‹ Manuel pratique des maladies des yeuxChapitre 65 sur 74 · SÉTON. - CAUTÈRES · texte numérisé non relu

SÉTON. - CAUTÈRES

îants, de la largeur d'une pièce de i francs, placés ainsi, tantôt sur le front, tantôt sur la région temporale, et renouvelés tous les cinq à six jours, ont procuré à M. Yelpeau des résultats très satisfaisants.

Quant au vésicatoive volant appliqué sur le devant de l'orbite, c'est-à-dire sur la face cutanée des paupières, M. Velpcau est persuadé que c'est là un remède très puissant contre les diverses espèces de kératite et même contrel'irilis; s'il ne fait pas un usagetrès fréquent de cemoven, c'est que dans la pratique privée, et même dans les hôpitaux, il n'est guère facile d'y soumettre les malades.

Séton. — Outre que le séton placé à la nuque justifie rarement dans la pratique la confiance qu'on lui a accordée , et que beaucoup de chirurgiens lui accordent encore de nos jours, il a aussi l'inconvénient d'être redouté par beaucoup de malades, et de provoquer plus souvent encore que les vésicatoircs à demeure des irritations du système lymphatique. Aussi M. \'elpeau n'a recours à ce moyen que dans les cas graves ^ lorsque tous les autres moyens ont fait défaut. Quant à savoir s'il vaut mieux pour l'établir ou pour l'entretenir se servir de coton à mèche ou de linge effilé, c'est là une puérilité tout à fait indigne d'occuper aujourd'hui les praticiens.

Cautères. — M. Velpeau n'a guère plus de confiance à ce moyen thérapeutique qu'au séton. Toutefois, ce chirurgien pense que de petits cautères volants placés aux tempes, ou bien uu cautère placé en forme d'exutoire établi , comme l'ordonnaient les anciens, sur la fontanelle anté-

MOXAS. - MERCURIAUX. 653

ricin c, ne seraient point à négliger dans les cas cTophthalmie très rebelle. Je dois ajouter que M. Vclpeau dit avoir obtenu de bons effets d'un cautère appliqué dans le creux sous-occipital, vis-à-vis de l'espace qui sépare l'occiput de la vertèbre axis. Là, dit-il, il repose sur une masse cellulo-fibreuse , qui se trouve elle-même très rapprochée de la dure-mère, et il produit ainsi une révulsion qui, on le conçoit, peut ne pas être indifférente à l'organe contenu dans l'orbite.

Moxas, — M. Velpeau n'a recours aux moxas que clans les cas d'ophtlialmie chronique ancienne, alors que tous les autres moyens ont échoué. Je dois ajouter, toutefois, qu'à l'exemple des autres praticiens, il en recommande l'emploi contre l'amaurose. Dans ces cas , il les fait appliquer sur le front ou sur les tempes. ,

Mercuriauoc a Vintèrieur. — Le calomel est presque la seule préparation mercurielle employée à l'intérieur par M. Velpeau , et il n'y a recours que dans les affections de la cornée ou de l'iris. Voici les règles qu'il suit dans l'administration de ce remède. S'il s'agit d'une kératite ulcéreuse à marche peu rapide , il fait prendre àeu\ jours de suite un grain de calomel , matin et soir, chez les enfants, et deux grains chez les adultes, pour recommencer de la même manière après un jour de repos. Dans les cas de kératite diffuse oud'iritis très aiguë, il prescrit le calomel à haute dose , et en donne six ou huit grains le premier jour, huit ou dix le second , associés à au cinquième d'extrait d'opium , et par fractions de deux grains, toutes les trois ou quatre heures, jusqu'à ce que la bouche se prenne. Alors il en suspend brusquement l'usage, et il est rare

m POMMADES,

qu'en même temps que la salivation s'établit l'inflammation de l'œil ne perde pas de son intensité, de telle sorte que la résolution de la phlegmasie oculaire s'opère ensuite rapidement et avant que le ptialismc ait tout à fait cessé. Quant à expliquer l'action du calomel sur les ophthalmies, c'est là un soin que Tiî. Velpeau abandonne volontiers à ceux qui croient s'en être rendu compte quand ils ont dit que le calomel liquéfie la fibrine du sang, détruit, neutralise le principe phlogistique.

Médication locale. — Nous avons à examiner ici les pommades , les collyres , les poudres, les cataplasmes et la cautérisation.

Pommades. — Parmi les pommades dont on se sert dans le traitement des ophthalmies, les unes agissent par voie d'absorption , les autres n'ont d'efficacité réelle qu'autant qu'on les applique immédiatement sur les tissus malades. Ainsi, les pommades mcrcurielles, de belladone, d'opium, qu'on dépose sur le pourtour de l'orbite, ou avec lesquelles on frictionne ces parties, n'agissent évidemment qu'autant qu'elles sont absorbées. Le mélange d'opium et de charbon en poudre, dont M. Wellcr fait frotter le front, agit aussi de la même manière.

L'action de cette médication est ici la même que celle qui est produite par les remèdes administrés à l'intérieur : toutefois, il est vrai dédire qu'elle est plus directe. Il est inutile d'ajouter que l'usage de ces pommades est d'une application très facile : il suffit d'en induire le pourtour de l'orbite- ou d'en frictionner cette partie.

L'application des pommades purement topiques exige, dans certains cas, des précautions

qu'il est bon de connaître, cl qui ne sout peut-être pas assez répandues dans la pratique. En déposer une parcelle dans le grand angle de œil pour l'y laisser fondre, afin qu'elle se répande d'ellemême sur les parties malades, ne convient eu aucune façon quand il s'agit de blépharite du boni bbre des paupières; la conjonctivite oculaire et la blépharite muqueuse proprement dite pourraient seules s'accommoder, à la rigueur, d'une pareille méthode. Dans le cas de blépharite du bord libre, il faut absolument commencer par faire tomber les croûtes qui occupent la racine des cils ou qui couvrent les surfaces exulcérées. On obtient ce résultat, soit à l'aide d'un cataplasme émollient placé sur le devant de l'orbite, soit en graissant largement avec du beurre frais tout le bord palpébral une heure ou deux avant le pansement. Ainsi ramollies, les croûtes se décollent d'elles-mêmes ou se laissent enlever facilement sans occasionner de vives douleurs. Cela fait, on dépose sur l'extrémité du doigt indicateur, gros comme une tête d'épingle, de la pommade que l'on veut employer, et on graisse ainsi le bord libre de la paupière malade, de telle sorte que les surfaces affectées se trouvent directement en contact avec le médicament. Il importe de savoir que les cils s'emparent facilement du topique dont le doigt est chargé, et que si ou n'y faisait pas attention, la pommade s'y arrêterait facilement avant d'arriver sur le siège précis du mal. J'insiste sur ce point, dit M. Yclpeau, parce que j'ai vu trop souvent les pommades anti-ophtlialmiques échouer uniquement parce qu'elles étaient mal appliquées. » Il suffit du reste, pour sentir toute l'importance de ce précepte, de savoir que si ces

pommades ne sont pas déposées à nu et directement sur l' exulcération , sur le tissu malade, elles ne produisent absolument rien*

Parmi les pommades employées par M. Velpeau, et dont nous avons parlé en traitant de la blépharite, il en est surtout deux, la pommade de Janiri et la pommade au nitrate d'argent, dont il est bon de varier l'énergie. Au début du traitement, M. Velpeau coupe ordinairement la première avec une égale partie d'axonge, et ne l'emploie pure qu'au bout de quelques jours, lorsqu'elle ne paraît plus causer trop de chaleur, trop d'irritation. La seconde est employée d'abord à la dose d'un demi-grain de nitrate d'argent par gros d'axonge; mais cette dose est progressivement augmentée, et on peut arriver jusqu'à quatre et même six grains par gros d'axonge. M. Velpeau conseille , en outre , de ne faire préparer cette pommade qu'en petite quantité à la fois, attendu qu'elle se décompose rapidement. ,

Collyres. — Les collyres sont fréquemment employés par M. Yclpeau dans le traitement des maladies des yeux; les uns agissent autant par absorption qu'a titre de topiques; les autres ne sont efficaces qu'autant qu'on les met directement en contact avec les tissus malades. Les lotions purement aqueuses, l'eau froide, l'eau de guimauve, !es eaux distillées de mélilot, de rose, de bluet, l'eau de saturne, les collyres opiacés, belladones, rentrent dans la première classe. Il en résulte que l'emploi de ces moyeus n'offre rien de minutieux, rien de délicat. Pour en obtenir tout l'effet qu'ils peuvent produire , le malade n'a qu'à s'en laver , s'en baigner les yeux plusieurs fois le jour, soit avec un linge,

soit avec une éponge, soit à l'aide d'un coquetier, ou bien de tenir des compresses imbibées de ces liquides sur la face cutanée' des paupières ; leur manière d'agir est telle, enfin, qu'il n'est pas absolument nécessaire de les mettre en contact direct avec la membrane ou le tissu enflamme; il est vrai de dire pourtant qu'il est mieux d'en faire pénétrer aussi une certaine quantité entre les paupières.

Les collyres actifs et véritablement topiques exigent, au contraire, les plus grandes précautions. Ici le médicament ne peut être utile qu'autant qu'il est déposé sur le tissu malade . et on ne doit rien en attendre s'il est appliqué sur la peau. De là l'indispensable nécessité de le verser directement dans les yeux , soit par gouttes, soit en injection , de telle sorte qu'il touche tous les points affectés. Pour cela, le malade avant la tête renversée en arrière , on écarte les paupières d'une main et on verse une certaine quantité du collvre dans le grand angle de l'œil. On peut remplir cette indication en tenant le pouce sur le goulot de la fiole à la manière d'une soupape pendant qu'on la renverse; par. ce moyen on ne laisse le liquide s'échapper que goutte à goutte. On pourrait, à la rigueur, se servir tout simplement d'une cuillère à café. Mais le moyen le plus commode et qui permet le mieux de voir ce que l'on fait, consiste à tremper dans le liquide médicamenteux un petit cylindre de verre semblable à celui dont se servent les chimistes , puis à le porter où l'on désire que le collyre tombe. Lorsque les paupières sont difficiles a écarter, soit à cause du boursoufflement dont elles sont le siège, soit par suite de l'indocilité du malade,

comme cela ne s'observe que trop souvent chez les enfants, on est obligé de se servir d'une petite seringue. Le siphon de cette seringue doit être court et très émoussé* on l'introduit entre les deux lèvres de la commissure externe des paupières , puis on l'incline légèrement du côté de l'arcade sus-orbitaire et on injecte ensuite le liquide, Quel que soit d'ailleurs le procédé mis eu usage pour déposer le collyre dans l'œil ^ l'important est que toute îa conjonctive soit exactement touchée par le liquide médicamenteux.

Les collyres dont je parle doivent être instillés dans l'oeil matin et soir. ïl importe du reste d'en graduer l'énergie suivant les cas. Presque tous peuvent être prescrits dès le début à la dose d'un grain par once d'eau, Le collyre au sublimé serait seul trop actif, employé à cette dose. Cependant M. Velpeau ne pense pas qu'il soit nécessaire de n'employer qu'un grain de sublimé par huit onces de liquide, comme on le prescrit généralement* il l'ordonne à la dose d'un demi-grain par once. Le collyre au sulfate de zinc, que M. Velpeau employait très fréquemment avant qu'il eût constaté les excellents résultats du nitrate d'argent , forme un médicament très avantageux lorsque à la dose primitive d'un grain par once d'eau on ajoute chaque matin, pendant cinq ou six jours, un grain de la même substance à une fiole contenant quatre onces de liquide, pour l'affaiblir ensuite progressivement, en y versant chaque matin, pendant le même nombre de jours, une cuillerée d'eau pure.

La solution de nitrate d'argent, que M. Mackensie emploie à la dose de deux ou quatre

grains par once cl'eau , tandis que d'autres praticiens en prescrivent huit ou dix grains dans la même quantité de liquide , réussit beaucoup mieux à des doses plus faibles. M. Velpeau ne fait mettre qu'un demi-grain ou un grain de nitrate d'argent cristallisé dans une once d'eau distillée. A cette dose, ce collyre constitue la meilleure médication contre l'inflammation aiguë de la conjonctive, soit oculaire, soit palpébrale, comme nous l'avons dit ailleurs. Dans les ophthalmies purulentes, il débute par deux grains, et il arrive souvent à quatre ou six grains dans l'espace de quelques jours si la maladie continue de (aire des progrès.

Ce collyre a besoin, comme la pommade du même médicament, d'être renouvelé souvent; il faut, en outre , le conserver à l'ombre et le placer dans une fiole de couleur, bien bouchée , si on veut que la lumière et l'action de l'air ne le dénaturent pas. On doit encore savoir que la solution comme la pommade au nitrate d'argent, même à d'aussi faibles doses, noircissent les linges et la peau qui en sont touchés; il est, en conséquence, nécessaire Reprendre certaines précautions à cet égafd. Depuis qu'on a éveillé l'attention sur ce sujet , plusieurs oculistes ont cru remarquer que l'usage longtemps prolongé des collyres au nitrate d'argent colorait la cornée en bleu, en vert ou eu noir, et que c'était là un de leurs inconvénient*. Puisque des observateurs dignes de foi, dit M. Velpeau, soutiennent avoir constaté ce fait, il faut bien qu'il existe. Pour moi , ajoute-t-il, je suis forcé d'affirmer qu'aucun des malades que j'y ai soumis ne m'a présenté cette coloration, quoique je me sois servi de la solution de nitra'.e d'arërént sur

plus de quatre mille personnes affectées d'oph-

thalmie.

L'alun, que vantent beaucoup MM. Mackensie et Middlemore, a irop mal réussi à M. "Velpeau, dans les premiers essais qu'il en a faits, pour l'encourager à y revenir souvent. En conséquence , il n'est pas en mesure de porter un jugement décisif sur sa valeur thérapeutique dans le traitement des opiithalmies. Je dois ajouter, toutefois , que ce chirurgien en a retiré d'assez bons résultats contre certaines conjonctivites couenneuses , qui forment parfois la première période des opiithalmies purulentes. Je dirai, en outre , que, même dans ces cas, il s'en sert comme dans la stomatite diphthéritique, c'est-à-dire qu'il l'aplique en poudre sur les surfaces malades , après avoir renversé convenablement les paupières.

Lue autre manière d'appliquer l'alun est celle que beaucoup d'auteurs anciens ont préconisée , et qui consiste à battre des blancs d'œufs avec un bâton d'alun de roche jusqu'à ce qu'il en résulte une mousse épaisse, qu'on applique alors sur le devant des yeux. M. Souty, qui dit avoir souvent employé ce mélange {Archives g('nt raies de médecine), prétend en avoir retiré des succès miraculeux dans une épidémie d'ophthalmie purulente aussi grave que celle d'Egypte, et qu'il a observée dans l'Inde. M. Velpeau pense que si on imbibait de cette mousse du coton ou de la charpie, l'usage en serait rendu plus commode. Mais c'est un remède dont il n'a point constaté les effets par expérience.

Un gros de calomel à la vapeur dans quatre onces d'eau de guimauve forme un collyre que

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