‹ Manuel pratique des maladies des yeuxChapitre 24 sur 74 · TACHES · texte numérisé non relu

TACHES

mente alors d'épaisseur et prend une consislance remarquable; sa vitalité s'affaiblit; elle revêt enfin une apparence anormale. Cette tache est ordinairement le résultat d'une cicatrice, d'une suppuration étendue et prolongée , d'un travail phlegmasique intense.

D. L'anneau sentie ou cercle st'nîle , tache en quelque sorte naturelle chez les vieillards, a son siège près de la sclérotique. Ce n'est point ici , à proprement parler, une maladie réelle de la cornée. Le tissu de cette membrane n'est ni épaissi ni altéré. Cette tache ne s'observe pas seulement chez les vieillards; on en a rencontré des exemples à tous les âges de la vie. Elle débute presque toujours par la partie supérieure de la cornée; elle se montre ensuite à la partie inférieure; et les extrémités de ces deux arcs ne se joignent qu'à la longue et par suite des progrès de l'âge. Chez les vieillards, cet anneau est toujours séparé de sclérotique par un petit inter\ aile. Il n'en est pas toujours ainsi aux autres époques de la vie.

Traitement des taches.

La thérapeutique des taches de la cornée a beaucoup occupé les auteurs. C'est encore ici une de ces affections contre lesquelles on a tout essayé. Cependant, je dois le dire, malgré une foule de moyens que la chirurgie possède , M. Yelpeau pense qu'il n'y en a aucun qui mérite une véritable confiance contre des taches profondes et anciennes. Celles qui sont légères et récentes peuvent seules être attaquées avec chance de succès. Dans ces cas, on a employé l'huile de noix, le laudanum de Sydenham, la

solution de nitrate d'argent, l'alun combiné avec le sucre , et on dit avoir obtenu des succès. M. Velpeau, s'est quelquefois assez bien trouvé de l'usage du bismuth en poudre. Je dois ajouter toutefois que ces moyens et une foule d'autres qu'il serait trop long d'énumérer ici restent souvent sans effet.

Contre les taches profondes , on a proposé un autre ordre de moyens. C'est ainsi qu'on a conseillé l'excision 'des vaisseaux qui correspondent à la partie malade, l'application d'un séton très lin sur le point affecté , l'excision même et l'usure des parties opaques. M. Velpeau pense que ces moyens doivent toujours être plus ou moins dangereux et d'une efficacité au moins douteuse. Néanmoins, comme il n'en a pas fait usage, il n'a formulé aucune opinion à ce sujet.

Staphylome.

Tel est le mot adopté par les auteurs pour désigner une déformation de la cornée et la fusion de cette membrane avec l'iris , compliquées d'obscurcissement et de perte de la vision. Si l'on parcourt tout ce qu'ont dit les auteurs sur cette affection, on sera vraiment étonné de voir combien ils en admettent de variétés. Je n'entrerai pas ici dans tous ces détails. Qu'il nous suffise de savoir que le staphvlome de la cornée peut être général ou partiel, suivant qu'il envahit toute la cornée, ou seulement une de ses parties. Il arrive quelquefois que cette membrane est affectée dans toute sa périphérie; d'autres fois au contraire son centre seul est malade. Dans le premier cas, l'affection prend ie nom de stra-

STàMÎLI phylôme sphêrigut ; dans le second, c'est Je staphylôme conique.

C'est à la suite d'une inflammation profonde de l'œil, de celle surtout qui a son siège dans l'iris et dans lu membrane de Descemct, que l'on observe le staphylôme de la cornée. On voit alors l'iris, la cornée et la membrane de l'humeur aqueuse se gonfler, se boursoufller, contracter des adhérences j bientôt la cornée s'ulcère, se perfore, l'humeur aqueuse s'évacue, l'iris vient alors s'appliquer contre la face postérieure de la cornée, se confondre avec elle et constituer dans certains cas une synéchie antérieure complète. Assez souvent l'inflammation se propageant en arrière , le cristallin vient contracter des adhérences avec l'iris. Tout est est alors confondu. Il est inutile de dire que la vision est alors définitivement abolie.

Il arrive quelquefois que l'humeur aqueuse est encore sécrétée en plus ou moins grande quantité; c'est alors que l'on observe plus particulièrement la variété que j'ai indiquée sous le nom de staphylôme sphèrique. Cette forme sphérique est quelquefois si prononcée , dit M. Canon du Villards, que toute la cornée s'est dédoublée pour se transformer en une peau mince, distendue par un liquide, se crevant quelquefois spontanément et se remplissant de nouveau après la cicatrisation.

Le staphylôme conique s'observe lorsque le pourtour de la cornée est renforcé par une adhérence complète de l'iris sur ce point; la membrane transparente de l'oeil se dédouble vers son ceutre et présente une petite pyramide. C'est par un mécanisme analogue que se forment le< staphylôme? partiels.

On conçoit qu'à la suite de toutes ces évacualions répétées, l'œil dégénère quelquefois, et peut même revêtir une physionomie cancéreuse.

D'après le peu de détails dans lesquels je viens d'entrer, il est facile de comprendre toute la gravité d'une pareille affection. Cependant , lorsque le staphylôme de la cornée ne comprend pas toute cette membrane, et qu'il reste encore un point transparent, on peut encore espérer la guérison.

Les moyens qui ont été proposés contre l'affection qui nous occupe , sont très nombreux : c'est ainsi que les uns recommandent la compression, la ligature, l'incision cruciale; d'autres la cautérisation avec le beurre d'antimoine. On a aussi proposé la pierre infernale avec la précaution de laisser au centre du staphylôme un petit fragment du caustique pour y produire un petit cautère; enfin, Wardrop pense que l'évacuation de l'humeur aqueuse doit être très avantageuse. Je ne pousserai pas plus loin cette énumération. Qu'il me suffise de dire que dans la plupart des cas toutes ces ressources sont impuissantes ; les fonctions visuelles sont complètement etdéfinitiveinentabolies; il ne reste plus alors qu'àenlever la maladie avec l'instrument tranchant pour corriger la difformité. Voici le procédé que Scarpa conseille de mettre en usage en pratiquant cette opération : « Le malade étant assis , la tête fixée par un aide , l'opérateur prend un petit couteau, semblable à celui dont on se sert pour l'extraction du cristallin ; il l'enfonce dans la tumeur, qu'il transperce de dehors en dedans , à une ligue et demie ou deux ligues de son sommet; puis, poussant l'instrument dans la même direction, il taille, au dépens delà tu-

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nieur. un lambeau demi-circulaire, très analogue h celui qu'on pratique sur Ja cornée dans l'opération de la cataracte; il soulève ensuite ce lambeau avec une pince, et l'excise au niveau de la base, en portant en haut le tranchant de l'instrument. Le diamètre du segment, qu'on emporte à l'aide de cette double section toujours relatif aux dimensions de la tumeur, peut varier depuis deux jusqu'à quatre lignes. Le plus souvent on enlève, avec le sommet de la tumeur, une petite portion de l'iris, qui, dès le principe du mal , contracte avec la cornée des adhérences plus ou moins étendues; mais la lésion de cette membrane est moins un inconvénient qu'un avantage, puis qu'elle facilite la sortie du cristallin et celle d'une partie de l'humeur vitrée. Après cette évacuation partielle, le bulbe de l'œil s'affaisse et se cache derrière les paupières, sur lesquelles on applique un plumasseau de charpie sèche, maintenu par une simple bande.» Comme, après cette opération, la vue est perdue sans ressource, M. Carron du Villards pense, qu'il deviendrait plus rationnel de vider complètement l'œil pour que le malade puisse jouir plus sûrement des bienfaits de la prothèse oculaire. Voici le procédé emplové par ce chirurgien pour obtenir la disparition du staphylôme et l'affaissement de l'œil au moyen d'une cicatrice convenable. Laissons-le parler lui-même : « Le malade étant placé comme pour l'opération précédente, un aide relève la paupière, et je saisis un bistouri courbe de Pott, non boutonné (bistouri à fistules). Cet instrument, tenu en troisième position, je l'enfonce dans l'œil à la partie externe, à trois lignes environ de l'insertion de la cornue avec la sclérotique , le tran-

chant tourné en haut • puis, faisant décrire à la lame un quart de cercle , je fais , par un mouvement de bascule ressortir la pointe à la même distance qu'il est entré du côté du grand angle : j'abaisse vivement le poignet eu achevant la section de dedans en dehors, en retirant la lame. De cette manière , Fceil se trouve divisé en deux parties dans le centre de la cornée : saisissant alors les deux lambeaux l'un après l'autre avec des pinces à crochet , je l'excise avec des ciseaux courbes sur leur plat, de manière à avoir une perte de substance semi-elliptique très allongée. L'iris se trouve compris naturellement dans cette section; et lorsque l'œil est revenu sur luimême , l'on obtient une cicatrice régulière , solide, qui supporte sans inconvénient un œil artificiel. »

M. Carron du Yiliards ajoute qu'il a emplové plusieurs fois ce procédé avec succès. Quel que soit d'ailleurs le mode opératoire qu'on adopte , le malade en éprouve très peu de douleurs. Après quelques jours, l'inflammation se développe, la suppuration s'établit, l'œil s'affaisse peu à peu , et, après un temps plus ou moins long, il se transforme en un tubercule. Ces accidents ne doivent point être combattus -y on devrait même, si l'inflammation et la suppuration se développaient avec peine , les provoquer à l'aide des moyens appropriés. C'est ainsi que Scarpa , dans des cas pareils, introduisait dans ia cavité de i'œil une tente de linge, et que d'au très chirurgiens ont proposé de porter au fond de l'organe un crayon de nitrate d'ar* £ent fondu.

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