‹ Manuel pratique des maladies des yeuxChapitre 7 sur 74 · RENVERSEMENT DES CILS · texte numérisé non relu

RENVERSEMENT DES CILS

de l'œil. On comprend donc combien il importe d'attaquer cette affection le plus tôt possible. Aussi a-t-on préconisé une foule de moyens pour en triompher.

L'une des plus anciennes manières de traiter la déviation des cils en dedans est l'arrachement de ces poils. C'est Popius qui , d'après Galien , en aurait eu la première idée. Pour pratiquer convenablement cette opération , il importe de saisir chaque cil le plus près possible de sa racine , et de l'arracher brusquement , en suivant la direction de son axe. Les pinces de Béer sont très utiles lorsque le poil est très court. En répétant cette opération un certain nombre de fois, on a obtenu des succès complets. On connaît l'histoire de ce général anglais qui venait plusieurs fois par an prier Guthrie de faire l'extraction d'un cil dévié. Toutefois quelque naturel que paraisse ce mode de traitement , il n'en est pas moins vrai que dans le plus grand nombre des cas ce n'est qu'un moyen palliatif. En repoussant , les cils reprennent presque constamment leur direction vicieuse. Pour obvier à cet inconvénient on a proposé de cautériser la racine des poils que l'on vient d'arracher. A ce sujet l'acide sulfurique , le beurre d'antimoine, le nitrate d'argent ont été tour à tour préconisés. Lorsque deux ou trois cils seulement sont déviés, l'arrachement simple avec un épilatoire suffit très souvent. On y revient dès que les cils reparaissent; et avec un peu de persistance, on finit ou par en épuiser la racine , ou par en changer la direction. C'est ainsi que M. Yeipeau a guéri plusieurs trichiasis. On a aussi essavé, d'après le conseil de Rhazés , le cautère actuel. La forme des cautères emplovés jadis ne permettait pas de

porter le calorique assez profondément. C'est pour vaincre cette difficulté que M. Champesme a imaginé un instrument très ingénieux, à peu près semblable au cautère appelé tête de moineau. C'est un cautère composé d'une aiguille fixée sur une petite boule d'acier supportée ellemême par une tige recourbée du même métal. Chauffée à blanc, sa pointe quoique très mince, se maintient assez chaude pour former promptement des escarres partout où on l'applique. M. Champesme dit avoir obtenu par ce procédé plusieurs guérisons remarquables. Disons toutefois qu'il se trouve décrit avec détail dans les œuvres chirurgicales d'Ambroise Paré.

Le cautère actuel offre d'ailleurs de très grandes difficultés dans son application : on conçoit en effet quril doit être extrêmement difficile de porterie fer chaud exactement dans le bulbe. C'est pour obvier à cela que M. Carron du Villards a imaginé le procédé suivant : ce chirurgien enfonce une épingle à insectes à une ligne et demie de profondeur dans chaque bulbe, en suivant la direction du cil ; il réunit ensuite toutes ces épingles au moyen d'un fil d'argent bien recuit , et les saisit avec un fer à papillottes rougi à blanc. C'est ainsi que M. Carron du "Villards affirme avoir guéri plusieurs trichiasis qui avaient résisté à plusieurs autres méthodes de traitement. C'est d'ailleurs un procédé très ingénieux ; mais il doit être d'une application assez difficile.

On a proposé aussi d'exciser les bulbes des cils déviés pour s'opposer sûrement à la reproduction de la maladie. Vacca Berlinghieri dit avoir obtenu de nombreux succès par celte méthode. M. Flaver propose de réséquer la zone

ENTROPION. 87

pilifère, et dit s'être plusieurs fois très bien trouvé d'avoir fait usage de ce moyen.

On a proposé encore de renverser les cils en dehors. Il paraît que c'est à Héraclide qu'appartient l'invention de ce procédé. Cet auteur les maintenait fixés sur la face cutanée de la paupière au moven d'emplâtres agglutinatifs. M. Velpeau a employé ce procédé avec succès dans un cas où l'excision des téguments était restée inefficace. C'est un moyen moins dangereux sans doute et d'une application plus facile que les précédents ; mais on conçoit aussi qu'il doit être bien souvent inefficace.

L'excision d'une portion des téguments de la paupière a procuré aussi quelques résultats avantageux , et c'est un moyen à ne pas négliger dans la pratique.

Disons, en terminant , que les malades ne veulent pas le plus souvent se soumettre aux diverses opérations dont nous venons de parler, quelque simples et innocentes que soient la plupart d'entre elles, et que dans la majorité des cas on est obligé de se borner à faire l'extraction des cils déviés, toutes les fois que ces poils gênent et irritent l'œil. Ajoutons en outre que cette affection réclame toute l'attention des praticiens, et que c'est pour l'avoir méconnue dans le principe qu'on a vu quelquefois des ophthalmies persister pendant un temps plus ou moins long, et même entraîner les conséquences les plus graves.

Entropion.

Les auteurs appellent ainsi le renversement des paupières en dedans. Ce renversement peut être partiel ou général; il existe tantôt sur une

paupière, tantôt sur toutes les deux. On cite même des cas où les deux paupières de chaque œil sont prises ensemble. Les observations démontrent que le renversement partiel a principalement son siège au centre de la paupière, à l'angle externe, et beaucoup plus rarement au grand angle de l'œil. Dans l'entropion , le renversement des paupières peut être porté si loin que les téguments se roulant sur eux-mêmes comme des rouleaux de papier, finissent par faire disparaître entièrement toute la paupière.

Cette affection reconnaît à peu près les mêmes causes que le trichiasis; mais ces causes agissent sur les paupières avec plus d'intensité ; ainsi, ce sont plus particulièrement des blessures, des brûlures avec perte de substances, l'enlèvement de tumeurs volumineuses dans les paupières, une conjonctivite aiguë ou chronique.

Quant aux conséquences de cette maladie , il est facile de voir qu'elles doivent être beaucoup plus graves que celles du trichiasis. En effet, si on n'arrête pas la maladie dans son principe , l'œil est bientôt sacrifié. Nous avons vu que dans le renversement pur et simple des cils, lorsque les fonctions visuelles sont abolies , la sensibilité de l'œil s'éteint peu à peu, et cet organe finit quelquefois par s'accoutumer au frottement des poils. Il n'en est pas de même dans l'entropion : ici en effet l'œil devient le siège d'une suppuration longue, jusqu'à ce qu'il ait été détruit en totalité; quelquefois même il se transforme en dégénérescence de mauvaise nature.

Il est peu d'affections qui comptent autant de modes de traitement que l'entropion. Je ne les passerai pas tous en revue ; d'ailleurs il en est déjà plusieurs dont l'expérience a fait justice. Je

Page 1