‹ Manuel pratique du jeune curéChapitre 13 sur 83 · DE LA PRISE DE POSSESSION · texte numérisé non relu

DE LA PRISE DE POSSESSION

Le premier sermon.

26. Ce n'est pas en elle-même une affaire importante que le jeune Curé prenne possession de sa cure d'une façon solennelle plutôt que privée ; toutefois les circonstances et les usages locaux pourraient donner quelque importance à la prise de possession solennelle, de sorte qu'il ne conviendrait pas de l'omettre ici. Dans ce cas, le Curé débutera dans son saint ministère par un discours tout pastoral, où il montrera clairement à son peuple les bonnes intentions dont il est animé, et l'exhortera vivement à y correspondre, afin que la sollicitude dont il l'environnera pour son bien spirituel puisse réussir efficacement.

27. Un discours recherché, fleuri et élégant, surtout dans cette première occasion , signale le jeune Curé comme un homme léger et sans cœur pour ses enfants, auxquels il vient pour la première fois rompre le pain de la parole de Dieu. Il est lécer

croit-on avec ce prétexta pouvoir arrêter le coup de la justice ùlv'ine? Atthïdis quid alias faciat, non quod Deus te facere jubsat, Metiris te comparatione pejoris, non jussione mêlions. (S. Auj., de X Chordis, c. xu.)

(Note du ii-aûucieurj

DES DEVOIES DU CmÉ. 17

parce qu'il va à la recherche d'une fausse réputation qu'il ne peut attendre que des fats, des désœuvrés qui ne savent pas ou ne considèrent pas ce que c'est que la parole de Dieu. Il est sans cœur, parce qu'il montre qu'il tient peu à se mettre en communication de pensées et d'affections avec la plus grande partie de ses auditeurs qui sont si intéressés et si désireux de goûter la nourriture spirituelle. Ce sujet reviendra ailleurs, quand on traitera spécialement de la prédication.

Le premier dîner,

28. En prenant possession solennelle, le Curé donnera le diner d'usage, et il y invitera les prêtres de la paroisse (s'ils étaient trop nombreux, au moins les principaux), les fabriciens de l'église, ainsi que les plus influents de la localité, afin de leur donner une marque de son estime et de sa considération.

29. Au reste, il aura soin que ce dîner soit tel qu'il convient, non à un grand seigneur ou à celui qui fait l'opulent, mais à un pauvre pasteur des âmes. Je dis pauvre, parce que, plus généralement, les Curés sont vraiment pauvres, et, dans le cas où ils ne le sont pas, ils doivent toujours se comporter en pauvres, n'étant pas convenable qu'ils prodiguent en festins un argent qu'ils pourraient dépenser plus utilement pour l'église ou pour leurs paroissiens pauvres. Dans cette occasion, certains nouveaux Curés, dont la pénurie est notoire, dépensent des centaines de francs. En voulant ainsi trancher du grand, on espone, par ce début, ici jJitié des

gens sensés et les railleries des plaisants. Le premier diner, qui doitètre un témoignage d'estime et de considération pour les plus notables de la paroisse invités, sera convenable et décent, ce qui peut se faire sans dégénérer en un festin splendide et somptueux. Il arrive trop fréquemment que, par la futilité du sermon et par le grandiose du diner, le jour de prise de possession devient une funeste recommandation que se fait le nouveau Curé luimême.

L'ameublement de la cure,

30. Une des premières préoccupations de certains nouveaux Curés, c'est celle de savoir comment ils orneront le presbytère, en particulier un salon de réception. On ne prétend pas désapprouver qu'un Curé ait une chambre réservée et quelque peu ornée à cette fin ; toutefois il est hors de doute que l'ornementation de tout le presbytère, y compris la chambre de réception, doit être sérieuse et simple, sans ombre de luxe ni d'affectation. Le Curé, devant prêcher contre les vanités mondaines, ne voudra pas paraître désapprouver dans les autres maisons ce qu'il se permet dans la sienne propre.

31. Certains salons de Curés sont si magnifiques etsisplendides qu'ils peuventpasser pour des salons de comtes et de marquis ou de nouveaux mariés. C'est pire encore, quand ils sont ornés de tableaux et de gravures profanes, et quelquefois (que Dieu en préserve !) peu honnêtes. Dans ce dernier cas, on. est forcé de penser mal du Curé, comme je le dirai plus tard, en revenant sur ce sujet. Le jeune Curò

dcYTB, avoir soin que les meubles et les ornements de sa maison offrent cette modestie et cette mve simplicité que doit prêcher de paroles et d'exemples un ministre de Jésus-Clirist, et plus encore un pasteur d'àmes.

32. Le jeune Curé doit considérer que son salon, celui qu'il doit spécialement regarder comme tel, cest l'église, où réside jour et nuit la trèsauguste personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ ou, a son honneur et à sa gloire, il remplit les plus saintes et les plus redoutables fonctions de son ministère surhumain. Tel est le salon qu'il doit consen^er décent et bien orné, afin d'inspirer ' au peuple fidèle des sentiments de respect et de dévotion, et afin qu'il soit une demeure moins indigne du Saint des saints. Le Curé qui sera plein ae solhcitude pour que ce salon soit beau et bien orne sera sans péché devant I>ieu et excusable devant les hommes, s'il se montre négligent dans son salon particulier. J'ajouterai quelque autre chose en parlant plus tard du soin que le Curé doit avoir de son église.

Des rapports avec les autres prêtres du lieu et avec les Curés voisins.

rn?; e^^'^'^r ^' P'"''^'' possession de sa cure, le cure sapphquera à s'informer des qualités des prêtres du lieu ; il devra notamment s'adressera it-vêque, puis aux autres personnes qui en ont connaissance ; car l'Evêque ne peut pas tout >avoir. En prenant ces informations (on ne parle

pas des renseignements de TEvêque), il écoutera tout ce qui lui sera rapporté, se gardant toutefois d'accorder aussitôt pleine créance à cliacun de ceux qu'il entend parler pour ou contre. Les personnes ne sont pas toujours assez prudentes ni assez réservées dans les jugements qu'elles portent ; quelquefois elles ont de secrètes sympathies ou antiphaties qui font qu'elles ne parlent pas toujours avec la sincérité nécessaire. Néanmoins le Curé les écoutera toutes ; mais après, en confrontant ensemble les divers rapports, il s'appliquera à distinguer ceux auxquels il devra ajouter foi.

34. Les meilleurs, les médiocres et aussi les mauvais prêtres du lieu étant connus, le Curé, allant prendre possession de la paroisse, devra montrer qu'il les a tous en estime et considération, sauf le cas dont il sera parlé plus bas ; toutefois, il ne s'ouvrira qu'à ceux qu'il saura sûrement être de bons prêtres, zélateurs de la gloire de Dieu et du bien desâmes.Ilpourrase fier àeuxpourles informations, en particulier, sur les personnes plus intluentes de la paroisse, afin de savoir ce qu'il a à en espérer ou à en craindre. 11 aura toutefois la circonspection de tenir cachée la confiance spéciale qu'il accorde aux meilleurs prêtres, pour ne pas donner lieu à des jalousies qui pourraient devenir très-funestes.

35. Avec les médiocres qui ne sont pas absolument mauvais, il emploiera tous les meilleurs procédés de politesse et de respect, pour les détourner de la tentation de lui être hostiles ou de parler en mal de ses entreprises etde ses intentions. Le bon Curé ne pouvant attendre de ceux-ci que

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peu de bien, devra user de la plus grande prudence pour qu'ils ne lui soient pas nuisibles. Cette attention lui est particulièrement nécessaire à son entrée en paroisse, parce qu'alors la population n'a pu encore d'elle-même former de jugement sur son nouveau Curé, et reste aisément impressionnée des jugements émis contre lui par d'autres, spécialement par les prêtres, estimés juges plus compétents.

36. Puis, trouvant quelque mauvais prêtre dans la paroisse, non connu cependant en dehors de la localité, il devra, dès son entrée, se comporter comme s'il ne savait rien de ses écarts, pour qu'il ne puisse pas dire qu'il a été prévenu par ses ennemis, et pour qu'il soit aussi plus attentif à ne pas perdre l'estime qu'il pourrait s'imaginer que lui accorde le nouveau Curé. Si cependant les désordres de ce prêtre continuent, il avisera à le corriger dès qu'il s'apercevra que ce prêtre a pu supposer que les bruits qui courent sur son compte sont déjà parvenus aux oreilles du Curé, comme il sera dit ensuite.

37. Si finalement le mauvais prêtre était connu, même en dehors de la localité, le Curé ne devra pas, dès le début, lui laisser ignorer sa peine derencontrer pareil scandale dans la paroisse, et, tant pour l'édification du peuple que pour diminuer l'influence du mauvais exemple , il devra , sans ^lésiter , s'abstenir de lui donner des marques l'estime.

38. En outre, le nouveau Curé devra entrer en reations amicales avec les bons Curés du voisinage, ;e qui est d'une haute importance, à cause des sériées mutuels qu'ils peuvent se rendre de plusieurs

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façons. Remarquez que si quelqu'un des Curt-s voisins avait des opinions étranges, en désaccord avec les siennes, il ne conviendrait pas d'essayer de se lier avec lui. Nous serions ridicules et imprudents à vouloir nous faire des amis de gens qui ne sympathisent point avec nous et qui, par là même, ne peuvent jamais devenir de véritables amis ; tenter de le faire, ce serait nous exposer au danger de voir une inimitié déclarée succéder à une feinte correspondance d'affection. Les hommes de cette espèce sont plus aménager qu'à fréquenter, dans la crainte qu'un contact trop rapproché n'amène une collision.

Des rapports avec les autorités et avec les personnes les plus distinguées de la localitc,

39. Le nouveau Curé prenant possession de sa cure observera en quel rapport il pourra se mettre avec les autorités civiles du lieu. Si les temps sont favorables à la religion ou à ses ministres, les autorités civiles, ou par principe ou par propre conviction, ou au moins par respect et déférence pour les chefs dont elles relèvent, se montrent bien disposées et favorables au Curé pour l'appuyer dans l'exercice de son ministère ; dans ce cas, il devra témoigner à ces autorités, non-seulement de la considération, mais encore de la confiance, puisque par là il obtiendra qu'elles prêtent un concours efficace à ses soins de pasteur, et qu'il n'aura pas à craindre qu'elles exigent de lui quelque chose de contraire à sa conscience.

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