‹ Manuel pratique du jeune curéChapitre 20 sur 83 · DU SOIN' DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

DU SOIN' DE L'ÉGLISE

Le la fabrique.

4Ç1. La fabrique n'est pas d'institution ecclésiastique; elle est plutôt tolérée que voulue par l'Eglise, au moins, telle qu'elle existe parmi nous. Malgré cela, le Curé, devant s'y résigner forcement, la considérera comme elle devrait être, savoir : une aide qui lui est donnée par les notables et les plus influents de la population, parce que, accablé par les soucis de l'administration des sacrements, de l'assistance des malades, du som des pauvres, etc., il ne pourrait s'assujettir ni suffire convenablement à tous les détails matériels qu'impose le culte divin.

La fabrique, considérée sous ce point de vue, ne déplaira pas au Curé, et il ne s'y montrera pas opposé ; ce qui serait une grande imprudence et poui>

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rait être pour lui l'occasion de graves embarras et d'ennuis.

162. Si l'on oppose que souvent la fabrique est composée de sujets en qui le Curé ne peut pas avoir confiance, ce n'est pas une raison pour pouvoir prudemment laisser apercevoir qu'on lui est opposé. Ce serait alors le cas de leur témoigner pjus d'honneur et de déférence, pour qu'ils ne fissent pas de mal, ou un mal plus grand que celui qu'on appréhende. La fabrique est un corps légalement constitué, dont le Curé est obligé de dépendre dans bien des clioses ; de plus, si les fabriciens sont dégoûtés du Curé, et surtout peu timorés, ils peuvent le traverser. Si, au contraire, le Curé leur témoigne de l'honneur et de la déférence pour leurs vues et déterminations, naturellement ils deviendront bienveillants , ou au moins ils ne se montreront pas ennemis. Or, quand entre le Curé et la fabrique il ne peut y avoir confiance réciproque et entente cordiale, ce sera cependant un grand bien qu'au moins il n'y ait pas d'aversion déclarée.

Quelle que soit la composition de la fabrique, le Curé devra toujours viser à se TafTectionner, et il y réussira infailliblement, en laissant les fabriciens faire tout ce qu'ils désirent dans leurs attributions, comme seraitla restauration et l'entretien de l'église, les tableaux, les dorures, les chandeliers, le luminaire, les cloches, la musique et autres choses semblables. Le Curé pourra et devra même exposer son propre sentiment, quand il y a danger qu'on n'emploie les deniers de l'église en dépenses folles et excessives ; toutefois, considérant que, dans les

délibérations de la fabrique, il n'a que son vote, et que par lui-même il ne peut rien, quand il voit los fabriciens décidés à ordonner un travail, à faire un achat, etc., il se gardera de s'obstiner dans son sentiment; mais il votera dans leur sens, à moins qu'il ne s'agisse de chose injuste qu'on ne pourrait faire sans péché, ce qui n'arrivera peut-être pas une fois en cent ans. En montrant aux fabriciens de la condescendance pour leurs désirs et en votant avec eux, on ne peut dire combien il gagnera leur affection et disposera leurs esprits en sa faveur, pour le cas où il aura à faire quelque proposition.

163. Il paraîtra peut-être à quelque Curé que céder ainsi, même quand on a des raisons de s'opposer, soit bassesse et faiblesse déshonorante; mais quand on cède par amour de la paix, cela s'entend où il n'y a pas de péché, c'est plutôt un trait d'humilité et de charité, et, dans notre cas, c'est encore un Irait de prudence chrétienne, comme je le ferai mieux comprendre.

Que le Curé ordinairement puisse toujours céder aux prétentions des fabriciens, sans danger de péché, c'est évident. Car, quoiqu'il soit vrai que plusieurs fois ils veulent faire des dépenses et contracter des dettes exorbitantes, eu égard à la pauvreté de la paroisse, et que ce serait en lui-même chose injuste ; néanmoins, considérant que les fabriciens collecteurs des aumônes sont en parfait accord avec ceux qui les donnent, puisque eux aussi voient comment les fabriciens les emploient et qu'ils ne réclament pas, l'injustice disparait, et ainsi, si le Curé prend part à la délibération prodigue qu'il ne peut empêcher, pour la sainte fin de main-

tenir la paix avec les premiers représentants de la paroisse, on ne saurait dire qu'il fasse mal. Il y aurait de l'injustice, si l'on contractait des dettes si énormes qu'on prévit qu'elles ne pourraient jamais être acquittées; mais ceci n'est pas un cas probable, parce que les fabriciens osent bien contracter des ^ ^O^es qu'ils ne pourront payer qu'au bout de plu- ^iîeurs années, mais nullement des dettes qui ne pourraient jamais être payées ; ajoutez que ceux qui prêtent aux fabriques prévoient et calculent tous les périls de leur négociation.

Je suppose un cas qui est des plus fréquents. La fabrique veut se procurer une sonnerie ac grosses cloches qui coûteront des milliers de francs , quoique l'église soit pauvre et manque des ornements les plus indispensables et bien moins coûteux. Il n'est pas doateux que le Curé devra faire observer aux fabriciens l'inconvenance de cette dépense, les exhorter à la différer, ou au moins à la diminuer,etc. Toutefois , s'ils se sont déjà entendus avec les principaux de la localité, ils se montreront entêtés et tiendront à arriver à leurs fins ; sera-ce à dire que le Curé, s'y prêtant pour la conservation de la paix et le bon accord avec les fabriciens, fasse une chose dont on ne puisse l'excuser ? Ma morale ne serait pas si rigoureuse. Je dirais la même chose, s'il s'agissait de musique, de luminaire, qui exigeassent des dépenses excessives.

164. Cette façon du Curé de céder et de condes* cendre aux exigences de la fabrique est un trait de prudence évangélique ; car si lui condescend à leurs volontés dans ces choses matérielles, eux restent Obliges à condescendre à ses volontés en choses

spirituelles. Le Curé approuvant la sonnerie, la musique, le luminaire, etc., selon les désirs de la fabrique, celle-ci approuvera le prédicateur de Carême, d'Avent, des exercices spirituels, un chapelain, etc., selon les désirs du Curé. Voyant qu'il les laisse faire à leur gré leurs fonctions d'apparat; ils lui laisseront faire aussi à son gré ses fonolions saintes. Par là, le Curé sera bien plus libre pour s occuper de la sanctification de son peuple, ce qui doit principalement et souverainement lui être à cœur.

Beaucoup de Curés sont en procès continuels avec leurs fabriciens ; procès très-làcheux pour le bien spirituel des populations, et cela pour des choses tout à fait matérielles sur lesquelles, à la vérité, le Curé aurait ses droits et son ingérence, mais droits et ingérence qui font toujours sacrifier le suprême bien de l'heureuse concorde entre lui et les plus influents de ses paroissiens. Un Curé qui réussit à conserver un si grand avantage qui exige de lui quelque sacrifice, est vraiment sage et en même temps très-heureux. En effet, il se gagne les cœurs et il les tourne à son gré ; puis, peu à peu, il n'est pas contredit, même dans les choses matérielles; il arrivera quelquefois à dominer les élections mêmes des fabriciens, de manière que ceux qui sont les mieux vus par lui entrent dans l'administration, ce qui, une fois obtenu, rend tout procès impossible; toute l'administration de l'église reste alors substantiellement entre les mains du Curé.

Qu'on ne se laisse pas séduire par celte raison qui n'est généralement qu'un pi-étexte : Si je céde^ je fais tort, non-seuliment à moi, mais encore à mon successeur, qui ne pourra revendiquer ses droits après

que j'y mirai renoncé; car il ne s'agit pas de renoncer à aucun droit, mais seulement de céder quand l'exige la plus grande gloire de Dieu qu'il faut toujours chercher avant tout. Par ce procédé, le successeur ne peut perdre aucun droit, et même, si les circonstances demandaient de nouveau de lui la même chose, il ne refuserait pas de s'y prêter avec humilit^^ et charité pour le bien de la paix. Sera-t-il vrai encore que réellement nous avons du zèle pour les droits du successeur que nous mettons parfois en avant? La charité pour le successeur se préoccupera, avant tout, de laisser la paroisse bien unie dans la concorde et bien disposée à profiter des bons soins du pasteur.

Et parce que c'est chose si importante que le bon accord entre le Curé et les fabriciens, il devra l'établir où il manque et le conserver où il existe par tous les moyens à sa disposition. Enfin il sera convenable que quelquefois, dans l'année, il régale les fabriciens d'un diner ou de rafraichissements ; alors il leur donnera à tous les démonstrations d'estime et d'affection qu'il jugera à propos.

163. Que le Curé ait soin de se servir du concours de la fabrique quand il devra soutenir un procès, ou encore l'intenter pour défendre les intérêts de l'église et du bénéfice. Il y a des Curés qui aiment que les fabriciens leur confient la poursuite des causes, croyant qu'ils les conduiront mieux à bonne fin ; et, en effet, cela peut être -quand il s'agit particulièrement de fabriciens villageois qui n'ont que peu ou point l'intelligence des procédures légales ; toutefois, il n'est nullement besoin qu'il s'occupe per-

sonnellemenl de procès, en comparaissant devant les tribunaux et se présentant pour luire lui-même toutes choses comme de son chef. Le Curé pourra et devra quelquefois consulter les avocats et les avoués ; il ne conviendrait pas de confier aveuglément aux fabriciens la gestion des procès ; il devra, au contraire, exercer une surveillance ; mais tout ceci se fera sous main, avisant à ce que tout ce qui est apparent soit fait par eux, comme si lui ne s'en mêlait presque pas. Par là , il s'épargnera une grande perte d'un temps qu'il pourra employer plus utilement aux intérêts spirituels, et il évitera de s'attirer l'odieux que pourraient susciter les procès, particulièrement si le procès se soutient contre quelque paroissien influent et puissant. Les séculiers, entre eux, s'entendent plus facilement, et une rancune que tel a contre des fabriciens est chose moins dangereuse que s'il l'avait contre le Curé lui-même.

16'6. Qu'il avise aussi à ce que les fabriciens tiennent régulièrement les livres de recettes et de dépenses, afin que la gestion soit toujours claire et qu'on évite les erreurs qui pourraient arriver par négligence ou malice. Que là où l'on découvre des irrégularités notables, il y fasse remédier, m.ais toujours avec prudence et de bons procédés, pour ne blesser l'amour-propre d'aucun d'eux. Que s'il voit que les choses vont passablement bien pour le fonds, qu'il se garde de se montrer ombrageux et exigeant, ce qui pourrait déranger le bon accord avec la fabrique, chose bien plus importante que la satisfaction d'obtenir que tout aille selon sa manière de voir, quoique plus exacte et précise. Qu'il ait

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toujours présent à l'esprit qu'il est avant tout Curé pour le bien spirituel des âmes, et secondairement pour le bien matériel de l'église et du bénéfice ; ensuite, quoique le matériel soit, non-seulement utile, mais encore nécessaire au spirituel, il ne préférera jamais l'état meilleur du premier à l'état meilleur du second. Il n'est pas douteux qu'il n'importe plus pour le bien spirituel de la population de maintenir le bon accord avec la fabrique, que d'obtenir d'elle une tenue de comptes très-régulière.

H» Des serviteurs de l'église.

167. Le Curé aura soin que les serviteurs de l'église soient des personnes réglées, craignant Dieu, et qui spécialement aient pour le lieu saint le respect dtX,; ceci est dit, parce que c'est la chose la plus difficile à obtenir; non par défaut de bonne volonté, ou par sentiment d'irréligion, mais par légèreté et par une certaine privante et liberté avec les choses saintes, qui se contracte facilement en vivant constamment et familièrement dans ce milieu.

Il arrive souvent que les serviteurs sont les plus irrévérencieux dans l'église, qu'ils s'y promènent, causent, rient et badinent, comme sur la place publique, qu'ils omettent les génuflexions et les révérences, mêm. G devant le Saint-Sacrement exposé. Le Curé devra être vigilant et ne pas se lasser de les reprendre.

168. En plusieurs endroits, quelques femmes et quelques filles, choisies à cet effet par le Curé,

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veillent à la propreté des é^^lises. Cet usage est louable en partie, parce qu'elles sont plus capables et plus aptes à cela que les hommes ; c'est par leurs soins que les églises brillent par une grande proprelé, ce qui est très-édifiant. Toutefois le Curé devra exclure de ce service les plus jeunes et les plus revenantes, ne choisir que les plus sages <>t le? plus circonspectes , veiller à ce qu'elles ne se trouvent pas seules avec les serviteurs ou avec les fabriciens quand l'église est fermée, et, par-dessus tout , qu'elles ne prennent pas trop de familiarité dans sa maison, ce qui, en pratique, arrive aisément , devient un danger pour lui et peut motiver des rumeurs peu édifiantes. Que, quand elles s'occupent de la propreté de l'église, le Curé les laisse seules ; elles sauront bien balayer sans son aide. Si, sous prétexte de veiller au balayage, il se tient dans l'église, il n'évitera pas la causette, spécialement inconvenante dans l'église , et les femmes et les filles prendront trop de liberté avec le Curé qui, de son côté, la leur donne ; de là, des bruits sur son compte.

De la propreté de l'église.

i69. On n'exige pas que toutes les églises paroissiales soient riches et somptueuses, mais on exige que toutes soient propres et bien décentes. Ceci s'obtiendra par la vigilance du Curé sur les serviteurs de l'église.

On veut spécialement la propreté et la décence au baptistère, aux autels, dans les ornements,

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comme on le dira ensuite, en parlant des sacrements. On la requiert aussi en particulier pour les bénitiers, où l'eau bénite ne doit jamais manquer dans les églises paroissiales. Que le Curé ait soin que l'eau bénite puisse s'appeler réellement, selon son nom , eau lustrale; ceci est dit, parce que quelquefois les personnes bien élevées se trouvent comme forcées de retirer la main du bénitier, tant sont malpropres et le contenant et le contenu. Qu'il veille donc à ce que le bénitier soit souvent approprié et que l'eau en soit renouvelée, afin que personne n'éprouve de répugnance à se signer en entrant dans l'église, et afin que ce sacramentai, tenu en si grande vénération depuis les premiers siècle du christianisme, ne vienne pas à être profané.

Le la sacristie,

170. Je ne ferai qu'une observation sur la sacristie ; ce sera que le Curé veille à ce que la sacristie ne devienne pas le lieu de réunion des oisifs, qu'on n'y cause pas inutilement et qu'on n'y parle pas à haute voix. Ces dérèglements sont très-fréquents dans les sacristies : les personnes désœuvrées y passent de longues heures , discourant sur toutes les nouvelles du jour ; on y parle haut , sans aucun égard , de manière à troubler les prêtres qui se préparent à la célébration de la sainte messe ou qui font l'action de grâces ; quelquefois même les personnes qui sont dans l'église en sont dérangées.

108 MANUEL PRVTinUE DU JET7?Œ CimÉ.

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