‹ Manuel pratique du jeune curéChapitre 11 sur 83 · PREMIÈRE PARTIE DES DEVOIRS DU CURÉ · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE DES DEVOIRS DU CURÉ

CRAPITRE î.

OCSERVATIOXS PEÉLÎMUn'AIRES.

r Ì. Comme mon travail pourra attirer la curiosité de quelques prêtres qui aspirent à une cure paroissiale, il ne sera pas hors de propos de mettre en tète quelques observations sur les qualités et les dispositions requises dans celui qui vise à l'office de Curé.

Or, à ce sujet, je fais abstraction des qualités essentielles pour être bon prôîre, à savoir rune foi intègre, des mœurs irréprochables, la science du dogme et de la morale, le zèle pour la gloire de Dieu. Un prêtre dépourvu de quelqu'un de ces éléments ne saurait être un bon prêtre, encore moins un bon Curé, autrement dit, un pasteur des âmes ; à la place, ce serait un loup, ou un gardien dangereux. Outre ces qualités, d'autres sont Man. du J. Cdeé. 1

2 MAXl-EL PRATIQUE DU JEUNE CURÉ.

requises dans un Curé, sans lesquelles il serait inepte à cet office. Or, celles-ci sont spécialement les suivantes.

La capacité pour prêcher la palmole de Dieu,

2. Avant tout, le Curé est tenu de paître son troupeau de la parole de Dieu, et conséquemment il est nécessaire qu'il soit apte à laprédication. On n'exige pas de lui une capacité extraordinaire, qui en lasse un orateur distingué, selon l'idée qu'on s'en forme communément ; mais il est indispensable qu'il sache exposer avec facilité et clarté les vérités de la foi et de la morale chrétiennes, et exhorter avec des paroles enflammées par le zèle ses paroissiens à la pratique des vertus et à la fuite des vices. Or, une telle capacité se trouve presque toujours dans tout prêtre muni d'une intelligence et d'une instruction ordinaires, à moins qu'une faiblesse particulière de la poitrine n'empêche la déclamation, ou qu'une trop grande timidité ne permette pas de parler en public: ainsi, ces deux cas exceptés, tout bon prêtre peut être apte àia prédication, autant qu'il est requis pour le ministère pastoral.

3. Chaque fois donc que le prêtre manque de quelque qualité nécessaire pour annoncer convenablement au peuple la parole de Dieu, il ne devra pas aspirer à l'olTice de Curé. Je dis convenablement, parce que, bien qu'on n'exige pas de l'orateur des qualités éminentes et rares, cependant il est indispensable qu'il ait une capacité ordinaire et appropriée, pour ne pas arriver à rendre la prédication de la parole de Dieu tout à fait désagréable à l'oreille

des fidèles, qui par là s'en éloigneraient, à leur grand détriment : cela arrive dans quelques endroits, où les paroissiens se dispensent d'entendre la parole de Dieu, parce que le Curé les ennuie et les fait souffrir.

4. Ne dites pas que le Curé incapable de prêcher par lui-même pourrait s'acquitter de son devoir par le moyen d'un autre. Ceci a lieu quand l'incapacité survient après que le Curé est déjà dans sa charge, car alors on n'exige certainement pas qu'il renonce à son titre, mais bien qu'il pourvoie aux besoins de la population en commettant à un autre le soin de prêcher à sa place. Si, au contraire, cette incapacité est antérieure, il faut juger que, quelque bon d'ailleurs que soit le prêtre, il n'a pas été appelé de Dieu au ministère paroissial. La sentence de saintThomas d'Aquin est assez connue, que Dieu, en appelant quelqu'un à un emploi, lui donne d'avance les qualités nécessaires pour s'en acquitter.

La capacité pour entendre les confessions.

5. En second lieu, le Curé est tenu d'entendre les confessions de ses paroissiens ; d'où il est nécessaire qu'il soit à la hauteur convenable à l'exercice d'un si saint ministère.

6. Or je ne dirai rien de l'instruction requise pour cela, tant parce qu'elle se suppose dans tout bon prêtre, que parce que sans elle personne ne se verra approuvé dans le concours pour obtenir le bénéfice. Maisje noterai que l'instruction seule n'est pas suffisante par elle-même; il faut, en outre, une

patience constante, une prudente dextérité d'esprit, sans lesquelles on ne peut exercer ce ministère avec l'assiduité journalière et avec le zèle attrayant qu'exige l'orfice de Curé. C'est pourquoi il n'est pas douteux que le prêtre à qui il est trop à charge et d'une exécution par trop difficile d'entendre longtemps et continuellement les confessions ne sera pas apte à un bénéfice paroissial.

7. Et, en réalité, un prêtre qui ne peut supporter les manières grossières et rustiques des personnes sans éducation, les entêtements et les bizarreries des cerveaux déréglés, les inconstances des récidivistes; un prêtre qui s'abandonne constamment aux scrupules sur tous les doutes et sur toutes les appréhensions qui lui traversent la téle, suspectant toujours que les pénitents se confessent mal, craignant sans cesse de ne pas interroger suffisamment,etc., comment pourrait-il diriger et confesser pendant de longues heures? Je dis même plus, comment pourrait-il confesser avec fruit? Ceux qui s'imagineraient pouvoir, par le moyen d'autrui, satisfaire à cette partie du ministère pastoral, se tromperaient étrangement; car il importe beaucoup plus que le curé puisse diriger par lui-même l'esprit de ses paroissiens qu'il n'importe qu'il puisse par lui-même leur annoncer la parole de Dieu, attendu que c'est un soin plus intime et plus délicat qui par conséquent doit être moins facilement confié à autrui.

L'esprit de sacrifice.

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