CORNETS ET INSTRUMENTS ACOUSTIQUES
Les cornets acoustiques sont destine's à faciliter l’audition aux sourds qui n’entendent plus la voix élevée, même quand on leur parle tout près de l’oreille.
Ces instruments sont d’autant plus efficaces que la surface qui reçoit les ondes sonores, pour les réfléchir vers la membrane du tympan, est plus étendue.
Les cornets en tôle, en argent, en platine, en fer-blanc battu sont ceux qui renforcent le mieux les sons, mais ils provoquent quelquefois un ébranlement douloureux du nerf acoustique qui oblige les malades à les abandonner et à se servir d’instruments en bois, en corne, en ivoire ou en caoutchouc durci.
La forme et le volume des cornets acoustiques sont des plus variés.
Dans l’intérieur des appartements et pour entendre la voix d’une seule personne, les sourds emploient volontiers le tube acoustique ou porte-voix qui leur facilite notablement l’audition. Il se compose d’un tuyau conique de 0 m ,80 formé d’un fil de fer enroulé en spirales serrées de 7 mm de diamètre environ. Ce fil de fer est enveloppé d’une lame de cuir que recouvre un épais tissu de laine. L’une des extrémités du tube est munie d’un entonnoir de corne, en forme de coupe, destiné à recueil-
412 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, lir la parole, l’autre porte un embout recourbé à angle droit qui se place dans l’oreille (flg. 78).
Les cornets brisés ou en trompette (flg. 79), les cor-
Fig. 78. — Tube acoustique.
nets paraboliques (flg. 80) font entendre à une distance un peu plus grande ; on leur adonné des dimensions qui
Fig. 79. — Cornet brisé ou Fig. 80. — Cornet paraboen trompette. lique.
permettent aux malades de les mettre dans leur poche et de les utiliser au dehors. Burckhardt-Merian a fait construire un cornet à tirage en tôle, susceptible par
CORNETS ET INSTRUMENTS ACOUSTIQUES. 413 sa forme de retenir une très grande quantité d’ondes sonores et de rendre ainsi l’audition de la parole plus nette. Les bords de la partie évasée de l’instrument sont renversés en dedans, de façon à éviter autant que possible la diffusion du son, dont la concentration vers le tympan est encore favorisée par la présence à l’entrée du pavillon d’une lame métallique qui en ferme presque entièrement l’ouverture, et empêche les ondes sonores de se répandre au dehors.
Mais tous ces appareils, quoiqu’ils renforcent très bien la voix, ne répondent pas tout à fait aux désirs des sourds, qui cherchent surtout à dissimuler leur infirmité. On a fabriqué dans ce but des cornets invisibles qui se placent dans le conduit auditif, et des conques artificielles qui sont facilement dissimulées par les cheveux.
On a eu l’idée ingénieuse de fixer des cornets sur des cannes, sur des éventails et même dans l’intérieur des chapeaux; les malades aisés achètent volontiers ces appareils pour aller au spectacle; malheureusement ils n’en obtiennent pas pour l’audition à distance tous les résultats qu’ils en attendent.
Dans ces dernières années, il a été beaucoup discuté sur la valeur des instruments acoustiques inventés en Amérique. Connus sous le nom d’audiphones et de dentaphones, ces instruments sont destinés à transmettre au nerf acoustique les vibrations sonores par l’intermédiaire des os du crâne ; ils rendent de réels services aux sourds qui sont atteints d’une maladie de l’oreille moyenne etdont l’appareil nerveux est intact, mais sont sans aucune utilité lorsque la perception crânienne est abolie.
L’audiphone de Rhodes se cqmpose d’une lame flexible en caoutchouc durci ou en carton vernis (Colladon) longue de 35 centimètres et large de 20 centimètres. Cette lame est munie, à son bord inférieur, d’un anneau destiné à être tenu à la main; son bord supérieur arrondi porte une petite plaque métallique qu’on maintient solidement entre les dents. En tirant sur l’anneau on donne à la lame une légère courbure à concavité inférieure. Les ondes sonores viennent frapper cette surface concave, se transmettent aux dents et, par l’intermédiaire des os du crâne, au labyrinthe.
Le dentaphone se compose d’une lame de métal reliée par un fil de soie à un cornet téléphonique, dans lequel on parle pendant que la lame métallique est placée entre les dents du sourd.
Le phonophore (Paladino) est une tige rigide ou flexible de 50 à 80 centimètres, garnie à l’une de ses extrémités d’un arc métallique que la personne qui parle applique sur son larynx ; l’autre extrémité porte une petite plaque légèrement concave que le malade met en rapport avec les dents ou avec l’oreille.
Le microphone, associé au téléphone, sera peut-être appelé un jour à rendre plus de services qu’aucun des instruments imaginés jusqu’à présent.
L’usage des cornets acoustiques ne doit être conseillé aux malades que lorsqu’ils ne perçoivent plus que difficilement la parole, et si la main placée derrière le pavillon ne suffit plus pour renforcer les sons. Autant que possible, ils ne se serviront de ces instruments que d’une façon intermittente, car l’ébranlement violent qu’ils im-
CORNETS ET INSTRUMENTS ACOUSTIQUES. 415 priment au nerf acoustique finirait peu à peu par éteindre ce qui lui reste de sensibilité.
Les mêmes instruments n’ayant pas une égale efficacité çhez tous les sourds, il faut en essayer de plusieurs formes pour chaque malade, et choisir celui avec lequel il entend le mieux la parole sans éprouver d’impression désagréable.