‹ Manuel pratique du jeune curéChapitre 23 sur 83 · PE LA BÉNÉDICTION DES MAISONS · texte numérisé non relu

PE LA BÉNÉDICTION DES MAISONS

182. La bénédiction des maisons ne doit pas être envisagée comme un simple moyen de statistique ou de casuel curial ; mais elle doit être considérée

enter sur le romain. Dans ce siècle de confusion, l'unité sera notre sauvegarde. (Note du traducteur.)

(1) Il rJsulte de ce chapitre que, dans certaines parties de l'Italie, la bénédiction des maisons s'y fait en même temps que la visite de la paroisse et que la statistique des âmes. Ce mode perfectionné est local, mais le foni de la chose est de droit commun.

Malgré l'instabilité des choses en France depuis 80 ans, nous avons maintenu plus ou moins le devoir de la visite de la paroisse par le Curé, ne fût-ce que par la ne'cessité de droit divix oves suas agnoscere. Malheureusement cette visite devient parfois assez irréguli'ere et même superficielle. La statistique des âmes, telle que la suppose le Rituel Romain, paraîtrait être tombée assez généralement en désuétude parmi nous, avec le peu de foi de notre époque révolutionnaire.

Quant a la bénédiction générale des maisons, bien que plus eommunément elle se perde dans la plupart des diocèses de France, j'aime cependant à supposer qu'elle se conserve encore dans plusieurs, tant diffèrent les anciennes pratiques des provinces pieuses de celles de l'ensemble de la France moderne. Quoi qu'il en soit de la question de fait, voici le droit.

Selon l'antique pratique chrétienne, le Rituel Romain règle la bénédiction des maisons de la paroisse par le Curé, le samedi-saint. Mais comme, dans certaines paroisses, surtout étendues, cette bénédiction ne pourrait se faire, encore moins s'achever dans un jour si occupé, deux décrets de la Sacrée Congrégation du Concile, des 2 juillet 1620 et 17 juillet 1719, supposent qu'on peut l'anticiper dans la semaine-sainte, ou la transférer à la semaine de Pâques, sans compter qu'il y a une autre formule de bénédiction des maisons qui peut servir en tout temps.

Saint Charles ne pouvait manquer de porter son attention sur ce rite si vénérable. Dans son iv« Concile provincial, en 1676, il reta-

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comme un moyen très-efficace de bon gouvernement de la paroisse. J'énumère les avantages qu'en peut retirer le bon Curé.

blit dans les 16 diocèses de sa prorince la pratique sî antique Je bénir les maisons. Dans le v« Concile, en 1570, il prescrivit aux Curcs le mode religieux de cette be'nediction, afin que les li'lcles en retirassent d'abondants fruits spirituels. Il regia donc 1» que, la veille, le Curé s'y préparera par la prière et le jeûne; 2» qu'avant de commencer la bénédiction, U célébrera la sainte Messe avec l'oraison du Saint-Esprit ; 3» qu'il sera au moins accompagné de deux clercs portant la croix et le bénitier, et même de prêtres en surplis, s'il y en a ; 40 que ce sera le jour et nou la nuit : ô» que le Curé s'abstiendra de bénir les maisons des excommuniés' et des pécheurs publics ; 6* qu'il ne recevra absolument rien, ni lui ni le clergé, quand même l'offrande serait volontaire : 7'^ qu'il profitera de l'occasion pour rappeler les chefs de famille aux devoirs de l'éducation d'une famille chrétienne ; 8» que les chefs de famille feront disparaître et brûler tous les objets c : livres obscènes, at qu'ils les remplaceront par des images religieuse:, et des livres pieux ; 9» que ceux-ci aviseront à ce que toute la famille communie ce jour-là a la paroisse ; 10» qu'ils iront avec leur famille recevoir le prêtre, sinon jusqu'à l'église, au moins sur le seuil de l'entrée extérieure de la maison ; 11» que la bénédiction de tous les lieux de la maison se fera avec une piété exemplaire, sans que personne s'y occupe alors de travaux ni d'affaires mondaines. Enfin, dans son vi« Concile, en 1582, saint Charles rappelle encore que l'aspersion des maisons avec de l'eau bénite, qui a coutume de "se faire le samedi-saint ou la velile de Noël, ou en tout autre temps, est pleine de mystères et est réservée aux Cures, et il insiste encore pour qu'a cette occasion le Curé n'insinue aucune exigence pécuniaire quelconque.

Lohuer, dans son Compendium Ritualis, en 1670 et 1681, à l'usage des diocèses d'Augsbourg et de Freisingen, nous apprend qu'au moins dans cette partie de l'Allemagne, la bénédiction des maisons s'y fait aux trois veilles de Noël, du Jour de l'An et de lEpiphanie, non-seulement avec aspersion, mais même avec encensement de chaque lieu des maisons, et avec des oraisons appropriées. A en juger par les seules marques édifiantes de religion que viennent de donner à la France les soldats catholiques allemands, nous pouvons aisément croire que ces pieuses pratiques se conservent encore entières en Allemagne.

J'ai tenu à consig^ner ici ces détails édifiants. Combien il serait à désirer qu'au lieu de céder aux idées du siècle, nous nous eflforçauioQs de reMosciter et de raviver ces saintes pratiques catlio-

Le premier, c'est qu'il connaisse ses propres paroissiens, comme le bon berger connaît ses brebis. En particulier dans les Yilîes, il est comme impossible d'acquérir cette connaissance sans la bénédiction des maisons.

183. Le second, c'est de découvrir si dans les famJUes il y a quelques désordres, comme divorces, concubinages, etc. On objectera peut-être que les familles où il y a de grands désordres n'ouvrent pas la porte au Curé se présentant pour la bénédiction ; toutefois ceci n'est pas toujours vrai, parce que quelques-uns, et généralement les pauvres, qui désirent que leurs noms soient dans les registres paroissiaux pour avoir droit aux aumônes, etc., ouvrent la porte au Curé, d'autant plus facilement qu'ils s'attendent qu'on ne demande que les noms et qu'on s'abstient de faire d'autres questions. Quand on n'ouvre pas la porte au Curé, il a un motif de croire que \k habitent des gens au moins suspects, connaissance qui peut servir dans bien des cas.

liqaes, sinon pour en tirer tous les fruits que l'Italie a su y rattacher, au moins pour sanctifier tant de maisons, liélas ! trop souvent profane'es aujourd'liui. Il va sans dire qu'on s'abstiendrait de bénir les maisons dont les chefs feraient opposition ; mais cette minorité ne formerait qu'une bien petite exception. Item, le ce're'monial de cette be'ne'diction, étant a peu près libre par lui-même, poun-ait être simplifie' et accommodé aux exigences de chaque localité. U suffit, à la rigueur, d'après le Rituel, que le Curé, ou un prêtre rficommandable délé^^ué par lui, revêtu du surplis et de l'étole blanche, et accompagné d'un clerc portant le bénitier, dise, a l'entrée de chaque maison : Pax huie domui et omnibus habitanlihus in ea, et qu'en aspergeant les lieux principaux de la maison, il récite l'antienne avec les f, ^, et l'oraison marqués, en les variant selon le temps. L'eau des fonts sert le samedi-saint et même la semaine de Pâques; autrement, on se sert de l'eau bénite ordinaire.

(NoU du traducteur .J

484. Le troisième, c'est de voir s'il y a des enfants déjà grands non encore admis à la communion : inspection nécessaire spécialement dans les paroisses urbaines, où surviennent journellement des familles inconnues. Egalement, le Curé a occasion de s'informer si les enfants, depuis l'âge de sept ans, sont envoyés au catéchisme et à confesse.

485. Le quatrième, c'est de voir si, dans les maisons, il y a des lits suffisamment pour que les frères et les sœurs ne couchent pas ensemble, ou les enfants avec les parents, désordre auquel le Curé devra chercher le remède au plus tòt.

486. Le cinquième, c'est de voir si, dans les maisons, il y a des tableaux, des estampes ou d'autres objets scandaleux.

187. Le sixième, c'est de connaître l'état de pauvreté où sont certaines familles honteuses qui, déchues de leur condition, gémissent dans la plus grande misère, manquant de lits, d'habits, d'un morceau de pain.

Voilà les fruits qui se recueillent de la bénédiction des maisons, fruits qui ont plus d'importance pour la paroisse que n'en a pour le diocèse la visite pastorale.

188. Mais on objectera que la bénédiction des maisons est très-fatigante, spécialement dans les paroisses vastes, surtout si le Curé est déjà vieux. C'est vrai ; mais il est vrai aussi que la visite pastorale est fatigante pour les Evèques qui ordinairement sont plus âgés que les Curés. Or, si les Evèques, pour le bien de leurs diocèses, doivent s'assujétir à la fatigue de la visite , les Curés devront aussi s'assujétir à la fatigue de la bénédic-

DES DETOms DU CUBÉ. iSI

tion pour le bien de leurs paroisses. Si le Curé \ était trop vieux et ne pouvait bénir toute la paroisse ^chaque année, il pourrait en bénir au moins une partie, afin que de la sorte la paroisse fût bénite et visitée intégralement tous les deux ou trois ans

Qu'on n'oppose pas que le Vicaire pourrait faire' la bénédiction des maisons, observer toutes choses et faire au Curé le rapport voulu. Car pareillement l'Evêque pourrait en faire tout autant : députer des visiteurs dans le diocèse , et lui se reposer à l'Evêché, attendant leurs rapports ; chose (même abstraction faite de la confirmation que lui seul peut administrer) qui ne saurait être approuvée de quiconque sait la différence qu'il y a entre apprendre les choses par relation ou de visu; en outre, le pasteur , tant l'Evêque que le Curé , a de Dieu un sens tout spécial pour discerner les besoins de ses ouailles et y pourvoir.

Après toutes ces considérations, on ne pourra plus douter que, sauf le cas de vraie impuissance, la pratique de ces Curés qui font bénir la paroisse entière par leur Vicaire, se réservant quelques maisons distinguées à bénir le samedi-saint, ne soit à désapprouver.

189. Si connu que ce soit, il sera très-utile que le Curé, en annonçant la bénédiction des maisons, prévienne chaque année les fidèles de l'importance de ce rite sacré, des avantages spirituels qu'en retirent les âmes et des avantages temporels qui en dérivent pour la santé et les intérêts des familles qui la reçoivent avec foi ; et il montrera qu'en s'y refusant, comme le font quelques-uns, ils poiirraient bien payer cher ce refus.

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