Le Curé s'efforcera de donner aux enfants
chisme universel dans toute la catholicité, les détails ci-dassus nen conservent pas moins une grave importance pratique. Sans doute que la partie doctrinale du Petit Catéchisme sera tirée avant tout du Catéchisme du Concile de Trente, comme de sa source la plus pare et la plus authentique ; mais, pour la méthode de rédaction, il y a tout lieu de croire que les Œuvres de Catéchèse hors ligne, tant du Bienheureux Pierre Canisius que du Vénérable Cardinal Robert Bellarmin, si usitées dans l'Eglise, serviront de guides et de modèles, sauf les perfectionnements accessoires dont elles peuvent être susceptibles. Je m'étonnerais même qu'on ne prit pas en considération les additions relatées, opérées par Benoît XIII et Grégoire XVI, tant l'Eglise romaine tient a ses traditions éprouvées. La mérite principal consistera à bien coordonner ces précieux matériaux, pour en faire un tout substantiel, méthodique et clair. Dans le Bref de Béatification du Bienheureux Pierre Canisius, en 1364, Pie IX dit de son catéchisme, qu'il a été composé avec tant d'exactitude, du clarté et de précision, qu'il ii'en existe pas de. plus propre à instruire et à confirmer les peuples dans la foi catholique. Toutefois il faut distinguer sa Summa Doctrinie Christianz en quatre espèces : 1» le livre même tel qu'il parut en 1554 et fut révisé en 1566, dont il y eut, du vivan' du bienlieureux, peut être plus de 400 éditions dans toutes les langues, et qui forme un in-32 de plus de 400 pages ; 2» le même, enrichi de toutes les au orités citées tn extenso, par le R. P. Busée, en 1569 ; 3» l'abrégé élémentaire de Ift Summa, à l'usage des enfants, extrait par le Bienheureux luimême en 1556 ou 1560 ; 4» la Summula, encore plus courte, rédigés par les Pères Jésuites, claire, élégante, parfaite, et qui était suivie dans tous les collèges de la Compagnie. Ce serait donc l'un de ces deux derniers Catéchismes qui pourrait servir de modèle avec celui de Bellarmin.
Malgré le principe d'unité du Petit Catéchisme, bienfait inestimable, je croirais qu'on évitera difficilement des Appendices réclamés par les nécessités des lieux et des circonstances. C'est ainsi que, selon que l'on se trouve chez les païens, ou les mahométans, ou les schismatiques, ou les hérétiques etc., il y a urgence de proportionner l'enseignement a ces diverses erreurs régnantes.
L uniformité de version authentique pour tous les pays d'une même langue ne sera guère moins précieuse. Mais quelle difficulté avec nos langues si sujettes à variations, pour maintenir longtemps eette uniformité !
L» question de méthode dans l'enseignement do C«téclUsm0 pré-
172 MAJîUEL PRATIQUE DU JEUNB CURÉ.
une haute idée de Dieu, la plus haute possible ; ce qu'il obtiendra en faisant qu'ils connaissent la grandeur de ses divins attributs, sa sagesse, sa toute-puissance, son immensité, etc. ; en particulier,
•«ferait plus de difficulté, si l'on visait à runiformité en ce i,nint k cause de la variettî des goûts, des habitudes, et peut-être ^uornu Ò, cause des nécessités qui s'imposent souvent. Aussi pensé-je que 1 Eglise contente du fond, laissera 1 accessoire libre et s'en rapTiDitera à la prudence des Evêques pour le choix des m-^thodes. Or j'entends par le fond : 1» l'usaire exclusif du Petit Catéchisme universel d'après la version authentique; S" loblieraion de catétliiser tous les enfants, depuis l'âge de sept ans, tous les dimanches et toutes les fêtes, comme la réglé le Concile de Trenta.
On ne peut qu'approuver le.> diocèses d Italie qui ont un Catéchisme dadultes dans l'après-midi des dimanches et des fêtes, tant est urgente aujourd'hui linstruction chr(^tienne élémen aire. Je trom/e que Besançon fut bien Inspiré en réglant et main enant le Catéchisme au lieu du Prône tous les quinze jours, et cela au milieu de la messe paroissiale.
Tandis qu'en Italie on se borne à préparer les enfants à la première communion par un catéchisme tous les soirs du Carême, en France nous exigeons souvent deux ans de Catéchisme, de la Toussaint a Pâiues. chose bien onéreuse pour les enfants éloignés. Pour mol, je préférerais m'en tenir à la méthode italienne , qui , , selon l'esprit de rEglise, initie de très-bonne heure l'enfance aux || éléments de la religion et n'a plus qu'a perfectionner l'œuvre aux si approches de la premièie communion, d'au ant plus que si Ton na cultive soigneusement les petits enfants, ils ne font que végéter dans l'ignorance et prier sans sentiment : Principiis obsta, sero me- îdicina paratur... Je suis loin toutefois de blâmer les longs caté- 6) chismes de première Communion.
Le système reçu h Rome et généralement en Italie rappelle l'école ^«1 mutuelle. Tous les enfants sont distribués en cinq classes, arec des 4.' moniteurs de leur sexe qui leur font réciter la lettre des leçons as5i- " gnées à chaque classe. Ensuite viennent les explications du prêtre. Ces- à cette explication surtout que sont conviés les tldèles adultes. Elle se fait du haut de la chaire, ou dans la nef, ou dans le local affecté. On établit parfois une lutte entre les élèves avancés qui rivalisent entre eux. L'émulaion à R'rae est si excitée que, nonseulement- 11 y a des prix de Catéchisme, distribués solennellement consistant en vêtements pour les pauvres, mais encore que 1 enfant le plus instruit est proclamé Empereur arec des avantages au moins honorifiques.
li» ConfrérÌ9 4e ta Doctrint Chrétimne, oomposéo d'homme» «t
il appuiera sur la grandeur de sa bonté qui est l'attribut qui, selon notre manière de voir, renferme le mieux tous les autres et aide le plus à exciter les sentiments d'amour. C'est pourquoi, il s'efTorcera de leur l'aire comprendre que Dieu est non-seulement bon, mais encore qu'il est la bonté même, sans mesure , sans limites , sans bornes , que personne ne peut s'imaginer ni comprendre combien il est bon, si bien que personne ne peut aimer Dieu comme il le mérite, pas même les saints ni les anges dans le paradis, ni la sainte Vierge elle-même; qu'à cause de cela, quelque grande que soit la bonté des saints, des anges, de Marie, leur reine, cette bonté n'est rien, pour ainsi dire, en comparaison de celle de Dieu.
241. Il avisera aussi à ce que l'enseignement de la doctrine aux enfants ne soit pas un enseignement nu et sec des vérités de la foi, comme serait : Dieu existe, — il y a un enfer, — il y a un paradis, — il y a sept sacrements, etc.; mais qu'à la place ce soit un enseignement ayant du suc, qui éclaire l'esprit et ensemble forme le cœur ; on y arrive, en entremè-
de femmes, d'ecclésiastiques et de laïques, auxiliaires des Curés dans rinstruction religieuse des enfants et des ignoran's, formée 30U3 Pie IV, en 1560, par Marc Cusani, noble milanais, preseti e dans chaque paroisse, par saint Pie V dans sa Constitution Ex debito pastoralis officii, du 6 octobre 1571, sanctionnée et enricliie d'indulgences plus nombreuses par Paul V, dans sa Constitution Ex credito nobis, du 6 octobre 1607, offre un secours réel pour le succ'es des catéchismes. Ella a même donné naissance à la Congrégation religieuse des Doctrinaires, fondée par le vénérable César do Bus, en 1592, rétablie en France, a. Cavaillon. en 1850.
Nos catéchismes de persévérance, si difficiles a généraliser et h maintenir florissants, remplaceraient les catéchismes dadultes d'Italie et feraient beaucoup pour le salut de la France.
(Note du traducteur.)
lant, dans l'enscif^nement des vérités spéculative» et dogmatiques, les vérités pratiques et morales, les bonnes maximes chrétiennes, par exemple, les suivantes :
242. I. Dieu nous amis au monde, pour que nous le eonnaissioiis, l'aimions, le servions et qu'ensuite nous allions jouir de lui dans le paradis. Par conséquent. Dieu ne nous a pas mis au monde pour que nous mangions, buvions, que nous nous divertissions, etc., mais pour que nous le connaissions, apprenant bien la doctrine chrétienne qui est l'unique science qui puisse nous faire connaître Dieu; pour que nous l'aimions, en le préférant à toutes les autres choses, même à nous-mêmes ; pour que 7îous le servions, en obéissant à tout ce qu'il ordonne dans les commandements du décalogue et dans ceux de la sainte Eglise, qui ordonne en son nom, c'est-à-dire par l'autorité qu'elle tient de lui ; finalement, pour que, en faisant tout cela, nous allions un jour jouir de lui dans le paradis, en contemplant éternellement sa beauté infinie, éclatante et ravissante, et en goûtant dans l'amour béatiûque combien sa bonté infinie est chère et douce.
Il importe beaucoup de faire comprendre aux enfants que quiconque n'est pas occupé en ce monde à connaître, aimer et servir Dieu et à gagner le paradis, n'est pas à sa place dans le monde et mérite d'en être enlevé, tout comme un cep qui ne donne pas de raisin mérite d'être retranché de la vigne, et comme le figuier qui ne rapporte pas de figues mérite d'être abattu.
243. II. Parmi tous les actes des vertus chrétiennes^ nom devons particulièrement nous exercer dans ceux de
Vammir de Dieu. Les théologiens sont d'accord pour dire que les enfants, aussitôt qu'ils sont arrivés à l'âge de raison, sont obligés à faire des actes d'amour de Dieu ; toutefois, généralement parlant, on néglige de les instruire et de les exciter à l'accomplissement de ce devoir, auquel, défaut de réllexion, ils ne pensent guère.
Le Curé, après avoir donné aux enfants une grande idée de la bonté de Dieu, comme il a été dit, en ajoutant encore ce qu'a fait le Seigneur pour notre salut, s'étudiera à les exciter à faire des actes d'amour de Dieu, qui, selon sainte Thérèse sont comme les bois qui entretienent et augmentent dans notre cœur le feu sacré de la charité. Il importera grandement qu'il suggère aux enfants la pratique de les faire souvent dans la journée, en forme d'oraisons jaculatoires, par exemple : Mon Dieu, je vous aime plus que toutes choses. — Seigneur, je vous aime de tout mon cœur. — Je vous chéris plus que moi-même, etc. Si les Curés embrasent de ce pur et bel amour les cœurs vierges des enfants, ils auront la consolation de les voir repousser tout amour profane et indigne.
244. IIL La grâce de Dieu est le plus grand trésor qui soit au monde. En conséquence, le Curé enseignera aux enfants (chose malheureusement ignorée même des adultes), que la grâce sanctifiante ou habiuelle est un don de Dieu, par lequel le chrétien levient ami de Dieu, enfant de Dieu, héritier du pa- ■adis et frère de Jésus-Christ. Ce don est le plus îrand que Dieu puisse faire à sa créature, c'est par ui que les hommes sont saints sur la terre et issurés du ciel, sans en excepter la Reine des saints,
476 MANUEL PMTIQUi; DU JEUNE CUBÉ.
la sainte Vierge Marie elle-même. Il leur fera comprendre que toutes les âmes exemptes de péchi' mortel ont cette grâce, que le seul péché mortel peut priver de ce don, que quiconque meurt enrichi d'un si grand trésor est infailliblement sauvé, et que quiconque meurt en en étant privé est infailliblement damné ; qu'à cause de cela, ce trésor doit s'estimer au-dessus de toute chose, etquepour conserver la grâce de Dieu dans son cœur, il faudrait sacrifier le monde entier, s'il était à nous, et si c'était nécessaire pour la conserver.
245. IV. Le péché est le plus grand mal qui (s'il est est mortel) prive de cette grâce, et nous rend esclaves, frères, enfants du démon, dignes de l'enfer; ce serait, par conséquent, un mal infiniment moindre de garder dans son sein un serpent vivant que d'avoir un péché mortel dans l'àme. De même qu'il serait impossible à celui qui aurait un serpent vivant dans son sein, de manger, de dormir, de se divertir, dans l'appréhension que, d'un moment à l'autre, il ne lui donnât la mort ; ainsi devrait-il être impossible qu'un chrétien pût manger, dormir, se divertir quand il a dans l'àme le péché mortel qui, d'un instant à l'autre, peut lui faire bien plus de mal et le précipiter en enfer ; à cause de cela , quand quelqu'un aura eu le malheur , le plus épouvantable de tous, de commettre un péché mortel, il devra aussitôt faire d'ardents actes de contrition, et ensuite s'en confesser le plus tôt possible.
246. V. Celui qui est dans les mauvaises compagnies n'a pas besoin de démon ou d'autre ennemi qui le tente pour aller en enfer. Il fera entendre aux enfants qu'un tnauvais compagnon fait parfois plus de tort à
DES DEYOIRS DU CUBÉ. 177
l'âme de celui qui la fréquente que ne lui en ferait un démon ; que si les compagnies mélangées de garçons et de filles ne sont pas de mauvaises compagnies, au moins sont-elles toujours dangereuses et déplaisent-elles aux Anges gardiens.
247. VI. Il vaut mieux ne pas se confesser, que de se confesser mal, en cachant les péchés honteux. Il faut mculquer cette maxime surtout aux jeunes filles qui se laissent vaincre plus facilement par la honte. Il sera à propos, à cette occasion, de citer quelques funestes exemples de confessions mal faites et châtiées de Dieu.
248. VII. Un vrai dévot de la sainte Vierge ne périra jamais. Ici le Curé s'efforcera d'instiller dans le cœur des enfants cette dévotion tendre et fervente, faisant qu'ils regardent Marie comme la meilleure des mères et qu'ils s'adressent à elle dans tous leurs besoins. Parmi les différentes pratiques qu'on pourrait suggéi'er aux enfants, en voici une facile et très-utile, qui consiste à réciter trois Ave, Maria le matin et le soir, avec cette oraison jaculatoire; Tendre Mère, préservez-moi du péché mortel.
En entremêlant ces bonnes maximes et autres de ce genre à l'enseignement de la doctrine aux enfants, ils croîtront dans la sainte crainte et le saint amour de Dieu, et ils deviendront de fervents chrétiens.
249. Enfin, le Curé devra user avec les enfants de manières affables et de patience, afin qu'ils se rendent volontiers assidus à ses instructions. L'impatience à supporter les défauts qui tiennent à leur âge mi aliénerait les cœurs, et ses instructions ne seraient pas aussi fréquentées, et mémo elles
seraient généralement infructueuses. Le bon Curé se rappellera Jésus-Christ au milieu des enfants.
S'il se rencontrait quelqu'un qui n'eût pas encort; réfléchi sulfisamment sur l'exemple donné par Jésus- Christ, et trouvait trop peu honorable l'office d<j s'entretenir en personne avec les enfants pour les instruire, qu'il écoute Jean Gerson, blâmé à ce sujet par certains hommes inconsidérés : Sinite parvulos venire ad me. 0 bone Jesu, quis ultra verecundabltur esse humilis ad parvulos, quando tuusque ad castissimo^ puerorum amplexus te inclinas? Absitergo ut indignura sit parvulorum animas plantare et rigare. Venite ergo, parvuli, ad me ; ego doctrinam vobis impendam^ vos orationemimpendetis; sic Angelos îiostros lœtificabimus. (De trahendis ad Christum pueris.J
Avis pour l'instruction des adultes.
250. Dans beaucoup de paroisses, on a coutume d'enseigner aux enfants le petit catéchisme à voix haute , au milieu de l'église, quand le peuple est déjà réuni pour entendre l'explication développée du grand catéchisme. C'est un excellent usage, parce que parmi les adultes il s'en rencontre aisément quelques-uns qui ignorent ou n'entendent pas suffisamment les choses principales de la doctrine chrétienne, et qui ont ainsi besoin qu'on les leur enseigne et explique. Or le Curé enseignant et expliquant cela à haute voix aux enfants, ces adultes 1 ignorants eux-mêmes reçoivent l'instruction qui leur ' manque. C'est pourquoi, si l'instruction des enfants se fait dans un local séparé , le Curé avisera
qu'à cette fm il reste dans l'église quelques enfants auxquels à haute voix on enseignera les vérités principales et les plus élémentaires.
Ne dites pas que dans le grand catéchisme on développe au peuple ces mêmes vérités, car elles ne s'y expliquent régulièrement que quand vient leur tour dans le long développement du catéchisme, et il arrive qu'il se passe toujours quelques années sans qu'on parle de l'une ou de l'autre de
cesvérités élémentaires; ensuite,quand on en traite, ceux qui en ont besoin ne se trouvent pas toujours au catéchisme et, n'ayant pas entendu cette fois l'explication, ils doivent attendre encore plusieurs années où elles seront de nouveau développées. Si, au contraire, ces vérités viennent à être développées fréquemment et peu à peu au petit catéchisme des enfants, si elles ne sont pas entendues une fois, elles le seront une autre lois; souvent rebattues,' elles entrent mieux dans l'esprit et se conservent dans la mémoire clairement et distinctement, comme il convient.
251. Le Curé fera attention à une autre chose dans le grand catéchisme , ce sera de ne pas traiter la matière avec trop d'ampleur, afin de pouvoir revenir sur ces mômes sujets aussi fréquemment que possible. Il y a une église où l'explication développée du Symbole dure quatre ans; donnez un nombre correspondant d'années à l'explication du décalogue, 3es sacrements, de l'oraison dominicale, des péchés capitaux, etc., et vous verrez que quelqu'un encore leune devra presque arriver à la vieillesse avant de pouvoir entendre l'explication complète de toutes les Parties de la doctrine chrétienne.
480 MANUEL PRATIOTJE DU JEUNE CUHÉ.
Il importera beaucoup à cette brièveté que le Curé omette toutes les questions dont il est superflu d'instruire le peuple. Dans ma jeunesse, étant entré par hasard dans une église, je trouvai le Curé expliquant le cinquième commandement du Décaloguo et exposant posément et longuement à quelques femmelettes qui l'entendaient les conditions d'une guerre juste. Il ne réfléchissait pas que ces pauvres femmes n'auraient jamais à déclarer la guerre, sinon aux rats, aux puces et autres insectes désagréables.
252. Pour conserver la brièveté voulue, il faut éviter les menus détails dans la morale, par lesquels plusieurs, croyant se faire valoir, exposent toutes les distinctions des casuistes et tous les cas possibles qu'ils ont examinés. C'est peine perdue. Le peuple n'est pas capable de comprendre toutes ces subtilités inventées par les théologiens , et la plupart du temps, ces cas sont plus hypothétiques que réels, ou au moins fort rares en pratique. Il y a plus, ce n'est pas seulement peine perdue, c'est une peine préjudiciable, parce que ces détails embrouillent la tête des auditeurs et produisent des scrupules , des inquiétudes dans les consciences des âmes timorées. C'est chose au moins ridicule que de prétendre enseigner la théologie au peuple, et d'autant plus ridicule qu'on l'enseigne dans le catéchisme aux jours de fêtes. Des jeunes gens cultivés, d'un esprit vif, mettent plusieurs années à acquérir la science théologique, en en faisant l'objet d'une étude soute-^ nue et quotidienne, et le peuple pourra l'acquérirl dans une heure de catéchisme les dimanches ? On* doit expliquer au peuple les dogmes et les vérités^ morales, pour ainsi dire en gros, selon sa capacité,
qui est toujours petite, si ce n'est pis encore, faute d'études préliminaires ; ceux qui auront besoin de plus de lumières, à raison de leurs emplois et professions, les trouveront facilement près de leurs confesseurs.
C'est aussi produire un mauvais effet, si le Curé soulève des questions difficiles à définir, dont il faut conclure que quelques théologiens sont pour une opinion et certains pour une autre. Le peuple en demeure scanaalisé, comme si personne, parmi les théologiens, nesavait au juste ce qu'il y aà enseigner et à faire, et comme si la doctrine chrétienne était remplie d'incertitudes.
253. Le Curé fera aussi attention à ce qui concerne les saillies plaisantes dont quelques-uns ont coutume de parsemer, pour ainsi dire, le grand catéchisme. Premièrement, il faut que ce soient des saillies, c'est-à-dire de bons mots fins et plaisants, non des niaiseries et balourdises; secondement, il n'en faut user que sobrement. Les bons mots doivent être comme le sel du discours ; or, ce qui est trop salé est rendu repoussant, quoique le mets soit bon en lui-même. Si les saillies sont de bons mots fins et plaisants, entremêlés au catéchisme avec parcimonie, elles aideront à tenir l'attention des auditeurs plus éveillée et plus appliquée et feront ainsi bon effet ; autrement, elles donneront du dégoût aux personnes sensées et elles occasionneront à tout le monde des distractions, une divagation nuisible, des ris immodérés, et ainsi se perdra le respect pour la parole de Dieu par le catéchiste et par les auditeurs.
Mân. du J. Curé. 11
182 MAiSUEL PRATIQUE DU JEUNE CUBE.
De la prédication dans les églises annexes (1).
254. Plusieurs paroisses de campagnes, et même quelques-unes de villes, ont des églises annexes, où, aux jours de fêtes, on célèbre la sainte messe
(1) L'auteur, en homme de sens, ne s'arrête pas à un prétendu in'érêt d'esprit paroissial ou mieux a une misérablo susceptibilité, mais il considère avant tout les besoins des âmes à satisfaire. C'est surtout vrai aujourd'hui où l'on pourrait dire que, tu l'ignorance religieuse si universelle, l'instruction devient souvent plus nécessaire que la messe elle-même. Mais il y a plus : cette question est tranchJe nettement par l'autoilto' de l'Eglise, depuis près d'un siècle et' demi. Saint Charles n'avait pourvua ce besoin que par des catéchismes dan5 les localités écarte'es ou empêchées par le mauvais temps ou les mauvais cliemins.
1» Benoît xni, au Concile de Rome, en 1725 (lit. I, c. v), considérant avec douleur qu'à la campagne plusieurs enfan;s pâtres restent privés d'instruction, et que dans les paroisses plusieurs adultes, ignorant les principaux mystères de la foi, ont honte d'aller les apprendre au Catéchisme, commanda aux Curés, sous peine de suspense, qu'après le prône de la messe paroissiale et aussi a une seconde messe, même dans les oratoires, chapelles et églises rurales, on chantât lentement avec le peuple au moins le Signe de la Croix, les Mystères de la Trinité et de rincarnation, le Symbole, le Pater, l'Ave, les Commandements de Dieu et de l'Eglise, les Sacrements et l'Acte de Contrition, auxquels Benoit XIV ajouta les Actes de Foi, d Espérance et de Charité.
2» Clément XII, dans une Encyclique aux Evêques d'Italie, du le' juillet 1735, après avoir rappelé aux Curés le devoir, qui leur est imposé par le Concile de Trente, de prêcher les fidèles a la messe jaroisiiale aux jours de fêtes, ajoute : Idem ab iis sacerdotibus prsBstabitur, qui iisdem diebus in ruralibus sacellis rem divinam celebrabunt, pro illis instituendis, qui ad Missx Sacrificium convaniwit, quibus explananda sunt ea, qus credere, sperare, atque agere tenentur, et prx reliquis Sanctx Religionis prxcipua Mysteria.
3» Benoit XIV, encore archevêque de Bologne, exigeait, sous peine d'interdit à divinis, que les prêtres célébrant dans les chapelles rurales fissent l'instruction : hzc fieri omnino debent, ne inculti ruris habitatores divinis coreani eloquiis et sempitemos cruciatus subeant. (Instit. XLIV, § 13 et 14.)
A" Devenu pape, U insista liidessiu dans son Encyclique univer
pour la commodité des fidèles trop éloignés de l'église paroissiale. Ces églises satisfont ainsi à un grand besoin, celui d'entendre la sainte messe aux jours de fêtes. Mais il est à remarquer que les fidèles ont un autre besoin non moins grand, qui est d'entendre la parole de Dieu, auquel il faudrait également pourvoir. Je dis un besoin non moins grand, parce que, quoique le précepte d'entendre la parole de Dieu ne soit pas fixé à tous les jours de fêtes, comme celui d'entendre la messe, cependant c'est
selle Etsi minime, § 14, du 7 février 1742, voulant que les Evâques ■ prissent des dispositions sévères et obligeassent les prêtres célébrant dans des églises éloignées à y donner 1 instruction.
Kemarquons aussi, à cette occasion, qu'apprendre le catéchisme ans enfants et instruire les ignorants, loin d"être un empiétement, est une œuvre de miséricorde spiritusUe très-recommandée, surtout aux Confrères de la Doctrine cbrétienne par saint Pie V, en 1572, et aux religieux, sauf, pour le bon ordre, à informer les Curés de ceux qui fréquenrent ces catéchismes. Voyez 'Benoît XTV (Instit. IX, § 13), qui s'appuie du Concile de Latran sous Léon X (Constit. VII, § 32).
Une susceptibilité outrée chez les Curés rappellerait le zèle excessif de Josué pour la dignité de Moïse, le portant a demander à Jloïse d'empêcher Eldad et Médad de prophétiser, ce qui lui attira cette réprimande si sensée : Quid, inquit, semularis pro me ? Quis tribuat ut omnis populus prophetet? (Xomb., xi, 29) ; ou encore cette leçon donnée par Notre-Seigneur à òcs Apôtres, lorsque saint Jean lui dit que, voyant qn"un étranger chassait les démons au nom de Jésus- Christ, ils l'avaient empêché. Jesus autem ait : Nolite prohibere ; nemo est enim qui faciat virtutem in nomine meo, et possit cito male loqui de me. Qui enim non est adcersum vos, pro vobis est. (Marc, rx, 3S, 39. — Luc, IX, 50.)
Ace sujet, Cornélius a Lapide recommande sagement : Eune sptritum charitatis tmittntur omnes Prseîati, Doctores, Concionatores, qui non suam, sed Dei unius gloriam quxrunt, petantque quod Martha petiit a Christo : Dic ekgo illi, ut me adjuvet. (Luc, x, 40.)
Disons donc de bon cœur avec l'Apôtre : Quid enim ? Bum omni modo, sive per occasionem, sive per veritatem Christus annuntietur , et in hoc gaudeo, sed et gaudebo (Phil., i, IS); d'autant plus quici il s'agit du salut étemel des âmes, et non d'une maligne opposition comme dans le cas de saint Paul.
{Note du traducteur.)
une obligation dont in genere les fidèles ne peuvent être dispensés, puisqu'ordinairement ils n'ont p.is d'autre moyen de s'instruire des vérités de la foi et de la morale chrétienne, chose qui leur est aussi indispensable que d'entendre la sainte messe ; et dans quelques cas, elle est encore plus indispensable, comme serait si l'ignorance était telle que certains ne sussent pas les vérités élémentaires de la religion.
Le Curé ne saurait donc se contenter que dans l'église annexe la sainte messe soit célébrée seulement, mais il doit encore aviser, si c'est possible, à ce qu'il s'y fasse quelque instruction au peupio par le prêtre qui y célèbre, afin que les fidèles qui y entendent la sainte messe ne soient pas continuellement privés de l'aliment de laparoîedeDieu. Je dis, si c'est possible, car parfois les prêtres qui célèbrent dans ces églises annexes sont tout à fait incapables de toute prédication. Dans ce caslà, le Curé y aviserait autrement, en y envoyant quelqu'un ou en y allant lui-même de temps en temps faire quelque instruction aux habitants de ce lieu. Et quoique aujourd'hui cela paraisse peu usité, il n'en serait pas moins à propos que le Curé avisât à ce que le prêtre attaché à l'église succursale, quand il ne saurait ou ne voudrait pas prêcher, lût au moins au peuple quelque courte instruction, comme l'avait ordonné le cardinal Durazzo, archevêques de Gênes, au milieu du xvn^ siècle, temps où l'instruction du clergé était bien moins avancée. J'ai vu dans une édition de VAiinuaire du Pére Neiremberg, imprimé par ordre du même cardinal, avec sa circulaire en tète, qu'il ordonnait aux Curés qui
ne prêcheraient pas, de lire au peuple une de ces instructions à toutes les fêtes.
255. Il est à observer qu'une église annexe, si l'on n'y prêche pas, devient l'occasion de ne pas entendre la parole de Dieu pour plusieurs qui, autrement, l'entendraient ; car, ne voulant pas rester privés de la messe les jours de fêtes, ils pourraient, malgré la grande incommodité, aller à l'église paroissiale, et là, avec la messe, entendre la parole de Dieu ; mais pouvant satisfaire ce premier besoin sans quitter leur quartier, ils ne font pas attention à l'autre besoin d'entendre la parole de Dieu, et ainsi ils en restent entièrement privés.
On ne comprend donc pas comment pourraient se justifier certains Curés qui, non-seulement négligent d'aviser à ce que les églises annexes ne manquent pas du bienfait de la parole de Dieu, mais encore défendent positivement qu'on n'y prêche, sous prétexte qu'autrement les personnes resteraient étrangères à l'église paroissiale et ne viendraient plus entendre la voix de leur pasteur. Ils ne réfléchissent pas que ceux qui jouissent de l'avantage de la messe sur les lieux ne veulent pas prendre la peine d'aller au loin entendre l'instruction ; que si quelques-uns prennent cette peine, la majeure partie ne le fait pas et qu'elle reste ainsi privée de cet aliment salutaire. Seraient-ils plus excusables, les Curés, si, pour avoir une douzaine d'auditeurs de plus quand ils prêchent, ils permettaient et voulaient presque qu'une centaine de paroissiens restassent privés de la parole de Dieu ?
Les théologiens sont d'accord pour enseigner que le Curé est obligé d'instruire les ignorants, même
en particulier, quand, autrement, ils resteraient prives de la science nécessaire au salut éternel. Or, pourrait-on supposer qu'ils permettent au Curé d'eiripêcher, et même de défendre qu'il n'y ait un moyen commode d'instruction, comme serait la prédication dans l'église annexe d'une localité ? Les Curés diront qu'en cette prétention ils ont le droit pour eux ; mais ils doivent remarquer que le droit est en leur laveur dans la supposition que les paroissiens puissent commodément entendre la parole de Dieu à l'église paroissiale ; que si cela n'est pas, tout droit humain ecclésiastique qui pourrait les favoriser dans l'autre cas cesse en présence du devoir naturel dium, obligeant à procurer les moyens d'instruction à tous les fidèles confiés à leurs soins.
. Sur la modération à apporter par le Curé dans l'exposition des doctrines de la morale chrétienne.
256. Certaines opinions rigoristes du milieu du dernier siècle causèrent un grand tort, jusqu'à ce que les œuvres de saint Alphonse de Liguori les firent délaisser par le clergé presque dans tous les cours de morale en désaccord avec le sien, et firent aussi abandonner par les âmes pieuses tous les livres de piété discordant avec les siens.
L'Eglise, pendant longtemps, a souffert du double fléau, du relâchement des athées et du rigorisme des pharisiens. Celui-là excitait à l'impiété les dupes, celui-ci épouvantait les timorés. De là, tandis que, d'un côté, la voie à l'irréligion débordante s'aplanissait et s'élargissait ; de l'autre,
on rendait la religion presque impraticable. Ce second fléau n'était pas moins funeste que le premier et suscitait une plus vive indignation. Car s'il est naturel que les promoteurs de l'impiété en favorisent le développement, cependant c'est une chose trop répugnante que les gens pieux se consument pour suffoquer la piété elle-même ! Ce second fléau a généralement cessé, et Dieu, à cette fin, s'est servi de la plume de saint Alphonse, comme chacun le reconnaît, spécialement en Italie et en France.
Cependant, il est à noter que les livres écrits à cette époque existent encore aujourd'hui, et qu'il y a des catéchismes, ou instructions sur la doctrine chrétienne, qui se ressentent de cet excessif rigorisme, bien qu'écrits avec bonne foi. Il arrive, en effet, que toute erreur qui prévaut, marche toujours entourée comme d'une atmosphère d'idées viciées , d'autant plus répréhensibles qu'elles se rapprochent de cette erreur, et d'autant moins répréhensibles qu'elles s'en éloignent, mais toujours répréhensibles, tant qu'elles restent dans le cercle de cette erreur.
Et il arrive que même certaines personnes bien pensantes, se flattant de pouvoir atténuer la divergence qui existe entre la vraie doctrine et la fausse, quand celle-ci jouit déjà de quelque faveur dans l'opinion publique, s'efforcent d'être le plus conciliantes possible, en entrant, sans s'en douter, quelque peu dans cette atmosphère d'idées courantes, et si elles ne tiennent pas d'opinions qu'on puisse appeler l'erreur en vogue, elles en tiennent quelques-unes qui y ont certainement quelque rap-
port et affinité. C'est pourquoi on trouve facilement des cours de catéchismes écrits par de bons auteurs, qui pèchent par une excessive rigidité, rigorisme qui ne rend aucun méchant meilleur et qui décourage les bons.
257. Depuis que le Seigneur a accordé au monde le bienfait des Œuvres de saint Alphonse, tant morales qu'ascétiques, qui ne laissent rien à désirer pour l'érudition, pour la clarté et la solidité, le Curé ne s'aventurera plus en aveugle avec les instructions catéchistiques des auteurs , même les plus en réputation ; qu'il s'en serve, s'il le veut, pour la division des matières, pour les comparaisons et les exemples ; mais pour la morale, il ne répétera plus ce qu'il a trouvé dans un livre, il observera bien si les opinions du livre sont conformes aux doctrines de saint Alphonse, et les trouvant discordantes, il abandonnera celles de cet auteur et lui substituera celles du saint. Pour cela, il serait à désirer que tout Curé eût près de lui sa Théologie morale, VHomo apostolicus, ou le Compendium en langue vulgaire ; de plus, sa Pratique de l'Amour de Jésus-Christ, ses CEavres spirituelles, les Gloires de Marie, son Catéchisme aupeuple, et même d'autres œuvres de lui ; quelle qu'en soit la quantité, il n'y en aura jamais trop. Pour la morale, elle pourrait être remplacée par Gousset et Gury, notamment par l'édition romaine de Gury, avec les notes de Ballerini : il parait que ces auteurs n'ont aspiré à aucune autre gloire qu'à celle d'être les imitateurs et les sectateurs de ce saint.
Donc, que le Curé, expliquant le catéchisme, suive les doctrines douces de saint Alphonse, et
qu'il ne redoute pas, à cause de cela, d'encourir le blâme d'être relâché. Il fut un temps, il est vrai, que tous les vieillards se rappellent encore, où le saint était impunóment accusé de relâchement, et où ses principes étaient combattus avec cette ardeur avec laquelle on devrait combattre les doctrines subversives des bonnes mœurs ; mais à présent ce temps est passé. Saint Alphonse jouit d'une si grande vénération, d'une confiance si entière, d'une estime si universelle qu'il n'a pas son semblable après saint Thomas. La théologie morale qu'on peut dire être entre les mains de tous, dans les cinq parties du monde, et qui y sert de régulateur pour les consciences, c'est la sienne. S'il y a encore quelque rare mélancolique qui se glorifie de combattre ses doctrines et de nier son autorité, on le laisse aboyer comme un chien devant la lune, et on a pitié de lui par sentiment de charité.
258. Il faut ici répondre à une objection qui peut séduire et impressionner vivement les esprits , savoir : en prêchant, on doit toujours présenter les doctrines les plus rigides et les plus sévères, parce qu'ensuite, dans la pratique, on ne s'élargit que trop et on se montre suffisamment doux ; au contraire, si l'on prêche les doctrines les plus larges et les plus douces , elles s'élargissent encore davantage dans la pratique, et on tombe dans un vrai relâchement.
De prime abord, l'objection a beaucoup de force, toutefois elle repose sur un principe de fausse prudence, fait pour tromper plutôt que pour instruire le peuple chrétien.
La chose la plus sacrée au monde devant la
raison et la foi, c'est la vérité, chose si sacrée que par aucun motif il n'est jamais permis de l'aUérer, contrefaire ou dùfigui'er. En effet, scruil-il jamais permis de prêcher que celui qui a volé cent doit restituer cent un, quand, par cette assertion, on pourrait obtenir le plus grand bien ou détourner le plus grand mal? Non, jamais. On ne doit énoncer que la seule vérité, et surtout quand on parle dans la chaire de vérité; de plus, le Curé qui altère, conlrtifait ou défigure la vérité, même pour une bonne fin, commet un grand mal, qui ne peut jamais se justifier.
Ce principe établi, quand le sentim iit le plus sévère est reconnu conforme à la v.-;iié, il faut nécessairement le prêcher ; mais si, au contraire, le sentiment le plus doux est reconnu conforme à la vérité, il faut nécessairement le prêcher. Si dans la pratique on craint un abus de relâchement, le Curé devra- l'empêcher par d'autres moyens, mais jamais par l'expédient de défigurer la vérité. Exemple : C'est une doctrine suffisamment certaine que, pour la sanctification des fêtes, en considérant le précepte eu lui-même, c'est assez de s'abstenir des œuvres défendues et d'entendre la sainte messe. Toutefois, il est évident que si le Curé enseignait crûment au catéchisme : Pour satisfaire au précepte de la sanctification des fêtes, c'est assez de s'abstenir des œuvres défendues et d'assister à la sainte Messe, alors beaucoup abuseraient de cette doctrine, en mettant de côté toute instruction religieuse. Or, pour obvier à cet abus très-problable, le Curé devra-t-il changer d'enseignement? Non certainement. Mais il devra expliquer la doctrine véritable, qui enseigne
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que le chrétien, en vertu du précepte de la sanctification des fêtes, est obligé de s'abstenir des œuvres serviles, des contrats, etc., et aussi d'assister à la sainte Messe ; qu'en outre, afin qu'il ne manqué pas de l'instruction voulue sur les vérités concernant la foi et les mœurs, il est obligé de fréquenter les instructions qui se font les jours de fêtes, instructions qui pour cela même sont obligatoires pour les Curés par un très-rigoureux précepte de la sainte Eglise. Voilà comment on empêche que quelqu'un n'abuse de cette doctrine, sans que la vérité en souffre.
2o9. Egalement, c'est une doctrine assez sûre et intrinsèquement plus probable, comme l'enseigne saint Alphonse, que le pénitent, ayant reçu l'absolution, s'il se ressouvient d'un péché omis par oubli, peut communier sans retourner auparavant au confesseur, en différant la confession de ce péché jusqu'à la première fois qu'il se présentera de nouveau au confesseur. Or, dans la crainte que quelqu'un, ne sachant pas distinguer entre cas et cas, ne vienne à communier avec quelque péché caché tout exprès, serait-il bien qu'on approuvât que le Curé enseignât au peuple que celui qui mettrait en pratique la doctrine susdite commettrait un sacrilège, comme le commet celui qui va communier avec un péché caché volontairement? Non, jamais. Le Curé devra expliquer clairement et bien faire comprendre qu'il 8'agit de péché omis par défaut de mémoire, et par conséquent déjà remis avec les autres, déjà effacé dans l'âme, et que cela ne s'applique pas au péché omis à dessein, ce qui a rendu la confession sacrilège, etc. De cette façon, le danger d'une fausse
application ne disparaitrait-il pas sans altéralioa de la vth'itc?
260. Il faut remarquer aussi que le Curé n'est pas l'arbitre, mais le simple exposant des diûérents sentiments théologiques. 11 ne peut, en conséquence, exiger que ses paroissiens adoptent son sentitiment ou celui du moraliste qu'il suit. Ses paroissiens ont droit d'apprendre de lui si une chose est licite, et quand probablement elle est telle, il ne pourrait pas leur refuser le droit de la mettre en pratique.
Par exemple, un de mes paroissiens aisé trouve un écu dans la poussière d'une rue parcourue journellement par des milliers de personnes ; qui pourrait savoir depuis quand il était là? Il est impossible d'arriver à découvrir le maître. Selon le sentiment plus sévère, mon paroissien doit donner cet écu aux pauvres, et selon le sentiment plus doux, il peut le garder. Or me serait-il permis de lui affirmer nettement qu'il doit donner cet écu aux pauvres, qu'autrement il se rend coupable de péché mortel, comme détenteur du bien d'autrui? Et n'at-il pas le droit d'apprendre de moi, son Curé, que, selon un sentiment solidement probable, s'il veut, il peut garder cet écu sans aucun scrupule ? Seraitil juste que, par ma doctrine sévère, je le misse dans la nécessité, ou d'ôter cet écu de sa bourse, ou de commettre un péché mortel ? D'où pourrait me venir cette autorité d'imposer de cette façon à mon paroissien mon opinion? (1) N'oublions jamais que
(1) Que ceux qui sont trop faciles à obliger aux restitution! douteuses méditent le cas suivant de Gury : An C07ifessa7nus ad restitutionem teneatur si proprias opiniones imponat cum damno
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l'Eglise seule a l'autorité de décider dans les controverses théologiques, et qu'elle seule peut dire, en les définissant : Si vous suivez telle ou telle opinion théologique, vous ferez un péché mortel.
261. On ne pourrait opposer que fréquemment les théologiens définissent certaines questions disant : on pèche moi'tellement, si l'on ne suit pas telle ou telle doctrine, bien que controversée dans les écoles ; caries théologiens écrivent pour les théologiens et pour les confesseurs, qui connaissent la valeur du peccat mortaliter; ils savent parfaitement qu'un peccai mortaliter^ qui n'a d'autre appui que l'opinion de quelques théologiens, est une assertion peu concluante, dont personne ne s'émeut, et on ne se fait pas scrupule d'en rire. Au contraire, le peuple ignorant la valeur et l'existence de certains sentiments théologiques, s'il entend le Curé prêcher : Celui qui fait telle action, commet un péché mortel, pense que telle est la doctrine de l'Eglise, dont il n'y a pas à douter. C'est pour cela que les définitions ou décisions des théologiens dans leurs livres n'ont aucune conséquence nuisible, tandis qu'au contraire celles lancées du haut de l'autel ou de la chaire par le Curé, sans fondement réel, auraient des conséquences très-graves et très -nuisibles, parce qu'elles serviraient plus à tromper le peuple qu'à l'éclairer, et obligeraient les consciences à des choses auxquelles personne ne peut les obliger.