MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF AGOUST
Les vésicatoires, les pointes de feu, l’électrisation par les courants continus ont été recommandés, mais ces moyens sont malheureusement inefficaces contre 1a. surdité.
Le bromure de potassium, de 2 à 6 grammes par jour calme les vertiges et les bourdonnements. Le sulfate de quinine à haute dose, 1 gramme à l gP ,20 (Charcot), très utile contre les vertiges, augmente souvent les bruits et la surdité ; je lui préfère le bromhydrate qui aussi efficace à dose moins élevée (0 gr ,40 à 0 gp ,60), modère les bruits, et fait disparaître les troubles d’équilibre sans fatiguer l’estomac. La médication quinique paraît agir en décongestionnnant la tête et en diminuant le pouvoir réflexe du centre percepteur. Elle ne produit un résultat durable que si elle est employée pendant un certain temps.
Charcot donne le sulfate de quinine pendant huit jours, le supprime pendant quinze jours, et le reprend ensuite pour le continuer deux ou trois mois en augmentant progressivement et par petites fractions la dose du sel. Le bromhydrate administré pendant six jours consécutifs et prescrit de nouveau après quatre jours de repos m’a plusieurs fois fournis d’excellents résultats au bout de 4 à 5 semaines de traitement. Je n’ai pas eu à me louer de l’emploi du salycilate de soude ni de l’ergotine ; leur action sur l’état vertigineux n’est pas très marqué. Chez les malades sujets à la constipation, les purgatifs répétés sont un utile adjuvant de la médication quinique.
§ VII. — Inflammation du labyrinthe, otite interne, otite labyrinthique.
L’otite labyrinthique est primitive ou secondaire, aiguë ou chronique. L’otite primitive est niée par quelques auteurs.
Anatomie pathologique. — Les lésions anatomiques de cette maladie sont peu connues.
En faisant l’autopsie d’une femme de trente-deux ans qui, dans le cours d’une syphilis, avait présenté des symptômes d’inflammation labyrinthique suivis de symptômes méningitiques, Schwartze a trouvé un liquide purulent dans les canaux demi-circulaires, le vestibule et le limaçon. Les canaux et les ampoules contenaient des extravasats sanguins, leurs vaisseaux étaient dilatés et variqueux : l’utricule et le saccule notablement tuméfiés étaient infiltrés de pus. Il n’y avait aucune communication entre la suppuration de l’oreille et celle des méninges ; le nerf acoustique et la caisse du tympan étaient intacts.
Symptômes et diagnostic. — Voltolini a décrit, sous le nom d’otite labyrinthique primitive, une affection fréquente chez les enfants, dont les symptômes se rapprochent de ceux de la méningite, mais qui diffère de cette dernière maladie par sa marche rapide, par le retour à la santé, et par la persistance d’une surdité plus ou moins prononcée, accompagnée de bourdonnements, de vertiges, de troubles de coordination des mouvements. La maladie débute en général brusquement, par de la fièvre, par des vomissements, de l’agitation, quelquefois
MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF AGOUST. 365 par du délire et des convulsions. Les malades conservent toute leur connaissance ou tombent dans le coma ; ceux qui restent éveillés disent qu’ils entendent sonner, et ne répondent pas aux questions qu’on leur adresse. Au bout de trois, quatre et quelquefois de huit jours, la fièvre cesse, l’enfant demande à manger et à se lever, mais il chancelle, et tomberait si on ne le soutenait Cette incertitude de la marche peut se prolonger pendant plusieurs semaines, et même pendant plusieurs mois. En général, elle disparaît assez rapidement, mais le petit patient reste sourd, et, s’il est jeune encore, ne tarde pas à devenir muet.
J’ai observé, peu de temps après leur apparition, plusieurs cas de surdi-mutité survenus dans ces conditions. J’ai examiné avec le plus grand soin les petits malades, j’ai interrogé leurs parents et les médecins qui les avaient soignés, et j’ai été amené à croire, avec Voltolini, qu’il y a eu inflammation primitive du labyrinthe. Je n’ai qu’exceptionnellement découvert des lésions de l’oreille moyenne susceptibles d’expliquer les accidents initiaux. En général les enfants n’avaient eu au moment où ils se sont alités, ni angine, ni coryza, ni douleurs dans les oreilles, ce qui m’a permis d’écarter toute idée d’inflammation de la caisse avec obstruction de la trompe d’Eustache ; il ne s’était produit dans aucun cas de troubles nerveux dans le territoire du facial qui aurait infailliblement pris part à l’inflammation, si, comme on l’a soutenu, on avait eu affaire à une méningite simple localisée près du tronc du nerf acoustique auquel il est accolé. On n’avait rien constaté non plus dans les organes innervés par les autres nerfs dont les
366 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, origines sont très rapprochées sur le bulbe, et dont l’inflammation eut été une conséquence inévitable d’une méningite localisée dans cette région. L’idée d’une méningite cérébro-spinale a dû également être écartée : cette affection, épidémique se rencontre plus souvent chez l’adulte que chez l’enfant; elle s’accompagne, même dans les cas légers et susceptibles de guérison, de rachialgie et de raideur tétanique du cou qui ne m’ont jamais été signalées dans la maladie qui nous occupe.
L’opinion de Voltolini, combattue par Moos, Knapp et Gottstein n’est pas absolument repoussée par Politzer, depuis qu’il a eu occasion de faire l’autopsie d’un jeune sourd-muet de treize ans, dont l’inûrmité s’est développée à la suite d’accidents à forme méningitique, suivis d’un écoulement purulent, et chez lequel il a trouvé des traces manifestes d’inflammation labyrinthique sans lésion de la caisse du tympan ni du nerf auditif.
L 'inflammation secondaire du labyrinthe est beaucoup plus fréquente que l’inflammation primitive. Elle succède souvent à une otite moyenne purulente, à une carie de la caisse, à une méningite, à une affection générale (variole, rougeole, scarlatine, fièvre typhoïde). Dans quelques cas, on voit se produire simultanément des désordres du labyrinthe et de la caisse, sans qu’il soit possible de dire si c’est par l’oreille moyenne ou par l’oreille interne que le processus inflammatoire a commencé. Cette affection, que Politzer a proposé d’appeler panotite, s’observe principalement chez les enfants à la suite d’un refroidissement, ou
MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST. 367 dans le cours d’une scarlatine accompagnée de diphthérie; elle détermine souvent de l’otorrhée, et conduit très vite à une surdité absolue.
Lorsque l’inflammation se propage de la caisse au labyrinthe, c’est ordinairement par une des fenêtres perforée ou par une fistule de sa paroi interne que passe la suppuration.
A la suite d’une méningite cérébro-spinale, on trouve quelquefois du pus dans le labyrinthe, sans qu’il soit possible de découvrir la voie par laquelle l’inflammation a pu se propager; d’après Heller, elle suit le névrilemme du nerf acoutisque.
L’inflammation suppurative de l’oreille interne peut rester localisée au labyrinthe, sans s’étendre au cerveau. Le pus subit la transformation caséeuse sans donner lieu à aucun accident, ou provoque la nécrose d’une partie ou de la totalité du labyrinthe osseux. Quand l’inflammation reste simple, le labyrinthe membraneux est le siège d’un exsudât plastique, ou d’une infiltration de petites cellules (Moos).
Il est rare qu’une maladie chronique de l’oreille moyenne n’affecte pas plus ou moins l’oreille interne ; on est porté à considérer comme résidus d’inflammations chroniques un certain nombre d’états pathologiques, qu’on a découverts sur le cadavre, bien qu’on n’ait pu encore les rattacher positivement à des symptômes observés pendant la vie. On a signalé ainsi des épaississements ou une atrophie du labyrinthe membraneux, une dégénérescence graisseuse de l’organe de Corti (Moos), des infiltrations fibro-plasliques, des productions calcaires ou osseuses, des accumulations de
368 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, pigment, de cholestérine, et des troubles dans le liquide labyrinthique, etc.
Pronostic et traitement. — L’otite labyrinthique a rarement une issue funeste, mais, en raison delà finesse des expansions terminales du nerf acoustique, le prenostic, de cette affection est toujours très grave au point de vue de l’audition. Pour guérir la surdité et les bourdonnements qui en sont le résultat, on a inutilement employé jusqu’à présent l’iodure de potassium à haute dose, les injections iodurées dans la caisse, les pommades iodées à l’apophyse mastoïde, le bichlorure de mercure à l’intérieur, l’électrisation par les courants continus.
§ VIII. — Syphilis du labyrinthe.
La syphilis de l’oreille interne est rare eu égard à la fréquence de la syphilis en général. On la rencontre sous forme héréditaire chez les tout jeunes enfants (Hutchinson), et plus souvent encore de dix à seize ans (Hinton, Fournier). Primitive chez l’adulte, elle se montre aux diverses périodes de la maladie vénérienne, et même avant toute autre manifestation générale comme j’en ai observé quelques exemples. J’ai vu plusieurs fois une syphilis labyrinthique se développer trois et quatre ans après les premiers accidents, en dépit des traitements antivénériens qui avaient été suivis longtemps, et avec une très grande régularité. Je me rappelle particulièrement l’histoire de deux confrères, qui ont vu survenir l’un trois ans, l’autre quatre ans après l’apparition du chancre initial, une surdité subite et absolue de l’oreille
MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF AGOUST. 369 droite, accompagnée chez l’un d’une céphalalgie violente, de la perte de la sensibilité et du mouvement du membre inférieur droit dans toute son étendue, de douleurs névralgiques dans le côté droit du thorax, et chez l’autre, de troubles d’équilibre tels qu’il se croyait ataxique, avec perte absolu du sens génésique.
La syphilis labyrinthique est souvent accompagnée d’une affection catarrhale non spécifique de l’oreille moyenne. 11 est alors difficile de déterminer la part qui revient à la diathèse ou à l’état catarrhal. Quoi qu’il en soit, lorsque dans le cours d’une vérole, ou même quelques années après la disparition de tout symptôme spécifique, il survient brusquement de la céphalgie, des vertiges, des bourdonnements violents et une surdité absolue avec disparition de la perception crânienne, on peut admettre qu’on se trouve en présence d’une syphilis du labyrinthe.
La manifestation spécifique ne se produit pas toujours -simultanément sur les deux oreilles; la surdité quelle provoque n’est pas toujours subite ni absolue ; le processus morbide peut rester limité à une partie du labyrinthe ou l’envahir dans toute son étendue.
Anatomie pathologique. — On connaît peu les lésions anatomiques de la syphilis labyrinthique. Chez un homme mort sept ans après l’apparition d’un chancre, et qui avait été atteint d’une surdité subite, de vertiges, de bourdonnements et de troubles d’équilibre, Moos a constaté une périostite du vestibule, une immobilisation de l’étrier, une infiltration cellulaire du labyrinthe, sans altération de la caisse ni du conduit auditif externe. Politzer a trouvé dans le limaçon d’un syphilitique de
370 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE. , cinquante ans, devenu sourd dix ans avant sa mort, une altération des cellules ganglionnaires de Rosenthal, et dans le canal un dépôt de cellules rondes sans noyaux, des corpuscules ovoïdes granuleux, et une infiltration cellulaire du modiolus. La lame spirale, le vestibule, les canaux demi-circuaires, l’oreille moyenne et l’oreille externe, étaient normales.
Pronostic et traitement. — Le pronostic de la syphilis du labyrinthe, héréditaire ou acquise, est très grave pour l’audition. Cette affection laisse presque toujours après elle une surdité absolue de l’oreille atteinte. Dans les cas récents de syphilis acquise on réussit quelquefois à améliorer l’ouïe; mais le plus souvent on n’obtient aucun résultat ni du traitement général par les mercuriaux et l’iodure de potassium, ni des injections de vapeur d’iode ou de solution d’iodure de potassium dans la caisse du tympan, ni de l’emploi des courants continus.
§ IX. — Carie et nécrose du labyrinthe.
La carie du labyrinthe se développe généralement à la suite de la carie d’une partie avoisinante du rocher. Il existe cependant une observation de carie limitée au labyrinthe, et n’occupant que le canal semi-circulaire postérieur(Platner). La destruction de la capsule osseuse entraîne celle de l’appareil nerveux et occasionne une surdité incurable.
La nécrose du labyrinthe est plus fréquente que la carie; elle a été observée surtout dans le jeune âge ; elle est partielle ou totale, tantôt le limaçon est seul atteint, tantôt avec lui une partie ou la totalité des canaux demi-
MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST. 371 circulaires sont frappés de mort. La carie de la substance spongieuse de la pyramide qui enveloppe la capsule compacte du labyrinthe, la périostite du labyrinthe consécutive à un catarrhe purulent de la caisse sont les causes les plus ordinaires de la nécrose de cette partie de l’oreille, nécrose qui peut survenir aussi à la suite d’une embolie de l’artère auditive (Politzer).
Les parties mortifiées cheminent à travers la paroi labyrinthique de la caisse et s’échappent par le conduit auditif externe, ou pénètrent dans la cavité mastoïdienne ; exceptionnellement elles passent par le nez.
La nécrose du labyrinthe peut s’accompagner de complications cérébrales et entraîner la mort ; mais on a vu plusieurs fois des séquestres se détacher sans produire d’autre accident qu’une parésie momentanée du nerf facial comprimé ou blessé par le fragment osseux en migration.
La nécrose totale du labyrinthe entraîne une surdité absolue, mais d’après Gruber et Guye il n’en est pas de même de la nécrose localisée aux canaux demi-circulaires,
§ X. — Tumeurs du labyrinthe.
Les néoplasmes développés primitivement dans le labyrinthe sont rares. Des exostoses du vestibule ont été observées par Toynbee, Moos, et BurekardtMerian. Voltolini (Wirchow’s arch., XXII, 1,2) a trouvé une tumeur fibreuse dans la coupole du limaçon, etSchwartze (A.F.O. Il 285) un sarcome dans le vestibule. L’existence du cholestatéome primitif du labyrinthe n’est pas
372 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, démontrée quant à présent. Boettcher suppose que ce genre de tumeurs peut naître de l’épithélium de l’aqueduc du vestibule.
La tuberculose du labyrinthe n’a été observée que sur le porc (Schutz).
Les tumeurs du cerveau ou de la caisse du tympan qui envahissent le plus souvent le labyrinthe sont des épithéliomes (Politzer, Traité des malad. de l'oreille, t. II, p. 825), des fibro-sarcomes (Burckardt Merian, A.f.O., XIII), des sarcômes (Field, Moos), des angiômes (Politzer).
§XI. — Anomalies et lésions diverses du nerf acoustique.
L’absence congénitale du nerf acoustique a été constatée par Michel chez un sujet qui n’avait pas de labyrinthe.
Bochdalek a vu le nerf auditif considérablement diminué de volume par suite du passage du tiers de ses fibres au facial, dans le méat auditif interne. Ce nerf peut être détruit par la compression qu’exerce sur lui une tumeur cérébrale (Brukner) ; mais le plus souvent la compression ne produit que l’atrophie, comme le démontrent les observations de Politzer, de Boettcher, de Virchow, d’Urbantchitch.
L’atrophie peut être la conséquence d’une lésion des noyaux d’origine ou des filets terminaux du nerf, d’un rétrécissement de l’artère basilaire ou de l’artère auditive interne, de phénomènes apoplectiques et encéphalitiques du plancher du 4° ventricule ou des parties
MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST. 373 voisines des noyaux et des racines, d’une affection cérébelleuse ou d’une hydrocéphalie interne.
D’après Erb et Wernicke, le tabes dorsalis donne lieu à une atrophie graisseuse du nerf acoustique. Lucae n’admet pas l’opinion de ces physiologistes. L’inaction de l’oreille interne, à la suite d’ankylose de l’étrier et d’ossification de la fenêtre ronde, amène quelquefois cette lésion.
L’atrophie secondaire des filets terminaux est plus fréquente; elle porte d’abord sur les fibres nerveuses qui correspondent aux sons aigus situés dans le premier tour de spire du limaçon (Moos et Steinbrugge) ; les fibres des deux derniers tours, donnant les sons graves, peuvent être mises en vibration beaucoup plus longtemps lorsque la pression intra-labyrinthique est exagerée (Burnett).
Politzer a constaté une atrophie des ganglions du canal de Rosenthal chez un enfant de neuf ans, qui était devenu sourd à trois ans après une maladie aiguë accompagnée d’un coma de huit jours, probablement une otite labyrinthique.
La destruction du labyrinthe peut entraîner l’atrophie et la dégénérescence graisseuse du nerf acoustique (Haighton, Weber).
L 'hypertrophie du nerf acoustique est rare.
L ’hypérémie a été notée fréquemment chez les sujets morts de méningite, ou d’encéphalite. On a constaté des ecchymoses dans des cas de fracture du crâne et chez des scorbutiques.
Le nerf acoustique peut se ramollir, par suite de. névrite, dans la carie du rocher, ou dans la méningite
374 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, cérébro-spinale; il peut subir la transformation fibreuse ou amyloïde et devenir plus dur. Bœttcher et Moos l’ont même trouvé couvert d’incrustations calcaires.
On a découvert sur son parcours des néoplasmes de diverse nature, des fibromes, des sarcomes, et des gommes (Rayer, Wirchow, Bœttcher, Voltolini, etc.).
§ XII. — Maladies des parties centrales du nerf acoustique et des centres auditifs* troubles auditifs d’origine cérébrale.
Les troubles auditifs d’origine cérébrale sont dus à une affection des centres acoustiques, ou à la propagation d’un processus pathologique du cerveau et des méninges aux noyaux d’origine, à la racine, au tronc ou aux expansions périphériques du nerf de l’audition.
D’après les résultats fournis par quelques autopsies, la surdité qui succède à la méningite simple peut être due à une inflammation de l’épendyme du plancher du 4 e ventricule, à une infiltration purulente et à une dégénérescence graisseuse du nerf acoustique (Politzer). Elle se développe entre la troisième et la huitième semaine de la maladie, ou apparaît brusquement au moment de la convalescence, en même temps que des troubles de la vue, du strabisme et d’autres paralysies. Chez les enfants on trouve, en général, une surdité absolue, définitive, et une marche incertaine qui dure très longtemps. Chez l’adulte, la surdité est rarement absolue mais elle s’accompagne de bruits subjectifs intolérables, et n’a aucune tendance à rétrograder.
La méningite cérébro-spinale produit plus fréquem-
MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST. 375 ment que la méningite simple une surdité absolue, dont la cause anatomique a été trouvée, tantôt dans un ramollissement ou un épaississement du plancher du 4 e ventricule, tantôt dans une infiltration, un ramollissement ou une atrophie du nerf acoustique, consécutive à son étranglement par un exsudât, tantôt enfin dans une inflammation purulente du labyrinthe, complication qui, d’après Heller et Lucæ, accompagne souvent cette forme de méningite.
Les troubles d’équilibre qui persistent longtemps après la convalescence, chez un certain nombre de malades, permettent de supposer qu’il y a encore chez eux une cause d’irritation des canaux demi-circulaires ; il faut se rappeler cependant que certaines lésions cérébrales ou cérébelleuses provoquent des phénomènes analogues.
Les malades atteints de méningite épidémique ne deviennent pas tous sourds ; on voit même assez souvent des sujets, très gravement frappés-, conserver l’ouïe, que d’autres, chez lesquels l’affection a été bénigne, perdent complètement.
La surdité apparaît d’ordinaire dans la première ou dans la deuxième semaine de la maladie (Moos, Knapp, Politzer). Elle est le plus souvent bilatérale et absolue des deux côtés, ou absolue d’un côté seulement, avec conservation d’un peu d’audition de l’autre.
Les troubles d’équilibre, plus fréquents chez les enfants que chez les adultes, s’observent dans les trois quarts des cas et peuvent durer plusieurs mois. Exceptionnellement, on les rencontre encore au bout d’une année.
Des bourdonnements de nature variable coexistent dans un grand nombre de cas avec la surdité.
Parfois on constate aussi des troubles visuels binoculaires, des modifications de la parole ou d’autres paralysies.
Le pronostic des désordres auditifs qui succèdent à la méningite cérébro-spinale est grave ; le retour complet de l’ouïe est une exception ; l’amélioration qu’on observe quelquefois sur l’une ou l’autre oreille ne se maintient pas toujours.
D’après Moos, l’apparition de bourdonnements et la perception des sons aigus permettent d’espérer une terminaison favorable.
La thérapeutique reste en général impuissante. Les diaphoniques, les fondants, les altérants, la strychnine et l’électricité ont été essayés sans résultat bien manifeste.
L 'apoplexie cérébrale est fréquemment précédée de bourdonnements, mais elle est rarement accompagnée de surdité. Moos a observé des troubles auditifs dans l’hémorrhagie de la protubérance et du cervelet.
Le cerveau peut être le siège de tumeurs volumineuses, d’un ramollissement ou d’une sclérose étendue, sans qu’il en résulte un trouble quelconque dans la fonction de l’oreille, si la lésion n’envahit pas les noyaux d’origine, les racines ou le tronc du nerf acoustique (Calmeil, Ladame). Lorsque la surdité se produit, elle siège généralement du côté de la lésion seulement, à moins que le cervelet ne soit envahi. Dans ce cas une lésion unilatérale est susceptible de produire une surdité bilatérale (Schwartze).