DES BONNES LECTURES
217. Il importe fort que le Curé facilite les bonnes lectures , et cela , non-seulement pour le bien qu'elles produisent, mais aussi pour les dommages très-graves qui dérivent des mauvaises qu'elles empêchent.
C'est un fait qu'aujourd'hui tout le monde veut lire, que le désir de s'instruire est plus répandu maintenant qu'il ne le fut jamais dans le passé. Or nous ne voulons pas être du nombre de ceux qui déplorent ce désir, comme s'il était en lui-même le fléau, de la religion et de la société. Qui n'avouerait pasque l'ignorance est mauvaise et que l'instruction est bonne, que les personnes sont louables d'être désireuses de s'instruire par la lecture? Le mal est de laciliter et de généraliser les mauvaises lectures à l'aide de tant de livres et de journaux pervers,
On ne saurait trop recommander aux Curés que, tout en remplissant le devoir de la vibile des écoles de filles, ils é%itent soigneusement les assiduités et rapports fréquents avec les institutrices, même congréganistes, surtout si elles sont encore jeunes. Ces rapports, quoique en apjiarence assez naturels, sont dangereux, au moins pour la réputation. Ce serait aussi le cas, ici, de prémunir contre le mélange de garçons et de tilles dans une même école ; mais aucun Curé n'ignore qu'il doit faire prudemment son possible pour tâcher d'arriver à des écoles séparées, et, en attendant, pour écarter les Inconvénients. (Note du traducteur.)
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qui arrivent aux mains de tous et infestent le monde entier.
Au lieu de déplorer inutilement, et même injustement, en grande partie, l'ardeur des populations pour lire beaucoup et s'instruire, il serait bien mieux d'aviser à généraliser et à faciliter les bonnes et édifiantes lectures desquelles dérive vers le peuple la vraie et saine instruction, et qui feraient cesser les mauvaises, au moins en partie ; car celui qui s'adonne aux bonnes lectures abandonne les mauvaises.
En voyant dans sa population une espèce de fièvre pour la lecture, le Curé s'attachera à exciter aux bonnes lectures, à les faciliter et généraliser, de manière que ceux qui aiment à lire trouvent pleine satisfaction, et, si c'est possible, soient rassasiés. Si, à ces altérés, si prompts à boire au torrent trouble, s'offre une fontaine claire, vous les y verrez accourir de préférence.
218. Si l'on en avait agi ainsi dès le commencement de l'inondation des mauvais livres et journaux, on n'aurait pas aujourd'hui à répandre tant de larmes inutiles sur des maux presque irrémédiables. Les impies, associés entre eux dans le but perfide d'effacer des esprits les principes de la foi et de la morale chrétienne par le moyen des ectures capables de pervertir, ne reculèrent pas devant les sacrifices les plus grands, contribuèrent à l'œuvre par tous les moyens intellectuels et pécuniaires, et maintenant ils se réjouissent du résultat que peut-être eux-mêmes n'espéraient pas.
Les gens de bien, effrayés de cette inondation si
grande de mauvais livres, sans riun faire, ou presque rien, se contentèrent de stériles doléances et lamentations, et crurent avoir satisfait à leur devoir avec quelques larmes lacihîs versées sur cette grande infortune de la société religieuse et civile, ajoutant la consolation (qui, pour celui qui peut agir et n'agit pas, n'est qu'un argument de lâcheté et non de foi) : Dieu ij pourvoira. Oui, Dieu y pourvoira ; en attendant , Dieu a permis celte inqualifiable inaction pour le châtiment des peuples qui déjà étaient mauvais auparavant.
Ce qui n'a pas été fait dès le principe pour empêcher le mal, il faut le faire maintenant pour en atténuer le progrès ; c'est particulièrement aux pasteurs sacrés d'agir pour faciliter et généraliser les bonnes lectures, afin que la perversion ne gagne pas davantage et qu'aussi, comme il est à espérer, quelques-uns des illusionnés ouvrent les yeuxet soient désabusés.
A cet effet, le Curé avisera à se procurer de bons livres populaires à prêter et à faire circuler dans les mains de la multitude. 11 sera mieux, plus stable et plus durable, de former une bibliothèque paroissiale dans laquelle lui et d'autres personnes pieuses déposeront quelques livres à prêter à ceux qui en désirent. Cette formation de bibliothèque est des plus faciles; on peut la commencer avec un nombre quelconque de livres qui s'accroitront ensuite peu à peu. Il faut toutefois y apporter de la sollicitude et de la régularité, pour que ces livres ne s'égarent pas et ne soient pas gardés plus longtemps qu'il ne faut, et que tous puissent en profiter tour à tour. Pour cela, le Curé désignera un
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bibliothécaire et un sous-bibliothécaire qui enregistreront les lives prêtés, et, s'ils ne sont pas rapportés en temps voulu, ils ne différeront pas de les rechercher et retirer.
219. En donnant parfois des prix aux enfants, il serait bon de préférer de bons petits livres aux autres objets de dévotion, parce que, comme tous les petits cadeaux, ils servent à encourager au bien la jeunesse, et, de plus, à l'instruire, sans compter qu'ils sont aussi lus par les autres membres de la famille. En plusieurs endroits, quand a lieu une communion générale, particulièrement à la clôture du Mois de Marie , il se fait une distribution d'images et de médailles sacrées, pratique trèslouable ; toutefois ce serait une pratique préférable de distribuer quelques opuscules moraux et dévots qui sans aucun doute seraient plus utiles à ceux qui les reçoivent, et produiraient aussi un autre bien dans la famille, où ils seraient lus encore par ceux qui n'ont pas assisté aux offices. Ne croyez pas que cet opuscule coûterait plus cher que l'image ou la médaille. Si un certain nombre de Curés se concertaient à ce sujet, ils pourraient faire imprimer un opuscule qui ne coûterait que trois ou quatre centimes, et même à peine deux centimes, et dont il y aurait plus à attendre de fruit que d'une image ou d'une médaille.
220. Le Curé ne manquera pas de s'abonner et de faire abonner les paroissiens les plus aisés à quelque publication périodique de bons livres, à quelque journal d'un bon esprit, ce qui est indispensable dans les localités où pénètrent et se répandent de mauvais journaux ; car, autrement,
OD ne saurait dévoiler leurs fraudes, leurs pièges ni leurs calomnies.
Ou dovrait, en outre, aviser à ce que ces livres et ces journaux ne restassent pas seulement auprès des abonnés, mais qu'ils circulassent dans pli:sieurs mains.
Pour arriver à ce que les personnes aisées s'abonnent à ces publications périodiques de bons livres et de journaux, le Curé leur persuadera que l'aumône la plus opportune et la plus nécessaire à notre époque, la plus agréable à Dieu et la plus utile au prochain, c'est la dépense faite pour la diffusion des bonnes lectures, unique moyen de combattre elûcacement la mauvaise presse (1).
(1) Outre les lectures populaires recommandées par iautenr, et que facilitent avantageusement les bibliothèque-^ paroissiales, il importe que les familles chre'tiennes aient quelques livres de fond», d'un usage presque journalier : 1» Le Catéchisme, ce livre dor pin» nécessaire aujourd'hui que jamais, même aux adul es, avec une explication développée : 2° le livre de prières, ou paroissien, avec un exemplaire pour chaque membre sachan. lire ; 3» limitation de Jésus-Christ ou le Combat spirituel ; 4» les Pensées d'Humlert 5» les Histoires de la Religion et de l'Eglise par Lhomond ; 6° Une Vie des Saints, bien choisie, don. on lira quelque trait en commtm après la prière du soir. Notre siècle abonde en bons livres. Pour en faire le choix, c'est au Curé à gaider. On tiendra plus compte da contenu que du contenant, d'une reliure solide que de celle élégante. Surtout on n'emploiera que des livres dûment approuves. Nous disons rien du Nouveau Testament, don. la public ne peut profiter qu'avec certaine? conditions et dont le fonds se trouve,. i'ailleurs,i Paroissien. L& Vie des Saints par le Père Giry, actualisée par Ms^Paol Guérin, est ce que nous avons de mieux. L important estdesavoif lire posément, avec réflexion, e: par là fructueusement.
{Note du traducteur^