DU VICAIRE DU CURÉ
§1. Qualités requises dzns le Vicaire,
ni. Généralement, le Curé a coutume d'avoir un Vicaire, et il est bien qu'il n'en soit jamais privé, comme je le dirai plus bas. Or celui-ci , devant être un alter ego, devra avoir toutes les bonnes qualités requises dans le Curé ; si quelqu'une pouvait être exclue comme non indispensable, ce serait seulement la capacité de prêcher, à défaut de laquelle, en cas de besoin, le Curé pourrait suppléer facilement par le moyen d'un autre. En fait, le Vicaire doit entendre les confessions, tant des gens en santé que des malades, assister les moribonds, pour cela et pour d'autres raisons, aller dans les maisons des paroissiens, s'employer souvent ensemble avec le Cuié pour faire cesser les désordres et empêcher les scandales ; enfin il doit parler et converser avec toutes sortes de personnes, plus ou moins, comme le Curé lui-même. Pour cela, on ne peut douter qu'il ne doive être un ecclésiastique instruit, réglé , prudent, pieux et zélé, de manière que le Curé puisse se fier à lui en toutes les occasions et dans toutes les circonstances. Avant tout, que le Curé tienne beaucoup à ce qu'il soit recommandable par ses bonnes mœurs,
qualité toujours la plus nécessaire dans tout ecclésiastique, spécialement s'il a, comme Vicaire, à traiter continuellement avec les femmes et les jeunes filles, dont il y en a toujours un certain nombre de peu sérieuses et de peu prudentes.
172. C'est pourquoi, il est déplorable que quelquefois les Curés, cherchant un vicaire, n'aient en vue qu'une seule chose, savoir : qu'il soit de forte et robuste constitution physique, pour pouvoir soutenir toutes les fatigues matérielles qui retomberont sur lui, comme (pardon de la parité) on charge des portefaix de porter les fardeaux. Pourvu que le Vicaire porte le viatique, aille assister les malades dans les lieux les plus éloignés et les plus incommodes et veille des nuits entières auprès des moribonds ; pourvu qu'il sache dresser les actes paroissiaux et en délivrer des extraits, certains Curés sont tout à fait satisfaits et ne demandent rien de plus. Qu'ensuite le Vicaire soit fort ignorant, qu'il ne puisse pas dire deux mots d'encouragement aux pauvres malades , qu'il soit passablement rustre et même peu réservé et peu édifiant dans ses rapports, ils le supportent aisément, sans s'en inquiéter.
Le Curé, en se déchargeant de ses attributions sur un prêtre, aura attention à ce qu'il soit capable de bien s'en acquitter, non-seulement matériellement, mais encore formellement ; il doit, en outre, le regarder comme tenant sa place et comme son compagnon, non comme un serviteur et un esclave; en conséquence, il doit user à son égard de charité et de respect, non lui abandonner, mais diviser avec lui les fonctions les plus pénibles et les plus Màn. du J. Curé. 7
ilo MANUEL PRATIQUE DU JEUNE CURÉ.
ingrates. Je note ceci, parce que, évidemment, certains Curés pèchent sous ce rapport.
Utilité du Vicaire.
173. On comprend facilement de quelle importance il est que le Curé ne soit pas seul à diriger sa paroisse, mais qu'il ait un remplaçant qui puisse le suppléer. Le Curé peut se trouver indisposé de temps en temps, et quand même il jouirait toujours d'une santé parfaite, il est bon qu'il ait un aide, particulièrement en hiver, lorsque les malades sont plus nombreux et que leur assistance devient plus pénible. Il arrive aussi que tous les paroissiens n'ont pas pleine confiance dans le Curé, et ainsi il est à propos qu'il y ait un autre prêtre auquel ils puissent s'adresser avec plus de confiance dans leurs besoins spirituels. Enfin, il n'est pas douteux que, s'il y a dans la paroisse deux prêtres occupés à la culture des âmes, il se fera un bien double de celui qui se ferait s'il n'y en avait qu'un. Donc, tant pour lui que pour les paroissiens, il importe au Curé d'avoir toujours un Vicaire.
Ces motifs devraient être pris en considération par certains Curés qui toujours ou fréquemment en sont privés, parce qu'ils veulent s'épargner la dépense qu'entraînerait la rétribution d'un Vicaire, ou parce qu'ils n'offrent qu'une rétribution insuffisante pour tout prêtre capable. L'avantage d'avoir un Vicaire est si considérable qu'on doit se le procurer, même au prix d'un sacrifice notable ; à cause de cela, si le Curé peut défalquer du revenu
DES DEVOIRS DU CURÉ. Hl
de sa cure la rétribution suffisante à l'entretien du Vicaire, il ne doit pas balancer à le faire, et s'il ne peut retrancher cette somme dans son intégrité, il doit au moins en retrancher une portion et aviser à ce que ou la fabrique, ou la confrérie de l'Oratoire, à laquelle, en retour, le Vicaire pourra rendre quelques services, supplée pour le reste (1). On ne veut pas nier qu'il n'y ait des paroisses si petites et si pauvres qu'elles fournissent à peine de quoi vivre au Curé, et elles sont même malheureusement très-nombreuses. Toutefois on ne saurait nier que nous Curés, nous regardons nos revenus comme chose sacrée et intangible, dont on ne peut distraire aucune portion à l'avantage d'un autre prêtre consentant à partager avec nous la charge d'àmes, et cela par la raison, que ces revenus sont entièrement de notre dépendance. Mais comme cette raison ne satisferait personne et même nous paraîtrait déshonorante, nous sommes faciles à admettre l'autre raison, provenant de l'exiguïté des revenus, des nombreux pauvres, des besoins de notre famille, etc., raison qui ne saurait être censurée aussi facilement.
Avantages à ce que le Curé vive en commun avec son Vicaire.
174. Le Curé, comme il a été dit, doit chercher un Vicaire doué de toutes les bonnes qualités, de façon à pouvoir jouir de sa confiance la plus
(1) On entend, en Italie, par Oratoire la chapelle souvent attenante, destinée a la Confrérie des hommes.
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intime, et s'il le trouve tel, ce sera un grand bien de le loger dans sa maison , et un bien si grand qu'il mérite que le Curé fasse quelque sacrifice à cette fin. Si le Vicaire demeure chez le Curé, celui-ci n'en verra que mieux toute la conduite du Vicaire et n'en pénétrera que mieux ses pensées; dans un besoin, il sera plus prêt à accourir, soit pour le service des malades, soit pour le service de l'église : il arrivera aisément et comme nécessairement que tous deux ne feront qu'un cœur et qu'une àme pour faire toutes sortes de bien.
175. Il en dérive un autre avantage, si ni l'un ni l'autre n'ont de parents avec eux. Disparaît alors un danger très-peu soupçonné et qui cependant est des plus graves que puisse courir un Ecclésiastique, qui est d'être obligé de vivre seul à seul avec une domestique. Admettons que celle-ci soit vertueuse, pieuse et d'âge convenable , c'est toujours une femme ; admettons que l'Ecclésiastique qui vit seul avec elle ait aussi toutes les meilleures qualités de jugement et la crainte de Dieu, c'est toujours un homme. Cependant n'avoir à la maison .personne avec qui l'on puisse, comme on dit vulgairement, échanger une parole, particulièrement aux heures du dîner et du souper, dans les longues soirées d'hiver, sinon cette femme qui, même sans s'en apercevoir, se familiarise avec le Curé, à mesure qu'il lui donne sa confiance, et qui correspond avec tant d'ulTection à rafTection qu'il lui témoigne (on suppose toujours dans les limites de l'honnêteté), c'est là une chose bien propre à faire craindre que, un jour ou l'autre, on n'en vienne à dépasser ces limites. Cette crainte , insinuée par la raison ,
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est encore justifiée plusieurs fois par l'expérioDce. Donc, le Curé, en prenant avec lui le Vicaire, sauvera du péril quatre âmes à la fois (2 prêtres et 2 servantes).
Il est nécessaire cependant de confesser qu'on ne pourra pas toujours obtenir cet avantage. Quand le cas se présentera, Dieu ne manquera pas d'assister celui qui invoquera son secours, en observant toutes les précautions , comme on le dira ailleurs.