‹ Manuel pratique des maladies des yeuxChapitre 19 sur 74 · CORPS ETRANGERS · texte numérisé non relu

CORPS ETRANGERS

Corps étrangers.

J'ai peu de choses à dire sur les corps étrangers de la cornée; car la plupart des détails dans lesquels je suis entré sur ce sujet à la fin du chapitre précédent, s'y rapportent de tous points. Mettant donc de côté les corps étrangers d'un certain volume et d'une certaine longueur, qui réclament d'ailleurs les mêmes procédés opératoires et les mêmes précautions, en ayant égard toutefois à la nature du tissu qui se trouve affecté, j'ai à dire quelques mots sur un autre ordre de corps étrangers, qui doivent fixer toute l'attention des praticiens. C'est ainsi qu'on a trouvé implantés dans le tissu de la cornée, des parcelles de silex, de caillou , d'une pierre quelconque , des grains de sable, de chaux , de plâtre, de charbon ou de poudre; des scories de métal, de fer ou d'acier; des fragments d'insecte, de quelque écorce, de quelque graine solide.

Il est facile de comprendre que ces corps ne doivent pas agir tous de la même manière. Les uns agissent mécaniquement , les autres par leurs propriétés chimiques. Ils présentent en outre des phénomènes différents, suivant qu'ils proéminent à la surface de la cornée, ou qu'ils sont complètement enfoncés dans les tissus. C'est ainsi que, dans le premier cas, les frottements qu'ils exercent sur la face muqueuse des paupières produisent une irritation continuelle qui ne cesse qu'après leur extraction. Le plus souvent, il est vrai, abandonnés à eux-mêmes, ils finiraient par se détacher. Mais il importe, comme on le comprend très bien, d'en faire l'extraction le plus tôt possible, pour mettre l'œil à l'abri des consé-

quences plus ou moins fâcheuses qui pourraient avoir lieu. Dans le second cas, au contraire, tout se passe dans le tissu de la coince. 11 se fait là un travail éliminatoire qui finit souvent par expulser au dehors ces petits corps ; mais d'autres fois aussi t et ces cas sont moins rares qu'on ne le peuse, ce travail n'a pas heu, ou s'il existe, il est impuissant, et alors l'affection persiste pendant un temps plus ou moins long. M. Velpeau a mentionné dans ses leçons plusieurs exemples de ce genre. Il se passe d'ailleurs ici tout ce qu'on observe lorsque des corps étrangers sont arrêtés au sein des autres organes. Disons en terminant que toutes les fois qu'on peut faire l'extraction de ces corps, il importe d'en débanasser la cornée; car, s'il est vrai que quelquefois ils restent longtemps implantés dans son tissu sans causer des accidents, il est vrai aussi , que le plus souvent ils finissent par compromettre l'organe sur lequel ils siègent.

Brûlures <

La cornée, comme toutes les autres parties extérieures du corps, est sujette à des brûlures. Ici, il est vrai, cette lésion est moins fréquente à cause de la protection des paupières, mais on l'observe quelquefois, et on en trouve plusieurs exemples dans les annales de la science. C'est ainsi que M. Mackensie de Glascow, dit l'avoir observée. M. Guthiie parle d'un cas où presque toute cette membrane fut transformée en escarre par l'essence de térébenthine embrasée. Un forgeron qui avait eu le devant de l'orbite frappé par un morceau de fer rouge, offrit à M. Velpeau une brûlure au premier degré sur

BRULURES. 231

le quart inférieur de la cornée. La méprise d'un élève causa dans le service de ce chirurgien , un accident en tout semblable à celui dont parle Guthrie. Au lieu d'une solution de nitrate d'argent qu'avait ordonnée M. Velpeau, l'élève instilla dans l'œil du malade confié à ses soins, trois gouttes de nitrate acide de mercure. Sans pousser plus loin ces citations, on comprend facilement que les caustiques de toute espèce peuvent produire ce genre de lésion.

La nature du tissu de la cornée explique pourquoi ses brûlures ne présentent pas tout à fait les mêmes nuances que sur la peau. En général , on n'observe ici que la forme érvthémoïde et l'escarrification plus ou moins profonde. Les escarres qui résultent de cette espèce de lésion, constituent une classe d'ulcères, qui assez souvent, lorsqu'elles sont superficielles, se cicatrisent avec une rapidité remarquable, sans laisser de trace de leur existence. Toutefois, si elles sont profondes, il est facile de comprendre qu'elles peuvent avoir des suites plus ou moins fâcheuses pour la vision. Je n'entrerai pas dans plus de détails sur ce sujet, j'aurai à m'en occuper en traitant des ulcères de la cornée.

Les brûlures de la cornée réclament à peu près les mêmes moyens thérapeutiques que ceux des autres tissus. L'eau froide, les émissions sanguines, puis les topiques émollients constituent Ja base du traitement. Pour hâter la chute des escarres, le vésicatoire volant est une ressource très avantageuse.

Ramollissement de la cornée.

Chacun sait que toutes les fois qu'un tissu quelconque s'enflamme, il perd de sa cohésion, et ses lames se raréfient plus ou moins , suivant la nature du tissu affecté. Ce n'est point de cette diminution de cohésion que je veux parler ici. C'est là un fait trop général et trop bien connu pour que je m'arrête à en donner une description particulière. Mais il existe une espèce de ramollissement de la cornée qui n'a pas assez fixé l'attention des auteurs, et sur lequel M. Velpeau a insisté dans ses leçons.

Lorsque la cornée a été pendant un certain temps le siège d'une inflammation, son tissu devient quelquefois assez mou, assez malléable pour ainsi dire, pour revêtir une forme anormale, et donner naissance à une maladie particulière. C'est ainsi que cette membrane de convexe qu'elle est dans l'état normal , devient plane, comme M. Mirault en donne un exemple dans lequel cette forme aplatie dépendait de la simple pression des paupières. D'autres fois elle s'avance en avant comme l'a observé M. Stœber, et dans ces cas, lorsque la cornée est ramollie vers son centre, elle s'allonge en cône et représente ce qu'on appelait autrefois pommette, melon. Si, au contraire, le ramollissement est partiel, et qu'il existe séparément sur plusieurs points , on observe tout autant de petites bosselures qu'on dirait, à cause de leur teinte noirâtre, être constituées par l'iris. On cite même des cas dans lesquels la cornée est si molle, que sa forme est sous la dépendance des simples contractions musculaires.

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