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MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST

L’hydrocéphalie interne aiguë ou chronique donne souvent lieu à la surdité, par suite d’un ramollissement ou d’une adrophie des noyaux d’origine du nerf acoustique.

La surdité qui accompagne les affections cérébrales n’est pas toujours absolue ; elle peut être incomplète ou partielle. Dans la surdité incomplète, le malade entend encore les sons ou les bruits forts et la voix élevée, avec ou sans le concours d’un cornet acoustique. Dans la surdité partielle, l’audition pour les bruits et les sons musicaux peut être conservée dans une certaine mesure, alors qu’il y a surdité absolue pour la parole.

D’après les recherches nécroscopiques de Wernicke, de Kahler et Pick, de Broadbent, de Fritsch et de Hollander, ce genre de surdité est la conséquence d’une lésion de la première circonvolution du lobe temporal gauche du cerveau.

§XIII. — Troubles d’audition dus à une parésie ou à une paralysie du nerf acoustique, sans lésion connue jusqu’à ce jour.

En général, la parésie ou la paralysie de l’appareil nerveux acoustique est le résultat d’une lésion matérielle, d’une modification anatomique de cet appareil soit dans sa portion centrale, soit dans ses expansions périphériques ; mais on observe aussi des troubles fonctionnels qui se présentent avec un caractère tel, qu’on ne saurait les attribuer à une lésion organique.

378 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE. Une surdité subite, accompagnée de pâleur de la face, de nausées, de vertiges, de bourdonnements avec tendance à la syncope, peut être provoquée par une paralysie subits des nerfs vaso-moteurs. Ces troubles s’observent principalement chez les femmes nerveuses et anémiques; ils ne durent que quelques instants. Politzer les a vus se produire d’une façon intermittente pendant plusieurs mois, chez une de ses malades, qui fut guérie par la galvanisation du sympathique cervical. On ne sait rien sur la cause première de ces phénomènes.

On a observé des troubles subits de l’ouïe, chez les rhumatisants (Moos, Politzer), ou à la suite de l’action d’un courant d’air froid (Bing, Schneider), avec intégrité absolue de l’oreille moyenne. Ce genre de surdité, déjà signalé par Triquet, Toynbee et Erhardt, et attribué par ces auteurs à une paralysie rhumatismale, cède ordinairement à l’électrisation parles courants continus.

Des troubles d’ouïe peuvent se produire par voie réflexe : Scanzoni a vu mainte fois l’application de sangsues au col utérin déterminer une surdité passagère. La névralgie du trijumeau donne lieu quelquefois à des bourdonnements et à une surdité d’origine réflexe, mais les troubles qu’on observe ne sont pas toujours de nature nerveuse ; ils peuvent être liés à un état congestif et même à une suppuration de l’oreille moyenne provoquée par la névralgie de la cinquième paire (Gellé).

La surdité se rencontre chez les hystériques ; elle coïncide généralement avec d’autres troubles nerveux du côté affecté (anesthésie et paralysie) et avec une hypéresthésie du côté opposé. Elle disparaît quelquefois aussi subitement qu’elle est apparue, ou passe

MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST. 379 d’un côté à l’autre (transfert), sous l’influence des aimants ou de la métallothérapie (Burcq, Charcot, Rosenthal) ; elle peut être guérie par un traitement métallique interne (Burcq, Habermann).

La surdité nerveuse indépendante de l’hystérie, dont le diagnostic ne doit jamais être porté que sous toutes réserves, peut, comme la surdité hystérique, guérir spontanément; mais cette éventualité n’autorise pas l’inaction. Au début de la maladie, qu’elle soit accompagnée ou non d’hyperesthésie et de bourdonnements, on devra garantir l’organe affecté contre toute excitation violente, garnir les oreilles de ouate, pour amortir les bruits extérieurs.

Si la surdité est survenue à la suite d’un refroidissement, ou si elle est de nature rhumatismale, elle cède quelquefois aux injections hypodermiques de nitrate de pilocarpine. D’autres fois, on obtient de bons résultats par l’application d’une mouche de Milan à l’apophyse mastoïde, par les insufflations de vapeur d’éther à travers les trompes d’Eustache, par l’iodure de potassium à l’intérieur.

Si, après quelques semaines de traitement, on ne constate pas d’amélioration, on administrera la strychnine à l’intérieur (5 à 1S milligrammes), ou en frictions à l’apophyse mastoïde, sous forme de pommade :

Sulfate de strychiuine. I décigramme.

Vaseline. 8 grammes;

ou encore :

Teinture de noix vomique. 6 grammes.

Baume de Fioraventi. 6 grammes ;

deux frictions par jour.

On aura recours à la galvanisation, si aucun de ces moyens ne donne de résultat satisfaisant.

Électrisation de l'oreille. — h'électrisation de l’oreille se fait d’après des procédés particuliers dont on doit la découverte aux intéressantes recherches du D r Brenner, de Saint-Pétersbourg (1). Avant de les étudier, je vais faire connaître les phénomènes qui se produisent dans cet organe sous l’influence de l’électricité, à l’état physiologique et à l’état pathologique. Chaque fois que le pôle négatif d’une pile est en rapport avec le conduit auditif externe ou avec le tragus d’une oreille saine, et le pôle positif avec un point quelconque du corps, il se produit au moment de la fermeture du circuit un son analogue à celui que donne une pièce d’argent tombant sur le parquet; ce son dure quelques secondes pendant que le courant passe, et disparaît ensuite complètement. L’ouverture du circuit ne donne pas de sensation acoustique.

Lorsque le pôle positif se trouve dans l’oreille et le pôle négatif sur une autre partie du corps, la fermeture du circuit n’est accompagnée d’aucun phénomène sonore ; le courant passe sans donner lieu à une réaction, mais il se produit un léger son, aussitôt qu’on ouvre le circuit. Sous l’influence d’un courant de faible intensité, le son ne se produit pas, ou bien il est remplacé par un bourdonnement, ou par une crépitation, c’est-à-dire que l’intensité du bruit dépend de la force du courant. Elle varie aussi avec l’âge;

(1) Untersuchung und beobachtungen uber die Wirkung électrise fier strôme auf das Gehôrorgan im gesunden und krunken Zustande. Leipzig, 1868.

MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST. 381 les jeunes sujets y sont plus sensibles que les adultes.

Le phénomène sonore obtenu avec un certain nombre d’éléments (excitabilité primitive du nerf acoustique) peut être reproduit, immédiatement après, avec un nombre d’éléments moindre (excitation secondaire).

Si, après avoir diminué le nombre de couples, on laisse passer pendant quelque temps l’électricité au moment où le pôle positif est en contact avec l’oreille, on obtient, en renversant le courant, une sensation sonore beaucoup plus forte (excitation tertiaire). Le son reste, en général, localisé à l’oreille qu’on électrise.

Outre le son, on constate, chez les sujets électrisés, aux différents temps de l’opération, divers autres phénomènes, dont quelques-uns sont parfois si pénibles pour les malades, qu’ils deviennent un obstacle absolu à la galvanisation. Ces phénomènes accessoires sont les suivants :

Douleur. — La douleur est une des manifestations qui accompagnenttoujoursl’électrisation; elle est généralement légère, mais devient d’autant plus vive que le nombre de couples introduit dans le circuit est plus grand, et que l’électrode a moins de surface. Elle se produit dans l’intérieur de l’oreille, sous forme d’élancement, lorsque le pôle négatif se trouve dans le conduit auditif, au moment de la fermeture du courant, et sous forme de brûlure pendant son passage ; elle est suivie d’une sensation de désobstruction de l’oreille. Elle se fait sentir en dehors de l’oreille, à l’endroit où est placé le pôle négatif, lorsque le pôle positif est dans le conduit, au moment de la fermeture du courant

382 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, et pendant son passage; elle est suivie d’une sensation d’obstruction auriculaire.

Contractions musculaires. — Chez quelques personnes, enfants et femmes nerveuses surtout, on observe des contractions musculaires de l’orbiculaire des paupières, du zygomatique, du sourcilier, du frontal, de l’occipital. Presque toutes accusent des secousses au fond de l’oreille et sur le tympan. Chez un névropathe amputé du bras gauche, j’ai constaté une contracture violente du bras droit, pendant que le malade accusait une sensation de brûlure dans la main et principalement dans le pouce gauche qui n’existaient plus.

Les contractions musculaires et les secousses dans l’oreille s’observent lorsque le pôle négatif est dans l’oreille, au moment de la fermeture du circuit.

Vertiges et sensations lumineuses. — La fermeture du courant, lorsque le pôle positif est dans l’oreille, donne lieu à des vertiges et à des sensations lumineuses (éclairs). Ces dernières sont de courte durée, tandis que les vertiges se prolongent quelquefois pendant le passage du courant, et sont accompagnés de nausées ou de vomissements qui, exceptionnellement, persistent encore quelque temps après l’électrisation. La fermeture du courant pendant que le pôle négatif est dans l’oreille ne produit que rarement des vertiges. Ce phénomène est surtout marqué lorsqu’on place les deux électrodes en deux points symétriques des deux moitiés de la tête, et il est d’autant plus faible, qu’elles occupent une ligne plus parallèle à l’axe longitudinal du corps (Urbantschitch).

La galvanisation donne quelquefois naissance à des

MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST. 383 mouvements de déglutition, à une salivation plus ou moins abondante, à des accès de toux et presque toujours, à une sensation métallique avec fourmillements sur la langue du côté électrisé, par suite de l’excitation de la corde du tympan. Mais aucune de ces manifestations n’est susceptible d’entraver l’opération.

Les sons, les vertiges et les sensations lumineuses se produisent aux mêmes temps de l’électrisation, que l’une des électrodes se trouve dans le conduit auditif externe ou dans la trompe d’Eustache. Mais dans ce dernier cas, on observe quelques phénomènes accessoires particuliers : La fermeture du courant, pendant que le pôle négatif est dans la trompe, provoque une douleur dans l’arrière-gorge et le long du muscle sterno-mastoïdien, une sensation de piqûre et des battements dans l’oreille, un goût métallique et des battements sur la langue, un goût métallique ou soufré au palais, un resserrement de la gorge et quelquefois des douleurs dans les molaires du côté électrisé, toutes manifestations qui persistent plus ou moins longtemps pendant que le courant passe.

Dans une oreille malade la réaction galvanique dépend beaucoup des conditions dans lesquels se trouve le conduit auditif et la caisse. La résistance que rencontre l’électricité dans ces deux régions est la cause la plus fréquente des difficultés qu’on éprouve à déterminer la formule. Le nerf se trouve rarement dans un état torpide ; plus souvent il est hypérestésié. D’après Brenner, il se trouve dans un état anormal d’hyperesthésie, chaque fois que le son se produit sous l’influence d’un petit nombre de couples au moment de la fermeture

384 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, du courant et se prolonge pendant un certain temps après cette fermeture, lorsque le pôle négatif est dans l’oreille. Il est également hypéresthésié s’il y a une réaction sonore au moment de la fermeture du courant et pendant son passage, lorsque le pôle positif est dans l’oreille, et aussi lorsqu’elle se produit dans l’oreille non électrisée. Ces anomalies s’observent principalement dans les affections de l’oreille moyenne où le nerf, par suite d’un repos relatif, est devenu plus sensible. Des bruits subjectifs accompagnent toujours ce genre d’hypéresthésie. Pour les guérir, il faut d’après le même auteur, éviter autant que possible toute excitation galvanique du nerf, intercaler dans l’appareil un rhéostat, et faire pénétrer le courant peu à peu dans l’oreille où se trouve placée l'électrode positive, laisser le courant fermé pendant quelque temps, et ne l’ouvrir qu’après avoir diminué progressivement les résistances. On atténue ainsi notablement les bruits, qui augmentent au contraire au moment de la fermeture du courant et pendant son passage, si l’oreille est en rapport avec le pôle négatif, au moment de l’ouverture du courant, si elle est en contact avec le pôle positif. L’atténuation la plus marquée s’obtient par le renversement brusque du courant du pôle négatif au pôle positif

Dans le cas de surdité avec modification de la formule physiologique des manifestations sonores, Brenner recommande : 1° lorsqu’un son se produit au moment de la fermeture du circuit et pendant son passage, le pôle positif étant dans l’oreille, de faire arriver le courant d’une façon graduelle, puis de l’ouvrir brusque-

MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST. 385 ment lorsqu’il est en pleine force; 2° lorsque le son produit par la fermeture du courant, le pôle négatif occupant l’oreille, est trop faible, de renforcer le courant, de faire sortir peu à peu le malade du circuit, et d’éviter tout renversement du pôle négatif au pôle positif.

La théorie de Brenner a rencontré des adversaires systématiques et despartisansenthousiastes(l). Pour les uns l’électrisation faite d’après les indications du maître donnerait des résultats excellents, pour les autres, les effets de cette médication seraient nuis. D’après mes recherches personnelles, cette méthode n’a pas au point de vue du diagnostic la valeur que lui attribue son auteur; mais elle a pour la thérapeutique une importance réelle, et, sans en attendre les effets merveilleux annoncés par quelques praticiens, je crois quelle peut rendre de très grands services.

Je l’ai employée avec avantage : 1° Gomme traitement complémentaire dans le catharre chronique de l’oreille moyenne (électrisation tubaire) ; 2° dans quelques cas de surdité syphilitique après le traitement spécifique ; 3° dans la surdité hystérique"; 4° chez un certain nombre de malades contre les bourdonnements.

Je me suis servi de l’appareil de Ruhmkorf, au bisulfate de mercure. Cet appareil est composé de 42 couples

(D Schwartze fait observer qu’on rencontre des cas dans lesquels un nerf sain ne donne pas la formule de réaction et d’autres dans lesquels le retour à l’état normal d’une formule altérée quantitativement se fait sans amélioration de l’ouïe. Benedikt, qui rejette également la théorie de Brenner, considère les alternatives voltaïques comme le meilleur traitement galvanique local.

Lévi.

386 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, (charbon, zinc) fixés sur une planchette qui porte à son milieu un commutateur pour renverser le courant, et, à ses parties latérales, deux demi-cadrans sur lesquels tourne une aiguille destinée à faire entrer dans le circuit et à en faire sortir à volonté un ou plusieurs couples. Une crémaillère permet de plonger

les couples dans le liquide à telle profondeur qu’on juge convenable, et d’augmenter ou de diminuer progressivement la quantité d’électricité (flg. 77).

L’une des électrodes est fixée sur un tampon de charbon recouvert de peau de daim, si on veut l’appliquer à la nuque, à l’apophyse mastoïde, ou dans la région sternocléido-mastoïdienne, sur un cylindre métallique

MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST. 387 si on veut la placer dans la main. L’autre est mise en rapport avec une tige métallique recouverte d’un vernis isolant et munie à son extrémité d’une petite éponge, ou avec le pavillon d’une sonde métallique couverte aussi d’un vernis isolant et garnie d’un petit morceau d’éponge du côté de son bec, suivant qu’on veut faire arriver le courant par le conduit auditif externe, ou par la trompe d’Eustache. Avant de mettre les électrodes en place il faut les humecter avec un peu d’eau salée ; on mettra également un peu d’eau tiède salée dans le conduit auditif, après s’être assuré qu’il ne renferme ni bouchon de cérumen ni corps étranger.

Les courants induits, dont Duchenne de Boulogne a obtenu quelques résultats, ne sont plus guère employés aujourd’hui dans le traitement des maladies de l’oreille, parce qu’ils sont extrêmement douloureux, et que leur graduation est difficile.

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