DE LA PRÉDICATION
221. Dans le chapitre premier, j'ai indiqué que la capacité de prêcher est nécessairement requise dans le Curé , capacité non extraordinaire, mais ordinaire, ce qui veut dire qu'il sache exposer facilement et clairement les vérités de la foi et de la morale chrétienne, et exhorter, avec les paroles brûlantes du zèle, ses paroissiens à la pratique de la vertu et à la fuite des vices. Supposé dans le Curé cette capacité, voyons comment il doit satisfaire au devoir de la prédication (1).
De la préparatioii à la prédication.
222. Les prédicateurs et les Curés en particulier sont exposés à une tentation de vanité qui leur tait
(l)Bien que Tauteur admette que le Curé divise la matière du catéchisme des adultes, de manière à instruire son peuple successivement et avec ordre sur les divers points <la dogme, de la morale et des sacrements, il ne s'en explique pas de même au sujet du prône. H suppose plutôt que le prône est simplement Texplication ds 1 EvangUe. Si l'instruction catéchistique du soir était suivie par tout le monde, le but de 1 Eglise serait ainsi atteint. Jlais comme, dans notre état de choses, c est le prône de la messe paroissiale qui forme seul la base de 1 instruction populaire, force est de donner au prône 1» forme suivie de cours complets sur ces diverses branches de la doctrine chrétienne, sous peine de n'instruire les fidèles que fort incomplètement. Sans douce que Texplication de l'Evangile nest pas
Man. do J. Cur^. 9
souvent prendre le change, et cela, pour prêcher sans avoir écrit , et quelquefois sans y avoir nullement pensé. Car, s'ils réussissent erfectivement, ils s'imaginent se taire valoir et donner à entendre qu'ils sont doués d'une grande vivacité d'esprit et d'une telle facilité d'éloquence qu'ils n'ont que faire d'une prépaiation quelconque. Si, au contraire, ils échouent, ils croient alors pouvoir s'excuser de leur esprit lourd et de leur parole embarrassée sur le défaut de toute préparation. Ce sont là des aberrations. Généralement, ceux qui ne veulent pas se faire tourner en ridicule ou exciter la compassion, et ceux qui respectent quelque peu, sinon la parole de Dieu, au moins leur propre réputation, avant de prêcher, s'y préparent plus ou moins.
En réalité, les orateurs qui réussissent à prêcher solidement et d'une manière intéressante, sans être obligés de s'y préparer, sont excessivement rares, et s'ils ne paraissent pas si rares, cela tient à ce qu'un tas de vantards se mettent de ce nombre. C'est pourquoi on peut avancer que, généralement, tous ont besoin de se préparer à la prédication quelle qu'elle soit, sauf un petit mot dévot et une exhortation fervente de quelques minutes, pour lesquels plusieurs ne lont pas de préparation, au moins notable.
exclue, mais il n'en faut pas moins prtîsenter successivement et avec ordre toutes les parties ds l'enseignement chréàen. Le Curé, outre les vérite's de nécessité de moyen, insistera spécialement sur la science de \a, prière, sur la Messe, sur la Pénitence et 1 Eucharistie, sur la sanctification de* actions, sur les péchés et sur les vertus. En général, il reviendra fréquemment sur certains points essentiels : Nunquath satis dicitur quod nunquam satis discitur.
(Note du traducteur.)
DES DEVOmS ru CURÉ. 147
Je dis que la préparation est nécessaire à toute prédication, voulant comprendre aussi l'explication de l'Evang-ile (ou prône) et le catéchisme dans le dialecte vulgaire.
On voudra opposer que les Curés qui, depuis de longues années, expliquent les passages des Evangiles des dimanches, ont à leur disposition différentes réflexions et idées, de façon que la matière ne saurait leur manquer, et qu'également, après avoir souvent expliqué les parties de la doctrine chrétienne, ils pourront développer abondamment le catéchisme sans préparation préalable.
Je répondrai que cela prouve que le Curé, ainsi exercé à la prédication, ne restera jamais court, mais que cela ne prouve nullement qu'il annoncera bien la parole de Dieu en prêchant à peu près par improvisation.
223. En fait, il arrive que ces hasardeux orateurs tombent dans de nombreuses et notables inexactitudes, ne font pas les réflexions les plus adaptées aux personnes et aux temps, mais bien les plus usuelles et rabattues, toujours les mêmes et assez mal digérées ; il arrive que, dans une mer de paroles insignifiantes, on n'y délaie que quelques bons sentiments, que la prédication est rendue insipide et ennuyante, et par là qu'on est cause que les paroissiens cessent d'y assister et se contentent de sanctifier les jours de fêtes avec une simple messe ; il résulte de ce désordre qu'ils restent ignorants des choses mêmes les plus importantes à savoir concernant le dogme et la morale chrétienne.
11 faut avouer que les paroissiens ont besoin de beaucoup de vertu, et, en particulier, de beaucoup
de foi pour être constants, matin et soir, à se rendre pour entendre leur Curé qui déclame, avec si peu de grâce et beaucoup de confusion, toujours les mêmes choses, et qui laisse entendre qu'il parle pour parler, et qu'il s'acquitte de sa tâche avec la négligence d'un ouvrier journalier qui montre qu'il n'a à cœur qu'une seule chose, l'achèvement matériel de son travail. Ceci arrive particulièrement dans les paroisses de la campagne, où le Curé n'a personne d'intelligent dans l'auditoire.
C'est parfois une bonne fortune pour les paroissiens, si le médecin, le secrétaire de la commune, ou quelque villageois instruit, assiste pour entendre la parole de Dieu, parce qu'alors, redoutant la critique et la dérision, ie Curé n'omet pas de se préparer à l'explication de l'Evangile ou du caté chisme. Et cependant, il y a un autre auditeur qui mérite plus d'égard que ces personnes instruites ! (Dieu.)
224. Si un Curé veut remplir son devoir, qu'il voie, quelques jours avant le dimanche, le sujet de l'Evangile occurrent, qu'il choisisse les réflexions qu'il jugera les plus utiles selon les besoins des personnes ei des temps, et qu'il jette sur le papier au moins une ébauche, un canevas qu'il pourra relire quelquefois et confier à sa mémoire, afin qu'en chaire, ou de l'autel, le tout se présente en bon ordre et dans son vrai jour, de manière à pouvoir véritablement instruire, persuader et encore contenter ses auditeurs. Il en fera auîant à l'égard du Catéchisme, afin d'être exact dans l'exposition de la doctrine, modéré en morale, et intéressant par l'ordre et la facilité de l'explication.
225. Il reste encore à voir si les Curés qui ont déjà leurs vieux cahiers où se trouvent ces canevas des explications de l'Evangile et du Catéchisme, se préparent convenablement à la prédication en les relisant quelquefois. Si ces canevas sont bien coordonnés, corroborés d'autorités voulues et accompagnés de moralités opportunes, ils ne sont pas à mépriser, puisque leur débit sera la parole de Dieu annoncée avec respect, et ils ne sauraient être privés de fruit ; cependant ce procédé n'est pas à approuver totalement, pour deux raisons : premièrement, parce que les auditeurs qui ont bonne mémoire, entendant toujours les mêmes choses, exposées toujours de la même manière, sont pris d'un certain dégoût et ennui qui les fait sommeiller les yeux ouverts ; secondement, ces canevas écrits, il y a plusieurs années, ne répondent plus à tous les besoins actuels du lieu. -Dans le cours des années, succèdent toujours des variétés notables dans les mœurs du peuple, et le Curé doit approprier sa pré* dication à ces variétés : il est donc indispensable que le Curé qui veut se servir de ces anciens canevas, modifie au moins la moralité selon les besoins du jour; ceci aidera encore â faire disparaître le premier inconvénient, que le peuple entend toujours chanter la même chose sur le môme ton.
Il est, en outre, à recommander que le Curé dans sa prédication ne s'en tienne pas toujours au même mode, quand il est un peu vieilli. Cet avertissement est surtout nécessaire dans les paroisses urbaines où souvent les orateurs selon le goût du jour sont en réputation. Chaque fois que ce goût n'est pas vicieux et opposé au fruit de la
parole divine, il mérite d'être pris en considération. C'est pour cela qu'il est difficile au Curé de pouvoir se servir beaucoup de ses premiers écrits remontant à de longues années en paroisse.
De la clarté et de VintellîgibUité de la prédication (i).
226. La première qualité exigée dans la prédication, surtout paroissiale, c'est qu'elle soit claire et très-intelligible, afin d'être adaptée à l'intelligence de toutes les personnes, même les plus ignorantes, qui ont le droit et le besoin de comprendre le prédicateur, lorsqu'il leur annonce la parole de Dieu.
227. 11 y a une prédication qu'on peut appeler de luxe, et qui donne du lustre aux offices divins, tout comme les grandes musiques et le luminaire splendide ; prédication qui équivaut à une poésie et qui trop souvent est en effet une poésie, bien qu'en prose. De ce genre sont, en Italie, les panégyriques qui ne se font pas pour être compris par les ignorants, mais pour être admirés et applaudis des érudits : TJnusquisque in suo seiióu abundet. Quant à moi, celte prédication me fait l'effet d'un abus de la parole de Dieu ; elle me parait telle, parce que toute parole de Dieu doit toujours tendre à la sanctification du peuple chrétien qui se compose d'ignorants en grande partie, et même en totalité, dans beaucoup d'endroits.
Si l'on veut dire que, à l'occasion des grandes fiètes, les discours soignés et élégants doivent cor- Ci) Je conserre le mot intelligibilité de rnuteui, très»expressi/ «t facile à comprcnùie.
respondre à la pompe de ces fêtes, je ne m'y oppose pas absolument ; toutefois ne serait-ce pas un art que d'écrire les plus belles et gracieuses choses,de façon qu'elles soient faciles et intelligibles poui tout le monde? Il me paraît que les vrais littérateurs devraient savoir composer de très-polis et de tròsélégants éloges des saints et de leur Reine, qui seraient à la portée de tous, délecteraient les savants et instruiraient les ignorants. Mais ce n'est pas le lieu de traiter ce sujet.
228. La prédication du Curé devra être invaria blement claire et intelligible à tous, pour le sens, les phrases et les termes ; par conséquent on évitera toujours les idées abstraites, les raisonnements subtils ; fussent-ils de saint Augustin et de saint Ambroise, on ne doit pas s'en servir, par la raison que la majeure partie des auditeurs ne les comprendrait pas. Beaucoup de choses des Pères ne vont pas en chaire , mais sont réservées, pour le haut enseignement. Egalement, les phrases devront être de celles usitées communément ; il en faut dire autant des termes : autrement, plus les phrases et les termes sont recherchés, plus il y a d'obstacles à l'intelligence de la parole de Dieu pour les auditeurs peu instruits.
<i Jésus-Christ», disait saint Alphonse de Liguori, « savait plus de rhétorique que nous ; mais pour se faire comprendre de la multitude, il ne sut choisir d'autre style que les paraboles et les comparaisons communes. Prêchons de même au peuple ; s'il ne comprend pas, sa volonté n'est pas excitée, et toute notre peine est perdue ». (Tannoia, Vita, Lu, c. 33.)
On ne comprend vraiment pas comment il peut y
avoir des hommes doctes et judicieux qui prótendent sacrifier l'intelligence des choses à la phrase et aux termes. Pourquoi, au lieu de dire : il va bien à cheval, phrase qui est comprise par tous, dirai-je plutôt : il chevauche sur un bon cfjursicr, phrase qui n'est pas comprise de la moitié de mes auditeurs? Pourquoi, au lieu d'annoncer que je traiterai dos mauvaises pensées, mot intelligible à tous, dirai-je: je traiterai des mauvaises cogitations^ terme qui n'est compris que des latinistes ?
Une admiration mal entendue pour les auteurs du bon siècle, un amour mal entendu de l'élégance et de la pureté du langage aveuglent quelquefois les hommes les plus éloquents, et ce qu'il aurait fallu réserver pour l'académie, où il n'y a que des lettrés, ils veulent en user à l'église, où la majeure partie n'est que gens ignorants ou peu instruits (1).
229. En faveur de la plus grande intelligibilité, le Curé fera bien de prêcher dans le dialecte populaire chaque fois qu'il le pourra sans trop offenser la coutume qu'il doit respecter pour ne pas encourir le défaut de singularité et de bizarrerie, qui nuirait à sa réputation. Par ce motif, il ne pourrait faire en dialecte, surtout en ville, la prédication du
(1) Qu'il me soit permis d'ajouter combien il serait à souhaiter que les Instructions pastorales des Evêques fussent e'crites à la portée du peuple, dit-on même en faire une édition poxmlaire. Il importerait tant que la voix de l'Evêque, déjà si rarement entendue, fût bien comprise et produisît son effet dans les populations. Sans doute que le Curé, lisant le Afandetnent, peut y suppléer par des explications et même par des termes plus connus : mais jaimerais encore mieux que la parole de Dieu arrivât intelligible à tous, de Torgane des Pères de nos âmes. Dans létat des choses, rien de plus froid, de moins écouté parles campa;ïnards qu'un Mandement, surtout s'il est mal lu. J'en appelle au témoignage des Curés.
(Noie du traducteur.)
DES DEYOmS DU CURÉ. 153
Carême et l'explication de l'Evangile les dimanches; toutefois, il pourrait en user sans danger aucun dans toutes les instructions morales et dans les Catéchismes, lesjours de fêtes.
Parler le plus possible le dialecte est d'une grande utilité, parce que les ignorants l'entendent beaucoup mieux que la langue cultivée à laquelle ils ne sont pas accoutumés. Il faut avouer que, entre les dialectes et la langue mère, il y a souvent une si grande différence que celui qui ne connaît que celle-ci entend difficilement ceux-là. En fait, si un étranger, bon connaisseur de la langue italienne, entend prêcher en dialectes de Gènes, du Piémont, de Bergame, de Venise, de Sicile, comprendra-t-il bien la moitié du sermon ? Je ne le pense pas. Or il n'est pas douteux qu'il s'ensuit nécessairement de cette différence que les ignorants entendent bien moins la langue mère qu'ils ne parlent jamais que l'idiome qu'ils parlent continuellement.
Les bons procédés qui doivent accompagner la prédication.
230. Quand, dans le discours ordinaire, on veut convaincre et persuader quelqu'un d'une vérité, ou l'exhorter à un bien, on s'y prend de la meilleure grâce possible pour capter son cœur et gagner sa sympathie. Or il en faut faire autant en public, surtout le Curé qui doit parler en père, et par conséquent, avec l'affection que le père a pour ses enfants.
A cause de cela, on ne peut trop désapprouver les
procédés ûpres, irritants, moqueurs, dont usent quelqurs-uns dans la prédication, procédés par lesquels on s'aliène les esprits et qui les indisposent pour profiter de la parole de Dieu. Il devient nécessaire que certains caractères un pou aigres et piquants se tiennent sur leurs gardes ; ils échangent facilement le zèle contre la colère. Le zèle doit être doux, comme la charité qui le produit ; un zèle amer est blâmé par saint Jacques (Jac, m, 4), et D'atteint pas son but.
Quel est le but du zèle? Eloigner les âmes du péché et leur faire pratiquer la vertu. Or, pour atteindre ce but, il faut capter les cœurs pour pouvoir ensuite les amollir et les plier, et faire qu'ils aiment ce qu'ils détestaient et déluslent ce qu'ils aimaient : il est clair que pour tout cela il faut de bons procédés, doux et attrayants.
231. On dira qu'il faut tonner et tonner fort contre les vices, sans quoi les pécheurs s'endorment et tombent dans l'endurcissement. C'est vrai; mais cela veut dire que le prédicateur doit mettre en évidence l'injure que les vices font à Dieu, le dommage temporel et surtout l'éternel qu'ils causent à l'homme, toutes choses qu'on doit exposer avec vivacité et force, afin que les pécheurs se réveillent et viennent à résipiscence ; cependant il est aussi nécessaire de montrer aux pécheurs, non du mépris, mais de l'amour, non de l'aversion, mais de l'intérêt, et de faire voir qu'on n'a pas l'intention de les peiner ou de les offenser, mais seulement de les rendre meilleurs et de les sauver.
Il ne faut jamais oublier que tous les cœurs sont faits pour aimer ; aucun langage ne s'entend aussi
bien que celui de l'amour. Les cœurs les plus dénaturés par les vices sont eux-mêmes de celte trempe ; c'est ainsi que ne serait pas mal appliquée, même sous ce rapport, la sentence de l'Apôtfe : Vince in bono malum. (Rom., xn, 21.) Donc, tonnez contre les péchés, mais de manière qu'on ne puisse pas suspecter que vous tonnez contre la personne des pécheurs, pour l'àme desquels on ne doit avoir que des entrailles de charité, comme l'ordonne Jésus-Christ.
232. Par-dessus tout, le Curé se gardera de certaines invectives qui sont ou peuvent paraître personnelles, surtout si elles étaient provoquées par des manquements et des fautes contre le Curé. Ceux qui sont l'objet de ces invectives, ou qui peuvent supposer l'être, s'irritent fortement contre lui et s'obstinent dans le mal, même pour lui faire dépit. En outre, ces invectives déplaisent à toutes les personnes sensées qui les regardent comme la fougue d'une colère déréglée et comme une profanation de la parole de Dieu.
Quelques-uns se glorifient de telles invectives comme de coups de bravoure et ne cessent de les laconter, de se complaire de l'affront public qu'ils ont inlligé à leurs adversaires. Ils croient même par là se faire respecter et craindre de la population. Qu'ils se trompent ! Outre qu'ils montrent qu'ils méconnaissent l'esprit de Jésus-Christ, ils se mettent de plus dans l'impossibilité de faire aucun bien dans la paroisse qui devient alors un champ d'épines, d'où ils devront, comme un moindre mal, se retirer par une démission.
Donc, le Curé, dans la prédication, mettra toute
i56 MANUEL PRATIQUE DU JEUNE CURÉ.
la bonne grâce possible pour s'attirer l'affection et la confiance de ses auditeurs qui, de cette façon, croiront entendre un père bienveillant parlant à ses enfants, toujours pour leur bien, et qui, même après les avoir grondés, leur fait connaître que ce n'a pas été par haine, mais par amour. Que surtout, quand il est question d'injures et d'attaques contre sa personne, il ait attention à conserver inaltérable la douceur qui veut qu'on pardonne généreusement tous les torts reçus sans montrer de ressentiment et qu'à la douceur il ajoute une charité bienveillante qui seule a la plus grande efficacité pour amollir les cœurs durs, vaincre les obstinés et unir étroitement le pasteur au troupeau.
De la ferveur qui doit accompagner la prédication,
233. Il y a des prédicateurs très-instruits, polis, élégants, acclamés comme éloquents, écoutés avec plaisir par de nombreux auditeurs, mais qui, d'un autre côté, manquent de la ferveur de l'esprit et ne font pas de fruit ; de sorte que, à leur parole, ni les pécheurs ne se convertissent, ni les bons ne s'améliorent. Il y en a d'autres, en revanche, assez dépourvus des belles qualités énoncées, et auxquels personne ne veut donner le nom de prédicateurs, mais qui, parce qu'ils sont animés d'une grande ferveur dans leur débit, produisent des fruits abondants, émeuvent et ramènent les égarés, et allument dans les justes le désir de la perfection.
iùive fervent est une qualité des plus indispensa-
bles à l'orateur sacré, et par conséquent, tel le Curé doit-il se montrer dans la prédication, s'il veut réussir fructueusement. Donc il faut que le Curé ait une foi vive, une charité ardente, un zèle dévorant, afin que sa parole, étant quasi de feu, émeuve les cœurs, embrase la volonté, la captive et l'attire à faire le bien spontanément.
Il est à observer néanmoins que cette ferveur de l'âme n'est pas susceptible d'être simulée quand on ne l'a pas réellement. Quelques-uns l'affectent par une déclamation emphatique, par des efforts de poumons, par un visage enflammé, par une gesticulation outrée, etc. ; vain artifice, qui abasourdit la multitude, mais n'émeut personne. Sur la scène, où l'on n'attend et ne demande qu'une heureuse fiction, on y feint les affections avec succès, mais en chaire, où l'on veut la sincérité des affections, ces feintes n'aboutissent à rien, si même elles ne produisent un effet contraire. Le Curé nourrira donc dans son cœur une sainte ferveur véritable qui donnera à sa prédication de la force et de l'efficacité.
234. Il est particulièrement à noter que nous, Curés, nous sommes volontiers froids dans la prédication, parce que nous nous habituons à prêcher par routine, pour se débarrasser d'un devoir qui parait monotone, pour se soulager d'un poids qui nous paraît peser éternellement. A toutes les fêtes, l'explication de l'Evangile, à toutes les fêtes le Catéchisme ; et cela, toute l'année, bien des années, toute sa vie, et toujours le même auditoire, sans jouir jamais de ces consolations spéciales qu'apporte le ministère apostolique quand la parole de
i58 MANUEL PRATIQUE DU JEUNE CURÉ.
Dieu est annoncée au milieu de gens divers, qu'on voit émus, parmi lesquels se trouvent de grands pécheurs convertis merveilleusement qui se pressent aux pieds du prédicateur et qui témoii,^nent du fruit qu'il obtient; voilà les motifs qui expliquent comment nous devenons si facilement froids dans la prédication ; et sans nous en apercevoir, nous prêchons, parce que l'habitude, l'exigence du devoir le veulent ainsi. Si l'abus des vacances pour la parole de Dieu existe dans la paroisse, nous le maintenons comme le soulagement d'un fardeau qu'ensuite nous reprenons avec le même attrait qu'a le maître d'école à recommencer sa classe après l'automne.
Il n'y a qu'une continuelle application à renouveler en nous la foi, qui puisse nous garder et prémunir contre cette froideur qui peu à peu s'empare de notre cœur et rend sur nos lèvres la parole de Dieu comme morte. Ravivons notre foi sur l'importance de la prédication, destinée à accomplir les desseins éternels de Dieu pour la manifestation de sa gloire et le salut des âmes rachetées' par Jésus- Christ; ravivons notre foi sur le bien immense que nous pouvons produire dans l'Eglise en annonçant aux peuples la parole de Dieu, et il arrivera que de môme que peut-être maintenant, sans presque nous en apercevoir, nous prêchons si froidement, ainsi, sans presque le remarquer, nous prêcherons à l'avenir avec ferveur, de façon que Os, lingua, mens, sensus, vigor confessionem persoiient, flammescat igne chantas, accendat ardor proximos. (Hymne de Tierce.)
235. Je suppose que les impies pussent haranguer les populations à leur aise chaque semaine, et
DE9 DEVOIBS DU CUBÉ. 459
môme plus souvent, pour leur inoculer leurs erreurs et les pousser toujours de plus en plus dans l'abîme de perversion auquel ils tendent ardemment, je n'hésiterais pas à croire que ce serait là le moyen le plus propre pour arriver à leur fm. Ils seraient même disposés, à cet effet, à renoncer à tout autre moyen, compris celui si puissant de la presse, car personne n'ignore combien plus de force a la parole animée que la lettre morte.
Ce moyen si souverain, nous l'avons à notre disposition, si nous nous efforçons de rendre notre prédication plus attrayante, de manière que ceux mêmes qui n'ont que peu de goût pour elle en deviennent avides ; si nous prêchons avec ce dévouement et cette ferveur requis pour traiter les intérêts éternels de la gloire de Dieu et du salut des âmes, nous opérerons, pour ainsi dire, des miracles, et nous ne laisserons plus rien à désirer pour la sanctification des peuples.
Hélas ! nous envisageons la prédication comme peu ou nullement importante. A voir avec quelle froideur de cœur nous exposons les vérités éternelles, les promesses et les menaces du Dieu toutpuissant, on dirait que nous ne croyons pas à nos paroles ; et cependant nous y croyons. Ce mal provient du défaut de réflexion que nous condamnons nous-mêmes dans le peuple chrétien, et que nous ne reconnaissons pas en nous, quoique nous rayions autant que lui et qu'il soit beaucoup plus impardonnable en nous, à cause de notre état de ministres du Seigneur. Nous ne pouvons remédier à ce mai par aucun autre moyen, sinon en nous efforçant d'être des hommes d'oraison qui peut
seule raviver la foi éteinte ; j'en parlerai plus loin.
De l'assiduité à prêcher.
2oG. Le Curé est tenu d'annoncer la parole de Dieu à son peuple, à toutes les fêtes, selon les prescriptions de l'Eglise. Il accomplit son devoir, en faisant l'explication de l'Evangile, la doctrine (le petit catéchisme) aux enfants, et le catéchisme aux adultes.
On ne saurait dire par quelle raison s'est introduit, en plusieurs endroits, l'usage, ou mieux l'abus de donner des vacances pour la parole de Dieu, comme on en donne pour les étiides dans les collèges et Universités. Dans quelques églises, on prend deux mois de vacances, tant pour l'explication de l'Evangiie et du catéchisme que même pour le catéchisme des enfants. Pourquoi cela? Serait-ce que le Curé aurait peut-être besoin de ces deux mois de villégiature? S'il en était ainsi, il devrait aviser à un remplaçant, en son absence. Mais le Curé n'a que faire de cette villégiature ; il reste, en effet, dans sa résidence; ou il ne va pas à la campagne, ou c'est à peine s'il y reste quelques jours. Pourquoi donc ne prêche-t-il pas? Les paroissiens vont à la campagne. Mais ce n'est pas une raison à mettre sérieusement en avant. Tout Curé est persuadé que, sur cent paroissiens, il n'y en a pas dix qui aient la possibilité de faire villégiature. Pourquoi donc? Pour prendre un peu de repos ? Pourrat-on dire sérieusement que prêcher un jour par semaine, ou un peu plus, quand il survient quelque
DES DEVOmS DU CURÉ. 16i
fête dans la semaine, soit une fatigue telle pour le Curé qu'il ait besoin d'un repos de deux mois chaque année, repos si complet qu'il devrait en conséquence s'abstenir d'enseigner le catéchisme aux enfants ?
Que le prédicateur de Carême, après avoir prêché chaque jour pendant les quarante jours de Carême, ait besoin de repos, même pendant quelques semaines, cela peut se comprendre. Mais que le Curé aitbesoin de deux mois de repos, pour avoir prêché dans le courant de l'année aux jours de fêtes, jamais on ne le comprendra.
Il s'ensuit un double dommage. Le premier est manifeste par lui-même ; c'est que, pendant tout ce temps-là, les paroissiens n'entendent pas la parole de Dieu. Le second, auquel on ne fait pas attention, mais qui n'en est pas moins irès-réel, c'est que les paroissiens s'étant habitués pendant ce temps-là à sanctifier les fêtes par lamesse seule, certains d'entre eux continuent à les sanctifier de la même manière, même après que le Curé reprend sa prédication.
Le Curé donc, en observant les lois de l'Eglise qui n'ont jamais approuvé l'abus des vacances de la parole de Dieu, sanctifiera tous les dimanches et toutes les fêtes de l'année par la prédication, et donnera à ses paroissiens la facilité de pouvoir les sanctifier tous par l'assistance à la prédication. Saint Alphonse de Liguori écrivait aux Curés, dans une lettre pastorale : Les docteurs disent qu'un Curé qui omet la prédication pendant un mois consécutif, ou pendaiit trois mois non continus, ne peut ótre excusé de péché mortel. [Tannoia, 1. m, c. 22.] (i).
(1) Nul Curé n'ignore la rigueur de la loi de la r<^sidence ; mais
237. Il y a ensuite, dans certains endroits, l'abus que le Curé omette la prédication, ou du moins le catéchisme le soir, pour aller aux offices qui se célèbrent dans d'autres paroisses du canton ou de la vallée, qui sont assez nombreux. Dans ces fêtes, à cause de la cérémonie qui se fait dans une église, plusieurs populations, en tout ou en partie, restent très-fréquemment privées d'instructions, et ainsi cette cérémonie tourne à un détriment notable de la gloire de Dieu et du bien des âmes.
Ailleurs, dans ces mêmes cas, le Curé, pour ne pas omettre l'instruction du soir, l'adjoint à celle du matin ; ainsi, après l'explication de l'Evangile, il fait aussi le catéchisme aux enfants et aux adultes ;
plnsienrs HnleTTirMeftl k leur façon, ou tout au moins d'après certains usBges moins canoniques. Ecoutons Mçr Sailer.
Pour pouvoir remplir les devoirs particuliers du minlst^^e des ftmes, il faut que le pasteur reste auprès de ses ouailles. Telle est la preniière et principale condition. Le Concile de Trente n'autorise l'Evêque à pennettre au Cure' une absence annuelle motivée de deux mois qu'à la condition formelle de mettre un remplaçant capable et approuvé. Pour les absences ordinaires, Rome y regarde de si pr^s que, loin d'étendre les absences arbitraires a huit ou quinze jours, comme certains statuts français, elle les limite a deux jours. La 8 février 1747, sous Benoit XIV, la sacrée C<n£n^égation du Concile décida qu'un Curé de campagne oU il est aeul prêtre ne peut s absenter deux ou trois jours, même quand il n'y aurait pas de içalada, sans mettre un remplaçant et sans en avoir la permission episcopale. Tout ce qu'elle accoide, c'est une absence du matin au s&ir, aux conditions encore que ce ne soit pas un jour de fito, qu'il n'y ait pas de malade et que cela arrive rarement dans l'année. Toutes ces restrictions indiquent assez quelle assiduité doit avoir le pasteur auprès de son tr upeau.
Mais il est une residence purement physique, une résidence morte, aussi inutile a la paroisse que le serait à un troupeau un berger endormi. La résidence corporelle n'est que le moyen d'accomplir la résidence spirituelle qui consiste dans la vigilance et surveillance ; car chaque Curé est le surveillant de toute sa paroisse. Inspiré de ce» idée* dinaes, le pasteur «en Yéritableinent l'âme 4a
or ce serait merveille que toutes ces choses ainsi
précipitées fussent bien faites. Réfléchissez-y donc. Entendre les confessions, célébrer la sainte Messe, taire l'explication de l'Evangile, ensuite, celle d'un double catéchisme ; voilà autant de choses qui S8 font le matin pour pouvoir dire qu'elles sont faites. En outre, à quoi la population emploie-t-elle le reste du saint jour? A l'oisiveté, au jeu, etc. Le nouveau Curé consultera l'Evêque, s'il trouve cet abus introduit dans sa paroisse, et il s'en tiendra à ses ordres.
Aris pour le catéchisme aux enfants (1).
238. Pour l'uniformité de l'enseignement, le Curé instruisant les enfants, se servira du petit caté-
sa paroisse. Sans la vigilance et la sorveillanco contiuaelles, la pA< roiss5 est réellement sans pasteur.
J'ajoute avec Sœttler : La vigilance pastorale doit être universelle, constante et assidue. Elle est universelle, si elle s'étend a éloigner tout danger, tout mal, tout vice, toute occasion de damnation, et a procurer l'accroissement de tout bien et de tontes les vertus. Elle est constante, si, loin de ralentir son ardeur premiere avec laquelle on a débuté, on alimente et augmente de jour en jour le feu de son zèle. Elle est assidue, si l'on s'approprie en toute vérité la mot de Jacob : \iginti annis fui tecum... die noctuque xstu urebar, et gelu, fugiebatque somnus ab orulis meis. (Gen., xxxi, 33,40.)
Je n'ose répéter ici les invf'cîives de la Bible contre les pasteurâ mercenaires, ni les reproches de Collet aux Caréa qui ne satisfont qu'a la partie matérielle de leur ministère. Jugeons-nous nous-mêmes pour prévenir la rigueur des jugements de Dieu...
(Note du traducteur.)
(1) En 1865, la révision d'un catéchisme diocésain mayant fourni l'occasion d'étudier de plus près le catéchisme de Bellarmin, snivi a Rome, j'arrivai a m'en faire une idée plus juste que celle qu'on parait en avoir assez généralement en France. Voici le résultat de xae» recherciies sur cette importante matière.
L« Concile de Trente, eu ordoonaut la composUiou d'tia caté«
i64 MANUEL PRATIQUE DU JEUNE CUKÉ.
chisme de son propre diocèse. De plus, il avisera, autant que possible, à ce que tous l'apprennent à la lettre ; le matériel des paroles se retient plus laci-
chJsme. où les Curés puiseraient, comme à la source authentique, le fond de leurs instructions aux fidèles, n'avait pourvu qu'indirectement aux besoins de l'enfance chrétienne, par cette nourriture si substantielle des adultes, qui demande à être appropriée a la faiblesse de râ^e. Il était réservé a la sa^jesse de Clément VIII de rompre ce pain de la parole aux petits, ou mieux, de leur donner le doux luit de la doctrine chrétienne dans toute sa pureté. Il y avait trente-deux ans que saint Pie V avait publié, en ló66, le Catéchisme du Concile de Trente, pour les curés, lorsqu'en 159S, Clément VIII publia le Catéchisme de Bellarmin pour les enfants.
Par sa constitution Pastoralis Bomaiii Ponti fiais, da 15 juillet 1598, Clément VIII 1» annonce la publication d'un nouveau Catéchisme de la doctrine chrétienne, composé d'aprbs ses ordres, par Robert Bellarmin, de la Compagnie de Jésus (créé cardinal le 3 mars 1599), révisé soigneusement par la Congrégation de la Réforme, et divisé en deux parties; '2» ordonnne que ce Catéchisme soit seul suivi à Rome ; 3» exhorte dans le Seigneur tous les Evêques et les Curés de l'univers entier a adopter et a suivre, autant que possible, ce livre dans l'enseignement de la doctrine chrétienne, etc. 11 faut noter, en passant, qu'en Italie, catéchisme et doctrine chrétienne sont synonymes .
Au concile de Rome, en 1725, Benoît Xin (titre i, c. 4) ajouta une sanction solennelle à ces dispositions, ordonnant qu'on eût à s'y conformer dans la province. Mais la matière si importante et si pratique des deux sacrements de Pénitence et d'Eucharistie exigeant en quelque sorte des détails pratiques, le Concile fit dresser deux longues instructions dialoguées, de 34 pages, tant sur la Confession que sur la Communion, a l'usage des enfants admis a ces sacrements pour la première fois, avec ordre aux Curés de les suivre pour former les enfants. Je doute toutefois qu'on astreigue ceux-ci à les apprendre par cœur.
Parmi les Papes qui ont loué le Catéchisme de Bellarmin, Benoît XIV n'est pas le moindre. Dans son Encyclique Etsi minime, du 7 février 1742. ce grand Pape s'exprime ainsi : « Marchant sur t les traces de Clément VIII et de nos autres prédécesseurs. Nous « exhortons dans le Seigneur et nous recommandons instamment « que dans l'enseignement de la doctrine chrétienne on emploie le « catéchisme composé par le cardinal Bellarmin, par ordre de Clé- « ment VIII. puis révisé avec soin et approuvé par une Congréga- « tion chargée de ce travail, et enfin publié par Clément VIII, dan» • le but, on ne peut plus salutaire, qu'à l'avenir tous observent là
lement, et aide à consei^er plus longtemps la substance ou l'intelligence des choses.
D'un autre côté, le Curé le développera simple-
€ même méthode, tant pour enseigner que pour apprendre la doc-
• trine chrétienne ; car rien n'est plus désirable que cette unifor-
• mité, rien n'est plus propre et plus opportun pour éviter les ert reurs qui pourraient se glisser dans la variété et la multiplicité t dos catéchismes •.
Enfin, Clément XIII, encore plus rapproché de nous, est aussi encore plus formel dans son Encyclique In apostolico agro, du' 14 juin 1761, contre les nouveautés ea fait de catéchismes. Il insiste pour que les Evêques mettent de côté ces catéchismes qu'a Ihabitudede prôner l'amour de la nouveauté..., afin d'ôt^r par là aux faibles une espèce de scandale gui naît de la diversité des méthodes dans l'enseignement de la doctrine chrétienne, afin qw le caractère de la vérité catholique, l'universalité, l'antiquité et l'accord de la doctrine, brillent de plus en plus avec la certitude la vlus évidente. ^
Un langage si expressif, et parti de si haut, me dispense d'autreg «Itations ; d'autant plus que nous convenons à peu près tous qu'U est regrettable que le catéchisme ne soit pas, sinon universel dans toute la catholicité, au moins uniforme dans tons les pavs d'uno même langue. Nous avons vu que cette irrégularité ne saurait être mise sur le compte de notre Mère la sainte E-lise romaine, qui la souffre à regret, et même a tant fait pour l'unité de méthode, il est vrai que. dans sa sagesse et sa bonté maternelles, témoin des difficultés d'exécution, elle n'a pas jugé à propos jusqu'ici d'imposer son catéchisme, et qu'elle tolère les catéchismes particuliers, même en Italie ; mais ses pressantes exhortations à l'uniformité en disent assez.
Si, après cela, je me demande pourquoi, entre autres, l'Eglise de France, dans le fond, toujours si dévouée au Saint-.Siége. a maintenu ses catéchismes, je crois en trouver la cause, non-seulement dans nos catéchismes qui, ayant une empreinte nationale, nous paraissent préférables, mais aussi dans l'idée plus ou moins inexacte que les étrangers ont pu se faire du Catéchisme de Bellarmin. qui ne parut dVuord qu'en italien. C'est pourquoi j'essaie de le mieux faire connaître.
B'abord tout le monde connaît le mérite et la célébrité de son auteur, qui ne composa son Catéchisme, a 56 ans, qu'anrès avoir publié ses Controverses. Au génie il joignait une sainteté encore plus admirable, au point que la cause de .sa béatification fut introduite dès 16/4, poursuivie en 1677 et 1711, et qu'il est tout à fait pro- WbiC que ce vénérable serviteur de Dieu obtiendra un jour les hon-
ment aux entants selon leur capacité, pour qu'ils le comprennent mieux et que les vérités qui y sont contenues lassent une vive impression sur leurs
neurs que I'ErUsc vient de décerner au bienlieureux Pierre Canitim, 8on contemporain, son confrère en reVi^inh et son émule en science, en vertus et en grands travaux, y compri» les ouvrages de la cate'cbfese. Je ne relève pas ses titres de cardinal et d'archevêque qu'il a plus honorés qu'il n'en a été honore'. Ajoutez que son catéchisme a subi la révision minutieuse des doctes membres delà Congrégation de la Réforme, comme nous l'attestent Clément VUl et Benoit XIV.
On peut donc établir que ni le mérite du talent, ni le poids de l'autorité ne manquent au Catéchisme de Dellarmm. Voyons si l'exécution a répondu a l'attente, et pour cela analysons brievemont l'ouvrage. C'est ici le point capital.
11 sa compose de deux parties distinctes, comme il est consigné dans la constitution citée de Clément VIII, et comme Bellarmin s'en explique lui-même dans sa préface. Or, ces deux parties distinctes ne doivent point s'entendre, selon l'usage français, d'un grand et d'un petit catéchismes, division inconnue a Rome. Ce n'est pas non plus l'équivalent des quatre parties de la doctrine chrétienne, dans le sens du catéchisme du Concile de Trente et de nos catéchismes ordin;ures, que maintient, au reste, Bellarmin. Qu'estce que donc que ces deux parties du Catéchisme de Bellarmin ? En deux mots, sous une commune dénomination, mais avec deux titres différents, c'est d'abord le Petit Catéchisme, puis son Explication. La première partie, ou catéchisme proprement dit, est intituK":' ; DOCTuiKE CHRÉTIENNE COURTE, pour pouvoir être apprise par cœur. Eilû ne renferme que 23 pages in-12, gros caractères, et 95 demandes, dont les réponses n'ont rien de démesuré. Le tout est réduit aux onze chefs ou titres suivants : 1» du Signe de la Croix ; 2» du Credo : :;• du Pater et de VAve; 4» des Commandements de Dieu ; ô" ic^ Commandements de l'Eglise et des Conseils; 6» des Sacrements ot des Vertus Théologales et Cardinales ; 8» des Dons du Saint-Esprit; 9» des Œuvres de miséricorde ; 10* des Péchés ; 11» des quatre !■ ir.s dernières et du lîosaire. Je le répète, c'est là le vrai catéchisme pour tous les enfants, grands et petits. 11 est si abrégé qu'a l'étranger on a dû aisément le prendre pour le catéchisme des commençants.
La 2» partie, ou explication du catéchisme, est intitulée : Explication PLUS DÉTAILLÉE DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE, à î'usaffe de
ceux qui enseignent les enfants et autres gens simples, mise en forme de dialogue. C'est un volume in-12, de 234 pages de texte, renfermant 2'jtì demanda avec des réponses démesurées, souvent d«
esprits. On dit selon leur capacité, car, en général, ils
ne peuvent suivre des recherches ni des discussions prolondes et suhtiles ; on ne doit leur apprendre
demi-page et quelquefois d'une page entière et même d'une page et demie et de deux pages. Cette longueur, si ce n'était un épouvantail chimérique, serait désespérante pour la masse des eaf mts. Aussi le Concile de Bordeaux, en 1850, tout en admettant en -«nncipe le Catéchisme de Bellarmin, se réservait-il d'en couper et d. viser les longues réponses. Heureusement que cette prétendue diificulté ne repose que sur un quiproquo, comme on le verrra bientôt. Les quatre parties ordinaires des catéchismes y sont dish-ibuées en 22 chapitres, sous-divisés parfois en plusieurs articles A la fin, dans les 42 dernières pages, on explique les vertus, les dons du Saint-Esprit, les huit béatitudes, les œuvres de miséricorde, les vices et les péchés, y compris le péché originel, mortel, Téniel, les péchés capitaux, ceux contre le Saint Esprit et qui crient vengeance contre le Ciel, et les fins dernières. En somme cette seconde partie, toute d'explications et de développements' serait assez longue et surtout difficile à apprendre par cœur ; mai» on sait maintenant qu'il ne s'agit là que de l'exposition détaillée par les catéchistes.
Bien que l'exposé seul des titres si divers de ces deux parties distinctes du Catéchisme de Bellarmin prouve la distinction que j'ai tenu à établir; cependant, comme le préjugé contraire semble avoir prévalu, je dois rendre cette preuve évidente en citant Bellarmin luimême dans sa préface : « Autre », dit-il, « est-ce qu'on doit faire ap-
• prendre par cœur aux enfants et aux gens simples, et autre est ice que doivent apprendre ceux qui expliquent la doctrine chrétienne
• à des gens simples. Ainsi, nous mettrons au commencement tout ce t qui doit s'apprendre par cœur, avec une très-courte explication, puis « une explicaaon plus détaillée pour ceux qui enseignent la doctrine
• chrétienne, afin qu'elle soit à la portée des gens simples ». Ce , langage si précis sur la distinction du catéchisme proprement dit à
(apprendre par cœur, et de son explication par les maîtres, est corroboré par Y Instruction de Benoit XIII pour faciliter la méthode de bien^ enseigner la Doctrine chrétienne, insérée à la suite da > Concile de Rome en 1725, oli il est dit d'enseigner la Petite Boe- I trine de Bellarmin, sam même mentionner VExplication plus dé~ \ taillée à l'usage des catéchistes. Toutefois, sans connaître l'usage à ; ce sujet, je présume bien que les élèves avancés et surtout les fa- , milles chrétiennes ne se contentent pas d'entendre ces explication» ^ orales, mais aiment encore a s'en pénétrer par une lecture attentive et répétée, afin de croître ainsi dans la connaissance de Jésusil Christ. Ce qui est sûr pour moi, qui ai été plusieurs fois témoin des
que les choses principales, et toujours, pour ainsi dire, un peu en gros.