‹ Manuel pratique des maladies des yeuxChapitre 20 sur 74 · GANGRÈNE · texte numérisé non relu

GANGRÈNE

M. Vclpeau a mentionné dans ses leçons, une espèce de ramollissement qui mérite de fixer l'attention des observateurs. Toute la cornée dont le tissu a éprouvé une très grande raréfaction , fait saillie entre le bord libre des paupières et forme là une bosselure de couleur noire, brune, ou un peu roussâtre, à peu près semblable à un staphylome de l'iris. Les sujets sur lesquels M. Velpeau a fait cette observation, étaient syphilitiques , ou du moins tout portait à le croire. Toujours est-il qu'ils étaient affectés de conjonctivite purulente.

Ces variétés diverses de ramollissement de la cornée sont toujours plus ou moins graves, eu égard aux fonctions visuelles. Il est assez rare, en effet, même dans les cas les plus heureux, que la cornée ne reçoive pas quelque déformation , et delà, nécessairement un dérangement dans la vision.

Lorsque la maladie ne dépend pas d'une cause spécifique , les collyres astringents constituent la meilleure médication. Dans les cas contraires, c'est à la cause supposée qu'il faut s'adresser. Ainsi dans le cas dont je viens de parler, M. Velpeau arrêta promptement les progrès du mal en attaquant le vice syphilitique. On peut aussi essayer avec beaucoup de chances de succès la cautérisation avec le nitrate d'argent. M. Velpeau s'en est très bien trouvé dans un cas où les collyres avaient fait défaut.

Gangrène.

M. Velpeau a admis trois variétés de gangrène de la cornée : une par excès d'inflammation, une par dissolution organique, et une enfin par arrêt

de circulation. En parcourant avec soin les faits qui ont été publiés sur cette affection , il est facile de se convaincre de la justesse de cette division.

Toujours plus ou moins grave, la gangrène de la cornée n'offre pas cependant les mêmes dangers dans tous les cas. On comprend en effet que, dans la première variété, l'affection peut ne pas entraîner la perforation de l'œil, et avoir une terminaison assez heureuse, en ne laissant à sa suite qu'un albugo ou un leucoma. La seconde variété est plutôt le symptôme d'une affection générale qu'une maladie locale. On en a observé un grand nombre d'exemples chez les cholériques. La troisième espèce, sans exposer à la mort, est dans tous les cas plus ou moins fatale à l'organe affecté; M. Velpeau dit que la perforation des chambres oculaires en est la suite à peu près inévitable.

Toutefois ce sujet exige encore de nouvelles recherches.

Quant au traitement, il est également différent dans chacune des variétés ; ainsi d'après M. Velpeau, modérer la réaction inflammatoire par les émissions sanguines et les topiques émolîients dans la première variété -? modifier d'une manière covenable l'organisation , s'il est possible et recourir aux applications anti-septiques, dans la deuxième; détruire les brides , la compression, autant que la prudence le permet, dans la troisième : telles sont les indications à remplir jusqu'à la chute des escarres. La cicatrisation de l'ulcère réclame ensuite les mêmes moyens thérapeutiques , que celle qui survient à la suite d'une brûlure ou de toute autre solution de continuité ulcéreuse.

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