‹ Manuel pratique des maladies des yeuxChapitre 25 sur 74 · OSSIFICATION · texte numérisé non relu

OSSIFICATION

Ossification .

Comme la plupart des autres tissus , la cornée peut acquérir une dureté remarquable, et devenir môme le siège d'incrustations osseuses. Les annales de la science renferment plusieurs cas de ce genre. C'est ainsi que Riehter de Gœt* tingue a trouvé la cornée avoir la consistance d'une excroissance cartilagineuse, que Béer de Vienne! en a rencontré une tellement dure et épaisse qu'il eut de la peine à y faire pénétrer un bistouri. Valther rapporte le cas d'une cornée qui, large de deux lignes et longue de trois, pesait deux grains. M. Wardrop dit avoir trouve des parcelles osseuses à la face interne de cette membrane, et qu'Anderson lui en a communiqué un autre exemple fort curieux. Je ne pousserai pas plus loin ces citations -? qu'il me suffise de dire que c'est sur la face externe de la membrane de l'humeur aqueuse qu'on observe le plus ordinairement ces incrustations osseuses.

Tous les moyens thérapeutiques seraient inutiles contre ce genre de lésion. C'est pourquoi je ne crois pas devoir entrer dans plus de détails.

ELératoplastie.

Lorsque l'esprit humain a conçu une idée, il est rare qu'il n'aille pas au delà des bornes que le raisonnement semble avoir posées. Que penser eu effet de tout ce qui a été dit et écrit à l'étranger sur la kératoplastie ! Une pareille question ne devrait peut-être pas trouver place dans ce livre, qui s'adresse surtout aux praticiens. Toutefois, comme des chirurgiens re-

258 MALADIES DE LA CCffiNEE.

commandablés se sont occupés de ce sujet , je crois devoir présenter ici quelques courtes considérations.

Il importe d'établir avant tout que ce n'est pas dans le cas d'atrophie ou de desorganisation de l'œil que la kératoplastie a été proposée. Il est évident qu'alors cette opération n'aurait aucun but. Mais il arrive assez souvent que la cornée seule est dénaturée, et que par son opacité elle est un obstacle à l'accomplissement des fonctions visuelles. C'est dans ces cas que certains oculistes ont proposé de remplacer la cornée malade par une cornée saine. Au dire de Pellier, qui prétend en être l'inventeur, cette opération aurait été tentée dans le siècle dernier. Sans nous arrêter à discuter la valeur que méritent les assertions de cet oculiste, nous nous bornerons à dire que ce n'est que depuis une quinzaine d'années que la kératoplastie a fixé l'attention des chirurgiens. Depuis cette époque, cette opération a été expérimentée par plusieurs auteurs graves. C'est ainsi que M. Moësner Ta tentée en 1823, que M. Reisiuger en a fait l'essai en 1824, et M. Drolshagen, en 1834. MM. Himly et Bigger l'ont aussi expérimentée sur les animaux. En 1836 et 1837 ces expériences ont été reprises avec plus de soin par MM. Dieffenbach et Stilling; et, à l'exemple de ces chirurgiens, quelques autres praticiens de l'Allemagne y ont eu recours sur l'homme. Je dois même ajouter qu'on a imaginé deux procédés à ce sujet. Dans l'un on excise la cornée malade, puis on la remplace immédiatement par une cornée de veau ou de mouton. C'est là le procédé que les expérimentateurs ont le plus fréquemment essayé sur les animaux. Sans entrer dans des détails sur

m linon vmii . m

cette opération, je dirai, avec M. Velpeau, que ce serait abuser de la patience du lecteur que de décrire une opération pareille; et je plaindrais le chirurgien assez hardi pour la proposer sérieusement aux malades.

Dans le second procédé, on passe, au moyen d'une aiguille fine , trois fils à travers la cornée sur les côtés du leucoma ; circonscrivant ensuite, la tache par deux incisions, on l'enlève dans une ellipse de la membrane dont on ferme ensuite immédiatement laplaieenserrantlcs fils. M. Dief fenbach a dit à M. Velpeau qu'il avait réussi par ce procédé chez une jeune fille. « Certes, ajoute M. Velpeau, puisqu'un homme haut placé dans la science, dit avoir réussi en opérant de cette façon , il faut le croire -y mais je le croirais à peine si je l'avais fait moi-même, et je doute fort que M. Dicffenbach trouve des imitateurs parmi les chirurgiens prudents. »

Je ne crois pas devoir pousser plus loin ces considérations ; qu'il me suffise d'ajouter, en terminant, que de deux chose Tune, ou la cornée transparente est opaque dans toute son étendue, et dans ce cas, il n'y aurait que la kéiatoplastie par transplantation qui put être réellement tentée , ou bien il n'y a qu'une tache au milieu de cette membrane, et il est évident alors que la kératoplastie ne vaut pas l'opération de la pupille artificielle.

Maladies de la sclérotique.

C'est particulièrement à l'inflammation de la sclérotique que l'on doit l'apporter tout ce qu'on a dit sur l'oplilhalniie rhumatismale. Nous discuterons plus tard cette question. Bornons-nous

MALADIES DE La SCLÉROTIQUE

eu ce momeiii à quelques considérations soi la sciérotito et sur le staphylômc de la membrane

albuginée de l'œil.

Sclérotite.

Pour M. \ elpcau, ce que les auteurs ont décrit sous le nom de sclérotite n'est point une maladie propre à la membrane albuginée de l'œil ; on ne peut trouver là qu'au assemblage de symptômes

se rapportant à une inflammation de la cornée ou de l'iris ; en termes plus précis , je ne crois pas que, dans l'état actuel de la science, on puisse admettre l'inflammation de la sclérotique. Je ne \ eux pas dire par là que la membrane albuginée de l'oeil ne puisse pas s'enflammer. M. Velpeau n'a jamais eu la prétention d'imposer des bornée aux maladies. Mais ce qu'il soutient, et ce dont il est entièrement convaincu . c'est que la sclérotite véritable doit être une maladie infiniment rare, si tant est qu'on l'ait jamais observée; e! partant qu'on est dans l'erreur si l'on voit dans les symptômes qu'on lui attribue et que Ton observe si souvent, l'indication d'une affection qui . comme nous allons le voir, devrait être si rare. Cette opinion qui, de prime-abord, doit paraître paradoxale . se présentera bientôt sous un autre aspect. Pour cela, analysons avec soin les symptômes que les auteurs assignent à la sclérotite, et voyons s'ils ne sont pas de tous points applicables à l'inflammation de quelque autre partie de L'œil, et surtout s'il n'en est pas quelques-uns qui ne peuvent en aucune manière lui être rapportés. Ces idées seront d'ailleurs fortifiées par des considérations puisées dans la texture même de la sclérotique et dans la nature

SCLÉR0T1TE. ?hl

des inflammations qui affecte ut les tissus de même genre dans les autres régions du corps.

L'idée qui a porté les ophtalmologistes de l'école allemande à admettre l'existence de la maladie qui nous occupe est toute naturelle. Trouvant dans les symptômes que nous allons décrire l'indication d'une affection rhumatismale, ils ont été conduits par l'analogie à admettre que c'est le tissu sclérotical qui en est le siège. Cette conclusion quoique logique ne peut être ici d'aucuue valeur, puisque le principe sur lequel elle repose est erronné. Mais mettons de côté, pour le moment, toute idée théorique, et commençons par analyser les faits.

Chacun le sait, les cas de ce genre ne sont point rares; aussi M. Velpeau a-t-il pu les examiner avec le plus grand soin et sans prévention aucune, avant de formuler la proposition que je viens d'émettre. Sur quoi se fonde-t-on , en effet , pour admettre l'inflammation dont il s'agit? Certes, il faut donner des raisons bien puissantes pour pouvoir proclamer l'inflammation fréquente d'un tissu dont les analogues, dans toutes les autres régions du corps, sont si rarement enflammés, que plusieurs pathologistes conservent même des doutes sur ce point.

La membrane albuginée de l'œil , dit-on, est parcourue par des vaisseaux dont la finesse, la fixité et la profondeur indiquent assez qu'ils appartiennent au tissu sclérotical. Ces vaisseaux ont une direction à peu près parallèle, si on les examine avec soin , on les voit se prolonger plus ou moins loin sur la cornée, ou bien se recourber à une ligne environ de la circonférence de cette membrane pour s'anastomoser avec les vaisseaux profonds, Dans le secoud de ces cas,

26î MALADIES DE LA SCLÉROTIQUE.

on aperçoit en ce point un cercle de couleur

variable, appelé cercle arthritique.

La description de ces phénomènes de vascularisation est exacte, il est vrai; mais voyons quelle est leur valeur pour le sujet qui nous occupe en ce moment. Si l'on se rappelle ce que j'ai dit sur la vascularisation de l'œil en général , il sera facile de comprendre que ce genre de vascularisation peut tout aussi bien dépendre d'une inflammation de la cornée ou de l'iris, que d'une sclérotite. En effet, lorsque la cornée ou l'iris s'enflamment, on conçoit sans peineque l'injection de leurs vaisseaux se propage par les nombreuses anastomoses dont j'ai parlé, dans les canaux sanguins du tissu sclérotical. Et d'ailleurs n'avons-nous pas déjà trouvé cette vascularisation dans certaines variétés de la kératite? Nous verrons bientôt qu'on l'observe aussi dans l'iritis. Ce n'est donc pas aller trop loin, je pense, que de dire que ces phénomènes vasculaires pourraient être considérés comme secondaires à ces deux inflammations. Cependant, je dois l'avouer, ce ne serait pas là une raison suffisante pour rejeter la sclérotite des cadres nosologiques. Car après tout, cette vascularisation pourrait tout aussi bien trouver sa source dans l'inflammatioti de la membrane albuginée de l'œil que dans une kératite ou un iritis. Qu'il nous suffise pour le moment de savoir que ce phénomène trouve une explication très satisfaisante sans qu'il soit nécessaire d'admettre l'inflammation de la sclérotique.

Mais en allant plus avant dans l'analyse des symptômes, nous en trouvons deux qui ne permettent plus d'admettre, dans la description que l'on donne, une inflammation pure et simple du

SCI EROT1TË. £g

littu >m question : je veux parler de la pliolophobîe et du larmoiement. Eu effet, pour peu que I on y réfléchisse , on se convaincra sans peine que ce sont là deux signes négatifs. Je n'ai pas besoin d'entrer pour cela dans de bien grands détails. Chacun sait eu effet, que la sclérotique, organe tout entier de protection , n'entre pour rien dans l'accomplissement des fonctions visuelles, et qu'elle n'a aucun rapport avec Ja sécrétion des larmes.

D'ailleurs, qu'on lise avec soin les différentes descriptions de la sclérotite données par les auteurs, et l'on verra qu'elles viennent en quelque sorte appuyer les idées de Al. Velpeau. C'est ainsi que tous les opiithalmologistes s'accordent à dire que cette affection est le plus souvent secondaire. M. Travers la considère comme le résultat presque constant et secondaire d'une autre affection des membranes internes ou externes de l'œil. M. Carron du \ illards dit qu'elle est presque toujours secondaire à une autre inflammation des membranes éminemment vasculaires de l'œil, telles que l'iris, la conjonctive et la choroïde, a Mous avons beau interroger nos souvenirs et nos observations, ajoute ce chirurgien, ils ne nous mettent pas à même de relater le cas d'une inflammation primitive de sclérotique. »

On le voit, l'appréciation symptomatologique est loin de prouver l'existence réelle de Ja sclérotique telle qu'on l'admet généralement. Examinons maintenant si les idées théoriques sont plus favorables à l'opinion combattue par M. Velpeau.

Si l'on trouve dans les symptômes décrits par les auteurs, une inflammation propre à la scléro-

tique, il faut dire alors que l'inflammation de cette membrane est une des maladies des yeux les plus fréquentes. Car, ces symptômes s'observent très fréquemment, et je peux dire pour mon compte que j'en ai rencontré un très grand nombre d'exemples dans le service de M. Vel* peau, à l'hôpital de la Charité. Or, je le demande, pour peu que Ton réfléchisse à la nature du tissu sclérotical, est-il possible d'admettre une pareille proposition? conçoit-on qu'un tissu qui se trouve si rarement enflammé dans les autres régions du corps, fût ici si souvent malade? M. Velpeau ne se rend point compte de cette différence, et je suis porté à croire que beaucoup d'observateurs seront de son avis. D'ailleurs , lorsque l'inflammation s'empare d'une membrane fibro-celluleuse, la maladie a ordinairement une grande tendance à s'étendre, elle ne se circonscrit que très rarement. Or, qu'on examine les sujets qui présentent les symptômes dont je viens de parler, et l'on verra si c'est là la marche que suit la maladie. De plus à la suite des inflammations qui affectent les tissus analogues à celui de la sclérotique, il reste ordinairement des traces; ici, au contraire, tout rentre dans l'ordre le plus complet dès que Ja phlegmasie oculaire s'est dissipée. M. \elpeau a fait en outre une expérience qui mérite d'être prise en considération. Ce chirurgien a essayé, par des blessures répétées sur la sclérotique, de produire l'inflammation de cette membrane; eh bien, je peux le dire, car j'ai assisté à ces expériences, jamais il n'a pu y parvenir.

Je ne crois pas devoir pousser plus loin ces considérations. Il est évident que les auteurs ont aggloméré, sons le titre de sciérotite. un cer-

SFAHm.OMI . ftS

tain nouibi e. de symptômes que nous avons déjà trouvés dans quelques-unes des inflammations précédemment étudiées , et que nous rencontrerons encore plus tard. On le voit, d'après ce qui précède , tout s'oppose à admettre l'inflammation de la sclérotique, du moins telle qu'on Ta entendue jusqu'ici; et je me crois en droit de conclure avec M. Velpeau que tout est à refaire sur ce point , et qu'il faut rejeter la sclérotite des cadres ophthalmologiques jusqu'à ce que de nouvelles observations en aient démontré l'existence d'une manière beaucoup plus évidente. Mais répétons-le en finissant, car c'est là le point capital de la question, les descriptions données par les auteurs sur l'inflammation de la sclérotique ne sont qu'une agglomération de symptômes qui se rapportent à une phlegmasie de quelques autres membranes de l'œil.

Staphylôme.

Le staphylôme de la sclérotique est une déformation de cette membrane produite par son hypertrophie ou par son ramollissement. C'est un genre de tumeur de volume variable , se pimentant dans la plupart des cas sous une forme multilobée. On distingue plusieurs espèces de staphylômes de la sclérotique, et chacune d'elles a reçu un nom particulier. Je ne crois pas devoir les passer ici toutes en revue ; je me bornerai à dire quelques mots sur les quatre variétés principales.

Quoi qu'il en soit, les symptômes généraux qui caractérisent cette affection sont les suivants.

L'œil est saillant sur un des points de sa circonférence. De prime-abord on serait porté à

penser qu'en cet endroit les paupières sont le siège d'une tumeur ; mais en écartant ces voiles membraneux , il est facile c'e se convaincre que c'est la sclérotique qui est affectée. Les paupières sont gênées dans leurs mouvements; et si le staphylôme est volumineux, elles recouvrent difficilement l'œil. J'ai observé un cas de ce genre dans le service de ce M. Yelpeau, en 1836, chez une femme d'environ quarante-cinq ans : la tumeur avait son siège près de l'angle externe de l'œil droit.

Le staphylôme de la sclérotique se présente tantôt sous une forme globuleuse , bleuâtre veineuse, tantôt sous celle d'une tumeur blanchâtre, nacrée. Dans la plupart des cas, il est recouvert de vaisseaux veineux, variqueux et sinueux. Si la maladie n'est pas arrêtée dans sa marche, la trame fibreuse de la membrane albuginée disparaît peu à peu et finit par faire place à une membrane transparente sur le point affecté.

Le staphylôme de la sclérotique peut rester pendant un temps plus ou moins long, indolent et stationnaire. Un homme de près de soixante ans, que j'observai à l'hôpital de la Charité, en 1837, en portait un depuis plus de trente ans. Mais je dois ajouter qu'il était très peu volumineux , à tel point que le malade ne s'en occupait plus depuis longtemps. Toutefois il n'en est pas toujours ainsi ; ie plus souvent, au contraire, l'inflammation s'en empare, des douleurs assez vives se font sentir, la tumeur se crève, des hémorrhagies ont lieu, et quelquefois même il survient des tumeurs de mauvaise nature.

Les causes de l'affection qui nous occupe sont diverses : les unes sont traumaliques et agissent mécaniquement j les autres sont le produit de

STAPHYLOME. %7

l'inflammation. Sans entier dans des détails sur ce point, on peut dire que les staphylômes de la sclérotique sont le résultat du développement, de l'augmentation des vaisseaux sous-sclérotidiens qui agissent sur la membrane par compression, dédoublement et usure. Cette action est ici la même que celle des anévrismes et des varices sur les os.

Disons maintenant quelques mots du staphylôme en grappe, du staphylôme cutané', du staphylôme latéral et du staphylôme postérieur.

1° Staphylôme en grappe. — Cette première variété s'observe sur les points de la sclérotique qui avoisinent le pourtour de la cornée. Ce sont de petites tumeurs decouîeur bleuâtre, entourées d'un cercle nacré. Au début de la maladie, ces tumeurs sont dures et peu volumineuses ; mais peu à peu elles grossissent et acquièrent un degré de ramollissement plus ou moins prononcé; assez souvent même elles se laissent déprimer et refouler avec les doigts. Cette affection exerce son influence sur la pupille ; tantôt en effet cette ouverture est large et immobile, tantôt elle est étroite et obstruée par des pseudo-membranes. On comprend facilement que les fonctions visuelles peuvent être plus ou moins troublées; quelquefois même elles sont abolies.

2° Staphylôme cutané. — Cette espèce de staphylôme, dit M. Carron du Villards , se présente à son début sous la forme d'un petit anneau nacré qu'enchâsse la cornée. Peu à peu il augmente de volume; et alors il reprend une couleur bleue et forme le staphylôme du corps ciliaire, dont je parlerai plus tard.

3° Staphylôme latéral. — On désigne ainsi le

26B MALADIES DE LA SCLEROTIQl JE.

staphylôme qui se développe à la partie externe de l'œil. M. Canon du Villards est un des premiers qui aient décrit cette variété, qui est le résultat de la piqûre de la sclérotique dans l'opération de la scléroticonyxis.

4° Staphylôme postérieur. — Cette dénomination indique assez le siège qu'occupe ici la maladie. Cette variété est peut-être moins rare qu'on ne le pense. Les observations de Demours, de Scarpa, tendraient du moins à le faire croire. Mais comme la sclérotique est ordinairement assez saine à sa partie antérieure , le diagnostic du staphylôme postérieur est souvent d'une difficulté insurmontable. La maladie peut alors être confondue avec une tumeur intra-orbitaire, avec une hydropisie postérieure, etc.

Cette espèce de staphylôme reconnaît les mêmes causes que les précédentes , à l'exception toutefois des causes traumatiques. On s'accorde à dire néanmoins que les plus fréquentes sont l'inflammation de la choroïde, la varicosité de ses vaisseaux , et l'accumulation d'une humeur quelconque entre la choroïde et la sclérotique.

Je ne pousserai pas plus loin ces considérations, qu'il me suffise de dire en finissant que le staphvlôme de la sclérotique est au-dessus de toutes les ressources de l'art. On a proposé leur extirpation partielle; mais, outre que cette opération n'amène pas la guérison , elle laisse toujours une difformité fâcheuse. Dans la plupart des cas, il vaudrait mieux évacuer l'œil et le faire suppurer.

Lorsque le staphylôme est postérieur et qu'il a acquis un développement considérable, l'œil doit être sacrifié, il faut procéder à son extirpa-

IR1TIS f$

tiou. jNuus tracerons plus" tard les règles de celle opération.

Je ne puis terminer ee que j'avais à dire sur la sclérotique sans mentionner une opération qu'on a essayée à l'étranger. D'après ce que j*ai dit en parlant de la kératoplastic, il semblait que les tentatives d'anaplastie faites sur la cornée, devaient former la dernière limite de ce genre d'essais. 11 n'en a rien été. Dans ces dernières années, M. Stilling a essayé de créer une pupille sur la sclérotique, en y transportant un lambeau de cornée. Je laisse aux lecteurs le soin déjuger une pareille tentative. Qu'il me suffise de dire que les essais auxquels s'est livré M. Stilling pendant son séjour à Paris , ne paraissent pas avoir confirmé les expériences faites par ce chirurgien en Allemagne. M. Yelpeau a complètement raison, en disant que de tels essais ne sont guère propres qu'à faire perdre du temps aux expérimentateurs, et à compromettre les progrès réels de la médecine opératoire.

Maladies de l'iris.

La pathologie de l'iris porte sur une foule de maladies diverses appartenant les unes à l'iris proprement dit, les autres à la pupille.

Inflammation de l'iris. — Iritis.

• En parcourant les différents traités d'ophthalmologie, il est facile de se convaincre que, detout temps, les auteurs ont fait mention de l'inflammation de l'iris. 11 faut pourtant arriver jusqu'au commencement du siècle actuel pour trouver une description particulière de cette maladie.

Avant cette époque, les uns s'étaient bornés à la noter en passant; les autres la confondant avec d'autres maladies de l'œil , n'avaient présenté sur elle que des notions vagues et peu exactes. Ce sont les Allemands et les Anglais qui les premiers se sont efforcés de faire de l'iritis une maladie distincte, en quelque sorte indépendante de toute les autres affections de l'œil. Sur ce point même ces auteurs ont été trop exclusifs , comme il est facile de s'en convaincre en lisant leurs travaux. L'iritis est, il est vrai, une maladie distincte, qui doit être décrite en particulier • mais, comme on ne conçoit guère qu'elle puisse exister sans que les parties voisines participent plus ou moins à l'inflammation, ii est évident qu'il faut tenir compte de ces complications, si on veut être exact dans la description qu'on en donne. Plus tard, peut-être parviendra-t-on à isoler complètement l'inflammation de l'iris; mais, dans l'état actuel de la science, cela est impossible; c'est pour l'avoir tenté qu'on a englobé sous son nom des inflammations qui ne lui appartiennent pas, ou qui du moins peuvent également se rapportera d'autres éléments du globe de l'œil.

Quoi qu'il en soit , en 1799, Béer est le premier qui ait décrit avec soin l'inflammation de l'iris. Deux ans plus tard Schmidt publia sur cette maladie un travail intéressant. Peu de temps après "Ware, Saunders, et plus tard M. Travers, s'en occupèrent aussi avec soin. La France ne tarda pas à prendre part à ce mouvement. En septembre 1818, M. GimelSe publia dans le journal universel des Sciences médicales, un travail intéressant sur l'iritis. Nous en recommandons la lecture à ceux qui pourraient encore douter

iritis. ri

de l«i part qu'ont pris les Français a l'étude de? maladies des yeux. Ils verront dans ce mémoire remarquable pour l'époque où il a paru. Si M. Velpeau a tort ou raison de s'élever contre les prétentions de certains oculistes d'outre- Rhin à ce sujet. Eu 1820, M. Quille (Dict. des Sciences médicales) et M. Muller ( Bibliot. Ophthal.), se sont aussi occupés de cette affection. En 1823, M. Gilletde Grammont présenta dans sa thèse des considérations importantes sur cette maladie. Ce sujet a été depuis l'objet d'une foule de recherches. S'il est vrai de dire, en un mot, que les étrangers ont été les premiers à attirer d'une manière particulière l'attention des praticiens sur l'inflammation de l'iris, la France ne s'est pas moins rendue utile à la science en envisageant cette maladie sous son véritable point de vue.

En parcourant les différents relevés statistiques, on est de prime-abord étonné de voir que l iritis est loin d'être une affection également fréquente pour tous les observateurs. C'est ainsi que sur dix-neuf cent quarante-deux cas de maladies des yeux , Saunders compte trente-huit exemples d'iritis, et que M. Watson trouve dix exemples de cette inflammation sur deux cent quarante-huit cas d'ophthalmie. A une époque, M. Velpeau en a trouvé cinq cas sur deux cents malades. Dans la suite, en prenante la lettre les descriptions de MM. Schmidt, Lawrence, etc., ce chirurgien en aurait facilement trouvé vingtcinq cas sur trois cents.

De nos jours la cause de cette divergence est facile à saisir. Il s'en faut que les chirurgieus aient tous les mêmes idées sûr la maladie qui nous occupe. C'est d'aillears une question trè*

délicate. Les symptômes que les uus rapportent à l'iritis, sont donnés par d'autres comme signes d'une inflammation ou de la choroïde, ou de la rétine, ou du corps vitré, ou de la capsule du cristallin. Pour quelques-uns même toutes ces inflammations présentent à peu près les mêmes caractères.

M. Velpeau n'a pas la prétention d'avoir éclairci complètement cette question; il avoue même qu'il reste encore beaucoup à faire et dans ses leçons il a fortement engagé les observateurs à diriger leurs recherches sur ce point important de pathologie oculaire.

Les auteurs qui se sont spécialement occupés de l'inflammation de l'iris, ont imaginé une foule de variétés de cette affection. Ce n'est pas ici le moment de faire sentir le vague de toutes ces distinctions , nous traiterons plus tard cette question. Nous allons suivre dans l'étude de l'iritis la même marche que nous avons suivie pour la kératite. Faisant donc abstraction de toute complication, nous alions étudier l'iritis à l'état aigu et a l'état chronique.

Iritis aiguë.

L'inflammation de l'iris peut débuter par la face postérieure de cette membrane, par la face antérieure ou par son parenchyme. Ce sont là trois nuances de la maladie que je crois devoir noter,, quoique, dans l'état actuel de la science, leur importance ne puisse point encore être déterminée. Aussi, je ne m'arrêterai pas à rechercher les symptômes qui caractérisent chacune d'elles. Ce serait je crois entrer dans des détails superflus. D'ailleurs, il faudrait pour cela sup-

tRlliS MGUË.

poser que liwflfiinimation peut exister séparément pendant un certain temps dans chacune de ces

portions de l'iris. Or, je le demande . l'esprit comprend-il un pareil isolement dans une membrane aussi mince? Après tout, il doit en être ici comme pour le péritoine, la plèvre, l'arachnoïde et les membranes séreuses en général • c'est par son tissu cellulaire un peu plus en avant , un peu plus en arrière que doivent débuter toutes les inflammations de l'iris.

Les svmptômes de l'iritis doivent être rangés en deux groupes bien distincts : les uns sont purement qnatomiques, les autres sont physiologiques. Etudions-les successivement.

A. Les symptômes anatomiques (objectifs de l'école allemande) tombent sous les sens du chirurgien. On ne les tire pas seulement de l'aspect de l'iris, maisencorede celui de la pupille, de la cornée, de la sclérotique et des humeurs de l'œil. Au début de la maladie, la pupille se resserre légèrement sans perdre de sa régularité; elle devient peu à peu immobile, mais elle reste nette. Le devant de l'œil offre un aspect brillant, semblable à une glace mouillée. La cornée conserve sa transparence; la conjonctive n'offre rien de remarquable. Ce sont là les prodromes de la maladie. Mais si l'inflammation n'est pas arrêtée à son début, la pupille se resserre de plus en plus, devient peu à peu irrégulière, et finit par offrir une immobilité presque complète contre laquelle les préparations de belladone n'ont aucune influence. Ou a cru voir dans les différentes formes que revêt la pupille, des caractères se rapportant à des iritis prétendues spécifiques. C'est là une erreur que l'observation attentive des faits m'a bien souvent démontrée. Ces dé-

formations de la pupille sont due? tantôt a ce que quelque partie de l'iris se trouve plus engorgée que le reste, tantôt à des filaments qui en lui faisant contracter des adhérences en gênent les mouvements. Si l'inflammation persiste et qu'elle acquière de l'intensité, l'ouverture pupiilaire s'obscurcit et semble obstruée par une sorte de fumée ou de nuage. Les humeurs de l'œil paraissent troubles. Mais la cornée conserve sa transparence. Dans le plus grand nombre de cas, la conjonctive n'offre rien de remarquable. On observe pourtant lorsque l'inflammation est très intense, quelques légères traces de vascularisation vers la partie de cette membrane qui correspond au cercle ciliaire. La sclérotique, au contraire, présente un phénomène constant : vis-à-vis du cercle ciliaire et un peu en arrière, cette membrane offre un anneau rouge profondément situé et formé de vaisseaux parallèles excessivement fins. Cet anneau est évidemment distinct de celui dont j'ai parlé en traitant de la kératite aiguë. Outre ce caractère, on aperçoit aussi quelquefois l'injection d'un plus ou moins grand nombre de vaisseaux appartenant à la sclérotique. Cette injection peut même être portée si lo;n que je ne suis point étonné qu'on ait trouvé là un symptôme de l'inflammation de la membrane albugiuée de l'œil. Mais, qu'on ne s'v trompe point . cette vascularisation scléroticale n'est que secondaire; elle disparaît toujours avec la maladie principale. 11 est facile d'ailleurs, de se rendre compte de tous ces phénomènes vasculaires. si on se rappelle ce que j'ai dit sur la vascularisation de l'œil eu général.

L'iris subit des modifications importantes à

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