IR1TIS AIGUË
noter. Son tissu prend un accroissement plus ou moins prononcé ; sa face antérieure perd son poli et se couvre de villosités, on y aperçoit même quelquefois des taches de couleur variable. Ce qu'il y a surtout de remarquable, ce sont les changements que subit la couleur de cette membrane. Il ne faudrait pas pourtant attacher à ces changements de couleur autant d'importance que leur en accordent les ophthalmologisles allemands. Us varient suivant la coloration naturelle de l'iris de chaque individu et peuvent être résumés de la manière suivante : La couleur pathologique des iris bleus ou très clairs estverdùtreoujauiiâtre;celledesirisd'unblcu prononcé est d'un vert brillant; les iris bruns revêtent une teinte rougeâtre ou briquetée , ceux qui sont gris deviennent pâles et ternes ; une teinte orangée, enfin , est la couleur que revêtent les iris d'un brun-clair. Ces changements s'observent d'abord vers l'anneau pupillaire , et se présentent ensuite vers la grande circonférence de l'iris. On remarque alors entre ces deux zones coloriées plusieurs petits vaisseaux entre-croisés, se portant de l'une à l'autre et simulant parfois, lorsque l'inflammation est intence, une couronne rouge.
Je dois ajouter que la totalité de l'iris s'incline tantôt en arrière, tantôt en avant, et tend à former des synechies postérieures ou antérieures. Ces changements de direction , font que l'iris contracte quelquefois des adhérences avec les parties voisines. Nous nous occuperons plus tard de ces complications.
B. Les symptômes physiologiques (subjectifs des auteurs allemands; sont aussi très nombreux, et d'une grande importance pour le diagnostic.
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Les malades éprouvent d'abord une douleur plus ou moins vive qui s'irradie dans l'orbite, mais qui se fait plus particulièrement sentir au front et à la tempe. Si l'inflammation est intense, les malades éprouvent dans l'œil des battements et une espèce de distension. La lumière n'est supportée qu'avec peine , l'œil est de temps en temps comme frappé par des éclairs, des étoiles ou l'éclat de bougies scintillantes. Il y a de la photophobie et du larmoiement. Le plus souvent il est vrai, ces deux phénomènes sont moins prononcés que dans quelques autres inflammations de l'œil , la kératite ulcéreuse par exemple; mais il est rare qu'ils n'existent pas à un certain degré. Pour peu que la phlegmasie persiste, la vue ne tarde pas à se troubler. Ce trouble de la vision s'explique suffisamment par une suffusion des humeurs de l'œil, ou par un travail pathologique qui peut s'emparer du cristallin, du corps vitré ou de la rétme.
Les symptômes généraux de l'iritis n'ont rien de déterminé. Tantôt, en effet, on n'observe aucune espèce de réaction , point de fièvre, point de dérangement dans les fonctions digestives; tantôt au contraire, il y a de la fièvre, de la soif, de l'inappétence, de l'insomnie, tout le cortège enfin, d'une réaction assez vive.
Tels sont les symptômes de l'iritis, considérés d'une manière générale. Nous allons voir dequelle manière ils se modifient suivant la période de la maladie.
La marche de l'iritis peut être divisée en trois périodes distinctes ; on doit même admettre cette division si on veut avoir une idée nette et claire de cette affection.
Lorsque les symptômes dont je viens de par-
IRITIS mm ! !77
1er sont peu prononces, c'est alors la première période rie la maladie; je n'y reviendrai pas.
Dans la seconde période, voici les symptômes que l'on observe : la pupille revêt une forme irrégulière, elle devient anguleuse, frangée. Les humeurs de l'œil se troublent, on aperçoit dans leur milieu de petits flocons de lymphe plastique, qui simulent tantôt un nuage, tantôt un réseau, d'autres fois enfin, de petits points isolés. C'est alors qu'on observe souvent la synechie, soit antérieure, soit postérieure. L'iris semble couvert de légères échymoses, et prend une teinte terne ou villeuse. La cornée perd assez souvent une partie de sa transparence; dans quelques cas même on dirait que cette membrane est pointillée de blanc vers ses lames profondes. Lorsque l'iritis est intense, la conjonctive elle-même prend part à l'inflammation , et on observe dans le tissu de la sclérotique, un auneau vasculaire, qui, tantôt s'avance sur la cornée et se prolonge même plus ou moins entre ses lames supei ficielles, et tantôt s'arrête à l'union de cette membrane avec la sclérotique. Quelquefois enfin , cet anneau s'arrête à une demi-ligne en arrière de la cornée et dans ce cas il est séparé de cette membrane par un anneau gris ou bleuâtre, large d'un quart de ligne à uue demi-ligue.
A cette période , la douleur est vive, la moindre pression fait souffrir les malades. Cette douleur b'irradie surtout dans la direction des rameaux du nerf facial et de la cinquième paire. Les malades expriment leur souffrance en disant que ie globe de l'œil semble distendu. Assez souvent la photophobie et le larmoiement augmentent, il arrive pourtant quelquefois que ces deux symptômes perdent de leur intensité. C'est
surtout à ce second degré de la maladie que les symptômes généraux se montrent dans toute leur force.
La troisième période de l'iritiscst caractérisée par les phénomènes suivants : l'irrégularité de la pupille est de plus en plus prononcée; de la circonférence de cette ouverture, partent de petits filaments , des espèces de franges qui se portent les unes vers les autres, ou en arrière. La pupille peut prendre alors toute espèce de forme. Quelquefois même elle se remplit de flocons de lymphe plastique, ou de lamelles revêtant l'aspect défausses membranes et pouvant constituer dans la suite de fausses cataractes. Dans quelques cas même cette ouverture s'oblitère complètement. Le tissu de l'iris devient le siège tantôt de petits foyers de sang, tantôt de légers dépôts de lymphe plastique ou même de véritables abcès. J'ai observé à l'hôpital de la Charité plusieurs cas de ce genre. En 1837 nous avons pu compter jusqu'à cinq abcès de l'iris chez un homme d'environ cinquante ans. Alors, l'humeur aqueuse et la cornée subissent des changements prononcés. La vision est profondément altérée; quelquefois même elle est à peu près complètement abolie. Il n'est pas très rare encore de voir l'iris contracter des adhérences avec la capsule du cristallin , et constituer par là ce quTon appelle la synéchie postérieure.
Avant d'aller plus loin, je crois devoir dirô quelques mots sur l'explication et la valeur de quelques-uns des symptômes dont je viens de parler.
1° L'aspect brillant ethumide de l'œil , le poli de la face antérieure de l'iris, indiquent que la
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phlegmasic porte non-seulement sur la surface antérieure de cette membrane; mais encore sur la lame profonde de la cornée ou sur la membrane de Dcscemet. Quelques oculistes de nos jours ont nié ce fait; mais si l'on sait que la face séreuse de l'iris se continue sans la moindre ligne de démarcation avec la membrane de l'humeur aqueuse, on comprendra sans peine qu'il est impossible que l'inflammation s'empare de l'une sans atteindre l'autre. C'est dans ces cas qu'il se fait quelquefois une hypersécrétion de l'humeur aqueuse qui refoule l'iris en arrière sans lui faire contracter de$ adhérences.
« Si la phlegmasie, dit M. Velpeau, s'est
fnincipalement arrêtée à la faceuvéale de l'iris, es douleurs sont plus vives, et revêtent en général un caractère intermittent ou névralgique. Ici la coloration de l'iris change moins rapidement, mais la pupille s'obscurcit plus vite. Soit que cela tienne à l'épaississement de l'uvée, soit que cela dépende d'une augmentation de volume du corps vitré, et de l'appareil cristalloïde, il n'est pas rare de rencontrer la svnéchie antérieure. Dans la première de ces deux nuances, l'anneau sclérotical s'avance jusque sur la cornée. Dans la seconde , il s'arrête ou à son niveau , ou à quelque distance en arrière.»
2° La plupart des auteurs pensent que les flocons , les villosilés , les espèces de végétations que nous avons citées dans la symptomatologie de l'iritis , ne sont que des expansions vasculaires agglomérées en forme de tomentum , de petits renflements du tissu même de l'iris. M. Velpeau ne partage pas la même opinion. D'après lui, Je velouté du devant de l'iris est constitué par de la matière plastique et par une
m MALADIES DE L'IRIS,
sorte do chevelure résultant de la raréfaction inflammatoire du tissu cellulo-vasculaire. C'est aussi de la même manière que se forment les flocons du contour pupillaire. Les végétations, les nodosités paraissent dépendre de concrétions sanguines ou de matière plastique. Les filaments, ajoute M. Velpeau, soit uniques, soit multiples , soit rayonnes , soit en réseau , qui cloisonnent quelquefois la pupille, sont des tractus d'exudation plastique organisée, au lieu de véritables vaisseaux.
3° Après de fortes contractions de l'iris, cette membrane, en reprenant sa mobilité, laissse parfois sur la face antérieure du cristallin une couronne pointillée, noirâtre, qui a été décrite sous le titre de Cataracte pîgmenteuse, et que quelques ophthaîrnologistes considèrent comme un phénomène vasculaire. M. Walter partage cette dernière opinion; quant à M.Velpeau, il est convaincu d'après une foule d'observations , que cette espèce de couronne e^t due à un mélange de petites brides de lymphe plastique, mêlées à un dépôt du pigmentum de l'uvée.
4° Il s'en faut que les ophthaîmologistes accordent tous la même valeur à la photophobie et au larmoiement. Depuis Béer jusqu'à MM. Juengken et Rosas , ces deux phénomènes ont été considérés comme des sympi ornes de l'inflammation de l'iris; mais je dois ajouter qu'ils s'en faut qu'ils soient aussi prononcés que paraissent le croire les disciples de Béer et de Schmidt. L'erreur vient ici de ce qu'on n'a pas tenu compte de la kératite et de la rétinite. De uos jours M. Sichel a positivement rejeté les deux phénomènes qui nous occupent, de la symptomatologie de l'ii'His. Lorsque la photo-
nui j> mgi I . m
bie cl le larmoiement existent . rîit cet oculiste . c'est que l'iritis est compliquée de rétinite. C'est
la une double erreur, comme l'a parfaitement démontré M. Velpeau au lit des malades. Le larmoiement et la photophobie, dit ce chirurgien, sont loin d'appartenir exclusivement à la rétinite. C'est à la kératite et surtout à la kératite ulcéreuse ou traumatique , que se rattachent ces deux symptômes. C'est là une opinion que partagent tous ceux qui ont assisté aux visites ei aux leçons de M. Velpeau, à l'hôpital de la Charité. Disons-le en finissant, et c'est Jà l'opinion de M. Velpeau , la photophobie et le larmoiement doivent être placés dans la syraptomatologie de l'iritis; mais ces deux phénomènes sont moins prononcés que dans la kératite.
Les symptômes de l'iritis sont très nombreux comme on vient de le voir. M. Velpeau les a résumés d'une manière si succincte et si vraie que je ne puis me dispenser de citer ses propres paroles : douleur sourde, profonde dans l'œil et Porbitc; douleur lancinante au front et à la tempe; rougeur nulle ou peu intense à l'extérieur du globe oculaire et dans le tissu des paupières; resserrement, inégalités, immobilité de la pupille; coloration plus foncée, aspect villeux , taches irrégulières de l'iris ; aspect humide et brillant du devant de l'œil ; trouble manifeste de la visiou.
Causes de Virilis. — La texture de l'iris, sa mollesse, sa position en quelque sorte flottante au milieu des liquides , expriment assez pourquoi cette membrane est souvent le siège de l'inflammation. 11 est même certain qu'elle serait bien plus souvent enflammée si, par sa position profonde , elle n'était pas à l'abri d'une
foule de causes auxquelles sont soumis les tissus superficiels de l'œil. Dire que Tiritis se développe sous l'influence d'un changement brusque de température, d'un froid humide à la tête, etc., c'est à mon avis tenir un langage peu scientifique, puisque toutes ces causes peuvent tout aussi bien donner naissance à une conjonctivite, à une kératite, à une blépharite, qu'à une iritis. C'est en définitive dans l'état local des parties qu'il faut chercher les causes réelles de cette maladie. L'opération de la cataracte, soit par abaissement, soit par extraction, les opérations de pupille artificielle, les coupures, les piqûre* de l'iris, peuvent faire naître cette inflammation -, mais hâtons-nous de le dire, il n'est pas rare de la voir survenir spontanément , sans qu'on puisse la rattacher à aucune de ces causes; dans ces cas elle se développe comme toutes les inflammations en général , et sous ce rapport le champ des hypothèses est largement ouvert.
Quant aux prétendues causes spécifiques, je ne dois point m'en occuper ici ; nous reviendrons plus tard sur ce sujet.
Terminaisons de l'iritis. — L'iritis peut se terminer de différentes manières : outre la résolution qui en est la terminaison la plus fréquente et aussi la plus heureuse, l'iris peut encore contracter des adhérences avec les parties voisines et constituer par là une difformité plus ou moins gênante pour l'accomplissement des phénomènes visuels. 11 en résulte aussi la formation d'une fausse cataracte, ou de membranules opaques au devant du cristallin. On a observé dans certains cas des taches, des duretés, des plaques, des espèces de végétations sur diffé-
ihitis Air.nF. *r>
rents points de la cornée; il est inutile de dire que lorsque tous ces phénomènes persistent après la cessation des simplômes inflammatoires, ils constituent eu égard aux fonctions de l'organe une infirmité très malheureuse.
Je ne puis passer outre , sans signaler une terminaison qui est heureusement assez rare \ je veux parler de la suppuration de l'iris.
Qu'il me suffise d'ajouter que l'iritis peut aussi donner naissance à l'inflammation des autres tissus de l'œil.
La résolution de l'iritis est annoncée par les phénomènes suivants : les douleurs et la chaleur de l'œil perdent peu à peu de leur intensité; la photophobie et le larmoiement diminuent. La vascularisation de la conjonctivite et l'anneau sclérotical se dissipent insensiblement ; l'humeur aqueuse reprend sa transparence , et la cornée s'éclaircit; alors l'iris perd de sa turgescence, son velouté morbide s'efface; ses couleurs primitives reviennent. Il ne faudrait pas croire pourtant que lorsque l'inflammation a été intense, l'iris revienne toujours au même état qu'avant la maladie ; le plus souvent , il est vrai , les petits dépôts soit de sang, soit de lymphe plastique dont j'ai déjà parlé, s'applatissent, se resserrent et finissent par se résoudre complètement; mais quelquefois aussi ces lésions laissent à leur place des taches indélébiles. La pupille reprend aussi insensiblement sa régularité, sa forme, ses dimensions normales et sa mobilité primitive. Dès lors tout est rentré dans l'ordre : la maladie a disparu.
Traitement de l'iritis. — Nous sommes encore obligés de dire ici en commençant, que c'est pour avoir aggloméré sous un même titre
des phlegtnasies de tissus divers, que la thérapeutique de l'iritis est encore si peu avancée, et que les auteurs ont proposé contre cette maladie une foule de moyens divers. Chacune de ces médications a été soumise, à l'hôpital de la Charité, au creuset de l'expérience, et ce n'est qu'après en avoir pu juger la valeur que M. Velpeau a fait connaître le résultat de ses recherches.
Le traitement de l'iritis comprend une médication générale et une médication locale. ïl suffit de réfléchir un instant à la position de l'iris, pour se convaincre que dans son inflammation , les moyens généraux doivent occuper le premier rang. Dans cette médication on a surtout préconisé les affaiblissants , les altérants et les révulsifs externes. Entrons dans quelques détails sur chacune de ces trois classes de remèdes.
A. A la tète des moyens affaiblissants , nous devons placer les émissions sanguines. Tous les praticiens sont d'accord sur ce point; ils ne diffèrent que sur la manière d'employer cette ressource thérapeutique. Ainsi les uns pratiquent de larges saignées à quelques jours d'intervalle; les autres en ordonnent de petites et les répètent souvent; d'autres, enfin, vantent l'emploi des saignées coup sur coup. Tel praticien préfère la saignée du bras , tel autre celle du pied , un troisième celle du cou; quelques-uns enfin préconisent l'artériotomie. Ceux-ci préfèrent les émissions sanguines générales; ceux-là ont plus de confiance aux saignées locales, et parmi ces derniers il y a encore divergence d'opinions sur l'endroit où l'on doit appliquer les sangsues on
1KUI> \U.[ I
les ventouses. 11 importe donc d'examiner cet ordre de movens sous ces différents points de vue.
Laissant de côté ce que le.^ auteurs ont dit à ce sujet, je vais exposer ici le résultat des expériences faites publiquement, par M. Velpeau, à l'hôpital de la Charité.
Lorsque l'inflammation est intense , et que le sujet est fort et vigoureux , une saignée de quatre pallettes environ, pratiquée le matin et le soir pendant deux ou trois jours, produisent le plus souvent d'heureux résultats. C'est là même la pratique que M. Velpeau a définitivement adoptée, et je pourrais citer à Pappui une foule de faits que j'ai observés dans le service de ce chirurgien. Dans les cas de ce genre, M. Velpeau a aussi essayé les saignées coup sur coup, d'après la méthode de M. Bouillaud, et je ne connais pas un seul exemple où il ait eu à s'en repentir. Je dois même ajouter que le plus souvent la phlegmasie a paru céder plus promptement, et que, d'après mes propres observations, ce serait là la médication par excellence pour juguler l'iuflammaiion Les larges saignées pratiquées à un ou deux jours d'intervalle, sont loin de procurer d'aussi heureux et d'aussi prompts résultats que les deux méthodes précédentes. La maladie n'est que légèrement modifiée par cette pratique.
Lorsque l'inflammation est peu développée, ou bien lorsque le sujet est d'une faible constitution, il faut n'avoir recours aux émissions sanguines qu'avec prudence et modération. Dans ce cas, M. Velpeau se borne à pratiquer quelques saignées peu copieuses. Ici, du reste, la conduite du chirurgien ne peut pas être
tracée d'une manière générale ; qu'il me suffise de dire qu'alors les émissions sanguines générales devaient être proportionnées à la constitution du sujet et à ses forces actuelles.
M. Velpeau a aussi fait plusieurs essais pour sivoir quelle était ia saignée qui produisait les résultats les plus heureux et les plus prompts. Sans entrer dans aucun détail sur ce point, je dirai que dans toutes les expériences , la saignée du bras a produit les succès les plus avantageux ; quant à l'artériotomic, j'ai dit en parlant de la kératite, que M. Velpeau est loin d'avoir autant de confiance à ce moyen que d'autres praticiens.
La saignée générale doit être secondée par des applications de sangsues, ou par l'usage des ventouses. M. Velpeau a aussi fait plusieurs essais à ce sujet; et il en est résulté qu'appliquées aux tempes ou sur les apophyses mastoïdes, les sangsues ont paru être plus utiles que sur les côtés du cou. Je dois même ajouter qu'aux tempes , leur effet a paru plus prompt. Quant aux sangsues posées sur la face interne des paupières, j'ai eu plusieurs fois occasion de me convaincre que c'est le meilleur genre de saignée locale que l'on puisse opposer à l'iritis. Aussi , de concert avec M. Velpeau , je ne saurais trop engager les praticiens à y avoir recours. J'ai déjà parlé de la manière dont il convient de faire ces applications; je n'y reviendrai pas.
Du reste, voici la conduite que tient M. Velpeau par rapport aux émissions sanguines : au début de l'inflammation, si le sujet est fort et vigoureux, il pratique le matin et le soir une saignée du bras d'environ quatre palettes, et il
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continue de la même manière pendant trois ou quatre jours; il ordonne en même temps une ou ou plusieurs applications de sangsues toit à Ja trmpe du côte malade, soit sur la face muqueuse de la paupière* Lorsque la tête est pesante et douloureuse , j'ai vu ce chirurgien les appliquer sur les apophyses mastoïdes. Si le sujet est faible, M. "Velpeau se berne à patiquer une saignée de cinq à six onces, et combat l'inflammation par des applications fréquentes de sangsues.
B. Purgatij s. — Les purgatifs ont été essayés par les praticiens sous toutes les formes. C'est une des médications qu'on a le plus vantées contre l'inflammation de l'iris. Je ne me propose pas de passer ici en revue toutes les espèces de purgatifs qui ont été essayés; je ne m'occuperai que des purgatifs mercuriels et des préparations de colchique.
Le calomel mérite d'être placé ici en première ligne. Cette substance est regardée par plusieurs praticiens, en Angleterre surtout, comme le spécifique de l'iritis. Je dois dire pourtant que M. Travers, loin de partager celte opinion , accuse le mercure de produire cette maladie. Sans entrer dans aucune discussion sur ce point, j'ai pu me convaincre plusieurs fois que le calomel est un bon moyen contre l'affection qui nous occupe.
Tous les praticiens n'administrent pas cette substance de la même façon et à la même dose. Les uns ne s'en servent qu'à titre d'altérant et de résolutif; les autres pensent , au contraire , que son action n'est réellement avantageuse que lorsque la salivation est bien établie. Aussi, voit-
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on certains praticiens ne prescrire que deux ou trois grains de cette substance toutes ies quatre, six ou neuf heures • d'autres môme , un seul grain trois fois le jour, en y ajoutant une quantité double d'extrait de belladone et de jusquiame, tandis que d'autres en donnent jusqu'à trente-six grains dans les vingt-quatre heures , et ne s'arrêtent que lorsque la salivation est à son comble.
Voici la méthode que M. Velpeau a adoptée à ce sujet. Il administre le calomel à la dose de huit à quinze grains dans les vingt-quatre heures , soit seul» soit associé à un ou deux grains d'extrait d'opium. Si la salivation survient et qu'il existe en même temps beaucoup de douleur et de gonflement dans la bouche, il suspend le médicament et il combat l'inflammation buccale par des gargarismes alumines. Si, au contraire, après quelques jours de l'emploi de cette médication, la salivation ne survient pas, il diminue rapidement la dose du remède et le suspend même assez promptement. Je dois ajouter que lorsque la salivation n'est pas trop violente, il lui laisse parcourir ses périodes naturelles, et il dit s'être aperçu qu'alors la maladie faisait des progrès rapides vers la guérison. C'est en se comportant ainsi, que M. Velpeau dit s'être souvent très bien trouvé de l'usage du calomel , et que même, dans plusieurs cas, il en a obtenu des résultats qu'il n'avait pas pu obtenir par l'usage des émissions sanguines. C'est donc une médication que les chirurgiens ne doivent point négliger dans la pratique.*
Les préparations de colchique ont été aussi essayées un grand nombre dé fois par M. Velpeau ? çt je dois dire qu'elles n'ont pas paru très
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avantageuses. Cependant JMM. Kuhn et Canon du Vilïards accordent une grande confiance à cette médication. Les insuccès obtenus, à l'hôpital de la Charité, dépendraient-ils des préparations qui ont. été fournies plutôt que de l'infidélité du remède? M.Veîpeau ne s'est pas prononcé sur ce point; toujours est-il qu'administré à la dose de douze à quinze gouttes dans une potion de quatre onces, à prendre par cuillerée dans le courant du jour, ce remède a produit chez quelques malades des coliques 7 des nausées ou même une véritable purgation ; tandis que d'autres sujets en ont pris vingt , trente, quarante gouttes de la même façon, et n'en ont rien éprouvé.
Quoi qu'il en soit , tout porte à penser que c'est à tort que quelques chirurgiens regardent les préparations de colchique comme un moyen spécifique contre l'iritis.
Le tartre stibié , employé en lavage ou à dose rasorienne, n'a pas paru mériter autant de confiance que quelques oculistes paraissent lui en accorder. 11 résulterait pourtant des expériences de M.Veîpeau à ce sujet, que cette médication est réellement très avantageuse lorsque, sous l'influence des émissions sanguines , la résolution de l'inflammation a commencé. Mais ce serait à tort qu'on attendrait de ce seul moyen la guérison complète de la maladie; toutefois, c'est une ressource à ne pas négliger dans la pratique.
Remèdes altérants. — Les principaux remèdes altérants vantés par les auteurs contre la maladie qui nous occupe sont : le soufre doré d'antimoine, le kina, l'aconit, l'acétate d'ammoniaque, le polvgala seneca, Ses pastilles de soufre,
la poudre de Dower, les préparations de belladone et de jusquiame, l'huile de térébenthine et différentes préparations opiacées. M.Velpeau a expérimenté chacun de ces moyens, et il est parvenu , après plusieurs essais, à se convaincre qu'aucun d'eux ne mérite une grande confiance. Il résulterait pourtant de plusieurs faits, publiés par MM. Carmichaël , Guthrie et Middiemore, que l'huile de térébenthine a produit de bons résultats. M. Carron du Y illards dit avoir réussi une fois à l'aide de ce moyen. Ce serait, en conséquence, une médication qui jouirait d'une partie des propriétés du calomel contre l'iritis en général. Quoi qu'il en soit, le goût désagréable de cette substance, ses qualités irritantes et son âcreté, s'opposeront très probablement à l'extension de cette médication , d'autant plus que la matière médicale possède plusieurs autres remèdes d'une efficacité moins douteuse.
Révulsifs externes. — De tout temps, les chirurgiens ont conseillé l'emploi des révulsifs externes contre les maladies des yeux. Les vésicat.oires, lessétons, les cautères, sont devenus la médication populaire. Une longue expérience a pourtant démontré à M. Velpeau, qu'en général , les révulsifs externes sont peu utiles contre l'iritis. Dans les deux premières périodes de la maladie, les vésicatoires sont plutôt nuisibles que favorables. Cependant, lorsque l'inflammation a perdu de son intensité et qu'elle tend à passer à 1 l'état chronique, un selon à là nuque peut être très avantageux. J'ai été plusieurs fois à même de me convaincre de la justesse de celte dernière remarque. C'est contre l'iritis surtout que les bains de pieds sinapisés 9 ou mieux, à cause des vapeurs de la moutarde, les bains de pieds for-
IHIT1S AIGUË. *M
tentent salés et vinaigrés, sont utiles; toutefois si l'intérieur de l'œil donne trop d'inquiétude , il faut recourir à une large rubéfaction du braS, ou mieux encore, à un selon à la nuque. Mais, hàlons-nous de le dire, l'emploi de cette médication au début de la maladie pourrait ne pas cive sans dangers.
2. Médication locale. — J'ai déjà dit que le traitement local ne doit avoir que peu de prise sur l'inflammation de l'iris. La situation profonde de cette membrane en rend facilement compte. Il ne faudrait pas en conclure pourtant que l'emploi des topiques est toujours nuisible. Quoi qu'en pense M. Sichel f quelques uns de ces moyens sont utiles dans plusieurs cas. J'ai été quelquefois à même de m'en convaincre d'une manière évidente. C'est là, dit M. Velpeau, une médication adjuvante et quelquefois même nécessaire. Voici , du reste, la conduite suivie par ce chirurgien : Au début de la maladie, si l'inflammation est intense, il ordonne, conjointement aux émissions sanguines, des cataplasmes émollients , qu'il a soin de rendre narcotiques à une période plus avancée ; il a recours aussi à l'usage de compresses imbibées de décoction mucilagineuse, ou d'eau végéto-minérale, ou simplement d'eau froide. Lorsque l'iritis est compliquée d'un certain degré de kératite, ce qui n'est pas rare, il fait usage d'un collvre , soit avec cinq ou six grains de sucre de satut ne , soit avec quatre ou cinq grains de sulfate de zinc, dans quatre onces d'eau de rose. Lorsque les douleurs sont intenses, et que l'inflammation paraît profonde, il ajoute à ce collyre de douze a quinze gouttes de laudanum. Si la conjonctive et les lames Superficielle* de la cornée partici-
292 MALADIES DE LlïilS.
peut à l'inflammation , la solution de nitrate d'argent est alors indiquée; et dans ces cas, je me suis plusieurs fois convaincu que l'iritis cédait plus promptement.
Il me reste maintenant à dire quelques mots sur l'onguent mercuriel et la belladone, remèdes que quelques chirurgiens ont beaucoup vantés.
C'est sur la région fronto-sourcilière et sur la tempe du côté malade qu'on a prescrit les frictions mercurielles. On prend gros comme une noisette d'onguent mercuriel, et on en frictionne, matin et soir les régions dont je viens de parler. C'est là un moyen auquel M. Velpeaua bien souvent recours, et je puis dire qu'il est assez souvent d'une assez grande utilité. Employé conjointement avec les émissions sanguines, il semble exercer une heureuse influence sur la résolution de l'inflammation. C'est en définitive un adjuvant utile auquel les praticiens doivent avoir recours ; mais qu'on ne s'y trompe pas, on ne doit pas fonder sur lui de trop grandes espérances.
La belladone , que Schmidt et Saunders ont tant vantée, ne paraît pas mériter plus de confiance que l'onguent mercuriel. Cette substance est employée à titre de narcotique, de résolutif, et de dilatateur de la pupille. M. Velpeau en a fait usage sous ces trois points de vue, et le résultat de ses expériences a prouvé que c'est au déclin de la maladie que la belladone est réellement ulile. Hors de là, M. Velpeau y a renoncé. Cette remarque s'explique facilement; en effet, la belladone agissant sur l'iris en forçant cet organe à se plisser, à se raccourcir, à s'allonger5 à
nu ris chkoniqi i sye
ac mouvoir enfin, bien loin de dimiouei' l'intfammation si elle est vive, doit au contraire l'augmenter. Disons , avant de terminer, que c'est sur la face cutanée des paupières que la belladone doit être appliquée; déposée sur le globe de l'œil, comme le conseille M. Sichel, elle augmenterait probablement l'inflammation qu'on se propose de faire disparaître.
Tels sont les moyens principaux que la thérapeutique met à la disposition du chirurgien contre la maladie qui nous occupe. Attaquée au début, il est rare que l'iritis sous l'influence de ces médications diverses sagement combinées ne cède pas dans l'espace de dix à douze jours. Il est inutile d'ajouter qu'on ne doit compter sur un si heureux résultat que lorsque la maladie ne sera compliquée d'aucune autre phlegmasie profonde, telles qu'une rétinite, une choroïdite, une maladie du corps vitré.
Iritis chronique.
Comme maladie primitive, l'iritis chronique a été jusqu'ici peu étudiée. Manquant de la plupart des caractères, soit antiatomiques, soit physiologiques, dont j'ai parlé plus haut, elle est difficile à reconnaître et doit passer bien souvent inaperçue. Pourtant, si les observations que j'ai recuellies à l'hôpital de la Charité ne m'ont point trompé, cette aFfection serait moins rare qu'on ne le croit généralement. M. Velpeauest porté à penser, d'après un assez grand nombre de faits, que plusieurs nuances de ce qu'on décrit sous le titre d'amaurose incomplète doivent être rapportées à l'inflammation chronique de l'iris. Il irapor-
lerait donc de se livrer à de nouvelles recherches sur ce point.
Mais comme terminaison de l'iritis aiguë , l'iritis chronique a été bien souvent observée, et elle offre alors des caractères qui lui sont particuliers et au moyen desquels il est assez facile de la reconnaître.
L'iris n'offre pas la même teinte que du coté sain. Les malades ne peuvent pas fixer la lumière sans qu'on observe une rougeur, un larmoiement plus ou moins considérable- ils éprouvent dans l'orbite une sensation de tiraillement, une espèce d'embarras. Sur la face antérieure de l'iris on voit de petites taches de différentes couleurs. La pupille plus ou moins resserrée a perdu de sa mobilité, quelquefois même elle est tout à fait immobile. Il n'est pas rare d'observer que la petite circonférence de l'iris a contracté des adhérences avec la face antérieure de la capsule du cristallin. Ce qu'il y a surtout de remarquable , ce sont les formes variées que prend la pupille. Les humeurs de l'œil n'ont pas leur transparence normale. A tous ces signes il faut ajouter un affaiblissement plus ou moins grand de la vue.
On conçoit qu'à l'aide de ces symptômes et dos antécédents il sera, dans îa plupart des cas, facile de diagnostiquer une iritis chronique. Mais, hâtons-nous de le dire, la maladie n'est pas toujours aussi bien dessinée; et c'est alors qu'on peut souvent la confondre avec une autre affection de l'œil.
Le pronostic de l'iritis chronique est souvent fâcheux. Dans les cas heureux, il ne faudrait pas toujours s'attendre à voir les fonctions
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visuelles revenir parfaitement à leur rut m>v-
rnal. On M punirait espérer uti succès complot que s'il ne s'était établi aucune adlséi riu c.
I/iritis chronique réclame, à l'activité près, les mêmes moyens que l'irttfa aiguë. Il est inutile <le dire qu'on ne doit user des émissions sanguines qu'avec beaucoup de modération. C'est surtout aux purgatifs et aux révulsifs externes qu'il faut avoir recours. Le cautère est ici un moyen très avantageux. Ce n'est pas précisément à la nuque que M. Volpeau le fait appliquer, mais dans la fosse sous-occipitale qui, à cause du tissu celluîo-filaincuteux qu'elle contient, est on ne peut mieux disposée pour alimenter l'exutoire. Les frictions mercurieiles , la solution d'extrait de belladone, sont aussi très utiles. Je pourrais citer ici quelques cas dans lesquels la guérison est survenue par l'emploi de ces deux moyens réunis.
Par. un usage sagement combiné de ces différents moyens, on triomphera quelquefois de la maladie qui nous occupe. Mais, qu'on ne s'y trompe point, l'iritis chronique est souvent rebelle à toute espèce de traitement.
Je passe pour le moment sous silence le traitement de certaines complications de l'iritis, telles que les adhérences, ses directions anormales, etc. Nous v reviendrons bientôt.
Blessures de l'iris.
Nous étudierons sous ce titre les piqûres, les coupures, les déchirures, les contusions et. les corps étrangers de l'iris.
û% MALADIES DE L'IRIS.
1° Piqûres de l'iris. — Ce genre de lésion est assez fréquent. Les différents procédés opératoires de la cataracte, soit par abaissement, soit par extraction, ceux qui se rapportent à la pupille artificielle, y exposent plus ou moins. Je dois même ajouter que ce n'est guère qu'à titre de complications de ces opérations diverses que les piqûres de l'iris ont fixé l'attention des praticiens.
Dès que l'iris est piqué, il se déforme, la pupille se resserre instantanément. Après l'accident on observe assez souvent un épanchement de sang, tantôt léger, tantôt assez considérable, soit dans les chambres oculaires, soit dans l'épaisseur même de la membrane blessée.
Il ne faudrait pas s'exagérer les dangers de ce genre de blessure de l'iris. Il arrive quelquefois que les piqûres de cette membrane ne produisent aucune espèce d'accident. Mais d'autrefois aussi elles font naître une inflammation plus ou moins violente, plus ou moins dangereuse.
2° Coupures de lJiris. — ■ Les coupures de l'iris sont, ou accidentelles, ou artificielles. M.Velpeau a cité dans ses leçons plusieurs cas où la lésion était survenue accidentellement. En 1837 il a traité un jeune homme dont l'iris avait été blessé par un fragment de verre lancé par une détonation chimique. Mais comme alors c'est moins la coupure de l'iris qui fixe l'attention que celle du reste de l'œil , je n'entrerai pas dans plus de détails à ce sujet.
Les coupures artificielles de l'iris ont lieu de deux manières distinctes : 1° avec préméditation , comme dans l'opération de la pupille artificielle; 2° malgré l'opérateur, comme dans l'opération
BLESSUKES DE LlttlS. ÏD7
de la cataracte. Quoi qu'il en soit , elles sont simples ou complexes, à l'état de fente, de lambeau , ou avec déperdition de substance. Disons quelques mots sur chacune de ces variélés.
Les fentes de l'iris, quelle que soit d'ailleurs leur direction , tendent à se fermer, et se ferment en effet très souvent d'elles-mêmes lorsque le bord libre de la pupille est resté intact. Si, au contraire, le bord pupillaire est divisé, la fente tend alors à s'agrandir, et finit par donner à l'iris la forme d'un bec-de-îièvre. Aussi, lui donne-t-on , dans ces cas , le nom de coloboma iridis.
Les coupures avec lambeau se ferment aussi à la longue et quelquefois même fort vite , pourvu toutefois que le bord pupillaire ait été respecté , peu importe d'ailleurs que la base du lambeau se trouve du côté de la prunelle ou du côté de la sclérotique. M. Velpeau a cité plusieurs exemples de ce genre dans ses leçons. Je me bornerai à mentionner le suivant: En 1829, à l'hôpital Saint- Antoine, M. Velpeau voulant établir une pupille artificielle chez un malade âgé d'environ cinquante- cinq ans, tailla dans la moitié inférieure de l'iris un triangle allongé, qui resta fixé par sa base très près de la pupille. Le chirurgien s'attendait à voir ce lambeau se rétracter de plus en plus; bien loin de là, il se rapprocha graduellement de la grande circonférence de l'iris, et finit par se réunir aux parties dont il avait été détaché. Comment admettre, avec des faits semblables, que l'iris renferme des muscles circulaires et rayonnes , et même qu'il y ait sur cette membrane une texture musculaire quelconque?
On le voit, et une foule de faits le prouvent
d'une manière irrévocable, il n'y a que les coupures avec déperdition de substance qui tendent à rester béantes. Je dois même ajouter, pour être tout à fait exact . quJil n'est pas très rare de voir quelques unes d'entre elles se fermer assez promptement. Plusieurs cas de ce genre se sont présentés à mon observation, dans le service de M.Velpeau, à l'hôpital de la Charité.
La thérapeutique des coupures de l'iris doit être soumise, d'après M.Velpeau, à deux règles générales différentes, selon qu'on craint ou qu'on désire en voir écarter les lèvres. « Dans le premier cas, dit M.Velpeau, c'est-à-dire quand on tient à ce qu'elles se ferment , je voudrais qu'on mît la pupille dans l'impossibilité de se dilater. Il existe pour atteindre ce but un moyen à peu près infaillible, c'est la cautérisation légère de la cornée avec le nitrate d'argent. Essayant ce genre de cautérisation contre l'amaurose, j'ai vu que là toute son efficacité se réduisait à dissiper la mydriase, à resserrer presque sur le champ la pupille. C'est du reste une pratique des plus faciles. Les paupières étant écartées, le chirurgien applique brusquement et en frottant un peu , le bec émoussé d'un crayon de nitrate d'argent sur la cornée, au voisinage de la sclérotique. Une ophthalmie plus ou moins vive survient , dure de trois à huit jours, et ne manque presque jamais d'amener une contraction très prononcée de la pupille. Je ne doute point qu'on ne favorisât ainsi l'oblitération et la cicatrisation des diverses sortes de solution de continuité de l'iris. Dans le second cas, c'est-à-dire lorsqu'il s'agit de rendre permanente une ouverture artificielle de l'iris, il faudrait au contraire éloigner soigneusement de l'œil tout ce qui peut l'irriter, et mettre en
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usage les matières stupéfiantes > la belladone surtout , tâcher enfin de rendre l'iris immobile en le faisant rétracter. »
Ajoutons en finissant, qu'abstraction fait<>. du sang qu'elles peuvent verser dans l'œil et de i inflammation qu'elles peuvent développer , les coupures de l'iris, quelle que soit leur nature, offrent peu 'de danger.
3" Déchirures de t iris. — Les causes de ce genre de blessures sont assez nombreuses. Elles ont le plus souvent lieu dans l'opération de la cataracte par extraction , lors de l'expulsion du cristallin. On les observe aussi quelquefois dans la même opération par abaissement. Elles peuvent être en outre le résultat de violences extérieures ; M. V elpeau a cité quelques exemples de ce genre. Vers la fin de 1835 et dans le courant de 1836, j'en ai observé, à l'hôpital de la Charité, deux cas remarquables qui avaient été produits, chez le premier malade, par un coup de baguette de bois, chez le second, par un coup de fouet. Je dois ajouter que dans certains cas de pupilles artificielles, par le procédé de Scarpa, par exemple, ce genre de lésion est dans les vues du chirurgien.
Quoi qu'il en soit, les déchirures de l'iris sont sans contredit plus dangereures que les deux genres de lésions étudiés précédemment; leur cicatrisation est moins prompte, moins régulière et généralement suivie de certaines inégalités, de quelque germe d'irritation ou de maladie chronique de l'iris. Je dois ajouter néanmoins que la guérison radicale a assez souvent lieu.
4° Contusions. — Ce genre de lésions peut avoir heu par cause directe ou par cause in-
m MALADIES DE 1/1RIS.
directe. Bans le premier cas, elles peuvent se présenter comme complication dans toutes les opérations pour lesquelles on pénètre dans l'œil, ou à la suite des blessures qui divisent la sclérotique ou la cornée; mais comme lésion primitive , à titre de maladie isolée , les contusions de l'iris n'ont encore été étudiées par aucun auteur. Il est vrai de dire pourtant qu'elles existent ; mais c'est alors par contrecoup, par cause indirecte. M. Velpeau en a observé plusieurs exemples , dépendant de coups ou de chutes sur le crâne, sur la face ou sur l'œil. En 1836, à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Breschet (M.Vidal de Cassis par intérim), j'en ai rencontré un cas remarquable chez un homme qui avait fait une chute d'un deuxième étage et qui mourut trois jours après son entrée à l'hôpital.
Les dangers de ce genre de lésions consistent dans les matières étrangères , telles que du sang, de la lymphe, qu'elles peuvent laisser dans le tissu de la membrane affectée. Ces espèces de corps étrangers qui séjournent là , pendant un temps plus ou moins long, troublent toujours plus ou moins l'accomplissement des fonctions visuelles, et peuveut même, dans certains cas, être la source de diverses maladies. Mais, hâtonsnous de le dire, les contusions de l'iris n'offrent, dans la plupart des cas , que très peu de dangers par elles-mêmes; la résolution s'en opère plus ou inoins rapidement, et tout finit par rentrer dans l'ordre.
5° Corps étrangers de l'iris. — Quelque rare que soit l'existence des corps étrangers dans l'iris , il est vrai de dire pourtant qu'on en a rencontré plusieurs exemples. M. Ammon a
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observé dans l'iris un fragment de minerai qui s'y était introduit à travers la cornée. On trouve dans les bulletins de Ja société médicopratique, l'observation d'un malade qui avait un grain de plomb ainsi engagé dans l'iris. En 1837, j'ai observé, avec M. Velpeau . un lait tout à fait semblable. Ce chirurgien a, en outre, trouvé des grains de poudre chez un ancien militaire, un fragment de capsule d'acier chez un enfant, une parcelle de ressort de montre chez un jeune mécanicien. Tous ces corps s'étaient introduits dans l'œil avec violence , et la plaie par laquelle ils avaient pénétré s'était fermée presque aussitôt.
Les phénomènes auxquels ce genre d'accident donne lieu sont faciles à deviner : les malades éprouvent de vives douleurs dans l'orbite, sur le front et à la tempe ; la photophobie et le larmoiement sont portés à un très haut degré; en un mot , on observe alors tous les symptômes d'une iritis intense. Quelquefois l'état inflammatoire se calme peu à peu, à l'aide d'un traitement antiphlogistique très énergique, et l'organisme semble, pour ainsi dire, s'habituer à la présence de ces corps. C'est ce que M. "Velpeau a observé chez le militaire qui avait dans l'iris des grains de poudre et dont j'ai parlé plus haut ; ces petits corps s'étaient, en quelque sorte, combinés avec la membrane ; mais ces cas sont assez rares; le plus souvent, il faut débarrasser l'iris de ces corps pour prévenir ou pour arrêter l'inflammation, qui ne tarderait pas à compromettre les fonctions visuelles et même le globe de l'œil.
L'extraction des corps étrangers de l'iris est une opération délicate et quelquefois assez dou-
loureuse. On fait une incision large de deux lignes environ à la cornée, comme pour l'opération de la cataracte ; on saisit ensuite avec des pinces oculaires le corps étranger, et on l'entraîne au dehors avec la plus grande précaution. Soit avant, soit après l'opération, les antiphlogistiqucs constituent la base du traitement.
Déplacement de l'iris.
L'iris , par sa position et par la nature de son tissu, est sujet à une foule de déplacements, dont quelques uns constituent un état pathologique , que les praticiens doivent connaître. Nous* étudierons sous ce titre, le tremblement, les synèchies* le prolapsus et la procidence de cette membrane.
1° Tremblement. — Il est peu de praticiens qui n'aient observé sur l'iris une sorte de t/emulus , de tremblement. Dans l'espace de quatre ans , j'en ai observé plus de vingt exemples dans le service de M.Velpeau, à l'hôpital de la Charité. A chaque mouvement que le malade imprime à son œil , on voit les humeurs se mouvoir, et l'iris suivre, pour ainsi dire, les ondulations du liquide. Frappés de ce phénomène , les auteurs se sont appliqués à en chercher l'explication , et on l'a attribué à la paralysie de l'iris ou de la rétine • de telle sorte que ce ne serait, d'après eux, qu'un symptôme ou un accompagnement de l'amaurose.
D'après les faits qu'il a observés et d'après un examen attentif de ceux qui ont été publiés par d'autres praticiens, M.Velpeau en a conclu : 1° que le tremblement de L'iris s'observe le plus fréquemment chez les enfants, ou à la suite de
DEPLACEMENT DB-t'IRlS. Kj'j
l'opération de la cataracte par abaissement ; 2° que fréquemment dû à une sorte de paralysie de l'intérieur de l'œil , il peut cependant exister sans que l'iris ait perdu sa contractihté, et chez des individus qui conservaient la faculté de voir ; 3° que ce n'est point, en conséquence, un signe incontestable d'ainau rose. Ce chirurgien pense que le tremblement de l'iris dépend d'une lésion du corps vitré.
Sans entrer dans plus de détails sous ce point de vue, hâtons-nous dédire qu'un pareil élat constitue une maladie, ou du moins le symptôme d'une maladie sérieuse , eu égard aux fonctions de l'organe j dans le plus grand nombre de cas, il indique que les fonctions visuelles s'aboliront, si toutefois ce malheur n'est pas déjà survenu. De plus , c'est un état d'autant plus fâcheux, que jusqu'à présent rien ne prouve qu'on puisse en triompher. Tout indique pourtant qu'on doit ^mettre ici en usage les moyens thérapeutiques proposés contre l'amaurose par lésion de l'intérieur de l'œil. Disons-le en finissant , c'est là un élat pathologique de l'œil qui mérite de nouvelles recherches et qui est digne de toute l'attention des observateurs.
2° Synéchies. — Les pathologistes désignent ainsi le déplacement total ou partiel de l'iris , soit en avant, soit en arrière. De là deux variétés principales, sur lesquelles nous allons dire quelques mots; mais auparavant, établissons que la synéchie, soit antérieure, soit postérieure, lorsqu'elle existe sans adhérence aucune, constitue un état purement mécanique , comme nous allons le voir, et qu'elle ne doit être étudiée , pour ainsi dire, qu'à titre de symptôme. Dans la synéchie antérieure, l'iris et la pupille
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s'avancent plus ou moins en avant vers la cornée, et finissent même quelquefois par faire disparaître la chambre antérieure. J'ai observé uu cas de ce genre dans le service de M. Velpeau , en 1837. Cette première variété constitue même chez un assez grand nombre d'individus un état naturel. On l'observe surtout chez les sujets atteints de cataracte liquide. Les cataractes membraneuses en sont aussi un cause fréquente. Dans ces cas , le mécanisme par lequel le déplacement s'effectue est facile à deviner. On comprend en outre que la plupart des irritations de la chambre postérieure de l'œil peuvent le produire.
Lorsque la cataracte est compliquée de synéchie antérieure, il est facile de voir que le chirurgien doit préférer l'opération par abaissement à celle par extraction. Les raisons de ce choix sont trop évidentes pour que je m'y arrête.
La synéchie postérieure dépend, ou d'une différence dans la quantité des humeurs des deux chambres oculaires, ou d'adhérences de l'iris avec la capsule du cristallin, comme cela s'observe quelquefois à la suite de l'iritis. Ce dernier état sera étudié plus tard. On conçoit qu'à la suite d'une kératite profonde, ou d'une iritis antérieure, une hypersécrétion s'établisse dans la chambre antérieure , et que l'abondance du liquide refoule l'iris en arrière ; on conçoit, en outre, que ce genre de déplacement puisse dépendre de l'absence du cristallin, comme on Je voit quelquefois à la suite de l'opération de la cataracte par extraction.
Bornons-îà ces réflexions j nous aurons à re-