règles, car on voit souvent la maladie disparaître au moment où se montre le flux cataménial.

Daus les cas légers, on se contentera, comme traitement local, de faire quelques lotions sur le pavillon avec de l’alcool camphré, ou de le couvrir de compresses imbibées d’eau blanche. Mais lorsqu’il existe

une tuméfaction considérable et des douleurs vives, quelques mouchetures pratiquées sur les parties les plus gonflées, une application de deux ou trois sangsues derrière le pavillorf, aux points d’émergence des troncs veineux communs aux veines auriculaires produiront rapidement une détente ; les cataplasmes émollients diminueront la tuméfaction et feront tomber les croûtes, s’il en existe. Les ulcérations seront pansées deux fois par jour avec du chlorate de potasse (2 à 4 grammes pour 100), avec de la teinture d’iode pure ou additionnée d’eau, ou avec de la poudre d’iodoforme camphrée.

B. — Érysipèle.

Genèse et étiologie. — L’érysipèle peut se développer primitivement sur le pavillon de l’oreille, et s’étendre de là aux parties voisines, ou succéder à une inflammation, soit de la face, soit du cuir chevelu. Il est le résultat d’une cause externe, ou est symptomatique d’un état général. On l’observe à la suite d’une lésion traumatique, de l’application d’une substance irritante ou d’un refroidissement; dans le cours des otorrhées compliquées de carie du rocher, consécutivement à une hémorrhagie abondante chez les sujets cachectiques, et, d’après quelques auteurs, chez les aliénés.

Symptômes et diagnostic. — L’érysipèle est souvent précédé de frissons, et accompagné de fièvre et d’embarras gastrique. Il donne lieu à un gonflement assez marqué, surtout de la face interne et des bords de l’auricule, où le tissu cellulaire est très lâche, et produit une déformation caractéristique; la peau est rouge et lui-

72 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, santé, le malade se plaint d’élancements douloureux et, lorsque la rougeur et le gonflement se propagent aux parties profondes de l’oreille, de surdité et de bourdonnements.

L’érysipèle est le plus souvent accompagné de phénomènes généraux qu’on n’observe pas dans l’érythème, seule maladie avec laquelle on pourrait le confondre.

Pronostic. — Cette inflammation se termine presque toujours par résolution, elle devient rarement phlegmoneuse. Lorsqu’un phlegmon se développe et n’est pas ouvert à temps, il peut occasionner la nécrose du cartilage (Boyer, Maladies chirurgicales, t. Y, p. 61).

Traitement. — L’érysipèle de cause locale se traite par une application de compresses imbibées d’eau blanche alcoolisée ; si l’inflammation est entretenue par la présence d’un séquestre dans le voisinage de l’oreille, on emploiera des cataplasmes émollients pour faciliter la sortie de l’os mortifié. On se contentera de recouvrir le pavillon de poudre d’amidon ou de compresses d’eau de sureau dans l’érysipèle a frigore, et l’on donnera un vomitif au besoin.

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