‹ Manuel pratique du jeune curéChapitre 15 sur 83 · DES CORRECTIONS · texte numérisé non relu

DES CORRECTIONS

De la correction des prêtres,

53. Les péchés des prêtres offensent Dieu plus grièvement par leur malice spéciale, et ils devienti) Dans notre siècle d'affaiblissement de la foi et de refroidissement de la charité, l'indifférence finit par étendre ses ravages au point que le précepte de la c. rection est menacé d'être mécouni:, même par les Curés, qui cependant y sont tenus a tinc û e justice. Qu'au lieu de s'étonner de l'insistance de l'auteur sur ee grave sujet, ils rentrent en eux-mêmes et s'excitent à l'accoraplissement de ce devoir si sérieux. (^^ote du traducteur J

nent plus préjudiciables au peuple chrétien par 1 mfluence plus grande du mauvais exemple ; d^Dû .1 smt que le bon Curé n'omettra pas d'apporter un empressement tout particulier à corriger les écarts des prêtres. Il faut reconnaître toutefois que cette correction est la plus difficile à mener à bonne fin et qu elle doit se faire avec la plus scrupuleuse réserve et la plus grande prudence

34 Elle est la plus difficile dans la réussite, parce quun prêtre ne saurait être mauvais à demi ■ le prêtre est ou bon ou très-mauvais. Le prêtre qui'vit selon les règles de son état , nourri et fbrtifié chaque jour à la sainte messe par le froment des élus et par le vin qui fait germer les vierges il est impossible qu'il ne soit pas bon. Au contrai;e, un prêtre qui méconnaît les obligations de sa sainte vocation et qui ainsi, en état de péché mortel monte chaque jour au saint autel pour v trahir Jesus-Christ, ressemble à Judas, mange et boit le plus terrible jugement de sa condamnation éternelle ; Il est impossible qu'il ne soit pas un impie pris dans la force du terme. En persévérant dan7un état SI déplorable, il ne peut être qu'un aveu<.le un endurci, méritant la première place parmi ces

S5. Malgré cela, le Curé ne devra jamais désespérer, mais . fera tous ses efforts pL tenie' T'a-

d En Haut. C est pourquoi il fera précéder la correction de la. prière ; il priera lui-même et fera prier par d autres, spécialement par les âmes pieuses afin d'obtenir cette difficile résipiscence.

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Il en "Viendra ensuite à le reprendre de la manière la plus respectueuse, pour blesser le moins possible son amour-propre, saisissant le moment le plus opportun, et employant le mode de correciion qu'il supposera le plus doux et le moins désagréable pour en assurer le succès.

56. S'il arrive que le mauvais prêtre entretienne quelque liaison suspecte et scandaleuse, le Curé s'adressera directement à ce misérable égaré, et fera tout son possible pour le dégager de cette glu. En même temps, il n'omettra pas d'exhorter sa complice à cesser cette fréquentation; si elle, au moins, se convertissait, ce serait une àme de gagnée et un scandale de moins. Mais c'est une affaire extrêmement difficile, parce que les femmes séduites par les prêtres présentent toujours un caractère d'obstination tout particulier ; c'est pourquoi le Curé aura encore besoin de recourir, à cet effet, à l'efficacité spéciale de la prière,

57. S'il voit que ses tentatives n'aboutissent pas, qu'il avertisse l'Evêque du scandale, et qu'il avise à ce que le mauvais prêtre soit éloigné de sa paroisse. On objectera peut-être que celui-ci ira ailleurs mal faire et y porter le scandale, ce qui est trcs-probable. Malgré cela, le Curé ne pourra se dispenser d'ôter la pierre d'achoppement du milieu de son peuple, réfléchissant que le prêtre scandaleux, étant ailleurs, y trouvera quelque autre qui fera ce que le devoir demande. Principalement pour deux raisons, il importe de ne pas laisser tranquille dans son péché le prêtre per^^ers : pourl'édiûcatiou du peuple , qui est très-scandalisé de l'impuûite des ministres de Dieu, et pour l'exemple des

autres prêtres, qui, s'ils ne veulent pas être bons, deviennent au moins plus réservés et n'occasionnent pas de scandales par des désordres si publics.

58. Si enfin le Curé ne peut parvenir à éloigner le loup de son troupeau, il avisera à ce que ses ouailles s'en tiennent éloignées, et que surtout ce prêtre ne soit pas approuvé pour les confessions.

Les prêtres sans crainte de Dieu ne peuvent avoir le bon esprit pour guider les âmes dans la droite voie. Devant condamner dans les autres ce qu'ils se permettent eux-mêmes, exciter les autres à l'amour de Dieu dont ils sont privés, et se montrer zélateurs des vertus qu'ils foulent aux pieds, leur langage n'est que feinte et hypocrisie ; c'est un langage purement artificiel, en contradiction avec les sentiments du cœur; ainsi, il est naturellement impossible que leurs paroles produisent une impression salutaire dans les cœurs des autres. Il est démontré qu'un cœur n'est jamais ému que par des sentiments partant du fond du- cœur : les affections artificielles, bien compassées par l'art, peuvent intéresser l'esprit, mais jamais elles n'iront au cœur ; c'est pourquoi un prêtre sans crainte de Dieu, bien que dans la direction des âmes il ne veuille pas mal faire, ne réussit pas à faire le bien.

59. Il en est qui distinguent entre les confessions des hommes et celles des femmes ; ils pensent qu'on peut permettre à un mauvais prêtre les premières, tout en lui interdisant absolument les secondes; mais ceci, à le bien prendre, n'est qu'un tempérament du mal, parce qu'en entendant les confessions des hommes dans un mauvais état de

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conscience, le prêtre criminel commet le même ••-i^rilége qu'en entendant celles des femmes, et que illeurs, n'ayant pas le bon esprit, il ne peut le communiquer, même aux hommes.

(iO. Le Curé quelque peu instruit par l'expérience saura d'avance que les directeurs spirituels privés de la sainte crainte de Dieu, outre qu'ils ne font pas le bien, font de plus aux âmes un mal trèsgrand, en les laissant assoupies dans les vices dans lesquels ils dorment eux-mêmes. Quelle facilité, quelle indulgence à absoudre toties quoties certains péchés ! il y a à leur confessionnal un jubilé perpétuel beaucoup plus étendu que ne pourrait l'accorder Sa Sainteté, même avec dispense de la contrition des péchés; là le pénitent n'a jamais à craindre un reproche ou un délai d'absolution. Aussi n'est-il pas très-rare qu'on se mette positivement à faire les œuvres des démons avec certaines créatures. Qui peut mesurer toute la profondeur de la malice et de l'aveuglement où se précipite un ministre de Dieu, après qu'il a perdu la sainte craint;:^ et qu'il renouvelle chaque jour sur l'autel le sacrifice de la croix avec une perfidie bien plus criante que celle des Juifs l'acconiDlissant sur le Calvaire ?

61. Donc, on ne peut douterque le Curé ne doive déployer tout son zèle pour qu'aucun mauvais prêtre n'entende les confessions de ses paroissiens.

Une servirait ù rien de dire que ce soin doit être laissé totalement à l'Evèque qui est responsable au tribunal de Dieu de la capacité et de la bonté des confesseurs qu'il approuve. Il ne faut jam.ais perdre de vue ceite grande vérité : que les choses de ce

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monde ne sont pas toujours toiles qu'elles pourraient et devraient être, mais qu'elles sont telles qu'elles sont en réalité. Or, il est de fait que les mauvais prêtres trouvent trop facilement des personnes inconsidérées ou hypocrites, parfois ennemies du Curé, et qui, n'étant pas suffisamment connues de l'Evéque, intriguent auprès de lui par bien des voies directes ou indirectes, pour le dissuader d'ajouter foi aux renseignements défavorables présentés par le Curé sur la moralité de certains prêtres. L'Evêque, quelque attentif et bien intentionné qu'il soit, ne saurait tout de suite produire la lumière sur la vérité des faits ; il craint aussi que quelqu'un n'ait chargé injustement le prêtre, et qu'en lui retirant le pouvoir de confesser, il ne le diffame ; ce qui fait qu'il diffère et temporise sagement, jusqu'à ce que la culpabilité du prêtre accusé lui soit bien connue. Cependant ces délais et temporisations, bien qu'ils soient une mesure de prudence de l'Evêque, n'empêchent pas le dommage spirituel des âmes confiées à la direction de mauvais guides ; c'est pourquoi le Curé à qui l'immoralité d'un confesseur est constatée, bien que l'Evêque ne procède pas contre lui, ne doit pas se lasser d'agir pour faire cesser ce dommage.

62. Quels moyens reste-t-il alors au Curé? Il pourra et devra porter à la connaissance de l'Evêque tous les faits nouveaux démontrant l'immoralité du prêtre, engager des personnes sensées et bien vues de l'Evêque à joindre leurs instances aux siennes, et finalement il usera avec tact et prudence de toutes les occasions qui se présenteront pour détourner les pénitents de sa direction.

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63. Le Curé doit avoir pour les âmes qui lui sont confiées des entrailles vraiment paternelles, ou mieux encore, maternelles, qui sont plus sensibles. Or un père, et encore plus une mère, quand il s'agit de sauver leurs enfants d'un grave péril temporel, ne calculent jamais ce qu'ils sont tenus de faire selon la rigueur du droit et la stricte observance de la loi. Un père, et à plus forte raison une mère, croient bien faire en éloignant efficacement du danger leurs enfants par tous les moyens licites et honnêtes qu'ils ont sous la main ; et si on leur disait : Pourquoi vous donnez-vous tant de peine quand la loi ne l'exige pas ? ils répondraient: Vous ne connaissez point l'amour d'un père ni la tendresse d'une mère ; autrement, vous vous garderiez de proférer des paroles si froides et si peu sensées. Il va sans dire que les moyens qu'on vient de suggérer au Curé pour atteindre son but doivent être licites et honnêtes, et qu'il ne doit pas avoir moins de sollicitude pour sauver ses enfants spirituels du danger d'un malheur éternel.

64. Je reviens à la correction que le Curé est obligé de faire aux prêtres, au sujet des autres défauts et manquements. Il aura soin d'user toujours d'une extrême réserve et de bonne grâce ; de là, sauf le cas d'une grande familiarité pleinement consentie, il ne reprendra pas les prêtres des petits manquements sur lesquels il fermera les yeux, mais seulement des plus considérables. Si un prêtre était trop causeur, non cependant avec les femmes, ni en choses inconvenantes ; s'il perdait un peu plus de temps qu'il ne convient en passetemps honnêtes ; s'il se montrait un peu tenace

dans ses opinions , un peu colère et rancunier, même un peu intéressé, et qu'il eût d'autres semblables défauts sans lesquels l'homme ne se trouve l^ère ici-bas, le Curé serait imprudent s'il faisait l'Aristarque en pareils cas.

6d. Au sujet, au contraire, d'autres 'l'fauts plus saillants que ceux-là, comme serait de célébrer la sainte messe avec précipitation ou avec mépris des rubriques, de s'habiller d"une façon messéante à son état, de proférer habitujilement des paroles inconvenantes, d'excéder dans la vin, de nourrir des aversions et des rancunes contre les malveillants, de se montrer avare et ladre, et tous autres défauts qui emportent une notable inconvenance et produisent un scandale parmi le peuple, le Curé n'omettra pas les remontrances opportunes, usant toujours cependant de tous les bons procédés possibles, s'étudiant à ce que ses avis n'aient pas la forme d'une correction ou ne l'aient que le moins possible, comme serait de parler au coupable en général et théoriquement des défauts dont on devrait se garder, de lui en faire sentir l'inconvenance, de lui signaler la surprise que cela cause aux autres, le mauvais exemple qui s'ensuit, etc. De cette façon, la correction éviterait l'apparence d'un reproche personnel.

66. Voici, de plus, un avis particulier relatif aux vieillards décrépits qui ont contracté à la longue quelque défaut, passé, cornarne on dit, à l'état de seconde nature. La faiblesse de leurs facultés mentales ne leur permet pas de le connaître, ou au moins leur enlève l'énergie nécessaire pour essayer de s'en corriger. Alors toute correction est inutile

et même dangereuse, parce qu'elle ne sert qu'à les irriter ; ils pensent que, parce qu'ils sont vieux et incapables de se faire respecter, on leur manque d'égards. D'un autre côté, le Curé peut se tranquilliser en omettant ces corrections, par la pensée que les défauts de ces vieillards ne sont plus scandaleux, leur faiblesse d'esprit étant connue de tous et attirant la compassion.

67. Toutefois, si le prêtre décrépit manquait gravement dans la célébration de la sainte messe, et surtout si, à raison de sa faiblesse mentale, on avait lieu de douter de la validité du sacrifice, ou si, par suite du tremblement de la main, il y avait du danger d'effusion du précieux sang, ou qu'il le rejetât par l'effet de la toux, ou s'il survenait quelque autre grave irrégularité, le Curé devrait en informer l'Evèque et empêcher absolument ce prêtre de célébrer la sainte messe. Dans le cas où il serait pauvre et aurait un véritable besoin de l'honoraire, le Curé n'en devrait pas moins arrêter à tout prix la profanation du saint sacrifice, et lui procurer par un autre moyen de quoi subsister, recourant à la charité de l'Evèque et d'autres personnes charitables, et sacrifiant même du sien, sans permettre aucunement cette profanation (1).

De la correction des plus notables de la paroisse.

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