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SURDITÉ SIMULÉE. — SURDITÉ DISSIMULÉE

Le désir d’obtenir une indemnité pécuniaire amène quelquefois à simuler la surdité des individus blessés dans une rixe, ou à la suite d’un accident arrivé dans un établissement industriel. Mais ce genre de simulation est surtout fréquent dans l’armée, soit avant, soit après l’incorporation, chez des jeunes gens à qui la peur ou l’intérêt inspire de l’aversion pour la carrière militaire.

La surdité est d’autant plus facile à simuler qu’elle n’exige de la part du fraudeur que de l’inertie et de la ténacité, et que le chirurgien, malgré les moyens d’investigation dont il dispose, n’est pas toujours à même de se prononcer sur l’existence ou la non-existence d’un trouble auditif, ni sur son degré de gravité.

Plusieurs moyens ont été recommandés pour dévoiler la simulation : les uns, simples et rapides, peuvent être utilisés devant le conseil de révision; les autres, plus compliqués et plus longs, ne sont applicables que dans une séance spéciale.

Surdité unilatérale . — La physionomie d’un malade dont une seule oreille est sourde a une expression toute particulière, par suite de la nécessité où il se trouve de tendre l’oreille saine et de la diriger vers la

SURDITÉ SIMULÉE. — SURDITÉ DISSIMULÉE. 417 source sonore; mais cette expression, facile à imiter, ne suffisant pas pour imposer la conviction, on peut avoir recours à l’une des expériences suivantes :

1° On bouche l’oreille saine avec un peu d’ouate, après s’être assuré que son acuité auditive est normale, et l’on adresse quelques questions au malade sur un ton de voix moyenne, à une distance de quelques pas. S’il déclare ne rien entendre, c’est un simulateur; car une oreille normale n’est jamais rendue très sourde par la simple obturation; elle peut même percevoir la voix chuchotée à une faible distance.

2° On place un diapason en vibration sur le sommet de la tête, après avoir bouché l’oreille saine avec le doigt. Si le malade affirme n’entendre de son dans aucune oreille, c’est un stimulateur, car il doitle percevoir renforcé dans l’oreille bouchée (Chimani).

3° Deux branches d’un otoscope biauriculaire étant introduites dans les oreilles du malade, on maintient un diapason en vibration devant l’extrémité libre de la troisième; pendant ce temps là, et en dehors de l’attention du sujet, on comprime alternativement l’un ou l’autre des tuyaux qui se rendent aux oreilles. S’il déclare entendre un son au moment où l’on comprime le tuyau correspondant au côté sain,c’est un fourbe, car le son n’arrive pas à son oreille dans ces conditions (Goggin) ; on pourra également le considérer comme un simulateur s’il dit ne rien entendre du tout.

4° On introduit deux tuyaux d’un otoscope à trois branches dans les oreilles du malade et on place sur sa tête un diapason en vibration. L’observateur, dont l’oreille reçoit la troisième branche de l’otoscope,

418 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, comprime alternativement l’un ou l’autre des deux tuyaux. Si le son qui lui arrive à travers l’oreille déclarée malade est beaucoup plus faible que celui qui lui vient par l’oreille saine, la surdité peut être considérée comme réelle, car les ondes sonores qui parviennent à l’oreille par les os du crâne se propagent d’autant mieux au dehors que l’appareil conducteur est plus intact (Lucæ, Politzer).

5° Teuber recommande un procédé dont il a obtenu de bons résultats. Le médecin se tient dans une chambre, il fait assister le malade par deux témoins dans une chambre voisine. Le mur de séparation des deux pièces est percé de deux trous assez rapprochés l’un de l’autre, à travers. lesquels passent deux tuyaux métalliques. Du côté du malade, chacun des tuyaux est muni d’un tube en caoutchouc destiné à être introduit dans ses oreilles. Chacun de ces tubes porte latéralement un autre tuyau en caoutchouc que les témoins font aboutir à leur propre oreille. Le médecin parle à travers les tuyaux métalliques tantôt dans la bonne oreille du malade, tantôt dans la mauvaise; les témoins entendront en même temps que lui. Lorsque l’opération se fait rapidement, le simulateur se trouble et ne sait plus dans quelle oreille on lui a parlé. S’il répond au moment ou le témoin placé du côté affecté entend la voix du médecin, il ne reste pas de doute; la fraude est évidente.

6° Le procédé de Muller, moins compliqué que celui de Teuber, consiste à faire prononcer d’abord devant l’oreille saine, à travers un tube ou un cornet de papier, différents mots aussi bas et aussi vite que possible, de répéter ensuite la même expérience du côté malade. Si

SURDITÉ SIMULÉE. — SURDITÉ DISSIMULÉE. 419 les deux expérimentateurs alternent rapidement, le simulateur ne tardera pas à se troubler, et à répéter des mots prononcés devant l’oreille dont il se dit sourd.

T Preusse se sert du téléphone pour reconnaître la surdité unilatérale. Son procédé est basé sur le fait suivant découvert par Thompson : chez un sujet sain la sensation auditive paraît se produire à l’occiput lorsque deux téléphones appliqués aux oreilles sont compris dans un circuit galvanique ; elle ne se produit que dans l’oreille qui communique avec le téléphone lorsqu’on n’opère que sur un côté.

Si, au moyen d’un mécanisme spécial, on fait pénétrer un bruit tantôt dans une oreille, tantôt dans les deux à la fois sans que le malade soit prévenu, on arrive a reconnaître la fraude. Tout sourd qui accuse une sensation acoustique à l’occiput quand les deux oreilles sont en communication avec le téléphone est un simulateur : est également un simulateur celui qui accuse une sensation sonore quand le téléphone qui est en rapport avec l’oreille est seule à fonctionner. Cette méthode ne fournit pas toujours des résultats très précis.

Surdité bilatérale. — Elle est fréquemment simulée et souvent avec une rare ténacité. L’homme réellement sourd offre un aspect caractéristique. Au moment où on lui adresse laparole, saphysionomiedevientanxieuse, ses yeux largement ouverts se fixent sur l’interlocuteur et guettent les moindres mouvements de ses lèvres pour y lire les paroles qu’il va prononcer, sa voix est monotone et peu modulée. Le simulateur, lui, reste impassible, il se donne un air stupide, baisse les yeux et n’ose regarder en face les personnes qui l’interrogent.

Si la surdité est absolue, et que ni l’exploration de l’oreille ni les anamnestiques ne permettent de croire à la réalité de l’infirmité, on peut avoir recours à l’un des nombreux moyens de surprise recommandés par les auteurs, moyens qui doivent naturellement varier suivant le degré d’intelligence du simulateur. La menace d’un conseil de guerre, l’accusation brusque d’un crime peuvent impressionner un homme d’une intelligence médiocre et laisser tout à fait calme un simulateur intelligent.

Si la surdité, sans être absolue, est prononcée, mais inégale des deux côtés, on aura recours aux procédés employés pour la surdité unilatérale.

Surdité dissimulée. — Il est beaucoup plus difficile de dissimuler une surdité que de la simuler. On rencontre cependant quelquefois ce genre de fraude chez les jeunes gens qui se préparent aux écoles militaires, chez ceux qui veulent contracter un engagement volontaire, et chez certains employés des chemins de fer que l’administration ne peut accepter s’ils sont atteints dedysécée.

Pour éviter toute erreur il ne suffit pas d’observer la physionomie des candidats, il faut encore se placer derrière eux à une distance de 4 mètres, leur faire boucher alternativement l’une et l’autre oreilles, et prononcer à voix ordinaire quelques phrases qu’ils devront répéter ou écrire sur un tableau. On procédera à l’exploration méthodique des oreilles pour connaître la cause de la surdité, si cette épreuve ne leur est pas favorable.

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