‹ Manuel pratique du fabricant d'alcools; alcools de vin, de cidre, de poire, de betteraves, de mélasses, etcChapitre 44 sur 72 · DISTILLATION DIRECTE DE LA BETTERAVE · texte numérisé non relu

DISTILLATION DIRECTE DE LA BETTERAVE

Il existe deux systèmes de distillation directe de la betterave ; celui de M. Leplay et celui de M. Pluchart et encore, celui de M. Leplay, lui est-il contesté d'une part par M. Dubrunfaut et de l'autre par M. Yillard pour son système de distillation.

Le système de la distillation directe est dos plus simples comme théorie pratique, une courte description en fera rapidement connaître les détails. On commence par se procurer du ju? de betterave par macération, opération facile en employant de la betterave coupée au coupe-racines, qu'on fait macérer dans de l'eau chaude. On acidulé le jus par l'acide sulfurique et on provoque la fermentation par une addition de levure de bière. Ce jus fermenté, mis de côté, va nous servir à pratiquer la distillation continue et directe de la betterave.

Labetlerave, bien lavée au lave-racines est envoyée dans un coupe-racines qui la divise en morceaux de quelques centimètres de longueur sur 1 à. 2 centimètres de largeur et 2 à 3 millimètres d'épaisseur. Elle est jetée immédiatement dans les sacs en toile et placée dans une cuve à double fond contenant le premier jus, dont nous avons donné la description plus haut. Les sacs sont maintenus dans le liquide au moyen d'un faux plancher h claire-voie, qui donne passage à l'acide carbonique et autres gaz qui peuvent se dégager pendant la fermentation. Le liquide a été

préalablement additionné de 2 à 4 kilogrammes d'acide sulfurique suivant la nature des betteraves, pour opérer l'inversion du sucre. Ainsi acidulé et chargé des sacs de betteraves, il ne tarde pas à entrer en fermentation, ce travail dure de dix à douze heures, selon la température et l'activité du ferment.

Quand on juge que l'opération est finie, on retire les sacs du liquide, on acidulé de nouveau légèrement et on recharge de nouveau la cuve de betteraves fraîches. Une cuve bien soignée peut servir pour quatre ou cinq opérations de ce genre. Quand toutes les précautions ont été prises, on peut se servir de ce jus presque indéfiniment, mais cela a un inconvénient, le ferment perd de son activité et l'opération vient à traîner en longueur. C'est au chef d'atelier à juger quand il est bon de le renouveler, ce qui se fait facilement au moyen de jus de macération.

Maintenant, que c'est-il passé pendant cette fermentation de la betterave un fait parfaitement logique et applicable. Le liquide acidulé et chargé de ferments à pénétré dans les cellules de la betterave, le jus sucré c'est déplacé et le sucre se trouvant en présence d'un acide c'est interverti et sous l'influence du ferment le travail de dédaublement à commencé. L'alcool a alors remplacé le liquide sucré dansles cellules Quand on retire les sacs de betteraves la pulpe n'a pas changé sensiblement, ni de volume, ni de forme ; seulement le jus sucré est remplacé par un liquide plus ou moins chargé d'alcool. Ce sont ces betteraves qu'on porte directement à l'alambic, alambic spécial, dû à M. Yillard de Lyon, qui l'a construit dans le but d'extraire l'alcool des marcs de raisins et qui trouve son application dans le cas présent. Avant de décrire ce système qui est assez compliqué du reste, mais donnant de bons résultats, il est utile d'indiquer, que pour les distilleries agricoles ou les usines de moyenne importance, on

peut, dans la distillation directe des betteraves, employer les mêmes appareils de Egrot que nous avons indiqués au chapitre distillation des marcs, de même que l'appareil du même auteur destiné à la fabrication des rhums, seulement, avec quelques modifications. La chaudière est munie d*un faux fond rempli d*eau, sous le faux fond est le foyer ; la vapeur produite pénètre dans la chaudière, échauffe la masse d'où s'élèvent les vapeurs alcoolique et aqueuse. A la partie supérieure de l'appareil se trouve un chapiteau bas d'une forme spéciale qui reçoit l'eau du réfrigérant placé au-dessus ; cette eau se répand uniformément en cascade sur sa surface et en analyse les vapeurs, condansant les parties les plus aqueuses qui reviennent et la chaudière et laissant échapper les vapeurs alcooliques les plus riches qui vont dans le réfrigérant. On obtient ainsi des flegmes d'un degré suffisant et la simplicité de cet appareil le met à la portée de tous.

M. Villard de Lyon a imaginé un mode de distillerie des marcs de raisins, ou le marc lui-même sert h séparer la vapeur d'eau de la vapeur d'alcool et qui donne d'ex* cellents résultats. Une disposition spéciale de ce rectiflcateur permet de l'employer pour la distillation directe de la betterave et nous croyons bon de l'indiquer sans en donner la description, ce qui nous entraînerait trop loin, il n'y aurait plus de limite, car où s'arrêterait cette série de description.

La distillation directe de la betterave ne présente du reste que peu de difficultés et comme ce mode d'opérer n'est employable que dans les distilleries agricoles où on ne peuty utiliser que des instruments très simples, il faut laisser de côté tout ce qui présente une manœuvre trop délicate.

Les pulpes de ce genre de distillerie étant destinées et la nourriture des animaux il ne faut pas négliger ce qui peut en augmenter la qualité.

Pour la pulpe, provenant du procédé de M. Leplay, il est incontestable qu'elle présente des avantages sérieux au point de vue agricole, elle est plus riche en sels, car ils n'ont pas été enlevés par des lavages successifs comme dans la . macération ni la presse; comme conservation, elle jouit des mêmes avantages. En somme, ce procédé applicable aux petites exploitations agricoles est avantageux, mais il a un inconvénient, c'est de fournir des alcools dont le goût n'est pas aussi franc ni correct que par les autres, et ils exigent une rectification plus énergique et plus perfectionnée, cela fera l'objet d'une étude ultérieure.

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