‹ Manuel pratique du jeune curéChapitre 14 sur 83 · Si, au contraire, les temps sont fâcheux, et si · texte numérisé non relu

Si, au contraire, les temps sont fâcheux, et si

les administrateurs publics sont peu bienveillants pour la religion, ordinairementles autorités locales participent à ce mauvais esprit, et ce sera beaucoup si le Curé n'a pas à endurer une persécution ouverte ou sourde. Dans ce cas , le Curé leur témoigne du respect, selon l'avis de saint Paul qui dit: etiam discoUs; mais il n'aspire pas à avoir leur confiance, parce que, pour l'obtenir et la conserver, il devrait parfois forfaire à son propre ..devoir , en se laissant aller à des connivences condamnables.

41. Le jeune Curé devra aussi témoigner qu'il tient en considération et estime particulière les personnes les plus distinguées du lieu qui sont encore les plus influentes ; et quoique parmi cellesci il y en ait de peu religieuses et de peu réglées dans leur conduite, cependant, à son début, il laissera entendre qu'il a bonne opinion de toutes, afin qu'on ne puisse pas dire qu'il est venu dans la paroisse avec de sinistres préventions contre quelqu'un, et pour éviter les jalousies et les inimitiés. Dès son entrée, il devra se comporter comme un père qui croit à la bonté de ses enfants tant qu'il ne les a pas vus mal faire.

Ceci demande de la prudence, pour que le Curé soit aimé et respecté de tous, et aussi pour que les mauvais s'observent et se retiennent davantage. Il est certain que s'ils voient que le Curé les estime, aimant à s'entretenir avec eux, comme cela arrive particulièrement dans les petites localités, s'ils ne laissent pas de faire le mal, du moins s'observentils davantage et sont-ils plus réservés, ce qui est aussi un bien

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42. Il prendra garde, en outre, à ne pas se montrer l'ami et le confident d'une i'aniille plus que d'une autre, surtout si, dans la localité, il y a de la division et des partis. Il aura soin d'honorer toutes les familles également, pour être bien vu et respecté de toutes également, et il se mettra ainsi à même de pouvoir faire le bien à l'égard de toutes, selon que le requiert son ministère pastoral. Cette impartialité , de plus , est très-nécessaire pour maintenir entre les familles les plus considérables de la paroisse la paix et la bonne harmonie là où elles existent, et pour les rétablir là où elles n'existent pas : ce qui est un avantage d'une grande influence sur toute la population.

43. De là pourrait naître le doute que le Curé fût coupable d'acception de personnes, s'il accordait des marques spéciales de déférence et d'honneur aux personnes plus notables du lieu ; tandis qu'en s'en tenant à l'esprit de foi qui doit animer l'ecclésiastique, tous les chrétiens ont à ses yeux la môme dignité, celle d'enfants de Dieu, qu'ils soient riches ou pauvres, savants ou ignorants, nobles ou plébéiens. Mais il est facile de comprendre que cette doctrine pourrait bien ne pas tenir compte de l'ordre providentiel établi par Dieu luimême dans la société humaine, et au sujet duquel saint Paul disait : Reddite ergo omnibus debita... cui honorem, honorem. (Rom., xm, 7.) Il faudrait alors que le Curé honorât le berger à l'égal du prince.

44. Le Curé pécherait par acception de personnes s'il secourait de préférence les plus notables plutôt que celles d'une condition inférieure ; si, par

exemple, il se montrait disposé à entendre les confessions des riches et difficile à écouter celles des pauvres ; s'il abandonnait à son confessionnal des femmes du peuple pour se transporter à un autre confessionnal où l'attendrait quelque grande dameimpatientederestersi longtemps à l'église ; si, rendant des visites fréquentes et prodiguant des soins assidus aux malades et moribonds opulents, il oubliait et délaissait à peu près les malades et moribonds sans fortune. Dans ces cas et autres semblables, ce serait une acception de personnes très-répréhensible et fort scandaleuse, parce que les besoins spirituels sont les mêmes, tant pour les pauvres que pour les riches , que pour les uns et pour les autres les droits sont identiques, et que ie Curé est tenu d'y donner satisfaction égale : en agissant autrement, non-seulement il commet une injustice, mais il donne encore lieu à des propos, à des murmures peu édifiants et peu honorables pour son ministère sacré.

45. C'est autre chose, si la différence ne consiste que dans des compliments et des procédés d'urbanité. Il est à remarquer que les pauvres sont volontiers disposés à se voir traités , comme on a coutume de dire, à la bonne, sans toutes les marques de respect et d'honneur qu'ils savent bien n'être pas dues à ceux de leur condition.

46. C'est pour cela que le Curé ne sera pas répréhensible en donnant des marques particulières d'estime aux personnes plus distinguées de la localité ; il montrera qu'il comprend que ceux que Dieu a placés plus haut dans l'échelle sociale mérilent plus d'honneur et de respect ; il suivra une pratique

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tout à fait conforme à la raison et à l'enseignement de saint Paul.

Du respect dû au prédécesseur.

47. Sauf le cas où le nouveau Curé succède à un mauvais Curé, car alors, n'en pouvant dire du bien, il devrait se taire, il témoignera toujours tenir en estime son prédécesseur, et il n'en parlera qu'avec respect. L'idée qu'ont certains nouveaux Curés de leurs prédécesseurs et la manière dont ils en parlent prouvent leur peu de charité et leur grande légèreté, et causent de l'étonnement, sinon du scandale. Si vous les écoutez, par la faute du prédécesseur, tout est mal, tout va mal dans la paroisse, tandis qu'eux se donnent de la peine et suent pour tout remettre en bon état, en bon ordre, et pour remédier à tous les désordres qu'ils trouvent, à tous les maux occasionnés par l'ignorance, la négligence et l'incapacité de ceux qui les ont précédés.

48. Et vous pensez bien que , lorsqu'eux-mêmes viennent à avoir un successeur, la même histoire se renouvelle ; celui-ci trouve à redire à tout ce qu'a fait le prédécesseur. De pareilles lamentations, quand même on admettrait qu'elles sont fondées, prouvent bien peu de charité, sans compter qu'elles sont inutiles pour remédier à un mal accompli, et elles ne servent qu'à diminuer la bonne réputation d'autrui. Elles sont la preuve d'une excessive légèreté, car elles naissent évidemment de la vanité de paraître meilleur que le prédécesseur, et du manque de réflexion sur la

dépréciation que communément on s'attire de la part des gens sensés. Elles sont cause enfin d'étonnement et même de scandale, parce qu'elles ne servent à autre chose qu'à faire connaître au peuple les défauts vrais ou exagérés des ministres de Dieu.

49. Le nouveau Curé, s'il est prudent, parlera donc toujours avec respect de son prédécesseur, soit vivant, soit mort ; et dans le cas où il n'en pourrait réellement parler en bien, il se taira sur son compte. S'il doit remédier aux conséquences de son ignorance, de sa négligence et de son incapacité, il avisera à le faire sans bruit. De cette manière, il se montrera charitable, judicieux, édifiant, comme doit être un pasteur d'àmes.

Les renseignements à prendre sur les besoins de la paroisse,

50. Le nouveau Curé doit s'informer soigneusement de ces deux choses : du mal à empêcher et du bien à faire dans sa paroisse. Pour cela, par le moyen de quelque bon prêtre du lieu ou d'un Curé voisin, et même de quelque séculier discret et prudent, il devra se faire instruire des désordres les plus fréquents de la paroisse, des abus blâmables qui s'y sont introduits et des fausses maximes qui y ont cours.

Cette connaissance est nécessaire au Curé pour sa gouverne au confessionnal, en chaire, et pour aviser aux moyens convenables d'empêcher les péchés et les scandales dont je parlerai plus loin.

51. Il devra aussi prendre connaissance du bien qu'il y a à faire, principalement des bonnes institutions déjà introduites, afin de les maintenir llorissantes, ou de raviver celles qui seraient déchues ; il fera de même pour celles qui manquent, afin de voir s'il est opportun d'essayer de les implanter.

C'est ainsi qu'agit le jardinier quand il entreprend la culture d'une banquette de fleurs. Il commence par voir quelles herbes il faut extirper, quelles plantes sont à arroser, à fortifier et à ajouter. Après quoi, le bon jardinier se met vite à l'œuvre, désireux que le jardin qui lui est confié devienne au plus tôt charmant et riche d'éclat et de parfum. Ainsi le bon Curé ne différera pas à mettre la main à l'œuvre, impatient et jaloux que la paroisse dont il est chargé puisse bientôt ressembler à un beau et fertile jardin.

52. Qu'il ait garde de ne se fier, que bien peu aux rapports et relations qui lui viendront à son entrée en paroisse, parce qu'il arrive assez souvent qu'il y a rivalité, partis et division entre les familles, et quelquefois entre les différents quartiers de la paroisse, à l'occasion de chapelles, d'annexés ou d'autres choses, et ceux-ci et ceux-là profitent de la circonstance de l'arrivée d'un nouveau Curé pour le renseigner à leur manière. Il est clair que si le Curé s'en rapporte aveuglément à leurs renseignements, il court risque de tomber dans de graves méprises, et, en conséquence, de prendre des déterminations compromettantes. Qu'il reçoive donc tous ces rapports et relations, mais qu'il suspende son jugement sur leur valeur, et qu'il attende, pour agir, le temps opportun, où l'état réel sera bien

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éclairci. S'il arrive que dès le commencement le Curé se montre imprudent et précipité, et que sans de bonnes raisons il s'aliène quelque personne influente, quelque famille, la fabrique, la conlrérie etc., il reste amoindri dans l'opinion publique qu'U lui sera plus tard très-difficile de ramener.

Par ce motif, s'il croit trouver dans la paroisse quelque affaire mal conduite ou quelque désordre, à moins que ce ne soit un mal manifeste, il prendra son temps pour y remédier et pour se permettre des innovations : il commencera par prendre conseil, et il agira ensuite avec une prudente maturité.

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