‹ Manuel pratique des maladies des yeuxChapitre 13 sur 74 · PANNUS DE LA CONJONCTIVE · texte numérisé non relu

PANNUS DE LA CONJONCTIVE

Ainsi, les purgatifs, les sangsues, les ventouses, les cautères, les sétons , le vésicatoire volant sur le devant de l'orbite, la saignée générale même, doivent être employés- et la maladie recevra, dans la plupart des cas, une influence plus ou moins heureuse de l'emploi de ces moyens. Parmi les moyens locaux- ce sont les topiques astringents, la cautérisation et l'excision , qui constituent la base du traitement du pannus. M. Velpeau a retiré de très beaux résultats de l'usage des collyres au nitrate d'argent, au sulfate de cuivre, au sulfate de zinc et au sublimé corrosif. Mais ces moyens ne peuvent être et ne sont réellement suffisants que quand le pannus est peu considérable. Dans ces cas encore, on a proposé la cautérisation avec le crayon au nitrate d'argent. Le porte-caustique annulaire de M. le professeur Sanson, appliqué tout autour de la cornée, est aussi très avantageux. Ce chirurgien en a retiré d'excellents résultats; et tous les praticiens qui ont su en faire une application convenable dans les cas de pannus peu considérable, ont eu à s'en louer. Ce moyen est d'ailleurs sans danger^ on peut ainsi pratiquer plusieurs cautérisations à quelques jours d'intervalle.

Lorsque le pannus est formé, et qu'il constitue une plaque un peu large, le chirurgien doit avoir recours à l'excision ; c'est la seule ressource qui puisse lui offrir quelque chance de guérison. Il convient de dire pourtant qu'il faut être très réservé sur l'emploi de ce moyen qui , comme on le comprend facilement, pourrait compromettre les fonctions visuelles. On pratique cette excision avec une lancette, ou même une aiguille à cataracte, que l'on porte en dédolant. Immédiatement après; on cautérise la plaie que l'on

vient de produire à l'aide du crayon de nitrate

d'argent.

C'est par un usage sagement combiné des différents moyens dont je viens de parler, qu'on peut, triompher de l'affection qui nous occupe. Mais, disons-le en finissant, lorsque le pamius est ancien et considérable, <{u?jl s'étend sur la cornée, il est raie que les fonctions visuelles ne soient pas plus ou moins compromises.

Xér ophthalmie .

Au nombre des modifications organiques de la conjonctive, produites par l'inflammation, il faut placer la xérophthaïmie. Cette affection n'est encore connue que par quelques observations, et n'a fixé l'attention des praticiens d'une manière particulière, que depuis quelques années. Dans le mois de février 1837, j'ai publié dans la Presse Médicale (1), à l'occasion d'un malade qui se trouvait dans le service de M. Velpeau, une note sur cette affection. Dans ce petit travail je mentionnai tous les faits de ce genre qui avaient été publiés, et j'exposai l'état actuel de la science sur cette affection. Je ne puis rapporter ici toutes ces observations. Le lecteur peut en prendre connaissance dans mon travail.

Les principaux caractères de la xérophtlitalmie, sont l'épaississement de l'épithélium de la conjonctive, l'insensibilité plus ou moins complète de cette membrane, l'absence de sécrétion de la glande lacrymale et des glandes de Meï-

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bomius et par suite, la sécheresse de l'oeil et son aspect terreux, pulvérulent, parcheminé.

Cette maladie a reçu différents noms : Ainsi, Schmidt, de Vienne, le premier qui en ait parlé en 1803, la décrit sous le nom de xérophthalmie (t<jpoç, sec, of$où/j.oç. œil). Travers, en 1821 , l'appelle culicular conjonctiva. On l'a encore désignée sous les noms de cutisation de la corme , épaississe ment de la conjonctive, cornée épidermique, xérosis de la conjonctive. La première dénomination doit être conservée, elle laisse dans l'esprit une idée plus claire de la maladie. On est étonné qu'une pareille affection ne se trouve pas indiquée dans l'histoire avant 1803, du moins c'est ce qui résulte des recherches de M. Velpeau. Serait-on en droit de conclure qu'elle n'existait pas? je ne le pense point. Dirons-nous qu'elle a été négligée comme peu dangereuse? la suite va nous prouver que cette seconde hypothèse ne peut pas être admise. Il me semble plus rationuel de penser que les auteurs ont confondu cette affection avec d'autres maladies incurables de l'œil , et qu'ils ne s'en sont pas occupés, parce qu'ils l'ont crue au-dessus des ressources de l'art.

Quoi qu'il en soit, ce serait en vain que nous chercherions dans les écrivains de ce siècle une histoire détaillée de la xérophthalmie. Les Anglais et les Allemands n'en donnent que quelques observations plus ou moins longuement commentées. En France, quoiqu'on 1833, on eût traduit dans les Archives générales de médecine (deuxième série, tome 2), une observation de M. Mackensie, professeur d'ophthalmologie à l'Université de Glascow, l'attention des praticiens n'a été éveillée sur ce sujet qu'en février 1836,

par M. Dupré. On trouve dans la thèse de ce médecin, le premier cas de xérophthalmie observé dans les hôpitaux de Pari*; du moins c'est le premier qui ait été publié. Mais depuis cette époque plusieurs exemples de ce genre ont été observés. Dans le courant des années 1837 et 1838, j'en ai constaté trois cas remarquables dans le service de M. Velpeau.

On dit que cette affection est excessivement rare • je ne sais pas jusqu'à quel point cette assertion est fondée. Qui sait si cette extrême rareté ne trouve pas sa source principale dans l'ignorance où étaient les praticiens sur cette maladie? En effet, depuis près de quatre ans, l'attention est éveillée en France sur cette affection , et il y a dix à douze cas environ qui ont été observés seulement à Paris. Pense-t-on qu'où n'en trouverait pas plus d'un exemple parmi ces nombreux aveugles qu'on trouve sur la voie publique? Je suis persuadé que l'attention des praticiens étant éveillée sur ce point, les cas de xérophthalmie paraîtront, de moins en moins, rares.

Avant de présenter le tableau de cette affection, je crois utile de mettre sous les yeux du lecteur les deux observations suivantes. Lorsque l'histoire d'une maladie n'est pas encore bien connue, la nature doit être entendue la première.

Observation première. — En février 1837, était couché à l'hôpital de la Charité , salle Sainte - "V ierge , n° 28, clinique de M. Velpeau , le nommé Soisson Pierre de Ségur (Cantal), âgé de quarante-cinq ans. Il a cinq pieds trois pouces; il est bien musclé et doué d'une bonne constitution. A l'âge de vingtquatre ans il a quitté Ségur où il était dpmesti-

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que. Il a séjourné ensuite à Lyon pendant cinq ans chez un négotiant, et depuis seize ans il est garçon d'hôtel à Paris. Il s'e.^t toujours bien nourri. 11 n'a jamais habité de lieux froids et humides. 11 n'a jamais passé la nuit dans les champs. Ses parents n'ont point éprouvé de maladies d'yeux graves. A î âge de cinq ans Soisson a eu la variole qui a failli lui devenir funeste. Immédiatement après, sa tête s'est couverte de gourmes qui ont persisté pendant trois ans. Environ six mois api es la variole, et en même temps que les gourmes, les ganglions sous-maxillaires gauches se sont engorgés. A la suite un abcès s'est formé au-dessous de la région parotidienne du même côté. Cet abcès s'est ouvert spontanément après trois semaines, et a fourni du pus pendant plus d'un an. Enfin l'ouverture s'est fermée; on voit encore aujourd'hui les traces de la cicatrice. Peu de temps après l'ouverture spontanée de l'abcès, l'oreille gauche a fourni un suintement sero-purulent qui persista pendant environ douze ans. L'oreille droite et les ganglions sous-maxillaires du même côté n'ont jamais été affectés. Soisson n'a jamais éprouvé de douleurs dans les oreilles^ il n'a parlé que de quelques élancements passagers à la tête, en mars, 1836. 11 a eu deux fois la gale à dix-sept et à vingt-trois ans. 11 nous dit s'en être toujours débarrasé après trois semaines de traitement. 11 n'a pas employé le soufre j il se frottait les parties affectées avec une pâte composée avec du beurre et du bois de cerisier. LJans les deux cas 7 la guérison n'a été entravée ni suivie d'aucun accident. A l'âge de vingt-neuf ans Soisson a contracté la syphilis. Un écoulement qui a persisté plusieurs mois a été accompagné de chancres à la vereg,

d'ulcérations dans le fond de la gorge et dans la bouche. Il dit qu'il ne s'est jamais soumis à aucun traitement anti-syphilitique régulier. Il n'a employé aucune préparation mercurielle. Les chancres de la xer^c ont disparu. Mais le malade nous dit qu'il en reste encore des traces dans le fond du gosier. Cependant nous ne trouvons sur le pilier gauche que quelques plaques rouges. Mais à la partie antérieure de la voûte palatine, on voit une large plaque blanchâtre sur laquelle la peau est plissée. Il n'a jamais été affecté de rhumatisme. Il ne nous présente aucun signe de scorbut. Il n'a jamais eu de dartres. Il nous assure à plusieurs reprises et à différents intervalles que, jusqu'en 1830, ses yeux ont été parfaitement sains. Jusqu'à cette époque , jamais la moindre rougeur , la moindre douleur. Sa vue était si bonne que ses amis le consultaient dans l'occasion. Vers le mois de décembre 1830, sans cause appréciable, l'angle externe de l'œil gauche devint rouge et tant soit peu douloureux. Bientôt l'inflammation s'empara de toute la conjonctive, mais il paraît qu'elle ne fut pas intense, puisque le malade continua de se livrer à ses occupations, se contentant de bassiner son œil avec un liquide émollient.Peu de temps après, l'inflammation se porta sur l'œil droit, puis revint sur l'œil gauche. Ce passage de l'inflammation d'un œil à l'autre dura plus de quatre ans, sans que le malade en fût affecté, et sans que la vision en eût reçu une altération sensible. Il nous assure que pendant tout ce temps, ses yeux étaient larmoyants comme à l'ordinaire. Mais il y a environ dix-huit mois que, sans cause connue, le malade dit avoir senti comme une peau qui partant de l'angle externe de l'œil gauche, s'avançait vers l'interne. Cette

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peau, selon lui, allait eu s'épaississant, et voilait de plus en plus la vue. L'œil devint sec. Cependant le malade nous dit que l'impression subite d'une vive lumière , lui faisait répandre quelques larmes. Peu à peu il sentait que sa vue s'affaiblissait de ce côté. Cinq mois après, les mêmes phénomènes se présentèrent sur l'œil droit. Désirant alors recevoir les secours des chirurgiens , il séjourna pendant cinq mois, à deux reprises différentes , à l'hôpital Saint-Louis, d'abord dans le service de M. Gerdy , ensuite dans celui de M. Bict. Ces praticiens distingués ont mis à contribution une foule de moyens thérapeutiques, mais aucun n'a apporté la moindre amélioration. Le malade nous affirme que sa vue a considérablement diminué depuis que M. Biet a fait sécher le vésicatoire que M. Gerdy avait ordonné. Quoi qu'il en soit, ayant soumis Soisson à notre observation , le 28 janvier 1837, nous avons constaté les phénomènes suivants :

OKU gauche. — La paupière supérieure d'un rouge vif sur son bord libre, et d'une couleur un peu brune à sa surface externe, est tuméfiée et présente de petites bosselures qui glissent sous le doigt. L'inférieure est à peu près dans l'état normal, sauf la rougeur de son bord libre. Elles jouissent toutes deux d'une mobilité assez peu marquée. Car leurs mouvements sont gênés par le rapprochement anormal des deux angles, surtout de l'angle externe, rapprochement qui est dû , comme je le dirai bientôt, à des adhérences de la conjonctive oculaire avec le bord libre des voiles membraneux. Les cils, châtains, sont tombés en grande partie ; ceux qui restent , et ils sont moins rares à la paupière supérieure qu'à l'inférieure, sont bien plantés. La caroncule lacry-

maie, atrophiée et recouverte parla conjonctive ne laisse presque plus de traces de son existence. La conjonctive oculaire épaissie et sèche sur tous les points, adhère immédiatement au hord libre des paupières dans toute leur étendue , excepté à la partie supérieure de Ja cornée où l'on distingue très bien la conjonctive oculaire et la coujonctiv e palpébi aie. Dans cette partie, où les deux conjonctives forment une espèce de cul-de-sac, l'œil est moins sec. Ces adhérences en rapprochant les angles des paupières, donnent à Fceilunaspectirrégulier.Laconjonctiveformcsur la face antérieure de l'œil des brides et des replis. Ces replis entourent la cornée d'un bourrelet qui devient plus ou moins saillant selon les mouvements de l'œil. On ne peutapercevoiraucun vaisseau au-dessous delà conjonctive. Cette membrane est partout d'une couleur terne. Ou ne peut mieux la comparer qu'à une pellicule d'ognon desséché. Elle présente ça et là quelques points plus ou moins blancs. La cornée offre un aspect rugueux. On voit à la partie inférieure et un peu externe, une ulcération profonde. Ce n'est qu'avec peine qu'à travers le peu de transparence et l'aspect nébuleux de la corne'e, on entrevoit, comme au milieu d'un brouillard, la pupile déformée et ne présentant aucune mobilité, quelque moyen que l'on emploie. Les mouvements de l'œil quoique libres dans tous les sens, sont cependant limités par les adhérences dont nous venons de parler.

OEil droit. — Les paupières sont à peu près dans le même état, si ce n'est que le rapprochement de leurs angles par les adhérences de Ja conjonctive étant moins prononcé, l'œil est plus ouvert que du côté opposé. Les cils sont en

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aussi petit nombre, mais moins bien plantés. A l'angle interne de la paupière supérieure , il y en a plusieurs qui sont dirigés en de clans. La caroncule lacrymale est dans le même état. Les orifices des glandes de méïbomius et les points lacrymaux sont oblitérés. Les brides , les replis et les bourrelets que forme la conjonctive oculaire sont moins prononcés. Cette membrane est moins épaisse , moins terne et tant soit peu moins sèche. Latéralement, elle se continue aussi directement avec le bord libre des paupières; mais au niveau de la cornée , on distingue en haut et en bas les deux, conjonctives. Au-dessous delà conjonctive, on aperçoit quelques vaisseaux qui sont d'autant plus visibles, qu'on les examine plus près de la cornée. Celle-ci ne présente pas à beaucoup près autant d'irrégularité que du côté gauche; elle est moins nébuleuse, et laisse mieux voir la pupille qui n'offre pas plus de contractilité que du côté opposé. En un mot, l'aspect général de l'œil est moins pale, moins sec, moins cadavérique.

Le malade n'accuse aucune gêne ni aucune sécheresse dans le canal et dans les fosses nasales. En examinant avec soin l'angle externe des deux yeux, on n'aperçoit aucune saillie formée par la glande lacrymale. Après avoir ainsi examiné les phénomènes locaux, nous avons interrogé les fonctions de l'organe malade. INÎous n'avons pas à considérer les deux yeux en particulier, puisque sous ce rapport ils sont identiques. La vue est considérablement affaiblie, les objets ne sont aperçus qu'à travers un brouillard épais, le malade ne peut pas même les distinguer à quelque distance et dans quelque position qu'on les lui présente. Je me suis même convaincu à plu-

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sieurs reprises qu'il ne voit même confusément les objets que quand ils sont placés entre une vive lumière et lui. Hors de cette position , il ne les aperçoit pas. Cependant il distingue assez bien la couleur blanche. Ainsi, il montre du doigt les élèves placés autour de lui et qui portent un tablier blanc. Il peut fixer sans en être incommodé une chandelle allumée placée très près de ses yeux. J'ai humecté ses yeux à plusieurs reprises, et j'avoue que sa vue n'a présenté aucune amélioration même passagère. La surface antérieure de l'œil supporte sans douleur et presque sans incommodité le contact du doigt, de la barbe d'une plume qu'on promène sur elle. M. Velpeau, en notre présence, s'est servi de tabac, de pellicule d'ognon, d'ammoniaque même pour exciter la sécrétion des larmes. Mais l'œil est resté sec. Le malade nous dit cependant que quelquefois ses yeux s'humectent un peu par l'impression subite d'une vive lumière. J'ai tenté ce moyen à plusieurs reprises: il ne m'a jamais réussi.

Les sens de l'odorat, de l'ouïe et du goût, remplissent bien leurs fonctions.

M. Velpeau essaya sur ce malade tous les moyens thérapeutiques imaginables; mais rien ne réussit, et Soisson, après plus d'un mois de séjour à l'hôpital, en sortit dans le même état que lors de son entrée.

Observation deuxième. — (Thèse de M. Dupré. ) Nicolas Pasquet, âgé de vingt -six ans, d'abord berger, puis ensuite manœuvrier, fut reçu le 27 mars à l'Hôtel-Dieu , dans le service de M. Sanson , salle Sainte - Jeanne , n° 45, pour un xérosis de la conjonctive des deux yeux. Doué d'une bonne constitution, cet homme n'a jamais présenté de symptô-

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mes de gale . d'affection vénérienne , ni de scrofules , et sauf une oplithalmie dont on ignore la nature, il a toujours joui d'une santé parfaite. A l'âge de quatre ou cinq ans, Pasquet avait sur la tête des croûtes jaunâtres, qui fournissaient un suintement abondant, supprimé presque subitement par l'emploi de substances qu'il ne connaît pa>. Peu de jours après cette suppression , les deux yeux jusque là parfaitement sains, sont, envahis par une ophthalmie avec gonflement des paupières, rougeur de l'œil et impossibilité de supporter la lumière. Le malade ne peut dire si, à cette époque, la sécrétion des larmes était augmentée ou diminuée, ou bien si les yeux fournissaient un écoulement purulent. Des sangsues aux tempes à diverses reprises, des vésicatoîres au cou et aux bras, des collyres dont on ignore la composition , diminuèrent l'intensité de la maladie sans la faire disparaître complètement. Jusqu'à l'âge de quatorze à quinze ans, les yeux restèrent rouges, larmoyants sensibles à la lumière; de temps en temps ces symptômes s'exaspéraient, et alors des sangsues, des collyres soulageaient le malade sans le guérir. Pendant ce temps le malade conserve sur le bras un vésicatoire qui fut transformé en cautère qu'il porte encore aujourd'hui. A cette époque on lui insuffla dans les yeux du sucre en poudre qui ne produisit aucun effet.

A l'âge de seize ou dix-sept ans, il consulta un oculiste ambulant qui lui donna une poudre blanche dont il ignore le nom, mais qui, grillée sur une pelle à feu devenait rougeâtre et compacte. On écrasait cette substance , et on saupoudrait les veux deux fois pas jour. Chaque fois l'emploi de cette poudre produisait une vive

douleur. Quinze ou vingt jours après, s'apercevant que sa vue diminuait , que la rougeur et la douleur augmentaient , le malade lui substitua un collyre d'eau blanche. Après un mois ou deux de l'emploi de ce collyre , la rougeur, la douleur, le larmoiement avaient disparu de l'œil gauche qui était alors parfaitement sec. Le malade continua l'usage de son collyre, et bientôt l'œil droit se trouva dans le même état que le gauche et tel qu'ils sont encore aujourd'hui tous les deux. Depuis l'âge de dixhuit à vingt ans le malade est sujet aux céphalalgies et aux étourdissements.

OEil gaurhe. — Le 30 mars les paupières sont un peu tuméfiées, parcourues par un réseau veineux assez développé , mobiles, conservant leur direction normale et pouvant recouvrir l'œil exactement. Les cils châtains, peu nombreux, bien plantés, ne présentent pas de direction vicieuse. Les points lacrymaux sont oblitérés. La caroncule lacrymale est blanchâtre, aplatie, à peine reconnaissable. On ne distingue plus les orifices des glandes de Meïbomius. La conjonctive oculo-palpébrale d'un blanc grisâtre, comme recouverte de poussière, est sèche, forme un grand nombre de plis et de rides partout, excepté cependant sur la cornée qui semble comme taillée à facette. Au-dessous de cette membrane on aperçoit de petits vaisseaux rougeâtres, surtout à l'angle interne. Les mouvements de l'œil peuvent s'exécuter, comme dans l'état normal, en haut, en bas et en dehors. Mais lorsque le malade le porte dans ce dernier sens, Sa conjonctive se ride en dehors de la cornée et forme une espèce de troisième paupière qui vient recouvrir la cornée dans une étendue

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d'une lip;ne et demie à deux lignes. Lorsque le malade veut porter l'œil en dedans, quelques plis , moins prononcés qu'en dehors , viennent encore recouvrir le côté interne de la cornée. Mais une bride , partant de l'angle externe de l'œil où. elle adhère aux deux paupières pour se rendre sur le bord externe de la cornée, ne permet pas à celle-ci de se porter en dedans aussi bien que dans l'état normal. La conjonctive paraît plus épaisse sur la moitié inférieure de la cornée que sur la moitié supérieure où l'on distingue assez bien l'ouverture de la pupille qui ne présente rien de particulier. En examinant avec soin l'angle externe de l'œil , on n'aperçoit aucune saillie, aucune tumeur formée par la glande lacrymale.

OEil droit. — Les paupières sont dans le même état qu'à gauche , seulement leur angle externe est réuni dans l'étendue de deux à trois lignes. Les glandes de Meïbomius, les cils, les points lacrymaux sont comme du côté opposé. La conjonctive présente aussi le même aspect. Mais les plis qu'elle forme sont moins prononcés et s'avancent sur la cornée dans une moindre étendue qu'à gauche. Les mouvements, encore possibles, sont cependant plus limités que dans l'œil opposé et surtout que dans l'état normal ; on distingue très bien la pupille dans toute son étendue.

Le malade distingue assez bien les objets. Selon lui, l'œil droit est meilleur que le gauche. Il reconnaît très bien les personnes, et peut distinguer une pièce d'un franc à la distance de sept à huit pieds. De son lit, placé au milieu de la salle, il peut apercevoir le drapeau qui flotte sur les tours de Notre-Dame , mais il n'en dis-

tingue pas les couleurs. Il peut fixer lesoleil beaucoup mieux que d'autres malades dont les yeux sont sains. Lorsqu'il veut voir d'une manière plus nette, il humecte ses yeux avec delà salive et de l'eau. II prétend même qu'en les mouillant avec son urine , l'effet est encore plus marqué. En écartant les paupières, on peut promener, au devant de la cornée et sur toute la surface de l'œil, les barbes d'une plume ou le doigt sans que le malade en soit incommodé et détourne l'œil. C'est à peine s'il sent le corps qui le touche, pourvu qu'on ait le soin de tenir les paupières écartées de manière à ne pas toucher les cils. Des ognons coupés par morceaux , et placés au devant des yeux, les paupières étant écartées, ne déterminent ni rougeur ni gonflement ni sécrétion et ne font éprouver au malade aucune sensation, si ce n'est un picotement très léger sur l'œil droit qui n'en reste pas moins sec. Les fosses nasales ne paraissent pas plus sèches que chez un sujet bien portant. Le malade n'y éprouve aucun sentiment de sécheresse, et sent très bien le tabac dont i! fait habituellement usage. Il se plaint d'une céphalalgie frontale assez intense; il entend très bien, et les autres fonctions s'exécutent comme dans l'état normal.

M. Sanson après avoir employé différents moyens , excisa la conjonctive sur l'œil gauche, mais le malade après plus de trois mois de séjour dans l'hôpital, en sortit à peu près dans le même état que lors de son entrée.

On trouve encore dans le London médical Gazette ( 13 avril 1833 ) , et dans la Thèse de M. Rlingshor quelques autres observations dont la lecture n'ajoute rien aux deux descriptions que je viens de présenter.

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Une lecture attentive des deux observations que je viens de rapporter avec tous leurs détails suffit pour donner une idée précise des caractères extérieurs de la maladie. L'inspection d'un œil ainsi affecté grave bientôt dans la mémoire les traits de la xérophthalmie. En conséquence, pour ce qui a trait à la symptomatologic de cette affection, toute méprise est impossible. Mais derrière les symptômes sont les causes ; et là est l'obscurité.

On a cherché à se rendre compte des phénomènes principaux de la xérophthalmie ; ainsi on a cru en trouver une explication satisfaisante dans l'oblitération des canaux excréteurs de la glande lacrymale. Mais outre que cette assertion est toute gratuite . puisque, comme l'a fait remarquer M. Velpeau dans ses leçons, et comme l'a dit M. Cade {Gazette médicale de Paris, 14 mars 1836), des investigations anatomiques n'ont pas encore été faites dans ce sens, cette oblitération serait-elle démontrée , qu'on ne pourrait pas trouver là une cause suffisante pour expliquer la culisatiorij la sécheresse complète de la conjoncctive. Car, comme l'observe fort bienM. Dupré, la membrane muqueuse oculaire, comme toutes les autres muqueuses, sécréterait encore assez de mucosités pour humecter l'œil et lui conserver sa transparence, si elle n'était pas affectée d'une altération particulière. D'ailleurs les expériences de M. Magendie ne prouvent-elles pas que l'humidité de l'œil et sa transparence existent après l'extirpation de la glande lacrvmale? Déplus, on .. sait que .Guéri n, Tood , O'Beirn et plusieurs autres chirurgiens ont pratiqué l'extirpation totale de la glande lacrymale, sans que la conjonctive ait présenté à la suite de cette opératiou les

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caractères que nous avons observés dans les deux, observations précédentes.

On a encore cherché la cause de cette maladie dans une lésion de la cinquième paire. Il est vrai que d'après les expériences de M. Magendie, cette lésion pourrait rendre compte de quelques simptômes isolés ; mais il en est plusieurs de très saillants qui ne sauraient trouver leur origine dans cette lésion. En effet, dit M. Velpeau , comment expliquer ainsi l'épaississement de l'cpithélium conjouctival, l'oblitération des points lacrymaux , l'atrophie des glandes de Meïbomius?

Le docteur Aramon de Dresde, ayant rencontré la xérophthalmie souvent compliquée d'entropion , en a conclu que l'opération que nécessitait cette dernière affection pouvait produire ia première. Sans nous arrêter à discuter, la plus ou moins grande valeur qu'on doit accorder à cettejdée, nous nous bornerons à dire qu'en jetant un coup d'œil sur les observations qui ont été publiées, on voit que parmi les sujets affectés d'entropion, deux seulement ont été opérés, et encore n'est-il pas dit si la xérophthalmie était ou non préexistante à l'opération. Plusieurs malades n'étaient pas même affectés d'entropion. M. Dupré est même porté à penser que cette opération , loin d'être nuisible , serait, au contraire, un moyen salutaire, puisqu'elle ferait cesser l'inflammation entretenue par le contact des cils vicieusement dirigés.

Toutes ces explications sont, comme on le comprend facilement, plus ou moins hasardées, et sont par cmiséquent loin d'offrir quelque chose de positif. Mais , si mettant de côté toutes ces opinions, nous examinons attentivement les

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faits, nous voyons que, dans lous les cas, une ophtluilmie plus ou moins intense, de plu» ou moins longue durée, a précedé la maladie. Il faut donc noter ce fait général qui aidera les recherches sur l'étiologie.

M. Mackensie semble voir dans l'inflammation chronique de la conjonctive la cause de la maladie qui nous occupe • et j'avoue que c'est là l'opinion la plus plausible. La xéiophtlialmir re serait-elle pas due, dit M. "Velpeau, à l'atrophie, à l'oblitération des follicules, des villosités de la conjonctive , atrophie que certaines inflammations prolongées de ces éléments anatomiques ou de la conjonctive elle-même expliqueraient assez bien?

Quant à l'espèce d'ophthalmie qui déterminerait plus particulièrement cette maladie, IV1. Mackensie pense que c'est l'ophlhalmie scrofulocatarrhale. Mais on ne possède pas encore assez de faits pour qu'on puisse se prononcer sur cette question d'une manière définitive.

Le pronostic de la xérophthalmie est des plus graves pour l'organe affecté. Dans l'état actuel de la science, la cécité en est la conséquence inévitable. Il est vrai que M. Cade parle d'une guérison qu'on lui a dit avoir obtenue par la cautérisation de la conjonctive, sur le bord circulaire de la cornée, avec le crayon de nitrate d'argent. Mais c'est là un on dit) et dans les sciences il n'en faut pas; il faut des faits et des faits authentiques.

Une circonstance qu'il faut noter, c'est que les malades voient plus longtemps et beaucoup mieux que l'état physique de l'œil affecté ne le ferait supposer.

On a essayé contre cette maladie une foule de moyens thérapeutiques; il n'est pas de collyres, pas de pommades, pas de solutions, pas de révulsifs qu'on n'ait employés. On a fait usage de l'acupuncture , des vésicatoires volants sur le devant de l'orbite; on a cautérisé la conjonctive, on Ta excisée, on a coupé ses brides, etc., etc.; mais rien n'a réussi jusqu'à ce jour. Chez le malade de M.Velpeau, et dont j'ai donné l'observation détaillée, tout a été mis à contribution, sans qu'on ait obtenu aucune espèce d'amélioration. A tel point que nous nous voyons forcés en terminai! t ce t article, de d i re que la thérapeutique de cette affection est encore à reprendre en entier.

Ophthalmie miasmatique.

On appelle ainsi une inflammation de la membrane muqueuse de l'oeil , se développant chez des individus exposés à des miasmes, et produisant sur cette membrane des phénomènes à peu près semblables à ceux que l'on observe dans les ophthalmies purulentes. C'est là, d'après les auteurs, une variété qui appartient au cadre des ophthalmies catarrhales ; quant à nous, nous; ne trouvons là qu'une nuance de la conjonctivite produite par un certain ordre de causes. C'est ainsi qu'on la voit se développer sur des individus renfermés en grand nombre dans des lieux étroits, humides, là où s'exhalent des émanations animales délétères. On en a observé de nombreux exemples sur les pontons anglais, où étaient entassés sans pitié nos malheureux concitoyens. On l'observe aussi à bord des navires destinés à la traite des noirs. On comprend encore qu'il existe certaines professions qui doi-

OPHTHALMIE MIASMATIQUE. iM

vent favoriser le développement de ce genre d'affection de l'œil. M. le docteur Furnari, qui a étudié avec îe plus grand soin les maladies des veux, considérées dans leurs rapports avec les diverses professions, a fait sur cesujet une foule de recherches qu'il se propose de publier prochainement dans un ouvrage qui offrira de l'intérêt. C'est d'après les idées de ce jeune chirurgien, que je vais dire quelques mots sur l'ophthalmie des vidangeurs.

Ophthalmie des vidangeurs. — N'ayant pas observé moi même cette affection, et M. Velpeau n'en ayant pas parlé dnas ses leçons, j'ai eu recours à l'obligeance deM. Furnari qui m'a fourni plusieurs renseignements sur ce sujet, et qui a même eu la bonté de me commmiiquer une note détaillée d'après laquelle j'ai composé l'article suivant.

Les ouvriers désignent cette affection sous le nom de mille • M. Furnari l'appelle ophthalmie méphitique. Mais peu importe le nom.

De tout temps les accidents auxquels les vidangeurs sont sujets, ont fixé l'attention des gouvernements et des médecins philanthropes. Parmi les hommes qui, par leurs travaux, ont contribué à améliorer le sort de ces malheureux ouvriers, nous citerons particulièrement Ramazzini, Géraud , Halle, Cazeneuve, Dupuytren, Parent du Chatelet, Barruel , MM. Thénard, Chevalier, Labarraque , D'arcet , Alphonse Sanson, Pâtissier, Dévosne, Gourlier et Payen.

L'ophthalmie des vidangeurs fut décrite pour la première fois par R.amazzini dans son beau travail sur les maladies des artisans. Alibert eh fait mention dans ses nouveaux éléments de

thérapeutique. Halle et Dupuytren , dans différents rapports lus dans les sociétés savantes, la décrivent avec beaucoup de soin. M. le docteur Ducourtray, ancien médecin principal de l'armée belge, en a observé vingt cas en une matinée sur les vidangeurs des latrines de la caserne du Mons. La même observation se renouvela, il y a quelque temps, dans la même caserne et huit hommes contractèrent des maux d'yeux évidemment dus à cette cause. M. Florent Gunier, a connu deux vidangeurs devenus aveugles par suite de cette maladie. Combien d'ophthalmies dues à la même cause ne remarque-t-on pas en Belgique, à l'époque où les agriculteurs ont l'habitude de jeter Je pureau sur leurs terres!

Malgré l'autorité de tous ces observateurs, dans ces derniers temps, on a encore douté de l'existence de l'oplithalmie des vidangeurs, et M. Sichel est de ce nombre. Il n'est pas étonnant que M. Sichel n'ait jamais observé cette affection , car de nos jours, grâce à la nouvelle construction des fosses, et aux nouveaux procédés employés pour leur curage, elle est beaucoup moins fréquente qu'elle ne l'était autrefois. Il en existe pourtant assez pour que M. Sichel eût pu en voir s'il l'eût désiré. Pour cela il n'avait qu'à imiter la conduite de MM. Furnari et Carron du Villards.

Pour savoir à quoi s'en tenir sur la mitte des vidangeurs, M. Furnari ne s'est pas borné à consulter les hommes qui s'occupent de salubrité publique, et les vidangeurs eux-mêmes : il est descendu lui-même dans les fosses d'aisances pendant leur curage, et qu'on me permette cette expression, il s'est offert lui-même eu holo-

ol'HTHALMIK MI\SM\TIQUE. 183

causlc à la science. De tels dévouements sont peu communs, ils doivent être signalés.

A peine est-ou arrivé dans une fosse d'aisances, dit M. Furnari, fut-elle même vidée depuis huit jours, que Ton sent monter à sa figure une évaporation irritante dont l'action se fait sentir sur les veux; on est pris d'un sentiment d'irritation très vive, accompagné d'un larmoiement assez abondant, qui calme pendant un instant l'irritation ; mais celle-ci reparaît de plus belle et l'on éprouve dans l'œil une sensation analogue à celle qu'occasione l'introduction d'un grain de sable entre le bulbe et les paupières. Cette sensation est si forte, si tenace, que l'on ne peut s'empêcher de se frotter les yeux afin de les débarrasser de l'hôte incommode que l'on y croit logé. Elle persiste encore pendant une heure ou deux après la sortie du foyer miasmatique.

On peut donc comprendre facilement ce qui doit se passer dans la conjonctive des hommes qui , par leurs occupations se trouvent continuellement exposés à une irritation de ce genre. Les vidangeurs assignent eux-mêmes à cette maladie trois périodes bien distinctes. La première constitue le début de l'irritation; il y a du larmoiement , et c'est pour cette raison qu'ils rappellent mille humide. La seconde se montre avec des phénomènes de pyorrhée comparables de tous points à ceux que nous avons assignés à la conjonctivite purulente d'Egypte. Elle est désignée sous le nom de mille grasse. La troisième enfin est la raitte indolente ou tardive, c'est-à-dire, amenée par le temps et la chronicité à un état tel qu'il n'y a plus de larmoiement, très peu de sécrétion muqueuse, mais par contre la conjonc-

m MALADIES DU GLOBE DE L'ŒIL,

tive présente un aspect granuleux, en tout semblable à celui que l'on observe dans les ophthalrnies purulentes.

Toutes les fois qu'un vidangeur n'a point eu sa conjonctive ainsi transformée, la maladie disparaît d'elle-même, lorsqu'il interrompt son travail pour embrasser une autre profession. Ces hommes savent si bien que cette maladie est inhérente à leur profession qu'ils s'abstiennent de recourir aux hommes de l'art, à moins que la maladie ne fasse des progrès. Voilà pourquoi, sans doute, les malades ne sont pas allés chercher M. Siebel.

Désagréable, incommode, la mitte a cela de remarquable, qu'elle ne donne lieu à des cécités que lorsque des circonstances fortuites viennent aggraver la maladie. Cela paraît d'autant plus extraordinaire que les vidangeurs ne sont pas des modèles de sobriété et qu'ils aiment à alcooliser les miasmes pour en neutraliser l'effet.

Traitement. — Au début de la maladie, les boissons froides et des applications de compresses d'eau fraîche sur les yeux, suffisent souvent pour en arrêter le développement. Les vidangeurs eux-mêmes sont si bien convaincus des bons effets de cette médication, qu'ils commencent toujours par là; et je dois ajouter que plusieurs d'entre eux ont affirmé à M. Furnari qu'ils s'en sont parfaitement bien trouvés. Le lit, la chambre, les aliments chauds, et les boissons vineuses doivent être proscrites. Lorsque la maladie est définitivement établie, il faut avoir recours aux mêmes moyens que j'ai indiqués en traitant de la conjonctivite purulente, d'Egypte,

0PHTUAU11E MIASMATIQUE. 185

Lorsqu'il existe des granulations, M. Carron du Villards a proposé de faire des insufflations avec une poudre composée de la manière suivante :

Charbon animal j gros.

Poudre imperceptible de suie, xxiv grains.

Nitrate d'argent fondu xxn grains.

Moyens prophylactiques. — Les moyens prophylactiques pour prévenir l'ophtlialmie des vidangeurs, consistent dans l'emploi des meilleurs procédés mis en usage pour la vidange des fosses. Ces procédés consistent d'après M. Furnari t dans la séparation des matières fécales en solides et liquides (fosses mobiles), et dans la vidange des fosses, faite d'après le procédé de M. Payen, c'est-à-dire, en faisant usage d'une poudre noire qui a la propriété de désinfecter les matières fécales. Ce procédé offre les avantages suivants :

1° De ne plus avoir à craindre dans les maisons, lors de la vidange des fosses, des émanations infectes qui souvent donnent lieu à l'altération des bronzes, des tableaux , de l'argenterie et quelquefois à des phénomènes précurseurs d'asphyxie.

2° Dans la facilité d'obtenir de suite avec les matières solides un engrais qui n'a pas besoin, comme la poudrette, d'être longuement desséché sur le sol , en répandant pendant le temps de sa dessication, des émanations infectes.

3° Dans la facilité qu'il y a d'opérer la vidange des fosses, le jour comme la nuit, et de pouvoir déposer partout ce nouvel engrais, sans qu'il y ait danger pour la salubrité publique.

4° Enfin, M. Furnaii a pu se convaincre par

m MALADIES DE LA CORNEE.

sa propre expérience, qu'à l'aide de ce moyen on a obtenu une diminution notable non-seulement dans les ophlhalmics, mais encore dans -les autres maladies auxquelles les vidangeurs sont particulièrement exposés.

On a parlé aussi d'une espèce d'ophtbalmic propre aux égouttiers. Mais il est facile de se convaincre qu'elle présente les mêmes phénomènes que la mitte des vidangeurs et qu'elle réclame les mêmes moyens thérapeutiques. C'est pourquoi je crois pouvoir passer outre. ,

Maladies de la cornée.

Depuis qu'on s'est appliqué à distinguer les maladies de la cornée des autres affections de l'œil , on s'est convaincu qu'aucune partie de cet organe n'est sujette à un aussi grand nombre d'altérations. Les relevés statistiques le prouvent d'une manière irrévocable. C'est ainsi que Saunders, sur un total de 1,942 sujets affectés demaladies d'yeux et placés dans son infirmerie , trouva 659 affections de la cornée, et que M. Velpeau , durant deux années seulement , à l'hôpital de la Pitié, sur 250 affections de l'œil a constaté 125 maladies delà cornée, c'est-à-dire la moitié. Je n'insisterai pas davantage sur ce point; la fréquence des lésions de la cornée n'est, de nos jours, contestée par personne. D'ailleurs, on ne conçoit pas qu'il puisse en être autrement , si l'on réfléchit un instant à la position superficielle de cette membrane, et surtout aux fonctions importantes dont elle est chargée, fonctions qui font que les moindres changements dans ses propriétés physiques constituent une maladie plus ou moins sérieuse. On est vrai-

INFLAMMATION 1>L LA COHISK1-. !R7

mont étonné, après cela, que l'inflammation de la coi née n'ait été étudiée d'une manière spéciale que depuis le commencement de ce siècle, et que, même depuis cette époque, des ophthalmologislcs , distingués d'ailleurs , n'aient pas donné à cette question toute l'importance qu'elle mérite. Tel est le résultat de la mauvaise direction imprimée aux études ophtbalmologiques , direction malheureuse que certains oculistes contemporains cherchent encore à perpétuer.

Nous avons à étudier ici l'inflammation de la cornée, les blessures, les corps étrangers, les brûlures, le ramollissement, la gangrène, les perforations, les abcès, les ulcères, les tumeurs^ les taches , le staphylorae et l'ossification de cette membrane.

Inflammation de la cornée.

iVe tenant aucun compte du siège précis de la lésion , et rapportant tout à différents genres de spécificité, la plupart chimériques, comme je l'ai déjà dit et comme je le démontrerai plus tard , les oculistes ont pendant longtemps confondu , sous le titre général d'ophthalmie , toutes les inflammations de l'œil et de ses annexes. C'est là, il faut le dire bien haut, la cause principale du peu de progrès réels qu'ont faits jusqu'à ce jour les études ophtalmologiques. Cette erreur n'avait pas d'ailleurs échappé à la sagacité didactique de Pinel et au génie de Bichat. Les travaux de ces deux grands médecins montrent en effet que dans l'œil, comme dans toutes les autres régions du corps, chaque tissu exerce assez d'influence sur les affections morbides dont il est le siège, pour exiger qu'elles

soient étudiées séparément. C'est parce qu'on a ignoré ou négligé ce grand principe, que pour ne parler que du sujet qui va nous occuper, il faut arriver jusqu'au commencement de ce siècle pour trouver une description particulière de l'inflammation de la cornée. Il est vrai de dire pourtant que plusieurs auteurs du siècle dernier avaient entrevu cette affection j mais aucun d'eux ne l'avait décrite. Ainsi, en parcourant avec attention les ouvrages de cette époque , on voit que Maître-Jan , Boerrhaave , Deshayes-Gendron , Janin et plusieurs autres n'ont fait que l'indiquer. Les étrangers nous ont devancés sur ce point. En 1807, en effet, Vetch est le premier qui ait décrit à part la kératite. Mais les détails que donne cet auteur sont loin de ceux de M. Wardrop qui , à peu près à la même époque, rendit un service important à la science ophthalmologique, en donnant de l'inflammation de la cornée une description qui va nous servir de base. D'autres ophthalmologistes , Saunders , M. Travers , se sont aussi occupés du même sujet ; mais, je dois le dire, la description qu'ils donnent de celte affection, est beaucoup plus vagueque celle de M. Wardrop. Conçoit-on, d'après cela , qu'en 1820 M. Hauffbauer ait pu être considéré comme le premier observateur de cette affection ? C'est là, il faut en convenir, une de ces erreurs qui ne se répètent que trop souvent, et qui trouvent leur source dans l'ignorance où l'on est des travaux de nos devanciers? Dans ces dernières années, MM. Mirault (d'Angers) etSanson ont étudié spécialement cette maladie, et ont même écrit des monographies remarquables. M. Velpeau n'est pas resté en arrière sur cette question. Tout le

INFLAMMATION DE LA CORN EL. iM

monde connaît l'excellent travail publié par ce chirurgien dans la dernière édition du Dictionnaire de médecine. On trouvera d'ailleurs ici l'expression exacte et fidèle de ses idées sur ce sujet qui , il faut le dire, est un des plus inté~ ressauts de l'ophthalmologie.

L'inflammation de la cornée a reçu différents noms, c'est ainsi qu'on l'a appelée cornêite , cératite , kératite. C'est sous cette dernière dénomination qu'on la désigne de nos jours.

La kératite est aiguë ou chronique, diffuse ou circonscrite, générale ou partielle. La division de cette maladie établie par M. Wardrop en externe ou superficielle, en interstitielle ou. moyen?i e et en interne ou profonde , a été regardée par quelques esprits superficiels comme trop minutieuse et basée plutôt sur la théorie que sur l'observation rigoureuse des faits. Je n'ai rien à répondre à une pareille assertion ; qu'on examine avec soin et sans prévention aucune les malades affectés de kératite, et on se convaincra que cette division n'est pas, comme tant d'autres, une simple invention de l'esprit, mais l'expression rigoureuse des faits. On verra en outre qu'elle apporte des modifications importantes et dans le pronostic et dans le traitement. Tous ceux qui ont suivi le service de M. Velpeau à l'hôpital de la Charité savent à quoi s'en tenir sur ce point.

Nous admettons donc les trois variétés de la kératite énoncées précédemment, et chacune d'elles va être le sujet d'un examen spécial. Mais auparavant, je crois devoir présenter quelques considérations sur certains phénomènes généraux qu'il est utile de connaître.

Lorsque la cornée s'enflamme, son tissu offre

un aspect de différentes couleurs dont la connaissance est utile pour établir le diagnostic différentiel. Examinée dans les différentes phases de son inflammation, la cornée présente quatre nuances bien distinctes :

Première nuance. — Teinte verdâtre. — Pour bien l'observer, il faut placer le malade à l'ombre. La couleur de la cornée ressemble alors à celle de !a mer; c'est de là que lui est venu le nom de teinte vert-d'eau» Il n'est pas démontré que ce phénomène soit une dépendance d'un changement dans le tissu de la cornée; M. Velpeau serait porté à penser qu'il est le résultat d'une modification dans l'humeur aqueuse contenue dans la chambre antérieure. Mais, je me hâte de le dire, ce n'est là qu'une opinion formulée à priori , et à laquelle M. Velpeau n'attache pas une grande importance. Ce qu'il importe de savoir, c'est que c'est au début de l'inflammation que cette teinte s'observe.

Seconde nuance. — Teinte brunâtre. — Telle est la couleur qui , lorsque l'inflammation persiste, succède ordinairement à la teinte vertd'eau dont je viens de parler. Cette nuance offre une particularité qu'il ne faut point oublier. La surface libre de la cornée se couvre de granulations d'un très petit volume, tantôt répandues cà et là, tantôt agglomérées sur un seul point. Cette nuance dépend évidemment d'une modification daus le tissu de 'a cornée, et peut même être rapportée à la lame externe de celte membrane. Nous verrons aussi qu'elle est un des symptômes de la kératite superficielle.

Troisième nuance. — Teinte jaunâtre. — Ce symptôme est, sans contredit, plus grave que les deux précédents. En effet , l'expérience dé-

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