Il n'y a peut-être pas de paroisses où il n'y
(1) L'Oratoire est une chapelle de congrégation onde confro'rîo, sou* vent attenant a l'e'glise. La congrégation elle-mêmo s'appoUa VOratoire, du lieu de ses réunions. On voit dans le midi do la> France, où se conservent les confréries de Pénitents, ces oratoire» qui parfois différent peu desé,'lises elles-mêmes. C'est on particulier a Rome même que se rencontrent les nombreux oratoU'oi dos différentes Confréries de Pénitents, comme cela so Ht dans HÔUoti {Note du traducteu)\J
i26 AIAI^UEL J'HATIOn. DU JEUNE CURÉ.
ait quelque confrérie ou congrégation des adultes, dans laquelle s'inscrivent les personnes de Tun et de l'autre sexe. Le but principal de ces confréries, c'est d'accompaK-ner les morts et de secourir les âmes des confrères défunts, et peut-être ne procurent-elles guère d'autre bien en dehors de celui-là; mais on ne doit pas appeler cela un petit bien, car l'Eglise a toujours beaucoup approuvé l'honneur rendu aux corps de ceux qui meurent en Jésus- Christ, sanctifiés par les sacrements et destinés après la résurrection à briller dans le ciel d'une gloire ineffable, et parce que les suffrages qui sont accordés aux âmes des défunts doivent être compris parmi les actes les plus précieux de la charité chrétienne.
Pour cela, le Curé ne devra jamais dire que la confrérie fait peu de bien, quand même elle ne ferait qu'accompagner les morts, prier et faire célébrer des messes pour les défunts.
199. II arrive, d'un autre côté, qu'il y a facilement dans la confrérie des hommes opiniâtres et même fanatiques qui exigent que tout marche selon leurs idées, et qui, pour soutenir un caprice personnel, n'hésitent pas à s'exposer aux conséquences qui peuvent s'ensuivre ; bien plus, quelquefois la confrérie est une occasion de procès et de contestations qui suscitent au Curé de grands désagréments. 11 est alors tenté de la combattre, de l'humilier et de la supprimer, si cela était possible. Or il faut observer qu'il est possible d'empêcher ces maux, entièrement ou en grande partie, par la prudence et la charité du Curé. En effet, si le Curé se persuadait bien qu'il doit supporter patiemment les
défauts de ses paroissiens, surtout ceux qui proviennent d'un zèle mal entendu ; si, dès le principe, il montrait aux plus ardents une bienveillance particulière, et qu'ensuite il ne s'arrêtât pas à des minuties de droits et à des pointilleries ; s'il ne se lamentait jamais que pour des affaires vraiment mauvaises et considérables, et encore alors avec beaucoup de réserve, sans montrer de l'humeur ni de la colère, il remédierait à tous les maux, ou du moins à un bon nombre de ceux qu'on dit occasionnés par la confrérie ; il verrait ces mêmes entêtés et fanatiques se modérer dans leurs prétentions, et il gagnerait généralement la sympathie de tous les conlrères.
Le Curé qui, en tenant un autre mode de conduite, se serait fourvoyé dès le commencement et serait en désaccord avec la confrérie, en corrigeant maintenant son erreur pour agir avec plus de prudence, de tolérance et de charité, réussirait peu à peu à obtenir le bienfait si désiré de la paix et de la concorde.
200. Quand le Curé est en bons rapports avec la confrérie, il devrait s'employer à lui procurer deux autres avantages : le premier serait la fréquentation des sacrements, en persuadant aux confrères de l'un et de l'autre sexe de s'en approcher une fois le mois, ou au moins aux plus grandes solennités et aux fêtes de la sainte Vierge. Le second serait l'exercice de la charité en faveur des mala- ; des, en portant ïa confrérie à leur donner quelques secours quand ils sont pauvres, et à choisir parmi eux quelques-uns des plus capables, hommes et femmes, qui s'occuperaient de leur assistance.
201. Parlant en général des confréries, jo ferai observer qu'à noire époque il y a un besoin urgent de fonder et de raviver toutes les inslilulioos qui alimentent et exercent la foi, comme sont les confréries qui prirent naissance dans les temps d'une foi plus grande et mieux prononcée, et qui, même en dehors de la foi, n'auraient pas de raison d'être. 11 paraîtra peut-être au Curé que l'exercice de la foi devient ainsi tout matériel et mélangé de beaucoup de défauts ; que les intérêts de la confrérie sont opposés à ceux de l'église paroissiale, les fidèles, au lieu de réserver pour celle-ci leurs offrandes, les portant à l'oratoire ; il pensera encore que les âmes qui lui sont confiées doivent en souffrir, en voyant que beaucoup, allant entendre la messe à l'oratoire, n'entendent pas la messe paroissiale dans l'église où se fait l'explication de l'Evangile.
Soit. Nonobstant cela, je crois que le Curé doit regarder d'un bon oeil la confrérie, et aviser à ce qu'elle soit florissante; car cet exercice matériel de; la foi aide beaucoup à sa conservation et à son. accroissement formel. En effet, l'esprit des confrères reste occupé par ces pratiques mêmes qui sont religieuses et pieuses, et auxquelles participent surtout toutes les principales familles, et par là. toute la population du lieu. Les défauts ne devraient! pas être trop considérés, parce que tout ce qui, ici-bas, est abandonné entre les mains des hommes, ne va pas sans défaut ; et si, pour ce motif, on voulait désapprouver les choses bonnes, aucune d'entre elles n'échapperait à la réprobation.
Quand ces défauts prendraient plus de gravité,
comme serait de faire l'office à l'oratoire dans le temps de la messe paroissiale, de profaner les jours de fûtes par des réjouissances de bal ou de tournoi, etc., si le Curé ne parvenait pas à y remédier par le moyen de sa charité et de sa prudence, il devrait interposer l'autorité episcopale.
202. Il faut toucher ici certains exercices et processions qui se font dans les oratoires, et dans lesquels on ne retrouve pas cet esprit de dévotion et de piété qui devrait animer toutes les pratiques de notre sainte religion. Ici on ne parle pas de pratiques déjà condamnées par des synodes ou par des circulaires épiscopales. Je dirai qu'elles ne doivent pas être attaquées ni combattues par le Curé, pour plusieurs raisons ; car le Curé, en se montrant hostile à ces exercices et processions, provoque des luttes et des désordres dans le pays ; de nos jours surtout, il faut stimuler toutes les démonstrations extérieures de religion qui servent à raviver la foi dans les populations et à exciter un saint enthousiasme ; et les défauts de dévotion et de piété qui se glissent dans ces pratiques peuvent être corrigés. Je dirai donc que le Curé, au lieu de les condamner et d'essayer de les empêcher, devrait plutôt s'occuper à remédier aux défauts, ce à quoi il réussira infailliblement, en usant de beaucoup de prudence et de bons procédés. Les confrères de l'oratoire, voyant qu'on leur abandonne le fonds des choses, cèdent facilement sur des particularités accessoires, d'autant plus qu'on leur a montré les inconvénients avec bonne grâce.
203. Il n'est pas vrai non plus que la prospérité de l'oratoire cause du tort à l'église , car les
paroissicûs ne dépenseraient pas pour l'église tout ce qu'ils dépensent pour l'oratoire, si celui-ci était mal soig-né et négligé. Par le fait que l'oratoire leur est exclusivement confié, ils y mettent un zèle, un intérêt tout particulier qu'ils n'ont pas et ne peuvent avoir pour l'église. Il est même à croire que plus la foi sera maintenue vivace dans la population, mieux prospéreront, à la fois, et l'oratoire et l'église.
204. Si, enfin, le Curé jouit de la bienveillance et de l'estime des paroissiens membres de la confrérie , ceux-ci ne laisseront pas que d'aller entendre, aux fêtes, la messe paroissiale et le sermon ; que si l'affection pour leur oratoire lesporte à entendre une seconde messe, ce sera un bien de plus. D'ailleurs, il pourrait arriver qu'y ayant une messe à l'oratoire, quelqu'un l'y entendit là, qui, autrement, ne l'aurait pas entendue.
Concluons : les bons Curés encouragent toutes les bonnes œuvres, même la confrérie qui est un nien réel, quoique sujette à plusieurs défauts qu'ils corrigent, ou du moins atténuent par leur charité et leur prudence.
Des congrégations des jeunes gens et des filles.
205. Il importe souverainement que , dansj chaque paroisse, il y ait deux congrégations qui s'appliquent à cultiver l'àme des jeunes gens et des ' filles.
Les jeunes gens et les filles admis à la congre- 1 gation devront avoir un règlement de vie tendant
spécialement à leur faire entendre souvent la parole de Dieu, à leur faire fréquenter les sacrements , et à les maintenir dans les bonnes mœurs. Que ce règlement soit à la portée de tous. Il sera bien de le réduire aux articles suivants : 1° les prières du matin et du soir, avec trois Ave en l'honneur de la pureté de la très-sainte Vierge, et Voraison jaculatoire : Tendre Mère, préservez-moi du péché mortel ; 2° l'assistance aux instructions, particulièrement au catéchisme ; 3° la confession tous les mois ; 4'» la séparation totale des divertissements entre les deux sexes ; o^ la fuite des mauvaises compagnies ; 6° l'éloignement des chansons profanes , des lectures et divertissements dangereux, comme théâtres et bals. Si l'on voulait exiger plus, probablement qu'on obtiendrait moins. Le surplus pourra être réglé par les directeurs spirituels qui peuvent proportionner les prescriptions à la capacité des sujets.
206. On aura attention à n'admettre dans la congrégation que des jeunes gens et des filles sages et dévots, ou au moins d'un bon naturel, dont on puisse bien espérer ; si l'on admet les indévots et les mauvais, outre qu'ils n'en profiteront pas, ils dérangeront encore et causeront la ruine de la congrégation. On ne s'arrêtera pas à cette considération spécieuse, que cette jeunesse de l'un et de l'autre sexe, étrangère aux exercices de piété, étant exclue de la congrégation, restera privée de soins et empirera toujours davantage ; car l'expérience apprend que les mauvais, m.êlés aux bons, au lieu de devenir bons, leur communiquent leur malice, tout comme des pommes gâtées, mêlées
i32 MANUEL PRATIQUE DU JEUNE CURÉ.
aux saines, au lieu de s'améliorer à leur contact, gâtent les saines. En réservant la congrégation pour les bons, au moins par leur naturel, le curé s'emploiera auprès des mauvais d'autres manières, en les exhortant, corrigeant, etc.
De temps en temps (les deux sexes séparément), il faudra les réunir pour leur faire quelque instruction et exhortation tendant à les maintenir et faire croître dans la piété et la sainte crainte de Dieu.
207. Cey congrégations rapportent de grands avantages, parce qu'il en sort des jeunes gens et des filles plus assidus aux sacrements, plus réi^lis et plus pieux, qui. non-seulement s'occupent de leur intérêt spirituel propre, mais encore du bien dts autres, et qui aident le Curé de bien des manières pour l'avancement des pratiques de piété et la décoration de la maison de Dieu.
C'est là que se forment les filles les plus modestes et les plus édifiantes, et, parmi celles-ci, quelques-unes, embrasées d'un zèle particulier pour cultiver les jeunes filles mal soignées par leurs parents, conduisent ces filles aux instructions et au catéchisme, et, au besoin, le leur enseignent; elles s'appliquent à leur faire fréquenter les sacrements, et elles veillent à ce qu'elles ne se laissent pas entraîner au mal par les mauvais exemples et par les caresses du monde.
Des associations de charité.
208. Le Curé s'efforcera de cultiver où elles sonf déjà, et d'introduire où elles manquent, les Asso-
DES DEVOmS DU CURÉ. ^33
ciations de charité pour l'assistance des pauvres et
des malades. Elles consolent beaucoup d'afflictions soulagent beaucoup de peines, secourent bien dès misères, et elles entretiennent vivace dans la dopulation l'esprit de charité qui est l'esprit du ™i chrétien.
De nos jours, il faut spécialement recommander la Somte de Saint-Vincent de Paul, qui fait tant de bien dans toute l'Europe, et qui, en allégeant les miseres corporelles, pourvoit aussi aux besoins spirituels, exerçant une grande influence sur la moralité et sur la conduite religieuse des personnes qm en éprouvent les bienfaits.
209. Il y a encore d'autres sociétés de charité auxquelles, en plusieurs endroits, les populations catholiques font un mauvais accueil, parce que souvent elles sont comme des movens de perversion religieuse et politique, afin de former dans e peuple une masse d'incrédules et de conspirateurs auxquels on insinue l'éloignement de toutes les pratiques de religion et l'indépendance de toute autorité: ce sont les Sociétés de secours fnutims.
Cependant, par elles-mêmes, elles seraient bonnes, et, dans bien des cas, elles seraient d'une grande utilité; car elles tendent à pour^-oir aux besoms de nécessiteux qui peuvent se retrouver dans tous les états et conditions, en formant, avec une petite cotisation hebdomadaire de tous les associés un fonds regardé comme suffisant pour secourir chaque nécessiteux selon les besoins dans lesquels on peut se trouver.
210. Ces associations ne sont donc pas absolu- Man. dd J. Curé. g
ment condamnables, et même elles seraient à louer età encourag-er, pourvu qu'elles lussent entre bonnes mains, dii-ig^ùes par des personnes honnêtes et relij^ieuses, ce que le Curé obtiendra facilement. Il s'appliquera à ce que des gens probes en prennent l'initialive, à co que le règlement en soit bien dressé, et il veillera à ce que des hommes pervers \ et irrûlig-ieux n'y aient pas de l'inîluence; alors, , elles seront, non-seulement inodensives, mais même . très-avantageuses, comme le démontre l'expérience s en plusieurs endroits (1). '>
Il Jaut noter que parce que les méchants abusent ij d'une chose, ce n'est pas un motif raisonnable de \ désapprobation; car on peut abuser des meilleures si choses. En revanche, il y aura vraiment sagesse à ï l'ôter de leurs mains, et il sera encore mieux d'empêcher que les bonnes institutions n'y tombent: on ne pourra en abuser, quand on avisera à ce que des gens d'un bon esprit en prennent la direction et les lassent prospérer, à l'avantage commun de la religion et de la société.
Des autres associations pieuses (Confréries).
2H. Les autres associations pieuses sont trèsnombreuses ; elles sont approuvées par l'Eglise et enrichies de beaucoup d'indulgences ; toutes tendent au bien spirituel ; elles fournissent à la dévotion du peuple un aliment substantiel et agréé. Les
(1) Noifs avons à Gênes une Société de Secours mutuels, intitulée de Notre-Dame de Boa-Secouis et de Saint-Jean-Baptiste, dirigée par diis personnes pieuses et éclairées, formée et encouragie par VK Mgr notre Arche vêoue.
DES DETOmS DU CURE. 133
principales sont les confréries du Très-Saint-Sacrement, du Sacré-Cœur de Jésus, du Saint-Rosaire, de Notre-Dame du Mont-Carmel, de Notre-Dame des Sept-Douleurs , du Saint et Immaculé Cœur de Marie pour la conversion des pécheurs. Le Curé avisera à introduire dans sa population et à cultiver, sinon toutes, au moins quelques-unes de ces confréries, convaincu qu'elles contribueront beaucoup à conserver et à augmenter la foi.
Par-dessus tout, il fera en sorte que la première ne manque pas et qu'elle se conserve florissante, afin qu'il y ait un nombreux concours à l'exposition publique du Très-Saint-Sacrement, et une assistance convenable au Saint-Viatique.
Il aura aussi un zèle particulier pour instituer et diriger la dernière, si recommandée par le Souverain Pontile et l'Episcopat tout entier, et qui, en peu d'années, s'est merveilleusement répandue dans tout le monde et a produit des fruits signalés de conversions.
212. Je ne puis me dispenser de recommander une pieuse pratique qui forme une confrérie dévote, savoir : le culte perpétuel du Très-Saint-Sacrement. (Son règlement se trouvait à la fin du livre.) C'est une pieuse pratique, puissante pour accroître dans le peuple le grand bien de la prière, parce que, comme on le verra, là où elle est établie, il y a des prières de plus qui, autrement, ne se feraient pas, et elle ravive beaucoup la dévotion envers le gage le plus grand de la bonté infinie du Sauveur.
Je donnerai plus loin une idée d'autres confréries très-utiles pour l'exercice du zèle, lorsque je parlerai de cette vertu. (Voyez part, m, c.ix, § 3.)
i36 MANUEL PRATIQUE DU JEUNE CURE.