CHAPITRE VIII
DES F0^'CTI0^•3 SACRÉES (OFFICES PUBUCS) ET DES PEATIQUES PIECSES.
176. Les fonctions sacrées {offices publics, surtout solennels, etc.) aident beaucoup à maintenir et à raviver la foi dans les populations. Aussi cette pompe du culte est-elle combattue par les protestants, les incrédules et tous les propagateurs modernes de ce qu'on appelle indiCférentisme. C'est pour cela même que le Curé doit être zélé pour que les offices soient accomplis avec dignité et pompe, afin de faire par là une impression plus vive sur l'esprit des fidèles. C'est un trait de la divine miséricorde que, dans ces temps d'incrédulité ouverte, les offices se célèbrent parmi nous avec beaucoup plus de solennité qu'on n'avait coutume auparavant : ils ont beaucoup d'efficacité pour conserver le sentiment chrétien au mi-
il4 MANUEL PRATIQUE DU JEUNE CURÉ.
lieu des peuples sóduits et illusionnés de tant de façons. Je sais que, ces dernières années, les offices se faisaient à Gènes très-solennellement, et que toute la population, presque enthousiasmée, y prenait part ; nos néoprotestants répétaient l'ancienne lamentation des Pharisiens : nihilproflcimus.
177. Ainsi le Curé devra maintenir les offices solennels reçus dans son église, et veiller à ce qu'ils ne perdent rien de leur pompe ni de leur dignité. Il célébrera notamment les principales solennités de l'année, qui servent si bien à renouveler la mémoire et la foi des principaux mystères de la religion.
Il avisera aussi à célébrer dans son église quelques-unes des fêtes les plus propres à réveiller dans le peuple le sentiment de la piété, telles seraient , par exemple , les fêtes du Sacré-Cœur de Jésus et de la Compassion de la Très-Sainte Vierge.
Il s'appliquera, en outre, à cultiver les pieuses pratiques qui portent à la fréquentation particulière des sacrements, comme seraient les vendredis du mois de mars et les dimanches de saint Louis de Gonzague. Celles-ci se recommandent spécialement à la jeunesse.
Il importera grandement que l'église ne manque pas des tableaux du Sacré-Cœur, de Notre-Dame des Sept-Douleurs, de VEcce homo, et de saint Louis de Gonzague. Si l'on n'en a pas, en s'en procurant un chaque année, la dépense sera supportable, même pour une église pauvre. Toutefois, quand on ne pourra pas avoir les tableaux, on n'omettra pas les fêtes et les pratiques pieuses qui s'y rapportent.
DES DEVOIRS DU CTmÉ. «5
478. Le Curé devra spécialement exciter à la pieuse pratique du Mois de Marie, reçue à peu près généralement dans tout le monde catholique, et il en retirera de grands fruits. Etant si visiblement bénie de Dieu, il est indubitable qu'il plaît à Dieu d'honorer par elle la Vierge-Mère. Il sera donc très-bien que, chaque jour de ce mois, le Curé fasse au peuple une exhortation chaleureuse adaptée, ou au moins qu'il lise une considération selon la forme qui se trouve dans tant de livres imprimés pour ce sujet.
179. Le Curé fera encore bien de disposer que certaines fêtes et pratiqués pieuses soient solennisées à différentes époques de l'année, à de justes intervalles, avec communion générale. La première après Pâques devrait être le Mois de Marie, puis une autre en août ou septembre, une autre en décembre ou janvier, époque où se pourraient donner les exercices spirituels (la retraite). De cette façon, les chrétiens paresseux et indolents auraient de temps à autre un nouveau stimulant pour s'approcher des sacrements, compris ceux qui ont laissé expirer le temps pascal, sans en remplir le devoir.
Dans les petits endroits, le Curé n'omettra pas, dans cette circonstance, d'inviter quelques confesseurs extraordinaires, non-seulement pour la commodité des pénitents qui accourent en masse, mais aussi pour que certaines âmes qui auraient honte de se confesser à lui qui les connaît, puissent accuser leurs fautes en toute liberté et sans cette honte si funeste.
180. Le Curé avisera à célébrer les offices divins aux heures les plus commodes pour la population.
H6 MAl^UEL PRATIQUE DU JEUNE CURÉ.
De cette attention dépendent et leur fréquentation plus considérable et leurs fruits plus abondants. Qu'il observe surtout quelles sont les heures les plus convenables pour l'explication de l'Evangile et pour le catéchisme.
Il est aussi très à propos que, auxjours ouvrables, le Curé célèbre ou fasse célébrer la sainte messe d'assez bonne heure, pour que les personnes dévotes qui doivent aller à leurs emplois et travaux de bon matin aient la facilité de l'entendre.
181. C'est une excellente pratique de convoquer vers le soir les paroissiens pour la récitation du Saint-Rosaire ; par là encore on donne l'occasion d'une visite au Saint-Sacrement.
Là où le Curé, par lui-même ou par un autre, pourra, après le Saint-Rosaire, lire une courte méditation, comme cela se pratique en quelques endroits, ce sera d'un grand secours pour la piété des fid-èles (1).
(1) Ceci peut s'entendre de la prière dn soir, avec chapelet et leotnre. Qu'il serait à désirer que cet exercice se ge'néralicât, même la semaine, la au moins oii l'esprit de foi est vivace !
La France a la gloire d'avoir conserve' la tradition des offices chantés, messe et vèores, tous les dimanches, tandis que ces chants sont très-réduits dans une bonne partie de la catholicité', sans en excepter les paroisses de Rome. Malheureusement, trop souvent ce chant est mal exe'cuté ; mais tel qu'il est, il est bien pre'fe'rable à la monotonie des ofiices re'cités. Nos enfants de chœur laissent bien ^ désirer pour la re'gularite' et l'e'difîcation.
Il y aurait beaucoup à d»T« sur les us et cérémonies et sur la liturgie romaine que la France vient d'adopter avec bonheur, mais que les Curés sont réduits à pratiquer, sans traditions, sans noviciat préalable, avec des habitudes formées, et parfois à un âge qui ne se façonne guère. Soyons au moins hommes de bonne volonté et espérons que la nouvelle génération sacerdotale, formée au séminaire, réalisera un jour le pur romain. Que les anciens ne tiennent pas tant aux us abaudonaés, qu'Us veuilleut envers et contre tout les
DES DEVOmS DU CURÉ. 117