‹ Manuel pratique des maladies des yeuxChapitre 51 sur 74 · INFLAMMATION. SE · texte numérisé non relu

INFLAMMATION. SE

élastique , offrant bientôt tous les caractères d'une fluctuation évidente. Les douleurs deviennent alors de plus en plus sourdes ; les parties voisines de l'angle exierne de l'œil sont le siège d'un œdème inflammatoire plus ou moins prononcé.

Traitement. — Attaquée dès le principe, l'inflammation de la glande lacrymale céderait souvent à une médication convenable, et tout porte à penser que la résolution s'en opérerait avec promptitude. Malheureusement , il n'est pas toujours facile de la reconnaître à son début. Quoiqu'il en soit, lorsqu'on est appelé auprès des malades avant que la suppuration se soit établie , on doit faire tous ses efforts pour opérer la résolution de l'inflammation. C'est dans ce but, dit M. Velpeau , qu'il conviendrait de pratiquer une, deux ou trois saignées du bras, d'appliquer chaque jour de quinze à trente sangsues vers la tempe , et de tenir sur le devant de l'orbite , ou des compresses imbibées d'eau froide, ou des cataplasmes émollients, si l'état général du sujet ne contre-indiquait pas la méthode franchement affaiblissante. Un peu plus tard ? on aurait recours aux purgatifs, aux irritants externes et aux frictions mei curielles sur le front ou sur la tempe , sans discontinuer pour cela l'usage des cataplasmes, qu'il conviendrait seulement de rendre résolutifs. C'est par une combinaison heureuse de ces moyens, que Ni. Velpeau est parvenu quelquefois à arrêter la marche de la maladie et à produire sa résolution. Mais, hàtous-nous de le répéter, cette terminaison est rare, surtout lorsque l'inflammation n'a pas pu être attaquée dès le principe 5 la suppuration en est ordinairement la suite.

Lorsqu'à l'aide de la médication dont je vienâ de parler on n'a pu triompher de la maladie, et qu'un abcès s'est établi , les antiphlogistiques doivent être alors mis de côté ; il faut s'en tenir aux topiques émollients, et plonger le plus tôt possible la pointe d'un bistouri dans le foyer purulent. M. Velpeau regarde comme très 'important d'ouvrir ces foyers de bonne heure. En se comportant ainsi, dit-il , on évite les fusées , les décollements à l'intérieur de l'orbite, et on n'a rien à craindre de la part de l'instrument, soit du côté de l'œil, soit du côté des paupières.

Lorsqu'un engorgement chronique succède à l'inflammation de la glande , il faut tenter de le résoudre par les moyens appropriés. Les préparations mercurielles , les cyanures et les hydrochlorates d'or, sont très avantageux en pareil cas. M. Carron du Villards dit en avoir retiré d'excellents avantages.

L'inflammation chronique de la glande lacrymale n'ayant pas été assez étudiée jusqu'ici , je ne la décrirai point. M. Velpeau n'en a observé aucun cas.

2° Tumeurs de la glande lacrymale. — La glande lacrymale, comme tous les autres organes du même genre, peut se transformer en tumeurs de différentes natures. C'est ainsi qu'on l'a trouvée convertie, tantôt en tumeur fibreuse, tantôt en tumeur squirrheuse , tantôt en tumeur encéphaloïde. La position profonde de cette glande, et la protection qu'elle reçoit des os de l'orbite, rendentleplussouventle diagnostic deces tumeurs enveloppé des plus épaisses ténèbres. Parmi les observations qui en ont été publiées, M. Velpeau en trouve fort peu qui prouvent sans réplique qu'il se soit agi de tumeurs de la glande lacrymale

TlMUl.s M. \A GLANDE UOfiYMAïE. Mi plutôt que de tumeurs simples de l'orbite proprement dit; il serait de la plus haute importance de pouvoir différencier chacune d'elles ; car comme on le comprend facilement , le traitement est loin d'être le même dans tout les cas. Quelques unes sont passibles des mêmes médications que partout ailleurs. Ainsi, lorsqu'il ne s'agit que d'une hypertrophie par suh-inflammalion , il est évident qu'il n'est pas nécessaire d'avoir recours à l'extirpation; on peut en triompher à l'aide des antiphlogistiques et des résolutifs ; dans les cas de tumeur enkystée, de simples ponctions ou des incisions suffisent; mais lorsque la glande est transformée en tumeur purement fibreuse ou susceptible de dégénérescences de mauvaise nature , il ne faut point hésiter; le seul parti rationnel à prendre en pareil cas, c'est l'extirpation.

L'extirpation de la glande lacrymale est loin d'être une opération nouvelle. On en trouve un assez grand nombre d'exemples dans les auteurs. M. Velpeau en a mentionné plusieurs dans la deuxième édition de la Médecine opératoire. Mais , comme l'observe avec raison ce chirurgien, quand on réfléchit à la rareté des maladies de la glande lacrymale, comparée a la fréquence des tumeurs de l'orbite , il est bien permis de croire qu'on aura plus d'une fois attribué à cette glande des tumeurs qui en étaient réellement indépendantes. Toujours est-il que le meilleur procédé à suivre, en pareille circonstance, serait celui qui consiste a prolonger par une incision la commissure externe des paupières vers la tempe. Je ne reviendrai pas sur le manuel de cette opération , ni sur les soin* que réclame la plaie. Gc que j'ai dit à ce sujet y ein

traitant des tumeurs intraorbitaires, s'y rapporte de tous points.

Quant aux maladies des conduits de la glande lacrymale, voici ce que ditM.VeJpeau à ce sujet: « Les fonctions de la glande lacrymale porteraient à croire que ses conduits peuvent être affectés des mêmes lésions que ceux des glandes salivaires; on devrait donc s'attendre à y rencontrer, soit des inflammations, soit des blessures et des fistules, soit des dilatations sous forme de kyste. Mais, soit que cela tienne à leur ténuité et à leur position profonde, soit que cela dépende de leurs fonctions, toujours est-il qu'on n'y a remarqué jusqu'ici aucune sorte de maladies. Schmidt seul parie d'un sujet chez lequel un des conduits delà glande lacrymale s'ouvrait dans le tissu cellulaire sous-conjonctival. L'existence de ces canaux ayant été révoquée elle-même en doute , explique suffisamment d'ailleurs comment ils n'ont encore été le sujet d'aucune recherche sous le point de vue chirurgical. »

i). Maladies de l'angle lacrj mal.

Les maladies de l'angle lacrymal ( angle interne , grand angle , angle nasal de l'œil ) occupent une grande place dans la pathologie des voies lacrymales. Nous nous bornerons à étudier dans ce paragraphe l'anchylops, l'segylops et les tumeurs solides de cette région.

1. Anchylops. — On a désigné sous ce nom l'abcès du grand angle de l'œil. Mais il importe d'établir à ce sujet une distinction importante. Tantôt, en effet, la collection purulente a son siège, sous forme d'inflammation aiguë, entre le sac lacrymal et les téguments; tantôt elle se

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développe dans le sac même des larmes à la suite d'une inflammation de ce sac. Dans le premier cas, M. Velpeau donne à la maladie le nom d'ancliylops externe. La seconde variété pourrait alors être désignée sous le nom d' ' ancltylcps interne ou lacrymal; nous nous en occuperons en traitant de la tumeur lacrymale.

L'anchylops externe , étranger à son début aux voies lacrymales, est une affection assez raie. On en a pourtant rencontré plusieurs exemples. M. Velpeau dit en avoir observé plusieurs cas non douteux. En 1837, j'en ai moi-même observé un exemple remarquable dans le service de ce chirurgien à l'hôpital de la Charité, chez une jeune fille âgée de seize ans. La maladie datait de trois jours ; elle était survenue sans cause connue, ©ans ce court espace de temps, la tumeur avait acquis le volume d'une petite amande; elle était douloureuse, et la pression ne faisait rien refluer, soit dans le nez, soit par les points lacrymaux. Dix sangsues appliquées pendant trois jours et des onctions mercurielles suffirent pour tout traitement. Une semaine après la malade sortit de l'hôpital parfaitement guérie.

L'anchylops externe se présente avec tous les caractères du phlegmon en général. M. Velpeau l'a vu revêtir l'aspect des furoncles et celui de l'érysipèle phlegmoneux. Tantôt , en effet, la tumeur est bien'eirconscrite; tantôt, au contraire, elle est pour ainsi dire diffuse : elle peut acquérir un volume variable depuis un pois jusqu'à l'extrémité du pouce; elle est rouge, chaude, douloureuse. On conçoit en outre que l'anchylops externe peut prendre son point de départ tantôt dans la couche sous-cutanée, tantôt plus nroforv»

dément, soit au-dessus, soit au-dessous, soit même en arrière du tendon direct. Dans ces derniers cas, on pourrait le confondre avec l'anchyiops interne; toutefois, il est des signes qui ne permettent guère de se méprendre sur ce point. Ainsi, dans l'anchyiops interne, comme nous le verons plus tard, la maladie a été précédée, pendant des semaines ou des mois, de tumeur lacrymale et d'épiphora } on peut aussi par la pression faire refluer les larmes ou la matière purulente, soit dans le nez, soit par les points lacrymaux, caractères qu'on ne rencontre point dans l'anchyiops externe. Nous devons ajouter, toutefois, qu'on conçoit que les abcès externes puissent s'ouvrir dans le sac lacrymal , donner alors naissance à la tumeur lacrymale, se transformer ainsi en anchylops interne, et finir enfin par produire une fistule lacrymale. M. Yelpeau a observé deux faits qui viennent à l'appui de cette idée. Ces cas sont rares, il est vrai, et ne doivent être admis qu'à titre d'exception; mais ils n'offrent par eux-mêmes rien d'extraordinaire. Pourquoi, en effet , les foyers purulents du grand angle de l'œil ne pourraient-ils pas, après un certain temps, érailler , ulcérer le sac lacrymal comme les abcès du pourtour des articulations éraillent, ulcèrent, leur enveloppe? Cette considération est d'autant plus importante à ne point oublier, qu'elle fait sentir d'avance que la variété d'abcès qui nous occupe, doit être convenablement traitée à son début.

Quoique abandonné à lui même, l'anchyiops externe se termine d'une manière heureuse dans la plupart des cas, il n'en est pas moins vrai que le pus peut fuser dans l'orbite ou sur la face, amincir, dénaturer la peau et. donner lieu à des

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