CHAPITRE
§ I. — Anatomie et physiologie.
Le conduit auditif externe fait suite à la conque du pavillon de l’oreille ; c’est un canal flexueux ouvert en dehors, fermé en dedans parla membrane du tympan. Sa direction générale est de dehors en dedans, mais il présente des flexuosités légères qui le portent d’abord un peu en avant, puis en arrière et un peu en haut, et enfin en avant et en bas. Large à son entrée, il se rétrécit vers sa partie moyenne, pour s’élargir de nouveau au fur et à mesure qu’il se rapproche de la membrane du tympan. Sa longueur, chez l’adulte, varie entre 2°“,1/2 et 3 centimètres. Il est composé de dehors en dedans d’une partie cartilagineuse et d’une partie osseuse ; la dernière, qui occupe les deux tiers internes du canal, forme avec la première un angle obtus ouvert en avant et en bas, angle plus ou moins prononcé suivantles sujets. Cette disposition a probablement pour but de protéger le tympan contre les influences nocives du dehors, air froid, vibrations sonores exagérées, corps étrangers.
La partie externe du conduit auditif, à coupe elliptique, présente un diamètre vertical dont la longueur
84 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, atteint presque deux fois celle du diamètre horizontal Plus large chez l’homme que chez la femme, elle est étroite, souple, extensible chez l’enfant. Dans sa partie médiane, le canal se rapproche de la forme cylindrique.
A son extrémité il offre de nouveau, mais cette fois aux dépens de son diamètre vertical, un deuxième aplatissement beaucoup moins accentué cependant que celui de la région cartilagineuse.
Les portions cartilagineuse et osseuse sont unies entre elles par un tissu membraneux. La portion externe n’est pas exclusivement formée de tissu cartilagineux ; ses parois postérieure et supérieure adossées à l’apophyse mastoïde sont membraneuses, et le cartilage lui-même présente des intersections membraneuses (incisures de Santorini), comme on en voit à la trachée. L’absence de cartilage à la paroi postérieure est importante à noter au point de vue clinique, elle explique pourquoi les inflammations se propagent si facilement du conduit auditif à l’apophyse mastoïde. Les incisures de Santorini, qui sont comblées par les deux feuillets du périchondre, favorisent la propagation du pus vers la région parotidienne.
A mesure qu’on avance en âge, les parties membraneuses du conduit auditif se relâchent ; on voit souvent les parois antérieure et postérieure de la portion cartilagineuse se rapprocher au point de ne laisser entre elles qu’une toute petite ouverture en forme de fente, et quelquefois même d’obturer complètement la lumière du canal.
Cette déformation, qui peut devenir une cause de surdité chez les vieillards, favorise aussi l’accumulation du cérumen.
Les parois du conduit auditif n’ont pas toutes la même longueur, la membrane du tympan qui ferme son extrémité interne étant oblique de haut en bas, de dehors en dedans et un peu d’arrière en avant. La paroi antéro-inférieure est beaucoup plus longue que la paroi postéro-supérieure ; elle présente une convexité qui cache souvent à la vue toute la partie antéroinférieure de la membrane.
Au moment de la naissance, le conduit osseux n’existe pas. On ne trouve que l’anneau tympanique dont le plan, horizontal d’abord, se redresse à mesure que l’enfant se développe.
La paroi supérieure du conduit auditif est en rapport avec la'iossè cérébrale moyenne ; elle n’en est séparée que par une lamelle osseuse très mince souvent criblée de trous, à travers lesquels les inflammations de l’oreille externe se propagent parfois au cerveau.
La paroi antérieure est en rapport avec l’articulation temporo-maxillaire. Elle est exposée à être fracturée par une chute sur le menton.
La paroi inférieure touche à la parotide, dont les abcès peuvent pénétrer dans le conduit, comme aussi ceux du conduit gagnent quelquefois la glande.
La paroi postérieure, où le cartilage fait défaut, est en contact direct avec l’apophyse mastoïde (fig. 27).
La peau qui tapisse le conduit auditif, prolongement de celle du pavillon, est épaisse dans la portion cartilagineuse ; elle s’amincit dans la portion osseuse, à mesure qu’elle se rapproche de la membrane du tympan où elle ressemble à une séreuse.
La portion cartilagineuse renferme des glandes sé-
Fig. 27. — Vue générale du sens de l’ouïe d’après Sappey. - 1, pavillon de l’oreille ; 2, cavité de la conque ; 3, conduit auditif externe ; 4, saillie anguleuse formée par l’union de la partie antérieure de la conque avec la paroi postérieure du conduit auditif; h, embouchure des glandes cérumineuses dont les internes décrivent une ligne courbe qui répond a l’origine de la portion osseuse du conduit auditif externe; 6, membrane du tympan et anneau fibreux élastique qui constitue sa circonférence ; 7, partie antérieure de l’enclume ; 8 , marteau; 9, manche du marteau adhérent à la face interne delà membrane du tympan qu’il entraîne vers la saillie du promontoire ; 10, muscle interne du marteau dont le tendon se réfléchit à angle droit pour venir s’attacher à la partie supérieure du manche de cet osselet; 11, cavité du tympan. 12, trompe d’Eustache, dont l’extrémité gutturale a été séparée par une section perpendiculaire à son trajet; 13, canal demicirculaire supérieur ; 14, canal demi-circulaire postérieur. 15, canal demi-circulaire externe ; 16, limaçon ; 17, conduit auditif interne ; 18, nerf facial ; 19, grand nerf pétreux super' ficiel; 20, branche vestibulaire du nerf acoustique; 21, branche cochléenne de ce nerf.
MALADIES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE. 87 glandes cérumineuses s’étendent quelquefois sur la paroi postéro-supérieure de la portion osseuse; elles sécrètent une matière jaunâtre, amère, destinée, dit-on, à cause de son amertume, à empêcher la pénétration des insectes ; elle a en outre, avec les poils qui siègent à l’entrée du méat, pour fonction de protéger le tympan contre l’air froid.
Au-dessous de la couche glanduleuse se trouve le périoste intimement uni à la peau, dont il est impossible de le séparer dans la portion osseuse. Il se continue avec le périchondre dans la portion cartilagineuse. Les abcès de cette dernière région, qui ont leur point de départ dans la couche glanduleuse, font une saillie limitée dans le conduit auditif. Ceux qui succèdent à une ostéo-périostite fusent fréquemment, en décollant le périoste, vers les régions voisines, notamment vers l’apophyse mastoïde.
Les artères du conduit auditif externe viennent de la carotidepar l’intermédiaire de l’auriculaire postérieure, qui fournit à sa paroi supérieure, et des branches parotidiennes, qui fournissent aux parois inférieure et latérale.
Les veines se rendent dans la jugulaire externe et dans la temporale.
Les vaisseaux lymphatiques n’existent que sur la moitié externe du conduit.
Les nerfs proviennent de trois sources : 1° de la branche auriculaire du plexus cervical, qui fournit quelques filets ; 2° du nerf auriculo-temporal (maxillaire inférieur) qui en fournit de plus considérables ; 3° du rameau auriculaire du pneumo-gastrique, qui, après avoir traversé l’aqueduc de Fallope et l’apophyse mastoïde, vient
88 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, se perdre dans la peau qui tapisse la face supérieure de la portion osseuse. Les rapports nerveux du conduit auditif avec le pneumo-gastrique expliquent les troubles sympathiques, tels que toux, raucité de la voix, etc., qui accompagnent les inflammations et même le simple attouchement du canal.
Le conduit auditif concentre les ondes sonores sur la membrane du tympan ; sa profondeur, sa largeur et sa forme n’ont aucune influence spéciale sur l’audition.
§ IL — Anomalies et Tices de conformation du conduit auditif.
Le conduit auditif peut être oblitéré, rétréci, ou élargi.
A. — Oblitération.
L’oblitération est congénitale ou acquise. L’oblitération congénitale est tantôt produite par un prolongement de la peau de la joue qui vient couvrir le méat, tantôt par un voile membraneux situé plus profondément. Cette anomalie, unilatérale ou bilatérale, coïncide le plus souvent avec une malformation du pavillon, et occasionne une surdité qui est guérissable par une opération, toutes les fois que le nerf acoustique et la caisse du tympan se trouvent dans leur état normal- Lorsque la membrane obturatrice se trouve à l’entrée du méat, il faut la fendre en croix avec un bistouri à lame étroite, exciser les lambeaux et introduire dans l’oreille une mèche de charpie ou un tube en caoutchouc : on se servira d’un caustique ou du galvano-
MALADIES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE. 8$ cautère pour 1a. détruire lorsqu’elle se trouvera rapprochée de la membrane du tympan.
L’oblitération accidentelle ou acquise est produite par une tumeur polypeuse, par une exostose, par le rapprochement ou la soudure des parois opposées de la portion cartilagineuse à la suite d’ulcération, de brûlure ou d’inflammation.
Pour rétablir l’ouïe, si la perception crânienne est conservée et l’oreille moyenne intacte, il suffira d’enlever les tumeurs, de détruire les brides ou les adhérences et de maintenir les parois du conduit écartées au moyen d’un morceau d’éponge préparée.
B. — Rétrécissement.
Le conduit auditif peut être rétréci dans sa totalitéou dans une partie seulement de son étendue. Le rétrécissement est congénital ou acquis.
Les rétrécissements qui occupent la portion cartilagineuse se présentent généralement sous forme de fente ; ceux de la portion osseuse sont plus ou moins circulaires ; dans les deux portions du conduit on en rencontre quelquefois de triangulaires.
Le rétrécissement congénital, si prononcé qu’il soit, n’entrave pas l’audition ; quand il y a surdité, elle est généralement imputable à la rétention du cérumen.
Lorsque la diminution de calibre est due à la présence d’une exostose volumineuse, ou d’un gonflement inflammatoire, l’audition est fréquemment diminuée.
On combattra le rétrécissement et les causes qui
90 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, l’ont provoqué, pour prévenir une oblitération complète et améliorer l’ouïe. L’emploi de petits cylindres en laminaria m’a souvent permis d’obtenir un notable élargissement du conduit auditif rétréci par des exostoses. Les rétrécissements inflammatoires cèdent en général à l’usage de pommades résolutives et de la compression au moyen d’éponges préparées.
G. — Dilatation.
Chez certains sujets, le conduit auditif externe est presque rectiligne et assez large pour laisser voir tout le fond de l’oreille sans spéculum et sans déplacement du pavillon. Cette disposition favorise le développement des inflammations des parois et de la membrane du tympan. Elle contribue, d’après Tillaux, à la production de l’otite sèche, ce qui n’est point prouvé. Les personnes atteintes de cette anomalie feront bien, à titre préventif, de placer un peu d’ouate à l’entrée du méat.
L’élargissement accidentel du conduit auditif est produit par la présence d’une tumeur ou par l’accumulation du cérumen : aucun traitement ne saurait le faire disparaître.
§ III. Lésions traumatiques «lu conduit auditif
Étiologie. — Les lésions traumatiques du conduit auditif ordinairement localisées aux parties molles s’étendent parfois jusqu’à l’os. Celles de la peau proviennent le plus souvent de tentatives d’extraction d’un
MALADIES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE. 91 corps étranger. Les lésions osseuses sont occasionnées tantôt par le projectile d’une arme a feu, tantôt par une chute sur le menton (Morvan, Voltolini, Sonrier) : dans ce dernier cas il n’est pas rare de voir l’accident accompagné d’une commotion cérébrale.
Symptômes. — La fracture qui succède à une chute sur le menton provoque une douleur limitée à la paroi antérieure du conduit auditif, en avant du tragus, quelquefois une déchirure de la peau suivie d’hémorrhagie et d’une tuméfaction plus ou moins notable (Sonrier). La douleur s’exaspère sous l’influence de la pression et des mouvements de la mâchoire.
Les fractures par armes à feu donnent généralement lieu à une inflammation vive du conduit auditif, à une véritable otite externe. Il en est de même des lésions qui succèdent à des manœuvres d’extraction d’un corps étranger.
Traitement. —Lorsqu’il y a fracture, il faut immobiliser, autant que possible, la mâchoire inférieure pour éviter les douleurs. Le traitement sera celui de l’otite externe si le traumatisme est suivi d’une inflammation du conduit auditif.
§ IV. — Corps étrangers du conduit auditif.
Les corps étrangers qu’on rencontre dans le conduit auditif externe se forment sur place (épanchements sanguins, cérumen, masses épidermiques, exsudats divers), ou viennent du dehors.
Les corps étrangers qui viennent de l’extérieur sont vivants ou inanimés. Comme corps vivants on a observé
92 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, des vers, des perce-oreilles, des pucerons, etc. Gomme corps inanimés appartenant au règne végétal, des pois des haricots, des noyaux de cerises, des aspergillus des graines de toute espèce, de la paille, du coton, du bois. Comme corps inanimés appartenant au règne minéral, des cailloux, des grains de plomb, des perles de verre, etc.
Symptômes. — Lorsqu’un corps vivant pénètre dans le conduit auditif externe,’il peut donner lieu à des accidents inflammatoires. Il en est de même des corps inanimés qui auraient une action chimique sur les tissus.' Mais un corps inerte, peut séjourner pendant de longues années dans le conduit sans produire d’autre accident qu’une dysécée et des bourdonnements. Un de mes clients a conservé pendant dix ans un grain de plomb dans l’oreille droite sans avoir présenté aucun symptôme inquiétant : Michel ( Allgem. Wiener med. Zeitung , VIL 31, 1862) a trouvé un morceau de graphite qui avait séjourné dans l’oreille pendant onze ans, et qui n’avait produit qu’une sensation de pesanteur et un peu de démangeaison. Durant quarante ans un malade de Rein (Pr. ver. Zeit. NFV, 25,1862) a gardé dans l’oreille une dent cariée sans en éprouver le moindre accident. Cependant on a vu survenir, sous l’influence de la pression exercée par un corps étranger sur la membrane du tympan, et en l’absence de tout symptôme inflammatoire, des vertiges, de le céphalalgie, des vomissements, et d’autres phénomènes d’origine réflexe, tels que salivation, toux, épilepsie (Fabrice de Hilden, Wilde).
Dans mon Traité de l’exploration de l'oreille (p. 28-
MALADIES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE. 93 Paris, 1872) j’ai rapporté l’observation d’un jeune conscrit mort d’une méningite dans le service de M. le baron Hippolyte Larrey, après avoir poussé un caillou au fond de l’oreille pour échapper au service militaire. Cette complication est, de l’avis de tous les auteurs, extrêmement rare ; et lorsqu’elle se produit, on peut toujours se demander si des manœuvres d’extraction n’en ont pas été la cause.
Diagnostic. Pronostic .—Pour reconnaître la présence d’un corps étranger dans l’oreille, il suffit d’explorer avec soin le conduit auditif. Cet examen devra se faire d’abord sans le secours du spéculum. On évitera ainsi de déplacer le corps étranger, s’il se trouve à l’entrée du méat. Pour le même motif, on introduira l’instrument doucement et progressivement si l’on est obligé d’y avoir recours. On se sert d’un stylet boutonné pour déterminer la consistance et le degré de mobilité de l’objet engagé, lorsque les renseignements fournis par le malade laissent des doutes sur sa nature, ou si l’inspection oculaire ne permet pas de se rendre un compte exact de ses rapports avec les différentes parois du conduit auditif.
J’ai déjà dit plus haut que la présence d’un corps étranger dans le conduit auditif n’est pas dangereuse. Mais il n’en est plus de même lorsqu’il est poussé dans la caisse ; il peut alors provoquer des accidents graves, et donner lieu à une méningite mortelle.
Traitement. — Les corps étrangers qui ont une certaine consistance et un petit volume tombent souvent spontanément au dehors, lorsqu’ils sont placés au tiers externe du conduit auditif, si le malade se couche hori-
zontalcment sur l’oreille. Le chirurgien les retire facilement avec une pince à mors coudée, qui peut être utilisée aussi pour extraire les bouchons d’ouate, même s’ils sont logés plus profondément. Mais, dans un grand nombre de cas, les malades ne viennent consulter le praticien que quand le corps étranger a été poussé au fond du conduit auditif à la suite de tentatives d’extraction faites par des mains inexpérimentées. Souvent le canal est enflammé et tuméfié au point que toute exploration est impossible. Il faut alors ajourner les recherches jusqu’à la disparition complète des phénomènes inflammatoires.
Le moyen le plus efficace et le plus inoffensif pour ramener le corps étranger consiste dans l’emploi d’injections d’eau tiède, qui doivent être faites à l’aide d’une seringue métallique de moyenne grandeur (fig. 28), susceptible d’être mise en mouve-
ng. ze. — oerm- . ,
gue auriculaire ment par une seule main, 1 autre ae-
1/3 grandeur na- va nt re ster libre pour soulever le paturelle. . 1
Villon.
Le jet liquide assez fort sans être violent sera dirigé vers la paroi qui aura le moins de contact avec le corps étranger, afin que l’eau passant derrière lui puisse le repousser vers le méat.
Au cours de l’opération, il est utile d’examiner de temps à autre le conduit auditif, afin de voir si l’objet
maladies du CONDUIT AUDITIF EXTERNE. 9o s'est déplacé, et s’il en résulte la nécessité de modifier la direction du jet.
Les corps susceptibles d’être gonflés par l’eau ne se déplaçant pas facilement sous l’influence desinjections, Voltolini a eu l’idée de les diviser préalablement au moyen du galvano-cautère.
On réussit quelquefois à enlever un corps étranger en l'embrassant dans l’anse formée par un crin plié en deux, sur lequel on opère une traction après en avoir fortement tordu les deux extrémités l’une sur l’autre.
Yelpeau s’est servi avec succès d’un moyen qui a été employé depuis par Engel, Lowenberg, Walter, Blacke, etc. et qui peut être tenté lorsque les injections restent sans effet : il consiste à appliquer sur le corps étranger un pinceau de charpie trempé dans de la colle forte fraîchement préparée, et à l’attirer avec le pinceau aussitôt que la colle est suffisamment séchée.
Les corps étrangers qui se logent dans la caisse sont généralement difficiles à extraire. Il est souvent nécessaire pour les atteindre de pratiquer une opération sanglante. Gruber a proposé d’ouvrir l’apophyse mastoïde et de détruire au besoin la paroi postérieure du conduit auditif osseux. Mais on peut arriver au même résultat avec une opération beaucoup moins dangereuse, car il suffit le plus souvent de détacher la portion cartilagineuse de la portion osseuse par une incision courbe postéro-supérieure rasant la face externe de l’apo- Physe, et de renverser le pavillon en bas et en avant, pour voir nettement le corps étranger et le saisir avec u ne pince.
§ Y. — Concrétions cérumineiiscs.
Le conduit auditif renferme, à l’état normal, u ne quantité plus ou moins grande de cérumen, dont la couleur et la consistance sont variables suivant les individus. Ce produit de sécrétion est tantôt demi-solide et brun foncé, tantôt presque fluide et brun jaunâtre, tantôt sec, dur, cassant et blanc jaunâtre.
Genèse et étiologie. — Lorsque par suite, d’une maladie des glandes qui le fournissent, le cérumen est sécrété en trop grande abondance, ou lorsque la sécrétion normale s’accumule dans le conduit auditif, il en résulte une obstruction. Cette obstruction se produit lentement et reste incomplète jusqu’à ce qu’une cause accidentelle vienne gonfler ou déplacer la masse cérumineuse.
Le déplacement a lieu à la suite d’une chute ou de l’usage d’un cure-oreille. Le gonflement se produitaprès une forte transpiration, et, pendant la saison des bains, chez les individus qui ont l’habitude de plonger sans se boucher les oreilles.
Les deux oreilles sont généralement obstruées en même temps. Si un côté seul est atteint, le cérumen peut faire défaut dans l’oreille opposée ; le plus souvent cependant elle en renferme aussi une quantité assez considérable, quoique insuffisante pour amener l’obturation.
Certains individus sont spécialement prédisposés au développement des bouchons cérumineux, notamment ceux dont la sécrétion est très active et la peau très grasse.
maladies du conduit AUDITIF EXTERNE. 97
Le rétrécissement du conduit auditif par suite de l’affaissement de ses parois, ainsi que la présence de poils nombreux et raides à l’entrée du méat favorisent la rétention du cérumen chez les vieillards. Une courbure exagérée du canal, son rétrécissement congénital ou accidentel produisent le même résultat.
La sécrétion est souvent exagérée chez les malades atteints de catarrhe humide chronique de l’oreille moyenne, chez ceux qui sont sujets aux furoncles ou à l’eczéma du conduit auditif.
La composition des bouchons cérumineux est très complexe. Ils renferment, en même temps que du cérumen, des cellules épidermiques, des poils, de la matière sébacée, quelquefois de la cholestérine et des particules de corps étrangers venues du dehors.
Symptômes. — Aussi longtemps qu’un bouchon cérumineux ne remplit pas complètement le conduit auditif, il ne donne lieu à aucun symptôme inquiétant. L’ouïe plus ou moins diminuée se rétablit souvent sous l’influence d’une traction opérée sur le pavillon ou sur le tragus. Mais, lorsqu’il n’existe plus d’espace libre entre la concrétion et les parois du conduit auditif, on observe presque toujours une surdité prononcée, des bourdonnements violents, quelquefois des vertiges, des troubles d’équilibre et des vomissements. Ces derniers phénomènes, qui sont le résultat de la pression flue le cérumen exerce sur le liquide labyrinthique en appuyant sur la membrane du tympan, font croire parfois à l’existence d’une maladie grave de l’oreille interne.
diagnostic. — On peut soupçonner la présence d’un Lévi. 6
98 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, bouchon cérumineux chaque fois qu’une surdité et des bourdonnements sont survenus subitement sans douleur, à la suite d’une forte transpiration, d’un bain froid ou de quelque manœuvre pratiquée dans le conduit auditif, et lorsqu’une dysécée intermittente ou incomplète augmente ou diminue sous l’influence des mouvements qu’on imprime soit à la mâchoire inférieure. soit au pavillon de l’oreille. Mais l’exploration du conduit auditif permettra seule d’établir le diagnostic d’une façon certaine. Si on ne découvre ni manche du marteau, ni courte apophyse, ni triangle lumineux, et si, au lieu de la surface gris bleuâtre de la membrane du tympan, on voit au fond de l’oreille une surface brun noirâtre, brillante ou mate, ayant l’aspect de lapoix ou du bitume, ou bien encore une surface jaune ou blanc jaunâtre, on a affaire à une concrétion cérumineuse. En touchant cette surface avec un stylet boutonné, on aura la sensation d’un corps résistant quelquefois dur comme de la pierre, ou d’un corps mou dans lequel l’instrument s’enfonce sans causer une douleur bien vive au malade.
Pronostic . — Une concrétion cérumineuse peut séjourner pendant des années dans l’oreille sans y produire aucune lésion grave. L’usure des parois du conduit auditif et de la membrane du tympan, qui a été signalée quelquefois, est une complication tout à fait exceptionnelle. La surdité, les bourdonnements et les symptômes produits par la compression du liquide labyrinthique disparaissent généralement aussitôt après l’extraction du bouchon, mais il est prudent de ne faire entrevoir ce résultat au malade que sous toute
MALADIES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE. 99 réserve, et après s’être rendu compte de l’état de la perception crânienne.
Traitement. — Beaucoup de médecins se servent encore de pinces ou de curettes pour aller à la recherche d’un bouchon de cérumen. C’est là une pratique dangereuse, contre laquelle on ne saurait trop s’élever. J’ai vu survenir à la suite de pareilles tentatives les accidents les plus graves. Une bonne seringue métallique et de l’eau tiède suffisent le plus souvent pour débarrasser le conduit auditif.
Lorsque la masse à enlever est molle et n’est pas trop adhérente aux parois du canal ou aux poils qui le garnissent, huit ou dix injections suffisent pour l’amener au dehors. Si le cérumen est durci il faut le ramollir préalablement, en le mettant en contact trois ou quatre fois par jour, soit avec de l’eau tiède simple, soit avec un mélange à parties égales de glycérine et d’eau additionné d’une faible dose de bicarbonate de soude. L’extraction se fait facilement le lendemain au moyen de quelques injections. Il est bon de prévenir les malades que sous l’influence des instillations dont on fait précéder les injections, la surdité et les bourdonnements peuvent présenter une aggravation momentanée, par suite du gonflement du bouchon.
Les injections doivent être faites avec une certaine vigueur, mais sans violence. Les injections forcées que quelques chirurgiens recommandent encore à tort, selon moi, provoquent toujours des vertiges et parfois une syncope. Les premiers jets de liquide entraînent en sortant de l’oreille une boue jaunâtre, bientôt suivie d'un masse plus ou moins volumineuse qu’on
100 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, enlève facilement avec une pince, lorsqu’elle est arrivée près du méat.
Aussitôt que le bouchon est sorti, les malades annoncent avec joie que leur ouïe est revenue. Dans certains cas cependant la surdité persiste, soit parce que tout le cérumen n’a pas été enlevé, soit parce qu’il existe une lésion de la membrane du tympan, de la caisse, de la trompe d’Eustache ou de l'oreille interne.
La rougeur de la membrane du tympan, dans la direction du marteau, qu’on observe à la suite des injections, et son opacité, qui est le résultat de l’accumuléttipn de plusieurs couches épidermiques, ne doivent /v$- pas'4tte considérées comme des états pathologiques.
' .■>" f Dèsjque cette membrane est devenue visible, il faut . sécher Je conduit auditif avec un peu d’ouate et détermînef/l’acuité auditive pour la montre. Le maximum d’Audition ne se retrouve quelquefois que plusieurs ■'-'^h^ures après l’opération.
Avant de congédier le malade, il est utile de lui faire boucher l’oreille avec un peu d’ouate, qu’on lui conseillera de garder pendant vingt-quatre heures. Il évitera ainsi l’impression des bruits de la rue, qui deviennent parfois pénibles pour un organe hypérestésié par son inaction prolongée, et les courants d’air froid qui, frappant sur la membrane du tympan brusquement découverte et encore humide, pourraient occasionner une inflammation.
Lorsque l’accumulation du cérumen est le résultat d’une exagération de sécrétion due à un état pathologique des glandes cérumineuses, l’obstruction du conduit auditif se reproduit assez rapidement. Dans ce cas
on badigeonnera de temps à autre les parois du conduit, soit avec une solution de sulfate de zinc au 100° soit avec une solution de nitrate d’argent au 30°, pour diminuer l’activité sécrétoire des glandes.
!j VI. — Inflammations «lu conduit auditif externe.
A. — Inflammation circonscrite, furoncle.
Genèse et étiologie. — Le furoncle du conduit auditif est une inflammation circonscrite de ses parties molles. Elle commence généralement, soit dans un follicule pileux ou sébacé, soit dans une glande cérumineuse, s’étend de là au tissu cellulaire voisin, et se termine par résolution ou par suppuration.
Le furoncle se rencontre chez les enfants, les adultes et les vieillards, aussi bien chez les hommes que chez les personnes du sexe féminin. Mais il est particulièrement fréquent à l’âge moyen de la vie, et chez les femmes à l’époque de la ménopause.
Sous l’influence de certaines causes climatériques mal déterminées, Gruber et Bonnafont ont observé de véritables épidémies de furoncles de l’oreille. En général cette inflammation se présente à l’état sporadique à la suite d’une irritation produite par le frottement d’un cure-oreille, par du pus en décomposition, par un liquide médicamenteux, et d’après Lowenberg, par la présence de micrococcus.
Le furoncle se développe quelquefois chez des individus jouissant d’ailleurs d’une excellente santé ; mais on l’observe plus spécialement chez les sujets herpétiques
102 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, ou arthritiques, et surtout lorsque leur conduit auditif est déjà le siège d’un eczéma ou d’un pityriasis. Chez certains malades, on voit des furoncles se reproduire à des époques assez régulières, et pendant de longues années.
Toutes les parties du conduit auditif peuvent devenir le siège d’une éruption furonculeuse ; mais c’est à la paroi antéro-inférieure de la portion cartilagineuse que l’inflammation s’établit le plus souvent.
Symptômes , marche. — Les symptômes subjectifs provoqués par le furoncle sont d’autant plus marqués que l’inflammation est plus vive et son siège plus profond.
La maladie débute par une sensation de démangeaison et de chaleur, qui est bientôt suivie d’une douleur d’autant plus intense que le point affecté est plus rapproché de la membrane du tympan. La douleur n’a pas de caractère spécial; chaque malade exprime à sa façon l’impression qu’il ressent; elle s’irradie rapidement du conduit auditif aux dents postérieures, à l’occiput et parfois à toute la moitié correspondante de la tête; elle s’exaspère, sous l’influence de la mastication, du bâillement, et même du simple contact des molaires, contact que les malades évitent en déviant instinctivement la mâchoire inférieure. Souvent la fièvre s’allume et s’accompagne d’une céphalalgie violente, de vomissements et de délire, comme au début d’une méningite.
Pour peu que le furoncle soit volumineux, il provoque une surdité plus ou moins prononcée, et des bourdonnements variables quant à leur nature et à
MALADIES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE. 103 leur intensité. La dysécée est due à l’obstruction du conduit auditif par la tuméfaction et à la congestion des parties profondes de l’oreille, congestion qui est aussi la cause des bruits subjectifs.
Dès les premières heures qui suivent l’invasion de l’inflammaiion furonculeuse, le conduit auditif est rouge et légèrement gonflé. Au bout de vingt-quatre ou trentesix heures, on y découvre une petite tumeur mal délimitée qui s’élève de plus en plus et prend une forme hémisphérique ou ovalaire. Cette tumeur, qui peut atteindre le volume d’un pois ou d’un haricot, obstrue quelquefois le conduit auditif, au point qu’on se croit en présence d’une otite phlegmoneuse. En dehors du conduit auditif, on constate une infiltration des ganglions lymphatiques qui se trouvent en avant et au-dessous du pavillon ; ces ganglions sont douloureux au toucher. La région périauriculaire est un peu œdématiée, et, dans certains cas, l’apophyse mastoïde ellemême, devient le siège d’une hypérémie.
A moins que le furoncle ne disparaisse par résolution, ce qui n’est pas fréquent, il s’ouvre, si on l’abandonne à lui-même, du troisième au cinquième jour, rarement plus tard. On voit s’écouler alors du conduit auditif un liquide d’abord clair et teint de sang, puis du pus plus ou moins épais.
Les furoncles de la portion cartilagineuse se vident, en général, assez rapidement, et la guérison a lieu en quelques jours. Lorsque l’inflammation s’étend jusqu’à la partie osseuse, la suppuration se prolonge et la cicatrisation est plus lente.
Les abcès de la paroi supérieure sont généralement
104 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, plus longs à guérir que ceux de la paroi inférieure. Lorsque l’écoulement purulent a cessé, le conduit auditif reprend peu à peu son calibre normal, mais lapeau, hypérémiée pendant quelque temps encore, devient le siège d’une exfoliation épidermique abondante et d’une hypersécrétion de cérumen.
Dans certains cas, la suppuration se prolonge par suite du développement de granulations; elle s’accumule au fond de l’oreille, provoque une perforation de la membrane du tympan et une inflammation purulente de la caisse.
Diagnostic. — Le furoncle du conduit auditif est facile â reconnaître. On ne saurait le confondre avec aucune autre tumeur de cette région. Son siège et sa consistance permettent de le distinguer d’une exostose ou d’un abcès par congestion. L’exostose ne se trouve que sur la portion osseuse du conduit : explorée avec le stylet, elle donne une sensation de résistance osseuse. L’abcès par congestion se trouve à la paroi postérosupérieure et présente une fluctuation d’ensemble qu’on n’observe pas dans le furoncule.
Pronostic. — Le furoncle n’offre en général aucune gravité, ni pour la vie, ni pour l’organe auditif du malade. Ce n’est que lorsqu’il se complique d’otite externe qu’on observe à sa suite une diminution plus ou moins notable de l’ouïe, et, dans certains cas, des accidents plus graves susceptibles de mettre la vie en danger.
Traitement. — On réussit quelquefois à faire avorter un furoncle du conduit auditif en le badigeonnant dès le début, et plusieurs fois dans la journée avec de l’ai-
MALADIES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE. 105 cool camphré, du vinaigre aromatique, ou de l’alcool saturé d’acide borique.
A une période un peu plus avancée, la résolution peut être obtenue par quelques onctions mercurielles, par des badigeonnages de nitrate d’argent, soit au dixième, soit au cinquième, ou de sulfate de zinc au quinzième (de Trœltsch).
Les injections d’acide phénique dans l’intérieur de la tumeur, recommandées par Hiiter et Weber Liel, sont extrêmement douloureuses et les malades ne les acceptent pas facilement.
Si les moyens abortifs restent sans effet, on appliquera, pour calmer les douleurs, des cataplasmes émollients laudanisés sur l’oreille, ou une petite éponge imbibée d’une décoction chaude de guimauve et de pavot dans l’intérieur du conduit auditif. On incisera la tumeur si elle tarde à se vider, après s’être assuré au moyen d’un stylet boutonné que la suppuration est formée. L’incision sera faite sur le point fluctuant, qui est généralement plus douloureux au toucher que les parties voisines.
Pour faciliter la sortie du bourbillon, il est utile d’opérer sur les bords de la plaie une pression plus ou moins énergique avec une petite curette en argent. Aussitôt après l’opération, on injectera dans le conduit auditif un peu d’eau tiède chargée d’une substance antiseptique et puis on y placera une mèche de charpie trempée dans de la glycérine phéniquée.
Les douleurs provoquées par le furoncle sont tellement vives chez certains malades, que ni les cataplasmes, ni les injections hypodermiques de morphine,
106 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, ni les frictions calmantes autour de l’oreille ne réussissent à les modérer. Dans ces cas, lorsque l’incision de la tumeur n’est pas acceptée, quelques sangsues appliquées au-devant du tragus amènent souvent une détente rapide.
Il est rare que l’inflammation furonculeuse s’accompagne d’un état fébrile assez prononcé pour nécessiter une saignée générale. Si toutefois la fièvre s’allume, le malade sera mis à la diète. On lui donnera un purgatif salin, et il prendra de la limonade pour boisson.
Lorsque, après l’ouverture de l’abcès, la suppuration persiste, il faut faire un pansement antiseptique et introduire dans le conduit auditif des morceaux d’éponge imbibés d’une solution astringente : acétate de plomb 0 gr ,50 à d gramme, eau 50 grammes; sulfate de zinc O gr ,25, eau 50 grammes. Au besoin, on fait quelques insufflations d’acide borique pulvérisé. Les granulations, s'il s’en produit, seront détruites au moyen du nitrate d’argent en substance, du perchlorure de fer ou del’acide chromique purs. Le rétrécissement du conduit auditif dû à l’épaississement de ses parois cède généralement à l’emploi de l’éponge préparée, enduite d’un peu de pommade au calomel. Quelques badigeonnages de nitrate d’argent au cinquantième modèrent l’exfoliation épidermique et l’hypersécrétion de cérumen.
B. —Inflammation diffuse.
L’inflammation généralisée de la peau du conduit auditif externe constitue l’otite externe diffuse. Cette inflammation est aiguë ou chronique.
MALADIES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE. 107 a) Otite externe aiguë. — L’otite externe aiguë est simple ou phlegmoneuse, suivant que le processus inflammatoire reste limité à la superficie de la région ou qu’il s’étend au tissu cellulaire profond. Dans ce dernier cas, le périoste lui-même est fréquemment atteint.
Genèse et étiologie. — L’otite externe diffuse aiguë s’observe à tout âge. Rare chez les vieillards, plus fréquente chez les enfants et les adultes, elle atteint également les deux sexes, mais plus particulièrement les sujets lymphatiques ou scrofuleux.
La dentition, l’exposition aux courants d’air et à l’humidité provoquent souvent cette inflammation chez les enfants. A l’âge adulte, elle se développe à la suite de refroidissements, et, dans la saison des bains froids, chez les baigneurs qui laissent pénétrer de l’eau dans les oreilles en plongeant.
Les injections d’eau froide ou d’eau bouillante dans le conduit auditif, les instillations de certaines substances irritantes dont on a l’habitude de se servir pour calmer lés maux de dents, l’abus des cure-oreilles, la présence de quelques parasites végétaux sont également des causes de l’otite externe. Il n’est pas rare de voir cette affection survenir dans le cours d’une fièvre éruptive et à la suite d’un eczéma, ou d’une plaque muqueuse qui s’est développée primitivement dans l’intérieur du conduit auditif, ou à son pourtour.
Symptômes. ■— L’otite externe aiguë débute tantôt par une démangeaison suivie de chaleur et d’une douleur légère qui devient de plus en plus vive, tantôt par une douleur subite et violente qui, limitée d’abord au
108 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, conduit auditif, s’irradie rapidement dans le voisinage de l’oreille, et envahit parfois toute la moitié correspondante de la tête. Dans certains cas elle est accompagnée de fièvre, d’insomnie et de délire. Elle s’exaspère sous l'influence des mouvements de la mâchoire, et lorsque l’inflammation occupe la portion cartilagineuse par la traction opérée sur le pavillon, ou à la moindre pression exercée sur le tragus.
L’ouïe est plus ou moins diminuée par suite de la congestion de la membrane du tympan et des parties profondes de l’oreille, qui accompagnent l’inflammation du conduit auditif. Les malades sont tourmentés par des battements et par des bruits de diverse nature.
Examinée au début de l’otite, la peau du conduit auditif apparaît rouge et tuméfiée. La rougeur est particulièrement prononcée dans le voisinage du tympan. Cette membrane ne tarde pas à être envahie par le , processus morbide ; son pôle supérieur et la région occupée par le manche du marteau prennent une teinte rouge plus ou moins foncée. Dans la portion cartilagineuse, la rougeur est modérée. Cette partie du canal est quelquefois le siège d’une exfoliation épidermique abondante.
Lorsque l’otite est phlegmoneuse, il se produit rapidement un rétrécissement uniforme de tout le conduit auditif, et on ne saurait, sans arracher des cris au malade, tenter d’y introduire un spéculum, même du plus petit calibre. Les régions périauriculaires elles-mêmes s’enflamment, se tuméfient et deviennent douloureuses au toucher. Les [souffrances durent en général
MALADIES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE. 109 de deux à quatre jours. Elles peuvent se prolonger davantage ; mais dans certains cas, on voit déjà survenir au bout de douze, vingt-quatre ou quarante-huitheures, un écoulement immédiatement suivi d’une détente considérable. Cet écoulement, séreux ou sero-sanguinolent, tourne vite à la purulence. Les douleurs sont plus vives et durent plus longtemps lorsque le tissu cellulaire profond est envahi par l’inflammation et, dans ce cas, il n’est pas rare de voir se développer un ou plusieurs petits abcès qui, en se vidant, laissent les os à nu.
L’écoulement est plus ou moins abondant; dans quelques cas il ne se produit pas, et on observe seulement une exfoliation de l’épiderme qui, extrait avec des pinces, présente souvent la forme du conduit auditif et de la membrane du tympan.
A la période d’exsudation, l’examen du conduit auditif devient plus facile ; ses parois sont un peu dégonflées et la douleur a disparu ; mais il est rempli de pus et de débris épidermiques dont il faut le débarrasser avant de procéder à l’exploration. On le trouve alors tantôt blanc et comme macéré, tantôt d’un rouge vif, quelquefois ulcéré. La membrane du tympan, plus ou moins tuméfiée se confond, surtout en haut, avec les parois du conduit auditif. Elle est opaque, blanche, blanc jaunâtre ou rouge et granuleuse; on n’y distingue ni manche du marteau, ni courte apophyse, ni triangle lumineux.
Marche. — Dans les cas simples, l’otite externe aiguë guérit en huit ou quinzejours. Abandonnée à elle-même elle dure beaucoup plus longtemps, passe à l’état chronique et se prolonge alors durant des mois et des années.
Lévi. 7
J10 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE. Chez les sujets de mauvaise constitution, elle a une grande tendance à récidiver.
Diagnostic. — L’otite externe diffuse aiguë peut être confondue au début avec un furoncle du conduit auditif. Une exploration attentive permet de distinguer ces deux maladies l’une de l’autre. La première occupe toute l’étendue du canal et y produit un rétrécissement concentrique, la seconde a son siège le plus ordinaire dans la portion cartilagineuse, où elle se présente sous forme d’une petite tumeur circonscrite qui n’occupe qu’une seule paroi.
La membrane du tympan prend généralement dès le début une certaine part au processus inflammatoire de l’otite externe, tandis que, avec le furoncle, elle conserve pendant quelque temps son aspect normal. La suppuration s’établit beaucoup plus vite dans l’otite externe que dans le furoncle ; il en est de même de la surdité et des bourdonnements.
Les abcès par congestion, que l’on rencontre quelquefois à la paroi postéro-supérieure du conduit auditif, et qu’on pourrait confondre avec une otite externe, se reconnaissent à leur marche, qui est essentiellement chronique, et aux lésions de l’oreille moyenne qui les ont précédés et qui les accompagnent. On constate d’ailleurs une fluctuation manifeste, dès leur apparition.
Pronostic. — Le pronostic de l’otite externe aiguë varie suivant le degré de violence de l’inflammation, suivant la nature de la cause qui l’a provoquée et l’état général du malade.
Chez un sujet de bonne constitution, la forme légère
MALADIES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE. Ui occasionnée par le froid ou par une cause mécanique guérit rapidement, sous l’influence d’un traitement approprié, sans laisser derrière elle aucun trouble de la fonction auditive. Dans les formes graves qui se développent chez les sujets strumeux, herpétiques, syphilitiques ou tuberculeux, et à la suite d’une lièvre éruptive, il survient souvent des complications du côté de la membrane du tympan et de la caisse, quelquefois des lésions osseuses, qui non seulement compromettent l’ouïe, mais constituent un danger pour la vie du malade. Des accidents cérébraux mortels peuvent survenir dans le cours d’une otite externe, alors même que l’inflammation est restée localisée au conduit auditif, et en l’absence de carie osseuse, par suite des rapports anatomiques qui existent entre la paroi supérieure de ce canal et la fosse cérébrale moyenne.
Traitement. — En instillant plusieurs fois par jour dans l’oreille de l’alcool absolu (Weber Liel) ou de l’alcool camphré, on réussit quelquefois à faire avorter une otite externe aiguë diffuse à son début. Si, malgré ce traitement, l’inflammation progresse et occasionne des douleurs très vives, on appliquera en avant du tragus quelques sangsues (une à trois pour un enfant, deux à six pour un adulte) qu’on laissera saigner plus ou moins longtemps, suivant l’âge et la force du malade. Pour empêcher les sangsues de pénétrer dans le conduit auditif, il faut y placer un bouchon de ouate. Des instillations fréquentes d’eau tiède simple, d’eau de pavot ou d’eau laudanisée, faites dans le conduit auditif et laissées en place pendant vingt à trente-cinq minutes chaque fois, suffisent pour calmer la douleur, si elle
112 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, n’est pas très aiguë. Les cataplasmes émollients, d’une efficacité incontestable, ont l’inconvénient de provoquer une suppuration profuse. Ils sont avantageusement remplacés dans certains cas par de petites éponges, qu’on introduit dans l’oreille aussi profondément que possible, et qu’on arrose de temps à autre avec une infusion chaude, émolliente et narcotique. Ces petites éponges sont préférées par les malades aux bains auriculaires, qui les obligent à rester couchés une bonne partie de la journée, la tête appuyée sur le côté non affecté.
Lorsque le périoste est envahi par l’inflammation, les émissions sanguines et les instillations émollientes restent le plus souvent inefficaces. On n’obtient une détente qu’en pratiquant des incisions multiples sur la peau du conduit auditif. Pour cette opération, on se servira d’un bistouri à lame étroite qu’on fera pénétrer jusqu’à l’os. Le chloral, 2 grammes en potion, le chlorhydrate de morphine, 1 à 2 centigrammes, en injections hypodermiques, amènent quelques heures de sommeil, mais font rarement disparaître la douleur. Le malade gardera la chambre et couvrira son oreille avec un léger bandeau. Il prendra un purgatif et des bains de pieds sinapisés et se contentera d’une alimentation modérée et peu excitante.
Si l’inflammation se propage jusqu’à l’apophyse mastoïde, on appliquera sur cette région une vessie de glace.
Aussitôt que l’écoulement est établi, il faut débarrasser le conduit auditif du pus et des débris épidermiques qui l’encombrent, en y faisant suivant l’abondance de la
MALADIES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE. 113 suppuration, deux ou trois fois par jour, des injections avec de l’eau à 32° débarrassée des matières fermentescibles par une ébullition préalable et additionnée d’une substance antiseptique (Résorcine, acide borique ou aseptol, i à4p. 100). Ces injections doiventêtrepratiquées avec douceur. Trop violentes, elles seraient douloureuses et pourraient provoquer une rupture de la membrane du tympan, ramollie par l’inflammation. Chaque nettoyage sera suivi de l’instillation d’un liquide légèrement astringent (sulfate de zinc 0 sr , 15, eau de roses 30 grammes; sous-acétate de plomb liquide 10 à 13 gouttes, eau 30 grammes) qu’on laissera dans l’oreille pendant dix à quinze minutes. Si l’écoulement persiste, on aura recours au traitement recommandé pour l’otite chronique.
A la suite de chaque pansement, le conduit auditif devra être bouché avec un peu de ouate ou de charpie trempée dans de la glycérine antiseptique. Pour éviter les récidives, les malades feront bien, pendant une quinzaine de jours après la cessation de l’écoulement, de garantir l’oreille contre le froid et les courants d’air, en y maintenant un flocon de ouate.
b) Otite externe chronique. — Genèse et étiologie. — L’otite externe chronique succède à une otite aiguë qui a été négligée ou qui s’est développée sur un sujet de mauvaise constitution. Elle se montre d’emblée sous l’influence de certaines diathèses, ou à la suite de quelques maladies fébriles graves.
L’otite chronique d’emblée est fréquente chez les enfants lymphatiques ou scrofuleux. On la rencontre aussi, mais plus rarement, à l’âge moyen de la vie, chez les sujets syphilitiques porteurs de plaques muqueuses,
114 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, et chez les femmes à l’époque de la ménopause, en même temps qu’un eczéma du pavillon.
Symptômes. — Cette affection se manifeste par une légère démangeaison dans le conduit auditif, par une sensation de plénitude de l’oreille, et par une diminution plus ou moins notable de l’ouïe, accompagnée ou non de bourdonnements. Souvent elle n’est révélée au malade que par un écoulement purulent. Cet écoulement, généralement bilatéral, est formé tantôt par du pus bien lié, tantôt par un liquide clair et séreux. Il est jaunâtre, jaune verdâtre ou sanguinolent, et répand, dans le plus grand nombre des cas, une odeur repoussante. La sécrétion morbide est quelquefois assez abondante pour couler au dehors sur la joue du patient, d’autres fois elle ne dépasse pas le méat.
Lorsqu’on examine le conduit auditif, on le trouve tuméfié et rétréci. Il n’est pas rare de découvrir près de son orifice une ou plusieurs ulcérations, et dans son tiers externe une matière brune ou brun jaunâtre plus ou moins concrète, composée de débris d’épiderme et de pus desséché que, dans une exploration superficielle, on peut confondre avec du cérumen. La partie profonde du canal et le tympan sont tapissés par une couche plus ou moins épaisse de pus et de débris épidermiques. Il faut les enlever au moyen de quelques injections pour apercevoir les surfaces malades, qui sont rouges, tuméfiées et quelquefois ulcérées. La membrane, plutôt plane que concave, apparaît tantôt rouge, granuleuse et ulcérée, tantôt blanche et opaque. Le triangle lumineux n’existe plus; le manche du marteau se devine plutôt qu’il ne se voit, et souvent la
MALADIES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE. 115 courte apophyse elle-même est invisible. Dans certains cas, la suppuration n’existe que tout au fond de l’oredle, près de la membrane du tympan ; elle peut même faire entièrement défaut et être remplacée par une exfoliation épidermique abondante: on a affaire alors à une véritable otite sèche (otite desquamative).
Marche , durée , terminaison. — Abandonnée à ellemême, l’otite externe chronique dure des mois et des années. La sécrétion purulente augmente ou diminue, suivant que la température est froide et humide, ou chaude et sèche. Elle peut disparaître pendant quelque temps, et revenir sous l’influence du moindre refroidissement. Pour peu qu’elle se prolonge, elle provoque des complications plus ou moins graves : la membrane du tympan s’ulcère et se perfore, le pus pénètre dans la caisse et donne lieu à une otite moyenne ; des polypes se développent soit dans le conduit auditif, soit sur la membrane, soit derrière elle, si elle est perforée. Le périoste s’enflamme ainsi que l’os sous-jacent, qui se carie ou se nécrose; l’ostéo-périostite s’étend du conduit auditif à l’apophyse mastoïde, quelquefois à la portion écailleuse du temporal et à l’articulation temporo-maxillaire. Il n’est pas rare de voir le processus inflammatoire se propager à la fosse cérébrale moyenne, jusqu’aux méninges, par la paroi supérieure du conduit auditif, et au sinus transverse par sa paroi postérieure.
Diagnostic. ~~ Aussi longtemps que le tympan est intact, ce dont on s’assure par les procédés d’exploration que nous avons fait connaître, l’otite externe ne saurait être confondue avec aucune autre affection. Lorsqu’il
existe une perforation et qu’il y a delà suppuration dans la caisse, les anamnestiques permettent seuls d’établir si l’inflammation a débuté par l’oreille externe ou par l’oreille moyenne. Si, malgré l’examen le plus minutieux, on ne trouve pas de perforation et qu’on découvre dans le liquide d’une injection des masses de mucus qui tombent au fond du verre, on est autorisé à admettre l’existence d’une otite moyenne. La perforation qui succède à l’otite externe, peut avoir son siège en un point quelconque de la membrane du tympan, tandis que dans l’otite moyenne, la solution de continuité se trouve d’ordinaire dans le segment antéro-inférieur, en avant du manche du marteau.
Pronostic. — L’otite externe chronique ne doit pas être considérée comme une affection légère, car, si dans un grand nombre de cas elle ne laisse derrière elle qu’une diminution plus ou moins notable de l’ouïe, elle donne lieu quelquefois à des accidents mortels, en provoquant une inflammation des méninges et du cerveau.
Traitement . — Le traitement de l’otite externe chronique est à peu de chose près le même que celui de l’otite moyenne purulente chronique. Nous le ferons connaître avec détails lorsque nous étudierons cette dernière maladie. Il consiste à débarrasser le conduit auditif du pus et des débris épidermiques qu’il renferme, à l’aide, d’injections tièdes antiseptiques, ou avec un peu de ouate salicylée, fixée sur une pince à mors coudée, et à y faire pénétrer ensuite, suivant le cas, une solution astringente plus ou moins concentrée, une solution caustique de nitrate d’argent au 30°, de l’alcool absolu additionné d’acide borique ou enfin de la
poudre d’acide borique d’après les méthodes qui seront décrites à la page 288.
Lorsque l’otite est liée à un état constitutionnel, et c’est le cas le plus fréquent, il est nécessaire, pour favoriser la guérison et prévenir les récidives, d’instituer un traitement général. On prescrira aux herpétiques de l’arsenic sous forme de granules d’arséniate de soude ou de liqueur de Fowler, et aux scrofuleux de l’huile de foie de morue, de l’iodure de fer, des amers, etc., etc.
11 nous reste à faire connaître quelques variétés d’otites externes assez rares, mais qui se distinguent des formes que nous venons d’étudier par leurs caractères anatomiques, par leurs causes et par quelques-uns de leurs symptômes, ce sont : les otites parasitaires, l’otite diphtéritique, l’otite syphilitique, l’otite hémorrhagique.