‹ Manuel pratique des maladies des yeuxChapitre 11 sur 74 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

MALADIUS BU GLOBE DX L CEJX

C'est dans ce chapitre que nous aurons à étudier les maladies que l'on désigne sous le nom général d'ophthalmies. Je dois répéter que, dans cette étude, nous ferons abstraction de toute complication. Nous considérerons ces affections à l'état d'inflammation franche , sans nous occuper de la constitution des sujets et de toute cause spécifique. Eu procédant ainsi du simple au composé, il nous sera facile de montrer, dans un autre chapitre, tout le vide et toute la futilité d'une foule de divisions et de subdivisions que l'on a pu formuler tout à son aise dans le silence du cabinet, mais qui sont loin d'être sanctionnées par l'expérience et par une saine observation. IN'allons pas plus avant sur ce sujet, et passons immédiatement à l'examen des maladies des divers tissus qui entrent dans la contexture du globe oculaire.

Maladies de la conjonctive oculaire.

Les principales maladies dont la conjonctive oculaire peut être le siège, se rapportent toutes en définitive à l'inflammation de cette membrane, et à certaines modifications organiques qu'elle éprouve à la suite de cette inflammation.

m MALADIES DU GLOBE DE L'ŒIL.

Inflammation de la conjonctive oculaire.

C'est là , d'après les divisions établies par M. Velpeau, la conjonctivite proprement dite. La membrane muqueuse du globe de l'œil, renfermant les mêmes éléments que celle des paupières , est sujette aussi à plusieurs nuances inflammatoires qu'il est bon de connaître. Nous étudierons donc ici la conjonctivite simple , la conjonctivite accompagnée de chémosis, la conjonctivite partielle, la conjonctivite papuleuse , la conjonctivite granuleuse , et enfin les différentes espèces de conjonctivites purulentes.

A. Conjonctivite simple, — Cette première nuance, la plus bénigne de toutes celles que nous avons à étudier, est aussi la plus fréquente. Les causes qui peuvent la produire sont nombreuses : les refroidissements subits , les travaux forcés de cabinet, l'exposition prolongée à une vive lumière, l'habitation dans des appartements fortement chauffés, les excès de table, exercent sans contredit une grande influence sur le développement de cette phlegmasie. Il faut ajouter à cela les corps étrangers introduits entre Fœil et les paupières. Quelle que soit d'ailleurs la cause qui ait produit l'inflammation, la conjonctivite simple se présente avec les caractères suivants : les malades éprouvent au début une légère démangeaison entre l'œil et les paupières; bientôt la conjonctive revêt une couleur d'un rouge plus ou moins vif, tirant quelquefois sur le jaune, sur le rouge briqueté, et quelquefois sur le pourpre et le violet. On distingue alors une foule de petits vaisseaux de grosseur variable, entrecroisés de plusieurs manières, mobiles

CONJONCTIVITE. M

et si faciles à déplacer qu'il est évident qu'ils ont leur siège dans le tissu conjonctival. Ces vaisseaux sont d'autant plus petits et plus fixes qu'on les examine plus près de la cornée. On les voit se terminer insensiblement à une ligne environ de cette membrane, ou bien se recourber en ce point pour s'anastomoser avec les vaisseaux profonds. Je dois ajouter cependant que, lorsque l'inflammation est intense, il n'est pas rare de voir quelques filets sanguins arriver jusqu'à la circonférence de la cornée et se prolonger même plus ou moins sur cette membrane. J'ai observé à l'hôpital de la Charité, dans le service de M. Velpeau, plusieurs cas de ce

genre. Chez une jeune fille de dix-neuf ans, at- 1 • î .J... , A, ' .

teinte de conjonctivite intense du cote gauche,

j'ai vu très distinctement sept vaisseaux de la

conjonctive qui se prolongeaient à plus d'une

ligne sur la cornée.

A travers la rougeur de la conjonctive , il est ordinairement facile de distinguer la couleur blanche de la sclérotique. C'est là un signe qu'on ne doit pas perdre de vue, car il peut être d'un grand secours pour le diagnostic.

Outre ces caractères anatomiques, il en est de fonctionnels qui sont dignes de toute l'attention des praticiens. Ainsi la sécrétion muqueuse offre des variétés importantes à noter : tantôt le produit de cette sécrétion est clair, limpide, transparent; tantôt il est plus ou moins trouble, et se concrète facilement. Dans le premier cas, il s'épanche hors de l'œil en plus ou moins grande quantité, ruisselle sur la joue , et produit assez souvent par son âcreté un eczéma sur cette région. Dans le second, il est arrêté par les cils, et se concrète sur le bord libre des

paupières pendant le sommeil, de telle sorte qu'à leur réveil, les malades trouvent leurs paupières collées entre elles; phénomène que nous avons déjà observé en traitant de la blépharite. Quelquefois cette espèce de mucus vient se former en peloton au grand angle de l'œil.

Il importe d'ajouter que cette sécrétion peut ne point exister ; ces cas sont raies , il est vrai ; mais j'en ai observé plusieurs exemples à l'hôpital de la Charité. La conjonctive est alors sèche et offre un aspect luisant. Si cet état persistait quelque temps , on pourrait craindre que ce fût là le début d'une affection excessivement grave, désignée sous le nom de xéronhlhalmie , et dont nous nous occuperons bientôt.

Les douleurs éprouvées par les malades sont cuisantes et augmentées par le moindre mouvement des paupières. C'est ici encore cette sensation de petits graviers dont j'ai parlé en traitant de la blépharite muqueuse.

Plusieurs ophthalmologistes, de beaucoup de mérite d'ailleurs, ont prétendu que l'inflammation de la conjonctive est accompagnée de photophobie et de larmoiement. JV1. Carron du V illards lui-même dit que ces deux phénomènes existent dans les premiers degrés de la conjonctivite. Sans entrer dans de grands détails à ce sujet , nous dirons que cette assertion est contredite par une exacte et judicieuse observation. M. Velpeau a montré un très grand nombre de fois, dans ses leçons cliniques et au lit des malades, que la photophobie et le larmoiement ne sont nullement des symptômes de l'inflammation de la conjonctive , et qu'ils indiquent toujours une affection autre que celle de la mem-

CONJONCTIVITE. Ii»ô

brane muqueuse oculaire. Si ou a avancé, dit M. V cl peau, que ces deux symptômes existent dans la maladie qui nous occupe, c'est que chez les sujets sur lesquels on a fait cette observation, la conjonctivite était accompagnée d'une autre lésion : c'est là d'ailleurs un fait que tous les praticiens éclairés sont à même de vérifier chaque jour.

Une remarque qu'il importe de ne point oublier, puisqu'elle peut être d'un grand secours pour établir un diagnostic différentiel, remarque qui s'applique d'ailleurs à toutes les nuances de la conjonctivite, sauf les cas où le chémosis s'avance trop sur la cornée, c'est que les fonctions visuelles ne sont nullement troublées; les malades distinguent très bien les objets. C'est là un fait dont on peut facilement se couvaincre au lit des malades.

B. Conjonctivite avec chémosis. — Lorsque l'inflammation de la conjonctivite est portée à un liaut degré d'intensité, on observe d'autres accidents qui donnent à la maladie un aspect tout particulier, digne de fixer toute l'attention. La conjonctive revêt alors une couleur vineuse violacée, à peu près uniforme, au milieu de laquelle il est impossible de distinguer les vaisseaux qui entrent dans sa composition, son tissu s'épaissit, les lames celluleuses qui doublent sa face interne et qui la séparent de la sclérotique s'infiltrent de sang; on n'aperçoit plus alors la couleur blanche de la sclérotique. Le devant du globe oculaire offre une surface fongueuse , livide, revêtue d'un poiutillé semblable à celui qu'on observe dans la substance cérébrale à la suite d'une congestion du cerveau. Ce bour-

soufflement, cet épaississement de la conjonctive vient former autour de la cornée un bourrelet, un relief plus ou moins considérable. Ce bourrelet est quelquefois tel que la cornée est cachée en grande partie par lui. On conçoit qu'alors la vision peut être plus ou moins gênée. Cette limite , autour de la cornée du gonflement conjonctival, doit être notée; car si elle ne prouve^ pas d'une manière irrévocable que la membrane muqueuse oculaire se termine à la circonférence de la cornée, du moins elle met hors de doute que cette membrane contracte sur ce point une très grande adhérence avec les tissus sous-jacents.

Arrivée à ce point d'exaltation , la conjonctivite est presque toujours accompagnée de fièvre, de sécheresse de la peau, de douleurs de tête et de dérangement du tube intestinal.

Cet état inflammatoire de la conjonctive pourrait être comparé, sous plusieurs rapports, à î'érysipèle plilegmoneux que l'on observe dans les autres régions du corps. C'est là une première variété du chémosis: c'est le chémosis inflammatoire ou phlegmoneux.

Lorsque le gonflement de la conjonctive est porté à un degré très élevé, et qu'on ne l'attaque pas par les moyens énergiques dont nous parlerons bientôt, on s'expose à voir se former des étranglements partiels qui amènent la suppuration et souvent, avec elle, des phénomènes de gangrène. C'est ainsi qu'on a vu la cornée se gangrener tout à coup et tomber tout d'une pièce. Par ses belles recherches anatomiques , M. Dugès a montré d'une manière évidente le mécanisme par lequel s'opère cet étranglement. On peut d'ailleurs s'en rendre facilement compte,

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si on se rappelle ce que j'ai dit sur la distribution des vaisseaux de l'œil.

On le voit, le chcmosis inflammatoire est une affection qui est digne de fixer toute l'attention des praticiens dès le début.

Cet état de gonflement, de boursoufflement de la conjonctive , le chcmosis , en un mot, est loin cependant d'être toujours le résultat du plus haut degré de l'inflammation, comme l'ont prétendu quelques auteurs. Il est bien reconnu aujourd'hui que le chcmosis n'est pas, à proprement parler, une maladie , mais simplement un symptôme morbide, correspondant tantôt à l'état inflammatoire de la conjonctive dont nous venons de parler, tantôt à un autre état particulier qu'il nous reste à examiner; je veux parler du cliémosis séreux ou adcmateux.

Quelquefois, à la suite d'une inflammation légère , non-seuiement chez les sujets d'une constitution lymphatique, mais aussi chez les individus jeunes et robustes , les lamelles cellulcuses sous-conjonctivales s'infiltrent de sérosité, la membrane muqueuse oculaire s'épaissit, se boursouffle par l'accumulation de ce liquide dans son tissu. Sa couleur est d'un jaune-paille, plus ou moins foncé. Ou n'aperçoit plus, comme dans le cas précédent, cette tension des tissus, cette turgescence élastique. La conjonctive peut être, il est vrai, le siège d'un gonflement considérable; mais son tissu est mollasse, conservant presque l'impression du doigt. Cette variété du chcmosis ne cause que peu de douleurs aux malades.

Ce sont là, comme on le voit, deux espèces de chémosis bien distinctes , qu'il importe de ne

m MALADIES Dh «iLOBE DE L'ŒIL.

point confondre dans la pratique , car elies ne

réclament pas les mêmes médications.

C. Conjonctivite partielle. — L'inflammation ne comprend pas toujours la totalité de la conjonctive oculaire; elle peut être bornée à une partie de cette membrane. Lorsqu'elle ne dépend pas d'une cause traumatique , c'est ordinairement à l'un des angles de l'œil et plus particulièrement à l'angle externe qu'on l'aperçoit. C'est pourquoi on lui a donné le nom de conjonctive angulaire. Elle se présente sous la forme d'une plaque rouge, représentant une espèce de ti iangle dont la ba?e se trouve tournée du côté de l'orbite, et le sommet se dirige vers la cornée. Cette plaque de grandeur variable, ressemble à une ecchymose légère; elle est sillonnée de petiis vaisseaux toriueux, mobiles, dont quelques-uns, franchissant les limites de l'inflammation , se prolongent plus ou moins loin. C'est à la sii'tc de cette inflammation qu'on observe quelquefois le ptérygion dont nous nous occuperons bientôt. Je n'entrerai pas dans plus de détails sur les caractères de cette variété de la conjonctivite qui, sauf les limites qui la circonscrivent est comparable de tous points à la conjonctivite simple.

D. Conjonctivite papuleuse. — À la suite de de l'inflammation de la conjonctive, on observe quelquefois à Ja surface de cette membrane des espèces de papules de volume variable, que l'on a confondues avec des ulcérations. Cette affection n'est pas très rare : j'en ai observé plusieurs exemples dans le service de M. Velpeau, cl je me suis convaincu que ce ne sont point là des ulcérations, mais bien de simples aphthes, analogues à ceux qu'on observe sur la membrane

CONJONCTIVITE. IN

muqueuse de la bouche. Pour qu'il y eut ulcération , il faudrait que la membrane muqueuse, qui revêt ces papules, fut détruite : or, celte destruction n'a pas lieu. Ce sont tout simplement de petits gonflements partiels, très circonscrits, de la conjonctive. Eu frottant sur la membrane muqueuse dos paupières, ces papules produisent une sensation de graviers d'un certain volume, situés entre l'œil et les paupières; elles sont aussi une cause perpétuelle d'irritation, si on ne s'efforce de les faire disparaître.

E. Conjonctivite granuleuse. — La plupart des caractères que j'ai indiqués en traitant de la blépharite granuleuse peuvent être appliqués de tous points à la conjonctivite du même nom. Cependant, comme celte dernière maladie offre des symptômes qui lui sont propres, je crois devoir entrer dans quelques détails. C'est particulièrement à cette variété, de même qu'aux inflammations de îa conjonctive en général , qu'il faut rapporter ce que les auteurs ont décrit sous le nom d'ophthalmie calarrhale. Je n'entrerai ici dans aucune discussion sur ce point. J'ai déjà dit que cette question sera traitée plus tard.

La conjonctivite granuleuse se présente à l'état aigu et à l'état chronique. Ce dernier état est, sans contredit, le plus fréquent* mais ce serait se refuser à l'évidence que de nier le premier. J'en ai observé plusieurs exemples dans le service de M. "Velpeau. Pourquoi d'ailleurs les follicules de la membrane muqueuse oculaire ne seraient-ils pas sujets à s'enflammer primitivement , comme les follicules des autres tissus de même nature? Quoi qu'il en soit, voici les principaux caractères qu'on observe dans la conjonctivite granuleuse.

La surface de cette membrane est couverte d'une foule de granulations d'un volume variable; tantôt ces granulations sont rapprochées, agglomérées même dans certains points; tantôt elles sont séparées par un espace plus ou moins grand. Si la maladie persiste, la conjonctive revêt un aspect velouté. La sécrétion muqueuse est soumiseaux mêmes variations quenous avons notées en traitant de la blépharile granuleuse. Tantôt en effet, cette sécrétion est augmentée, et alors son produit peut être ou limpide, ou trouble, ou même purulent. Tantôt au contraire elle est diminuée, ou momentanément abolie. Dans ce dernier cas, il y aurait à craindre le début d'une xérop ht ha Im ie .

La conjonctivite granuleuse donne assez souvent lieu à un épanchement de sérosité dans le tissu de la conjonctive, et de là à un chemosis séreux.

Je l'ai déjà dit, et ceci ne saurait être trop souvent répété, toutes les fois que la conjonctive est seule affectée, on n'observe ni photophobie, ni larmoiement. Les fonctions visuelles ne reçoivent non plus aucune atteinte des affections de cette membrane, pourvu toutefois qu'il n'existe aucune autre lésion.

Telles sont les différentes nuances de la conjonctivite, admises par M. Velpeau. Qu'on ne trouve pas dans toutes ces divisions une pure iuvention de l'esprit; elles sont parfaitement légitimées par l'observation, et nous allons voir l'heureuse influence qu'elles exercent sur la pratique. Il ne faudrait pas croire pourtant que les diverses variétés , que nous venons de passer en revue, sont le plus souvent isolées. Ce sont là, au contraire, les cas les plus rares. On les trouve

TRAITEMENT DE LA CONJONCTIVITE. iSi presque toujours combinées l'une avec l'autre. Mais il est rare qu'une d'elles ne domine pas; et on devine sans peine que sous ce seul point de vue elles méritent une étude toute particulière. D'ailleurs, ce livre s'adresse surtout aux praticiens, et l'on va voir que chacune de ces variétés de la conjonctivite ne réclame pas les mêmes moyens thérapeutiques.

11 me reste maintenant à m'occuper des conjonctivites purulentes; mais comme ces dernières affections n'ont de commun avec les précédentes que le siège qu'elles occupent, je crois devoir faire précéder leur description du traitement

3u'il convient d'appliquer à chacune des nuances e la conjonctivite que nous venons d'étudier.

Traitement de la conjonctivite.

La conjonctivite, comme toutes les autres affections chirurgicales, peut réclamer un traitement général et un traitement local. Celui-là s'adresse à la constitution des sujets, aux symptômes généraux que la maladie peut déterminer dans l'organisme. Celui-ci , au contraire, s'adresse à la lésion elle-même. Dans les diverses nuances de la conjonctivite que nous venons d'étudier, c'est du traitement local surtout qu'il faut espérer la guérison. Je ne veux pas dire par là qu'on doive rejeter les moyens généraux, tels que: saignées, bains, purgatifs, etc.; ce sont là des médications que des circonstances particulières, qu'il est facile de comprendre, rendent quelquefois utiles et même nécessaires. Mais ce que M. Velpeau a clairement démontré par une foule d'expériences faites à l'hôpital de la Charité, eu présence d'un très grand nombre d'élèves, c'est

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que ces moyens indirects aident sans doute la guérison dans plusieurs cas; mais que seuls ils sont le plus souvent incapables de la produire.

Ici encore, comme dans les différentes nuances de la blépharite, c'est aux remèdes locaux qu'il faut demander une guérison radicale. INous allons voir que parmi ces moyens, c'est encore aux topiques astringents qu'il faut accorder la préférence.

Quoique le traitement des diverses variétés de la conjonctivite ne soit pas essentiellement différent, il subit cependant des modifications assez importantes pour que je croie nécessaire d'exposer avec quelques détails la médication particulière qui convient à chacune de ces affections.

A. Traitement de la conjonctivite simple» ■ — Lorsque l'inflammation est légère, il suffit ordinairement de lotionner l'œil avec quelque liquide émollient, tels que : eau de guimauve, de graine de lin , eau tiède même , pour voir là maladie se dissiper après quelques jours. Mais pour peu que la phlegmasie soit intense, ces moyens sont insuffisants ; il faut alors avoir recours aux topiques astringents sous forme de collyres. Le sulfate de zinc, l'acétate de plomb, le nitrate d'argent, sont les substances le plus généralement employées par les praticiens. M. Velpeau s'est convaincu, après une foule d'expériences, que le collyre au nitrate d'argent mérite la préférence. J'ai élé un très grand nombre de fois témoin des beaux résultats obtenus par ce moyen , et je ne puis trop engager les praticiens à en faire usage. En traitant de la blépbarite muqueuse, je me suis assez longue-

TRAITEMENT DE LA CONJONCTIVITE. i$&

ment étendu sur cette médication pour que je me dispense d'entrer ici dans des détails.

Si la phlegmasie est intense, et que le malade soit d'une constitution pléthorique, il convient de débuter par une ou deux saignées générales. Dans ces cas, M. Velpeau s'est quelquefois assez bien trouvé des saignées coup sur coup, d'après la méthode de M. Bouillaud. On peut aussi appliquer quelques sangsues aux tempes. Si l'on observe des symptômes d'embarras gastrique, il convient de faire usage des purgatifs; on doit au reste se comporter ici comme pour toutes les affections morbides.

B. Traitement de la conjonctivite avec chémosis. -— Puisqu'il existe deux espèces de chémosis essentiellement différentes, il doit y avoir aussi un traitement particulier pour chacune d'elles.

Le chémosis inflammatoire ou phlegmoneux réclame avant tout un traitement auti-phlogistique plus ou moins énergique suivant la constitution des sujets et l'intensiié de l'inflammation. Dans ces cas, M. Velpeau s'est plusieurs fois très bien trouvé de l'emploi des saignées dites coup sur coup. Entre autres exemples de ce genre, je citerai le fait suivant : Dans le mois d'avril 1837 , un jeune forgeron , fort et vigoureux, couché au n« 17 de la salle Sainte-Vierge, à l'hôpital de la Charité , était affecté d'un chémosis considérable du côté gauche. Le boursoulflement de ia conjonctive était porté si loin que la cornée était cachée dans presque toute son étendue, et que le bord libre des paupières, renversé en dehors, donnait à l'œil un aspect fongueux. M. Velpeau fait pratiquer cinq saignées dans l'espacé de quarante-huit heures. Trois jours

après le chémosis avait complètement disparu -, il nerestaplus qu'une conjonctivite simplequi céda bientôt à l'emploi de la solution du nitrate d'argent à une dose assez élevée.

Mais s'il est vrai que les saignées coup sur coup ont fait disparaître en peu de temps des chémosis intenses, il convient d'ajouter que, dans un grand nombre de cas, les émissions sanguines seules, quelle que soit d'ailleurs la méthode que l'on adopte , sont insuffisantes , comme j'ai pu m'en convaincre dans le service de M. Velpeau. Aussi les chirurgiens ont-ils proposé d'aider les bons effets de cetle médication par des moyens locaux. Une première idée devait naturellement se présenter à l'esprit; c'était de tenter d'opérer le dégorgement des tissus enflammés ; elle n'a pas échappé aux chirurgiens. On sait que de tout temps on a proposé de pratiquer sur le boursouffleraent de la conjonctive des scarifications. Les anciens pratiquaient cette opération avec des épis de blé. Beaucoup vantées par Demours, employées presque généralement en Angleterre, les scarifications essayées quelquefois par M. Velpeau à l'hôpital de la Charité n'ont pas paru dignes des éloges dont elles ont été l'objet. On comprend facilement que ce moyen ne doit pas être exempt de dangers. Toutefois je dois ajouter que M. le professeur Sanson dit en avoir retiré de très bons effets ; et chacun sait que toutes les assertions de ce chirurgien doivent être prises en grande considération. Mais il existe une autre ressource qui procure le même résultat, et qui est loin d'offrir les mêmes dangers ; je veux parler des sangsues appliquées sur la conjonctive elle- même. En 1817, M. Velpeau fit à Tours, avec M. Bretonneau, plusieurs expériences

TRAITEMENT DE LA CONJONCTIVITE. f»

à ce sujet, et il a déclaré dans ses leçons s'être toujours très bien trouvé de l'emploi de ce moven. Les sangsues doivent être appliquées l'une après l'autre sur la conjonctive, et maintenues en place soit avec les doigts, soit avec un petit verre bien transparent, de telle sorte qu'on puisse voir que la sangsue se fixe sur le cliémosis lui-même , au lieu d'atteindre la cornée. En 1837, j'ai moimême fait usage de ce moven dans le service de M. Velpeau, chez un malade qui guérit dans peu de jours d'un cliémosis très intense. Cependant il ne faudrait pas croire que M. Velpeau proscrive d'une manière absolue les scarifications dans le traitement du cliémosis inflammatoire; il peut se rencontrer des cas où on doit en faire usage ; mais ces cas sont rares ; et le plus souvent le gonflement cède à l'emploi des saignées générales, et aux sangsues appliquées sur la conjonctive. Je dois ajouter que la cautérisation avec le nitrate d'argent en nature est aussi avantageuse , lorsque le gonflement inflammatoire a perdu de son intensité. On peut aussi appliquer des sangsues à la tempe et à l'apophyse mastoïde ; mais il ne faut guère compter sur les bons effets de ce dernier moyen. Voici d'ailleurs le mode de traitement adopté par M. Velpeau. Dès le début, il pratique une ou plusieurs saignées suivant les cas, et fait une ou plusieurs applications de sangsues à langle externe de l'oeil. Si ces moyens sont insuffisants pour juguler l'inflammation, il fait une ou plusieurs applications de sangsues sur la conjonctive. Il est rare que le cliémosis résiste à cette dernière médication. Lorsque le gonflement a diminué, et que la phlegmasie a perdu de son intensité, il pratique une ou deux cautérisations avec le crayon de

m MALADIES DL GLOBE DE LCE1L.

nitrate d'argent, après quoi il dissipe les derniers symptômes de la maladie à l'aide de la solution de nitiate d'argent employée de la même manière que je l'ai indiqué plus haut. C'est par Tusage de ces moyens sagement combinés qne j'ai vu plusieurs fois M. Velpeau guérir en peu de jours des chémosis très intenses.

La seconde variété ou chémosis , le chémosis séreux ou œdémateux est loin de réclamer la même médication. La nature de la maladie n'étant point ici essentiellement inflammatoire , ce n'est plus aux émissions sanguines qu'd Faut avoir recours. Ce sont les purgatifs qui doivent constituer la base du traitement ; et parmi ces moyens, celui qui mérite la préférence est sans contredit le calomel à dose rasorienne. Toutefois, et ceci ne doit pas être oublié, dans le plus grand nombre de cas , cette médication ne suffit pas à elle seule pour amener une guérison complète. Lorsque le gonflement a disparu en partie, et même dès le début, les astringents doivent être employés. Ce seront eux qui produiront la terminaison heureuse et définitive de la maladie. Ici encore c'est la solution de nitrate d'argent qui mérite la préférence. Je dois ajouter néanmoins que cette variété du chémosis est généralement plus tenace que la précédente j et qu'on doit s'attendre à voir persister les derniers symptômes de la maladie pendant un temps plus ou moins long.

C. Traitement de la conjonctivite partielle. — Les moyens thérapeutiques sont ici les mêmes que dans la conjonctivite simple. Il suffit de savoir que, dans la variété dont je parle, la solution de nitrate d'argent doit être employée avec plus de ménagement, et qu'on doit, autant

ii.uihMLM bE LA CONJONCTIVITE. MP

que possible, faire eu sorte que le liquide astringent ne touche que les points de la conjonctive qui sont le siège de l'inflammation.

D. Traitement de la conjonctivite populeuse. — Celte variété est sans contredit plus difficile à dissiper que celles que nous venons d'examiner. Les solutions astringentes sont très souvent insuffisantes. Dans les expériences faites par M. Velpeau à l'hôpital de la Charité, la solution de nitrate d'argent à une dose assez élevée n'a été que d'une utilité très faible. C'est au nitrate d'argent en nature qu'il faut avoir recours en pareils cas. Lorsqu'on pratique cet'e cautérisation, il faut avoir soin d'insti.ler de l'eau fraîche sur la partie cautérisée, immédiatement après l'opération. Par ce moyen, on s'oppose à ce que le caustique atteigne les parties saines. Il importe en outre d'être piévenu d'un phénomène qui accompagne ordinairement l'empioi de ce moyen : les deux ou trois jours qui suivent la cautérisation , les svmptômes s'aggravent et la maladie semble redoubler d'intensité. N'ayez aucune crainte : bientôt un mieux sensible se fait sentir, et après une ou plusieurs cautérisations, la maladie prend évidemment une d'rection heureuse. Toutefois il faut bien savoir que, dans un grand nombre de cas, la guérison se fait attendie pendant un temps plus ou moins long.

E. Traitement de la conjonctivite granuleuse.— D'après ce que j'ai dit sur le siège et les symptômes de cette affection, il est facile de comprendre qu'elle doit être ti è-> tenace. L'expérience ne vient d'ailleurs que trop souvent à l'appui de cette idée. Toutefois je dois ajouter que la conjonctivite granuleuse n'offre pas une

aussi longue résistance aux médications que la blépharite de même nom. Tel est du moins le résultat des observations de M. Velpeau. Nous ne nous arrêterons pas à rechercher la cause de cette différence. C'est là l'expression de faits bien observés ; et il n'en faut pas davantage dans la pratique.

Le traitement de la conjonctivite granuleuse repose sur les mêmes bases que celui de la blépharite du même nom. Pour éviter des répétitions inutiles, je ne crois pas pouvoir mieux faire que de renvoyer le lecteur à ce que j'ai dit sur les moyens que la thérapeutique met à la disposition des chirurgiens contre cette dernière affection. Toutefois je ne puis passer sous silence certaines considérations importantes dans la pratique. Ainsi j'ai dit , en traitant de la blépharite granuieuse, que cette affection ne cédait que rarement aux collyres astringents , et que dans la plupart des cas on était obligé d'avoir recours aux caustiques en nature. M. Velpeau pense que, dans la conjonctivite granuleuse, ce dernier moyen n'est que rarement nécessaire, et que le plus souvent les collyres astringents portés à une dose élevée amènent la guérison. J'ai été plusieurs fois à même de me convaincre de la justesse de cette idée. Parmi les nombreux malades affectés de conjonctivite granuleuse que j'ai observés dans le service de M. Velpeau, je ne me rappelle que trois ou quatre cas où ce chirurgien a eu recours à la cautérisation avec le nitrate d'argent. Il est bien entendu que ceci ne s'applique en aucune manière aux granulations qui dépendent d'une des conjonctivites purulentes que nous allons bientôt examiner. Ou comprend en outre que dans le traitement

CONJONCTIVITES PURULENTES. <S9

de l'affection qui nous occupe, toutes les espèces de pommades doivent être évidemment mises de. côté. Sauf ces modifications, la conjonctivite granuleuse doit être soumise au même traitement que l'inflammation des follicules muqueux de la conjonctive palpébrale.

Conjonctivites purulentes.

Toutes les affections, que les auteurs ont décrites sous le nom d'ophthalmie purulente , peuvent se réduire, quant à leur siège primitif, à deux variétés principales : 1° la blépharite purulente • 2° la conjonctivite purulente. J'ai déjà donné les raisons qui ont porté M. Velpeau à faire cette distinction ; je n'y reviendrai pas.

L'inflammation purulente de la conjonctive règne souvent d'une manière épidémique. Il est peu de pays en effet où elle n'ait exercé quelque ravage. Aussi la science possède plusieurs travaux intéressants sur ce sujet. Chaque épidémie a eu son historien 5 mais, il faut bien le dire, chacun d'eux, entraîné par l'appréciation trop minutieuse de certains symptômes, et peut-être aussi par le goût instinctif de la nouveauté, a été tenté de trouver dans la maladie qu'il avait observée une affection morbide nouvelle. Aussi serait-on porté, à une première lecture de leurs travaux, d'admettre une foule de variétés de conjonctivites purulentes. Cependant, si on examine avec soin et sans prévention aucune, les descriptions qu'ils donnent, on se convaincra facilement que, sans forcer l'analogie, et sans nuire à la pratique, on peut rapporter les conjonctivites purulentes à deux nuances principales : la conjonctivite blennorrhagique et la

conjonctivite purulente d'Egypte. Je ne m'arrêterai donc pas à passer en revue les différentes descriptions des épidémies d'ophthalmie purulente, observées dans différents pays. Ceux qui pourraient conserver quelques doutes sur l'identité à peu près complète de l'ophthalmie purulente observée dans différentes contrées, les dissiperont facilement en établissant un parallèle entre les descriptions diverses qui en ont été données. Il leur sera facile de se convaincre que, dans la pratique, on peut, sans danger pour les malades . mettre de côté toutes les distinctions qui ont été établies sur ce point.

Conjonctivite btennorrhagique. — Quoique cette affection ait été l'objet d'une foule de recherches, il s'en faut pourtant que les auteurs soient d'accord sur le mécanisme de sa production. Les uns prétendent qu'elle est le résultat d'une métastase de la blennorrhagie urétrale sur la membrane muqueuse oculaire; les autres l'attribuent au contact de la matière de l'écoulement urétral avec la conjonctive ; d'autres enfin la regardent comme la suite d'une infection générale syphilitique. Je ne passerai pas en revue chacune de ces opinions pour montrer leur plus ou moins grande valeur. Qu'il me suffise de dire que chacune d'elles paraît être appuyée sur des faits plus ou moins nombreux, plus ou moins concluants. Toutefois je ne sais pas jusqu'à quel point il est vrai de dire que la conjonctivite blennorrhagique peut être la suite d'une infection syphilitique. M . Yelpeau est loin de croire à cette cause de développement de la maladie qui nous occupe ; et je crois que la majorité des chirurgiens partage la même opinion. La doctrine la plus plausible est sans contredit

CONJOiNCTlVIliS BLËNNOftHHAGlQUE. 14< celle de l'inoculation directe -, mais la science possèJe des faits c|ui se rapportent à la métastase; et chacun sait que tout raisonnement doit cesser en présence des faits. Referait maintenant à savoir si ces faits sont exacts et authentiques. Mais , comme on le pense bien , leur examen me conduirait trop ]oin.

Si le mode de développement de la conjonctivite blennorrhagique n'est pas encore parfaitement connu , il n'en est pas de même de la nature de cette affection. Il n'est plus permis aujourd'hui de douter de sa nature bleunorrhagique trop de faits viennent à l'apui de cette idée. Ce point de départ doit nous suffire.

Etudions maintenant les symptômes qui caractérisent cette affection.

Il arrive assez souvent que la maladie fait des progrès si rapides qu'il est impossible d'en suivre la marche dans toutes ses phases : en moins de vingt-quatre heures, l'œil peut être perdu sans ressource, et cela sans que le chirurgien ait pu opposer le moindre obstacle. Mais, je me hâte de le dire, il n'en est pas toujours ainsi. La maladie a alors une marche qui peut être étudiée. Ce sont ces cas qu'il importe de bien connaître. J'en ai observé quelques exemples dans le service de M. Velpeau. Toutefois, disons-le par anticipation, la conjonctivite blennorrhagique est toujours une maladie qui ne permet pas au chirurgien de temporiser } il faut agir promptement et avec énergie.

Lorsque la conjonctivite blennorrhagique se développe avec une rapidité modérée, les caractères qui la décèlent aux yeux de l'observateur, sont les suivants :

La conjonctive oculaire revêt rapidement

une couleur uniformément rouge, d'une teinte de cinabre; tantôt cette couleur devient plus foncée et approche de celle de la lie de vin. Il n'est plus possible alors de distinguer les vaisseaux. Le tissu de la conjonctive, et les lamelles celluleuses interposées entre cette membrane et la sclérotique se gorgent de sang, se boursoufflent. La surface libre de la muqueuse, d'abord lisse et polie, devient bientôt veloutée, se couvre de granulations de volume variable, depuis un grain de millet jusqu'à un petit pois. C'est là un véritable chémosis avec toutes ses conséquences.

Les tissus palpébraux sont aussi envahis par l'inflammation. Ces voiles membraneux, se gonflent considérablement, leur face cutanée devient rouge , brûlante, comme infiltrée de sérosité roussâtre ; les malades ressentent dans cette région une douleur cuisante. Le plus sonvent, la tuméfaction est beaucoup plus prononcée sur la paupière supérieure que sur la paupière inférieure, de telle sorte que le voile supérieur vient s'imbriquer plus ou moins sur l'inférieur. Quelquefois néanmoins le gonflement est plus prononcé vers la face muqueuse des paupières, que vers leur face cutanée; on observe alors un ectropion. Le devant de l'œil représente ainsi une surface fongueuse, granulée, mollasse, au centre de laquelle se trouve la cornée cachée en plus ou moins grande partie par le développement de la conjonctive.

Mais le caractère capital, pathognomonique, de cette espèce de conjonctivite, se trouve dans l'écoulement d'un mucus épais, d'un jaune verdâtre, puriforme, comparable de tous points à celui qui est le résultat d'une blenuorrhagie proprement dite. Ce liquide purulent coule ordi-

CONJONCTIVITE BLENNORRIUGIQIE. 14 % nairement en grande abondance; il suffît d'écarter \cs paupières pour en voir ruisseler eu nappe sur la joue, une quantité plus ou moins considérable, que le gonflement des paupières tenait emprisonnée entre elles. 11 est d'une àcreté telle qu'il excorie la peau de la joue avec laquelle il est en contact. Ici encore lorsque la maladie est bornée à la conjonctive, les fonctions visuelles ne sont point altérées, elles ne sont que plus ou moins gênées par le chémosis.

Tels sont les caractères à l'aide desquels il est toujours facile de reconnaître la conjonctivite blenuorrhagique. Mais je n'aurais donné qu'une niée tout à lait imparfaite de cette affection, si je ne la présentais que sous cet état le plus simple.

En effet, l'inflammation ne se borne pas toujoursà la conjonctive; leplus souvent ellecnvahit la cornée. Or, c'est là une complication toujours plus ou ruoius grave, contre laquelle le chirurgien doit prendre toutes les précautions possibles. Malheureusement, il n'est pas toujours en son pouvoir de la prévenir, puisqu'il suffit quelquefois de quelques heures pour que la cornée, naguère saine et diaphane, soit complètement détruite, et quel'ceil soit vidé. Cependant il est des cas où le chirurgien peut suivre la marche de cette complication. Yoici alors les symptômes qui la caractérisent. Il est inutile de répéter qu'ils se développent toujours avec une étonnante rapidité. La cornée revêt d'abord une couleur d'un gris-blanchâtre : dès lois la vision devient trouble, cTe.-t ce que le malade exprime en disant , que des nuages obscurcissent sa vue. Le tissu cornéal s'infiltre d'un liquide opaque. Sa surface libre se couvre d'une matière pulpeuse, Facile à enlever, Bientôt du pus succède a cette

matière; il s'établit alors une ulcération plus ou moins large, à bords taillés à pic, qui gagne en profondeur et finit par perforer la cornée. Alors l'œil se vide, l'iris s'engage dans l'ouverture cornéale, et l'intérieur de l'œil, envahi par l'inflammation, entre en pleine suppuration.

Une observation que je dois noter ici , observation qui n'a pas échappé aux auteurs, c'est que souvent, dans la conjonctivite blennorrhagique, lorsque la quantité de mucus est considérable, de nature réellement purulente , et que par son âcreté ce liquide produit sur la peau des joues de longues traînées inflammatoires , la cornée reste parfaitement intacte; tandis que si la matière de l'écoulement est peu abondante, blanchâtre, crémeuse , et sans action corrosive sur la peau , on observe souvent le terminaison fâcheuse dont je viens de parler. Deux malades que j'ai observés dans le service de M. Yelpeau , vers la fin de l'année 1838, sont venus confirmer de tous points cette idée. Il ne faudrait pas croire pourtant que ce soit là une règle générale. Une semblable opinion pourrait être bien souvent trompeuse.

Quelque dangereuse que soit la conjonctivite blennorrhagique, il est vrai de dire pourtant que la perte de l'œil n'en est pas toujours le résultat. J'ai observé quelques cas dans le service de M. Velpeau , où la guérison est survenue sans aucun accident sérieux. Il est vrai de dire pourtant que ces malades avaient réclamé des soins dès le début de la maladie ; chez l'un d'eux même , l'affection s'était développée dans l'hôpital. Un traitement énergique, sagement dirigé, peut en effet juguler l'inflammation à son début,

CONJONCTIVITE BLENNORHAGIQUE. I*

•et la guériaoo s'obtient alors par les moyens locaux dont nous allons parler.

Dans les cas les plus heureux, c'est-à-dire lorsque la maladie se termine par résolution , on aperçoit que le liquide purulent épanché devient chaque jour moins épais, moins abondant. Peu a peu le gonflement s'affaisse; mais la résolution complète, la guérison radicale, se fait toujours plus ou moins attendre. C'est ainsi que les malades conservent sur la conjonctive une rougeur plus ou moins prononcée; les follicules muqueux restent indurés, volumineux; une matière gluante, demi-purulente, continue à couler, et la moindre cause peut rappeler la maladie primitive. On comprend que cet état réclame encore tous les soins du chirurgien ; nous verrons bientôt le traitement qu'il convient de lui appliquer.

On observe aussi quelquefois, à la suite de la conjonctivite blennorrhagique, des taches sur la cornée; et c'est là toujours un obstacle plus ou moins grand à la vision. Ces taches sont , il est vrai, le plus souvent incurables; cependant la science possède des faits de guérison spontanée. Un cas remarquable de ce genre est rapporté par Vetch. Si j'insiste si peu sur ces lésions de la cornée , comme conséquence de la conjonctivite blennorrhagique , c'est que nous aurons à nous en occuper avec détails en traitant des affections de cette membrane.

Traitement de la conjonctivite blennorrhagique. — Si l'on a bien compris ce que je viens de dire sur la conjonctivite blennorrhagique, il sera facile de deviner quelle doit être ici la conduite du chirurgien. Le moindre retard , le manque d'énergie dans la médication sont le plus souvent funestes. C'est à son début qu'il faut

attaquer énergiquement l'inflammation pour la juguier ; plus tard il n'en est malheureusement pi us temps. Le plus souvent alors les moyens thérapeutiques les plus convenables et les mieux dirigés ne peuvent arrêter les progrès rapides du mal .

Tout porte à penser que si les chirurgiens étaient appelés dès que les premiers symptômes de la maladie commencent à paraître , on pourrait arrêter son développement à l'aide de quelque collyre légèrement astringent. Toutefois les conjonctivites purulentes sont, sans contredit, le genre d'ophthalmie qui réclame le plus impérieusement un traitement général. Dès le début, le chirurgien doit avoir retours aux émissions sanguines abondantes et répétées. C'est ici que les saignées dites coup sur coup , poussées quelquefois jusqu'à la syncope, produisent souvent les plus heureux résultats. M. Velpeau dit s'être plusieurs fois très bien trouvé de l'emploi de ce moyen. J'ai observé moi-même dans le service de ce chirurgien quelques cas remarquables de guérison obtenue par cette méthode de traitement. Mais je dois dire aussi que je l'ai vue échouer. Il faut donc commencer par diminuer, autant que possible, le torrent circulatoire par des saignées larges et répétées. Mais ce n'est pas tout; il faut aussi agir d'une manière plus directe sur le mal en dégorgeant les tissus affectés. Pour atteindre ce but on a proposé plusieurs moyens : les sangsues autour de l'orbite, aux apophyses mastoïdes , l'ouverture temporale et les scarifications de la conjonctive.

M. Velpeau ne pense pas que les sangsues puissent être d'un grand secours ici. Ce n'est pas à dire pour cela qu'on doive mettre de côté ce moyen; mais il ne faut pas lui accorder une trop

CONJONCTiYMT. BLFNNORHHAGIQtJE. 147

grande confiance. Des ventouses scarifiées seraient peut-être préférables; Quand à l'arléi'io? tomie, M. Velpeau croit qu'elle ne doit pas être prise en grande considération. Lorsque les saignées ne suffisent pas pour juguler l'inflammation, il est peu probable que l'ouverture de la veine temporale ait un plus heureux résultat. Toutefois l'artériotomie n'a pas encore été essayée assez souvent par M. Velpeau, pour qu'il puisse la juger d'une manière définitive. Les scarifications, préconisées de nos jours par M. Sarison , ont assez souvent des conséquences graves qui doivent rendre les chirurgiens très réservés dans leur emploi. Ce chirurgien a aussi proposé de combiner l'excision de la conjonctive avec la cautérisation; et il s'est souvent applaudi d'avoir eu recours à ce procédé. Des faits assez nombreux, recueillis dans son service, attestent l'efficacité de ce mode de traitement. Quoi qu'il eu soit, M. Velpeau préfère encore ici des applications répétées de sangsues sur la conjonctive. C'est là, à son avis, un moyen aussi sûr et beaucoup moins dangereux.

S'il n'existe aucune contre indication , on doit aider l'action des saignées, en portant une irritation assez vive sur le tube intestinal au moyen des purgatifs.

Lorsque, par des émissions sanguines, générales et locales, on est parvenu à calmer l'inflammation , il faut avoir recours à d'autres moyens pour compléter la guérison ; car, s'il est vrai de dire que le traitement dont je viens de parler est nécessaire pour favoriser la terminaison heureuse de la maladie, il faut être bien convaincu aussi, que seul il ne pourrait pas le plus souvent la produire; mais auparavant il

m MALADIES DU GLOBE DE L'ŒIL.

importe de dire quelques mots sur un mode «ter traitement particulier.

Des chirurgiens se fondant sur la nature gonorrhéique de la maladie, ont proposé des moyens thérapeutiques que je ne puis passer sous silence. Ainsi , l'on a proposé de rappeler 3'écoulement de l'urètre, à l'aide de plusieurs moyens : les uns ont proposé pour atteindre ce but, de porter dans ce canal une bougie imprégnée du fluide gonorrhéïque; les autres ont dit que la présence seule d'une bougie suffisait pour déterminer l'écoulement. Des faits assez nombreux prouvent, il est vrai, qu'en provoquant une irritation de l'urètre, et en rappelant l'écoulement dans ce canal, ou diminue l'inflammation et l'écoulementoculaires. Mais d'un côté, il est évident que cette indication ne peut existei que quand la conjonctivite blennorrhagique est métastatique , c'est-à-dire, quand elle est survenue immédiatement après la diminution ou la suppression totale de l'écoulement urétral,- et, d'un autre côté, pense-t-on qu'il y aurait de la prudence à attaquer par un moyen de cette nature, une maladie dont les progrès sont si rapides?

On a aussi proposé de traiter la conjonctivite blennorrhagique par les mêmes moyens internes que l'on emploie contre la gonorrhée; mais il est évident que l'action d'une pareille médication est trop lente pour le début de la maladie; ce n'est que lorsque l'inflammation a perdu de sa première intensité, que cette méthode de traitement pourrait produire de bons résultats. Dans quelques cas de ce genre, M. Vclpeau a eu recours avec avantage à l'emploi du cubèbe et du copahu à hautes doses. Encore faut-il ajouter

CONJONCTIVITE D'EGYPTE. Mi

qu'il n'est pas prouvé que les succès obtenus soient

entièrement dus à cette médication , puisqu'on

Faisait en même temps usage de moyens qui a

euls amènent assez souvent la guérison.

C'est donc en défioitive j>;u- dc> saignées »é- (i raies, copieuses el répétées à des espaces très l'approchés, que la conjonctivite Wennorrhagique doit être attaquée dès le début. Leur action sera favorablement aidée par les émissions sanguines locales dont j'ai parlé plus haut. Lorsque l'inflammation a été pour ainsi dire jugulée, il faut avoir recours aux collyres astringents, ou à la cautérisation suivant les cas. Je dois ajouter qu'alors la maladie peut être, il est vrai, plus ou moins rebelle, mais le plus souvent on n'a plus à redouter d'accidents sérieux. Il arrive assez souvent , comme je l'ai déjà dit , qu'à la suite de la conjonctivite blennorrhagique , la membrane muqueuse oculaire reste couverte de granulations plus ou moins nombreuses , plus ou moins volumineuses. Il est rare que dans ces cas l'action des collyres astringents soit assez puissante, il faut avoir recours à la cautérisation avec le crayon de nitrate d'argent. J'ai déjà indiqué les précautions qu'exige cette cautérisation: je n'y reviendrai pas. Si ce moyen n'est pas suffisant, on peut pratiquer l'excision de la portion granulée de la conjonctive. Mais cette opération n'est pas toujours exempte de dangers; on ne doit en faire usage que quand tous les autres moyens ont échoué.

Conjonctivite purulente d'Egypte. — C'est à cette variété de conjonctivite, que je crois pouvoir rapporter toutes les épidémies de ce genre observées dans différents pays. En consultant les nombreux travaux qui out été publiés à ce

iSO MALADIES DU GLOBE DE L'ŒIL,

sujet, il est facile de se convaincre que les vues de M. Velpeau sur ce point sont parfaitement exactes.

Ce n'est que depuis le retour de l'expédition d'Egypte, que l'affection qui nous occupe a fixé l'attention des chirurgiens européens d'une manière particulière. Mais elle était connue en Europe bien avant cette époque, comme il est facile de s'en convaincre en lisant la traduction du Mémoire d'Eble, publiée par MM. Florent- Cunier et Von Kriss. Il n'est plus permis de douter aujourd'hui qu'elle n'ait été importée par les armées Française et Anglaise.

Le caractère épidémique de la conjonctivite purulente d'Egypte, n'est plus aujourd'hui contesté par personne ; et, malgré l'expérience de M. Mackely, faite sur lai-même et citée par M. Lawrence, personne n'élève plus de doutes sur sa contagion ; trop de faits la prouvent de la manière la plus évidente.

L'étiologie de cette affection a beaucoup occupé les auteurs. Considérée seulement eu Egypte, cette affection trouve une cause satisfaisante dans la nature du climat. Mais depuis qu'elle a été observée dans d'autres pays on s'est livré à de nouvelles recherches sur ce point. Ainsi, on a dit, à propos de l'ophthalmie belge, que la maladie était due à ce que les soldats portent des schakos trop lourds, à l'habitude qu'ils ont de se laver la tête avec de l'eau froide, et à ce que le cou est trop serré par leur col exigé pour l'uniforme. Ce sont là, il faut le dire, de bien faibles raisons, car enfin toutes ces causes ont toujours existé, et la maladie ne règne dans le pays, que depuis un certain nombre d'années. La cause donnée par M. Vanhonsbroock , ainsi

CONJOiNCTlMlL DlA.U'Ti: r.l

qu'une foule d'autres que je ne mentionnerai pas ici , ue sont pas plus rationnelles. Cet auteur pense que la maladie est due à ce que les soldats, en frottant leur buftleteric , introduisent dans leurs yeux des substances irritantes. Mieux vaut, sans doute, avouer que la cause première nous échappe ici comme dans une foule d'autres cir~ constances.

Quoi qu'il en soit, cette espèce de conjonctivite purulente a plusieurs rapports intimes avec la conjonctivite blennorrhagique, comme on pourra facilement s'en convaincre par la description que nous allons en donner. Ainsi, c'est la même rapidité dans le développement des symptômes, la même gravité, et les mêmes conséquences. Il existe pointant un caractère différentiel qui a été noté par les auteurs. La conjonctivite d'Egypte envahit ordinairement les deux yeux, assez souvent cependant à quelques jours d'intervalle. Dans la conjonctivite blennorrhagique, il n'y a, le plus ordinairement, qu'un seul œil qui se trouve affecté.

Si les descriptions de cette maladie données par les auteurs sont exactes^ et tout porte à le croire,, dans un grand nombre de cas sa marche est ou ne peut plus insidieuse. Rien n'iudique alors la prochaine apparition du mal. Mais tout à cou}), un œil se prend , bientôt tous les deux , et quelques jours suffisent pour détruire ces deux organes, sans que l'art puisse être d'aucun secours. Toutefois, hâtons-nous de le dire, il n'en est pas toujours ainsi, et les auteurs ont été à même d'étudier la marche de cette affection.

Lorsque la conjonctivite purulente d'Egypte se développe avec une rapidité modérée, les symptômes se succèdent dans l'ordre suivant :

les malades commencent par éprouver une vive démangeaison sur le devant de l'oeil. Les auteurs disent qu** c'est ordinairement le soir qu'apparaît ce premier phénomène. Bseutôt une Porte sensation de gravier semblable à celle dont j'ai si souvent parte , succède à cette démangeaison ; dès lois la conjonctive ocuîo-paldébrale s'en- Baviime, son tissu s'épaissit, se boursouiHe, la caroncule lacrymale prend un accroissement pluou moins considérable. Les lames celluleuses qui doublent la face interne de la conjonctive oculaire, se gorgent de liquide, et cette membrane ainsi boursoufflée, d'un rouge brunâtre, vient former autour de la cornée un bourrelet plus ou moins volumineux. C'est là en définitive un chémosis avec toutes ses conséquences. Alors les douleurs qu'éprouvent les malades sont atroces et leur arrachent des cris qui, au dire des auteurs, s'entendent de fort loin. Il n'est pas rare d'observer des hémorrhagies plus ou moins abondantes sur les tissus engorgés. Cet écoulement de sang diminue alors l'engorgement et soulage les malades. Ce sont là les premiers symptômes de la maladie. Bientôt un écoulement de mucus légèrement visqueux, à peine opaque, s'établit. Peu à peu cette matière s'épaissit, blanchit, et devient en tout semblable à du pus muqueux. Dès lors, la cornée se prend; cette membrane perd sa transparence, puis se ramollit et finit enfin par s'ulcérer et se perforer; de là, l'évacuation des humeurs de l'œil, etsouvent même la suppuration de cet organe. Les paupières sont considérablement tuméfiées et offrent l'aspect que j'ai décrit en parlant de la conjonctivite blennorrhagique. Ce gonflement s'observe surtout à la paupière supérieure qui

CONJONCTIVITE D'EGYPTE. <5S

vient s'imbriquer sur l'inférieure. Si on écarte ces voiles membraneux, une quantité considérable de pus s'épanche au dehors. La peau des joues est irritée par ce liquide. Il arrive assez souvent que le boursouflement de la conjonctive oculaire est tel que cette membrane, d'aspect fongueux, s'interpose entre le bord libre des paupières et vient faire saillie au devant de l'œil. C'est alors que le contact de l'air avec cette surface produit une sécrétion purulente des plus abondantes. Le docteur Vetch, dans un cas de ce genre,, a évalué la quantité de pus à plusieurs onces par jour.

Pendant l'intensité des phénomènes que je viens de décrire, les malades sont en proie à une fièvre ardente, à l'insomnie et quelquefois à un délire furieux. On dit même que, malgré leur état, on les voit s'enfuir et courir dans les champs.

Je dois ajouter que l'état granuleux de la conjonctive qui a été noté par les auteurs, ne s'observe le plus souvent que lorsque l'inflammation a perdu de son intensité, et que la sécrétion purulente a diminué. Il paraîtrait même que ce phénomène ne serait pas constant. M. Carron du Villards dit avoir observé plusieurs cas où les granulations manquaient totalement.

Tels sont les symptômes notés par les auteurs.

Quelque dangereuse que soit cette affection, il est vrai de dire pourtant qu'elle n'est pas toujours au-dessus des ressources de l'art. Dans les cas heureux, c'est le produit de la sécrétion qui indique une amélioration et une terminaison heureuse. Coproduit devient moins épais, revetune couleur de plus en plus blanchâtre, et reprend ven à peu l'aspect qu'il offrait à son début, et finit par disparaître, Le gonflement conjonclivai

s'affaisse peu à peu, mais cette membrane reste, pendant un temps plus ou moins long, rouge, villeuse ou granulée. Dans la majorité des cas tout ne rentre pas dans l'état normal -y la cornée conserve un obscurcissement plus ou moins prononcé, la conjonctive reste granulée; c'est ce qui explique les nombreuses récidives que l'on observe.

S'il est vrai de dire que la conjonctivite purulente d'Egypte, n'est le plus souvent dangereuse que pour l'organe affecté, il convient d'ajouter que la vie elle-même est quelquefois compromise. La science possède plus d'un cas de mort. Dans ces cas la terminaison fatale arrive à la suite d'une diarrhée opiniâtre et du marasme.

Traitement. — Sauf les indications qui se rapportent à la nature gonorrhoïque de la conjonctivite blennorrhagique , les moyens thérapeutiques que réclame l'affection qui nous occupe reposent, à peu de diférence près, sur les mêmes bases. C'est ainsi qu'il faut avoir recours avant tout aux émissions sanguines, générales, abondantes, portées même jusqu'à la syncope. C'est là, d'après les auteurs, l'ancre de salut; ou est même allé jusqu'à dire qu'il faut tirer à la fois soixante onces de sang. On favorise l'action des saignées en portant une irritation assez vive sur le tube intestinal, à l'aide de purgatifs drastiques, pourvu toutefois qu'il n'existe aucune contre-indication. Si l'inflammation ne cède pas à ces moyens généraux, il faut alors faire usage des saignées locales. Lorsqu'on est appelé dès l'apparition des premiers symptômes de la maladie , on peut arrêter son développement par de légers astringents. Durant l'épidémie de Malte et de

CONJONCTIVITE iiLEN'NOMUlAGlQUE. <55 Sicile, les chirurgiens anglais ont obtenu d'excellents résultats de l'eau pure acidulée avec du jus de citron. M. (larron du Villards dit que, dans la pénible campagne que fit l'équipage du Louqsor, pour rapporter le monolithe de ce nom, tout l'équipage fut atteint d'un commencement d'ophthulmie qui céda toujours à l'usage d'une eau astringente fabriquée par un maître charpentier du navire. L'analyse de cette eau a démontré que c'était une solution de sulfate d'alumine.

Si ces moyens peuvent être suffisants avant l'apparition du pus , il est évident qu'il faut avoir recours à des astringents plus actifs, lorsque la sécrétion purulente a commencé. Ici encore on s'accorde à reconnaître les bons effets du collvre au nitrate d'argent porté à une dose élevée. Si le boursoufflement de la conjonctive est considérable, les caustiques liquides doiveut être mis de coté; il faut alors inciser largement cette membrane , et cautériser ensuite avec la pierre infernale. M. Velpeau pense que les sangsues appliquées sur la conjonctive seraient très avantageuses en pareil cas. William A dams excisait la conjonctive, et appliquait sur la face interne des paupières une couche de la pommade suivante :

if.. Nitrate d'argent fondu pulvérisé, Bleu de Prusse , aâ 20 grains.

Axonge, un gros.

Blacks-drops, 20 gouttes.

Faites s. a. une pommade.

M. Littell , de Maryland , pour prévenir les granulations, conseille l'usage du collyre suivant ;

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