N'allez pas croire que plus le Curé sera sé
pœnitentis? R. affirmative cum Bouvier: Si enim confessarius urgent, v. gr. obligationem restitutionis in casu, in quo duplex datur opinio probabilis inter theologos, urget injuste cum damna pani" tentis ; sed ille qui est causa injusti damni, ad restitutionem ten«turi ergo ; eie, {Casus consc. — Casus de consc. IX ad q. o.J
vére dans sa prédication, mieux cela ira pour les mœurs et pour le peuple : c'est tout le contraire qui arrive ordinairement. Celui qui est trop rigoureux dans sa prt'ulication est regardé parle bon sens populaire et désigné comme outré; de plus, ses paroles éprouvent communément un fort déchet, et quand même il parle ensuite avec justesse et mesure, on ne lui donne pas pleine créance. Il y a plus, on ne l'écoute pas volontiers, et bon nombre de paroissiens, précisément à cause de cela, ne vont plus à ses instructions. Les prédicateurs rigoristes ne font qu'éloigner de la parole de Dieu les dévoyés, et décourager les âmes pieuses. Quelquefois les confesseurs eux-mêmes sont forcés de dire à leurs propres pénitents que certaines assertions du Curé ne méritent pas une foi aveugle et ne font pas règle pour leur conduite, et s'ils sont d'une conscience trop méticuleuse, ils sont forcés de leur dire d'aller entendre la parole de Dieu de la bouche d'un autre prédicateur, s'il y en a dans la localité, et de ne pas aller entendre la prédication de leur Curé.
L'expérience démontre que là où se prêche la doctrine la plus sévère, là aussi est plus grand le libertinage. De l'aveu du cardinal Gousset , cela est arrivé en France quand les doctrines rigoristes y étaient le plus en vogue. Là, on prêchait du haut de la chaire les plus sévères sentences de Tertullien; on y enseignait des doctrines plus faites pour les anachorètes que pour des chrétiens vivant en société ; on prétendait que ceux qui voulaient s'asseoir à la sainte Table fussent presque des anges : en même temps, les conversations, les réunions, les théâtres se siijnalaient par un
relâchement qui ne le cédait guère au paganisme ; le dérèglement ùe se cachait pas, mais il montrait plutôt avec ostentation et en tous lieux ses infamies, qui commençaient au sommet du trône et allaient jusqu'à la fange du carrefour ; mais parce qu'alors la mode voulait encore qu'on accomplit le devoir pascal, pareille dépravation n'empêchait pas la com- ! munion pascale.
I 263. Outre l'emploi d'une grande modération et du I juste milieu dans l'exposition de la doctrine chré- I tienne, le Curé devra encore avoir attention à ne pas toucher à ces subtilités qui, au lieu d'éclairer le peuple, ne ser\àraî .:' qu'à donner des scrupules et des ; doutes aux co:.i.jiences. C'est un point où se montrent manquer quelquefois de discernement et de discrétion les plus érudits catéchistes, qui possèdent à merveille toutes les distinctions des théologiens. 1 J'ai vu un catéchiste qui sétait mis dans la tète ' d'enseigner au peuple toutes les manières qui font qu"un péché véniel peut devenir mortel, et qui disait : 1° par conscience erronée, si l'on croit que son péché soit grave; 2** par affection excessive, si l'on était dans la disposition d'esprit de commettre un '.A véniel, même quand il serait mortel ; 3° par is de la loi ou du supérieur, se proposant de faire Ce péché parce qu'on ne veut se soumettre ni à l'un ni à l'autre ; 4° par fin gravement mauvaise, ayant intention de produire un mal grave avec un péché véniel ; 5** par un effet mauvais prévu, quand on conr nait que le péché véniel peut produire un mal considérable. Ce sont là des distinctions théologiques raisonnables et justes ; toutefois il suffit d'un disi cernement médiocre pour comprendre que la ma-
jeure partie des auditeurs ne les saisira pas toutes, au moins sans de notables altérations, et pour savoir que les personnes à consciences délicates se mettant à examiner si leurs péchés véniels ont quelqu'une de ces cinq conditions, il leur paraîtra qu'il s'en trouve plus d'une; que même la pensée seule que le péché véniel peut se changer en mortel de tant de manières, les tiendra dans une perpétuelle angoisse, et qu'elles devront ainsi craindre de se charger de péchés mortels pour tout acte d'impatience qu'elles feront, pour tout mensonge officieux qu'elles diront.
Il est hors de doute qu'il faut enseigner au peuple la doctrine élémentaire et les conséquences les plus directes qui en dérivent, comme fait saint Alphonse dans son Catéchisme au Peuple. Le reste doit être abandonné au bon sens des auditeurs qui, quand ils se trouveront dans quelque embarras pour un doute particulier, l'exposeront à leurs confesseurs, et ceux-ci le résoudront selon le besoin et la capacité respective. Ceux qui subtilisent n'éclairent pas le peuple, mais l'embrouillent ; ils ne lèvent pas les doutes, mais ils les multiplient. Je le répète : Vouloir enseigner au peuple la théologie, soit dogmatique, soit morale, est une entreprise vaine et ridicule.
264. Le Curé doit avoir, dans l'explication du catéchisme, attention à une autre chose très-importante : c'est de n'annoncer comme péchés mortels que les choses manifestement telles, comme serait le vol d'un objet de valeur, la fornication et les désirs s'y rapporj.t<j)t ; l'omission de la messe les jours de féteo, ^ans raison ; l'omission du devoir
DES DEYOraS DU CUEE. 197
pascal, etc. Quant aux actions mauvaises qui ne
I sont pas évidemment péchés mortels, le catéchiste
se bornera à dire que ce sont des péchés. Qu'on ne
s'arrête pas à opposer que ces actions mauvaises
j sont déclarées péchés mortels par tel ou tel théo-
1 logien ; car, comme nous l'avons déjà dit, tel et tel
I théologiens sont libres d'émettre leurs opinions,
i sans que cela change rien à la substance des
choses, et puisse faire que ce qui peut-être ne
l'est pas soit ou doive être appelé péché mortel.
A moins d'avoir une déclaration de l'Eglise ou
le sentiment commun de tous les théologiens, le
I catéchiste ne doit jamais prononcer qu'une faute
soit grave ; quand il y a controverse, il s'abstient
de tout jugement.
Par exemple : Quelques théologiens disent que dérober un franc est péché mortel ; d'autres exigent une somme supérieure ; le Curé prudent ne dira jamais que le vol d'un franc soit péché mortel, mais il dira que c'est un péché, et rien de plus (1). Les catéchistes rigoristes qui, à la légère, affirment 5ue telles ou telles actions coupables sont péchés mortels font réellement commettre des péchés mortels par la conscience erronée qu'ils forment dans leurs auditeurs.
263. 11 est à noter encore que quelquefois la prudence conseille de ne pas prêcher que ce soit in péché mortel, bien que, d'ailleurs, ce soit re- ' iiiu comme tel par le consentement commun des
De la réserve de raateur sur le vol d'un franc, ne concluez autre , sinon qu'en une matifere si variable, il faut se tenir sur la retour ne rien ou l'er, bien que généralement, à notre époque et notre pays, laigent, déprécié par sa multiplication, admette i élasticité qu'autrefois. {Note du traducteur. J
théologiens, si l'on a raison de croire que les auditeurs n'en resteront pas persuadés et qu'ils n'en feront ni plus ni moins, mémo malg-ré l'avis du Curé. Prônons pour exemple Ips superstitions : Elles sont par elles-mêmes vraiment péchés mortels, ce qui s'entend si elles sont revêtues de toute la malice que suppose leur nature ; mais dans la pratique, sur cent femmes superstitieuses, il ne s'en trouve peut-être pas une qui croie ou soit disposée à croire que ses vaines observances soient une grave offense de Dieu. Si quelques-unes restaient persuadées par l'autorité du Curé qui l'affirme, elles ne laisseraient pas, pour cela, de les pratiquer, tant est grande la force du préjugé, des fausses idées préconçues et des coutumes. Il sera donc prudent que le Curé fasse connaître l'absurdité des superstitions, qu'il affirme qu'en elles-mêmes elles sont une véritable offense de Dieu, qu'il invective contre ceux qui s'obstinent à les pratiquer, qui ne sont guère que des femmes; mais que, toutefois, il s'abstienne de dire qu'il y a péché mortel, ce qui, d'ailleurs, généralement parlant, serait faux. Eu effet, dans la pratique, il manque à ces superstitions, le plus souvent, cette malice que les théologiens leur supposent, prises in abstracto. Les théologiens enseignent qu'il y a malice grave, parcQ qu'ils y supposent un pacte délibéré, exprès ou implicite avec le démon, chose qui n'existe pas, en général, dans la pratique : les femmes superstitieuses n'ont jamais songe à ce pacte avec le démon en cherchant à connaître les numéros que la loterie fera sortir, ou eu guérissant les maladies par de vaines observances et des moyens ineptes
DES DEVOmS DU CURE. 199
employés, ou en faisant de l'astrologie par les cartes (1). Une ignorance presque bestiale, un procédé presque bestial de découvrir des choses, voilà ce qui les fait superstitieuses. Cela s'entend, m général, parce que çà et là, on rencontre des femmes remplies d'une malice infernale, qui, pour arriver à leurs fins, ne craignent pas de se faire rendre quelque service par le démon ; mais elles sont trèsrares : elles connaissent qu'il y a péché mortel dans leurs pratiques superstitieuses, sans qu'il y ait besoin du Curé pour le leur apprendre en chaire.
266. Le Curé aura encore une autre attention , savoir : ne pas enseigner cette doctrine sévère qui prétend que, en matière honteuse, il n'y a pas d'ignorance invincible ; et, par conséquent, que si quelqu'un avait péché par immodestie, dans son enfance, sans en connaître la malice, quand il arrive à la connaître, il est aussitôt obligé de s'en confesser, sans quoi il ferait un sacrilège. Cette doctrine doit paraître bien étrange à ceux qui croient qu'il faut laisser, le plus possible, les enfants dans l'ignorance de la malice de ce péché et qui prétendent qu'ils ignorent cette malice. Si les enfants, en effet, devaient nécessairement connaître la malice des choses déshonnètes, et pécher réellement et gravement chaque fois qu'ils com-
(1) Cette excuse peut paraître outre'e à plusieurs, ilais saint Liguoil cite un bon nombie de théologiens supposant seulement pe'ché v(<mel dans ces pratiques superstitieuses, lorsque c'est bien plus bêtise que pacte quelconque avec le démon. Au reste, les Curés tâcheront de détromper les fidèles sur tant didées et de pratiques superstitieuses qui déshonorent encore la face du christianisme, et fa'entretiennent tant d'almanacbs populaires.
{Note du traducteur.)
mettent des actions indécentes, la charité et la justice demanderaient qu'ils lussent instruits de bonne heure sur celle matière et qu'on leur donnât tous les avis opportuns, afin qu'ils se tinssent sur leurs gardes pour prévenir ces péchés.
Si l'on oppose que les enfants sont suffisamment instruits de la malice de ces actions par la honte qu'ils leur occasionnent, si bien qu'ils ne voudraient pas les faire à la vue des personnes , pour résoudre une difficulté aussi frivole, il suffira de remarquer qu'il y a d'autres actions innocentes, comme de satisfaire aux besoins naturels, et qui sont aussi accompagnées de pudeur. En outre, si la honte était un signe certain du péché, ne s'ensuivrait-il pas qu'on ne pourrait disculper de faute même les personnes mariées remplissant le devoir conjugal ; car elles éprouvent aussi ce sentiment de pudeur. Il est de fait, encore, que des garçons et des filles vertueux, qui par ignorance commettent des actions indécentes, avertis par quelque instruction entendue ou quelque avis donné, aussitôt qu'ils connaissent que ces actions sont coupables, s'ils ne s'amendent pas parfaitement, au moins font-ils des efforts extraordinaires requis pour résister à la violence de l'habitude contractée. Or est-il à supposer que ces garçons et ces filles, si bien disposés pour s'amender dès les premiers avis, s'ils étaient morts avant le premier avis donné, seraient damnés ? Et cependant ils devraient être damnés infailliblement, si l'on n'admet pas d'ignorance invincible. Je ne sais comment définir des opinions aussi hasardées, et je ne puis comprendre comment elles peuvent obtenir l'appui d'un seul théoiogieu.
Si, malgré cela, le Curé rigoriste avait encore quelque scrupule, il le déposera facilement, en pensant que saint Alphonse de Liguori n'a pas craint d'enseigner aux religieuses elles-mêmes la doctrine suivante. Voici ses paroles : « Au sujet des légèretés ou des libertés immodestes commises dans le temps de l'enfance, mais sans connaissance de leur malice, on n'est pas obligé de s'en •confesser. Dire qu'elles se sont faites en cachette n'est pas une preuve certaine de la malice, car certains actes naturels, bien qu'accomplis en secret par les enfants, ne sont certainement pas pour cela des péchés. Donc, on n'est tenu de se confesser spécialement de ces choses-là, qu'autant qu'on se souvient de les avoir commises avec la conscience de faute grave , ou au moins avec le doute si c'était faute grave ». {La Sainte Religieuse, c. 18, n. 14, de la Conf.) En conséquence, selon la doctrine du saint, bien que les garçons et les filles eussent connu que ces actions étaient coupables, si cependant ils les avaient crues des légèretés et foldtreries n'excédant pas le péché véniel, ils ne seraient pas non plus, dans ce cas, obligés de s'en confesser lorsque plus tard, avec un jugement plus formé, ils connaîtront leur gravité.
Cette prudence qu'emploie saint Alphonse pour soustraire aU péril de commettre des sacrilèges quelque religieuse trop honteuse qui aurait commis quelque faute sans en connaître la malice, le Curé l'emploiera aussi avec des âmes timides qui se trouvent dans ie peuple chrétien, qui éprouvent une honte quasi insurmontable à confesser les actions immodestes de leur enfance, faites par 16-
gèreté, sans en connaître la malice, ou au moins sans faire attention à la gravité de la malice.
Avis pour la prédication sur le sixième oommaiidement {{).
267. Cette matière étant plus délicate, plus périlij leuse, et dans son ensemble plus importante que toute autre, elle m'a paru exiger des uvis spéciaux.
(1) COXTBB L'ONANISire
Tiré de Mgr Sailer (t. ii, p. 3C3).
Un sa^ pasteur veille à ce que la jeunesse ne soit point infecta de la peste de l'onanisme. Pour cela il connaît les signes de ce te contagion et les moyens d'en emviêcher le développement.
Le pire de tout, c'est quand ce vice a été inocule à une grande partie des enfants par un ou deux enfants avant que le pasteur en ait eu connaissance. Mais, ici encore, le zèle trouve le remède. 1\ iu^t avant tout de découvrir tonte la chaîne de la séduction, c'est-à- lii-e les principaux auteurs, ceux qui oni été séduits et le lieu de cette œuvre de ténèbres. Ce premier tls Utat obtenu, le pasteur se livre îl un triple travail. Il corrige, par ses avertissemo-its et prières, etc., ce qu'il peut corriger ; Ta où il ne peut atteindre, il appelle au secours la puissance paternelle ; enfin, ce que ni lui ni la famille ne peuvent coiTiger doit être réprimé par l'action de la police et di l'autorité locale.
Les moins coupables trouveront une délivrance assurée au confe»sionnal et dans leurs rapports avec le Curé.
Pour l'intervention des parents, il faut s'attendre à ce qu'ordir nairement ils préfèrent mettre en suspicion le pasteur plutôt qi leurs enfants. C'est ainsi que les parents se montrent eux mêmei les premiers ennemis de leurs enfants.
Un sage pasreur veille à ce que la jeunesse nubile soit préservée de la volupté, qui corrompt tout. Quand la paroisse est à proximité d'une grande ville ; quand l'esprit du temps en est venu k ne voit que des faiblesses dans le vice impur, quand, etc.; combien n'estai pas difficile il un prêtre dédaigné de préserver les fleurs de paroisse Ì
Est hornbilis gtddem illa, sed summi momenti atque mullipUei»
Le premier avis, c'est que le Curé prêche fréquemment et avec feu contre ce vice-là, qui, au dire de saint Remi, à lui seul fait plus damner d'âmes des chrétiens que tous les autres vices ensemble. Il est nécessaire de se persuader que ce vice n'admet pas de distinctions notables entre les paroisses de Villes ou de campagnes, entre les gens bien élevés ou rustiques, entre nations et nations, parce que c'est partout le vice prédominant.
Le Curé donc s'élèvera contre ce vice et souvent et avec zèle. Ces pasteurs des âmes, qui, sous prétexte peut-être de ne pas mettre de la malice où il n'y en a pas, ne touchent jamais ce sujet dans leurs instructions, comme s'ils avaient affaire à des anges, font mal. Il faut remarquer d'abord
exTierientis testimoniis coiifirmata ventas, quod unus immodicus
' prxmaturus voluptatum usus, pnesertiinverà vaga et indomita
'•» sanitatem corporis et animi omnem destruat, et prxcipuè
generatricem humano generi natura insitam, sernenque propa--
0 generi humano destinatum ita enervet atque corrurnpat , ut
... .adente dein matrimonio, nonnisi imbelles, atque peste scelerum
paturnorum non minus quam labe corporis infecti homunculi progi-
gni possint, non minore humant genetHs, quàra solidx pietatis atque
tnasculai virtulis detrimento.
J'ajoute, au sujet de la lubricité', une observation consigne'e dans Cornélius a Lapide, et qu'il est bon de connaître :
Comm. in Eccle., c, xxvi, y 14. Clarè S. Chrysostomus inquit: Propria mulieris passalo est luxuria. H conclut au y 15 : Hinc concors est philosophorum et medicorum sententia, feminas viris esie petulantiores et salaciores.
Comm. in Osée, c. iv, y 16, il dit : Feminx omnium pene animantium magis lascivie sunt, petuls et delire, quàm mares, uti docet Arisioteles.
Enfin, Comm. in I Ep. S. Pétri, c. m, y 2, il ajoute : Femina enim et natura, et fragilitaie , et complexione (utpotè calidà et kumiddj in venerem valdè est propensa... Aristoteles sériait mu~ hères i/. venere esse insatiubiles.
Que cette leçon tienne lieu d'expérience.
(Nota du traductcvr.)
20i MANUEL PRATIQUE DU JEUNE CURÉ.
que cotte malice est beaucoup plus répandue qu'on ne croit, que les âmes qui ignorent vraiment !o mal sont très-rares, et que, par égard pour ce trùspetit nombre, il n'est pas juste d'omettre d'avertir, d'éveiller et de prémunir tant d'innombrables personnes qui ne connaissent que trop le mal. Ces âmes rares méritent des égards, le lieu saint médite du respect, et la faiblesse réciproque tant de celui qui parle que de ceux qui écoutent mérite des ménagements ; c'est pourquoi celui qui a à prêcher sur cette matière, doit le faire avec circonspection et réserve ; mais, d'un autre côté, ce n'est pas une raison pour s'imposer un silence absolu et perpétuel.
Certainement que le premier soin que doit avoir le Curé, c'est de parler de ce vice de manière que celui qui ne sait rien ne puisse rien comprendre, et que celui qui sait n'ait l'esprit impressionné d'aucune idée malséante et déshonnète. Le Curé doit se figurer un ange parlant là-dessus et parler comme lui.
C'est pourquoi il doit toujours parler à contrecœur et montrer de l'effroi, comme on fait quand, par nécessité, on a à parler aux personnes bien f élevées de choses désagréables. Il devra ainsi se garder attentivement de parler en riant ou avec de bons mots plaisants, comme on pourrait le faire sur d'autres sujets. Ce serait encore pire s'il faisait quelque jeu d'esprit avec un sens équivoque, propre à exciter l'hilarité dans l'auditoire : ce serait une profanation qui ferait le plus grand tort au Curé. Il est clair qu'à la manière dont quelqu'un parle de ce vice, on connaît facilement s'il est pur
•Es DEVOIRS DU CUIlÉ. 205
OU non. Une âme pure pourra-t-elle jamais parler de ces obscénités avec le sourire sur les lèvres ?
208. Il doit se garder de la crainte de n'être pas compris suffisamment, d'où résulterait un langage trop à découvert et vraiment scandaleux ; scandaleux pour les âmes étrangères à ce vice, qu'elles apprendraient nécessairement ; scandaleux pour tous les autres auxquels se présenteraient des imaginations périlleuses et séduisantes. On doit noter que, parlant sur cette matière, il faut être trèssobre de paroles et employer des termes voilés, mais de façon à être compris suffisamment par ceux qui doivent comprendre : les plus niais et les plus bouchés montrent ici un esprit délié et éveillé.
En parlant de ce vice avec tous les ménagements et toute réserve, en usant de la plus grande pureté de style et de la sobriété de paroles, en montrant de l'horreur et de l'effroi, il n'y aura aucun danger que le Curé nuise à quelque âme ; mais il fera du bien à toutes les âmes indistinctement, et même il inspirera à celles qui n'ont pas la connaissance du mal, non la haine d'un péché ignoré, mais la haine du péché en général.
269. Ensuite , le Curé devra par-dessus tout recommander la fuite des occasions et des excitants à ce vice, et inculquer aux chrétiens qu'ils se tiennent bien sur leurs gardes dans les petites choses comme dans les grandes, qu'ils veillent dans les moindres comme dans les plus grands r périls ; car personne n'est en sûreté, s'il n'a une entière défiance de lui-même et s'il ne se garde des premières atteintes du mal , qui sont des iIA.^^ DU J. CuaÉ. 12
206 BIANUEL PRATIQUE DU JEUNE CUBÉ.
étincelles dont chacune est capable d'allumer un grand incendie.
Il devra aussi exhorter continuellement s ; paroissiens à se prémunir contre ce vice par 1;l prière, la fréquentation des sacrements, la dévotion à la Sainte Vierge, la fuite de l'oisiveté et par tous les autres moyens, propres à maintenir les âmes dans la sainte crainte de Dieu.
Que le Curé se persuade bien qu'autant d'âmes il rendra chastes, autant, peut-on dire, il en sauvera. Il doit arriver très-rarement qu'une âme tombe en enfer , sans les péchés d'impureté. Celui qui, moyennant la grâce divine, a la force de vaincre le plus attrayant et le plus violent des vices, aura aussi la force pour surmonter tous les autres, bien moins excitants et bien moins puissants sur le cœur humain : faites des âmes chastes, et vous ferez des saints. Qu'il se persuade aussi , qu'en empêchant les péchés déshonnètes, il empêche une infinité d'autres maux, maux spirituels et maux temporels de tout genre, qu'il ne convient même pas d'énoncer ici, car l'énumération en serait trop longue (1).
(1) Dans une chose si sérieuse Je demande qu'on me permette une plaisanterie. On raconte qu'un certain i;idividu, dans tous les accidents et déiagrémen. s qui arrivaient, s'écriait : « Ça vient de la femme, ça vient de la femmme •; comme si sans elle aucun danger ne pouvait arriver. Or, se promenant dans une rue avec un ami, voici que deux pierres tombent d'un toit, dont une atteint un passant ; lui aussitôt se met a crier sel>n sa coutume : ■ Ça vient de la femme, ça vient de la femm£ ». Son ami, qui déjà d'autres fois avait tourné en dérision sa bi;::irrcrie, ne put s'empêcher de lui dire : • Oh ! vous êtes bien simple de prétendre qu'une pierre ne peut tomber d'eu haut, si une femme ne la pousse ». Toutefois, vérification faite de 1» chose, c'était précisément une femme qui avait placé ces deux pierres sur un drap mis sécher au soleil, pour que le vent ne rem»
270. Ces avis pourraient suffire, cependant, réfléchissant que l'éducation donnée par les parents aux enfants tient en grande partie à ce que la jeunesse
portât pas ; mais le vent, s'etant fortifié et ayant soulevé le drap, avait fait tomber les pierres. L'ami dut lui dire : « Pardonnez-moi, TOUS aviez raison ».
Voici les avis que donnait et le portrait peu flatteur de la femme que faisait, U 7 a deu- cents ans, l'auteur des Obligations des Ecclésiastiques (11 p., art. 17) :
• Je me sens obligJ d'avertir ici les jeunes Ecclésiastiques d'y prendre garde sérieusement, et de craindre les religieuses, les dévotes et les pénitentes plus que les autres. Je sais quils auront de la peine a croire ceci, parce qu'ils sont innocents et sans expérience ; mais il est pourtant vrai, qu'ils n'en doutent point...
« Que si l'on croit et sil'on prétend inspirer la dévotiou à une femme, ou l'y avancer, de mille vous n"en trouverez pas une propre. Les femmes no cherchent qua se divertir des matières même les plus spirituelles; elles humanisent et naturalisent toutes choses, jusqu'aux flc-fions les plus saintes; elles se jouent des confesseurs et des diuvî quelles choisissent a leur fantaisie et selon leur inclina- 1. ou pour les aimer, ou pour en être aimées, ou par intérêt à en retirer, ou pour se prévaloir de leur esprit et de leur pouvoir dans leurs affaires, ou pour être louées et Cotimées, et acque'rir la réputation de dévotes aux dénens des sacrements, dont elles ont abusé et abusent actuellement, ou aux dépens du temps qu'elles perdent auprès de ces innocents et lâches confesseurs, ou pour être consolées, ou pour entretenir, sous une fausse apparence de piété et de dévotion, leur mauvais esprit, leur vanité et leur libertinage. Ce dernier cas vous paraîtra plus étrange, mais U ne laisse pas que d'arriver •ouvent...
• En un mot, tout ce que dit et fait une femme ne tend, généralement parlant, qu'à Tamour actif ou passif, ou pir le naturel et l'instinct de son sexe, ou à dessein explicité aut implicite, ou afin que Ton suive et épouse son inclination, ou sa passion, ou son Intérêt.
• Pour le secret et la prudence, les femmes n'en sont pas capables, et quand elles auraient juré, elles fausseraient leur serment, et par la faiblesse de leur esprit et la légèreté de leur imagination, et par leur loquacité naturelle (ce terme passera) et leur flux de lan',Tic... ou par leur malice ; brevis omnis malitia super malitiam mulieris (Eccl.. XXV, 26), surtout qu nd il y va de leur intérêt et de la moindre de leurs passions. Et ne vous y fiez point, même après plusieurs années de confiance et de dévotion; car elles rompront l'amitié lorsque vous y penserez le moins, et mettront au hasard
soit affranchie OU esclavede lapins funeste de toutes lus passions, il faut encoiu ajouter quelques avis que le Curé devra donner aux parents.
votre réputation. Je veux môme quo vous n'ayez eu que de bonne» intentions et que voui ayez été assez prudent, le moindre dégoât et fucilerie qu'elles coucevruut contre vous, ou quelque scnipulii qui troublera leur imagination, les fera ch:injfer < leur malice est si gnuid ' que, sacliant bien que voui avez plui a perdre qu'elles, elles ne Ci-aliitlront point, pour couvrir leurs artifice., leurs mensonges, leui-3 fourberies et leur hypocrisie, de vous uccuocr et de vous blâmer cruellement. C'est un mallieur ordinaire et universel, par une contagion naturelle, que ceux à qui elles s'adressent les écoutent, qu'ils entrent dans leui's sentiments, qu'ils les appuient, et qu'ils prennent leur parti (a).
« Et si l'on est ferme dans le commencement en quelques points, on se relâche sur la tin et en d'autres rencontres. Au reste, il n'y a pour l'ordinaire qu'amusement, que perte de temps, qu'inclination, que naturante, que sensualité dans les dévotes. Elles feront s'-'mblant de suivre vos avis, et elles ne suivront que leur imagination et leur caprice, et il arrive très-souvent que cej fauises pénitentes et dévotes deviennent enfin et s'érigent en directrices de leurs directeur^. Et l'on peut dire en général que, le caractère de la femme devant être la soumission et Tobéiss :nce, ce n'est qu'insolence, qu'empire, que vanité, que luxe, liberté et iibertinage, que dissimulation, qu'hypoerioie, que mensonge, que causerie, que passion, que malice, quavarice, quiatJrêt, que changemjnt, qu'inconstance et faiblesse.
« Mais pour réduire tout ceci, et faire l'^matomiede l'esprit de la femme en peu de paroles, je puis dire par expéiience, supposant TEcriture, les Pères et l'Histoire ecclesia itiquc et profane..., que toute la conduite de la femme, quelle qu'elle soit, roule généralement sur trois esprits : esprit naturel d'inclination, d'humeur , d'imagination ; esprit de passion ; esprit de routine, d'habitude et do coutume ; en un mot, considérez une femme dans toutes ses pulsiances et dans tout ce qui la regarde, vous n'y trouverez que le yui de l'mour- propre : je ne parle ici qu'en général, et je sais bien les exceptions qu'il faut faire ; piene: -y garde, jeunes confeseurs ».
Je laisse aux sages à voir ce qu'il faut adoucir dans un tableau si chargé. Ce qui est sûr, c'est que l'ouvrage a été si goûté quii fut très-recommandé par l'archevêque de Besançon et souvent réédité. U a fallu cette autorité pour me décider à cette citation dans oa
(a) Que de prêtres ainsi viciiui;?? ae l'astuce des femmes I
DES DEYÔmS DU CimÉ. 209
Le premier sera que les parents usent de toutes les précautions pour ne pas donner eux-mêmes de scandale à leurs propres enfants. Qu'ils ne croient pas les enfants d'une vue si courte, d'une ouï esi grossière, ni d'un entendement si lent. Cela paraît impossible, et cependant c'est un fait que ce vice, encore en germe et dès son premier développement, peut rendre les plus tendres enfants attentifs, curieux et scrutateurs, comme ils le sont, sans le laisser cependant paraître ; il y a plus encore, c'est qu'ils retiennent avec une mémoire très-tenace tout ce qu'ils voient et entendent, de manière que si, par hasard, ils ne comprenaient pas de suite quelque malice, ils la comprennent ensuite en croissant un peu en âge.
temps où la religion n'a presque plus de consolation que dans les femmes seules. Saint Ignice se plaignait que la direction de trois dévotes lui donnait plus de peine que toute sa compagnie... Le P. Valuy dit, au sujet des dévotes : « Rien n'est plus commun qu'une piété d'imagination et de sentiment, rien de plus rare que la vertu solide u. n ajoute que, dans la direction des femmes, il y a trop souvent : 1° perte de temps ; 2» illusion ; 3° échec pour la réputation ; 4» naufrage de la chasteté.
Au reste, voici le sentiment équitable du grand maître saint Liguori :
« Dans les confessions des femmes, le confesseur doit user de grande prec lution et prudence pour ne pas exposer son âme et celle de ses pénitentes... Qu'il ne se laisse pas séduire par la pensée que telle pénitente est une sainte, parce que le démon se prévaut souvent de ce prétexte pour enflammer la passion..,
«Au reste, je ne dis pas comme d' utres (qui donnent dans l'excès Opposé), que c'est du temps perdu que de s'appliquer à diriger les femmes dévotes ; je dis, au contraire, que c'est une œuvre trèsagréable a Dieu que de conduire les âmes à la perfection : c'est pourquoi j'exliorte et je prie les confesseurs de mon diocèse de s'efforcer de faire avancer les âmes bien disposées dans le chemin de la perfection de l'amour divin, en quoi consiste toute la sainteté. (Le Confesseur des gens de la campagne, c. xxi, art. 2, § 2,
» 83, 20 J (iiote du traducteur.;
271. Qu'il prêche aussi qu'on ait grand soin que les frères et sœurs ne se donnent pas de scandale mutuellement, et n'en reçoivent pas en fréquentant d'autres compagnons ou voisins ; qu'on observe où ils vont et qui ils fréquentent ; qu'on ne les conduise pas aux théâtres ni aux bals, ni qu'on ne leur permette pas des livres de galanterie, ou d'autres excitants du vice.
272. Enfin, qu'on inculque aux parents qu'ils veillent à ne pas laisser les garçons contracter trop de familiarité, et, par-dessus tout, tète à tête avec les filles qu'ils recherchent en mariage. Je dis trop de familiarité, et par-dessus tout, tête à tête; car ce serait au moins inutile de prêcher que de futurs époux ne doivent jamais se voir. De telles visites sont en partie nécessaires , afin que de part et d'autre ils puissent se connaître avant de s'engager dans le lien indissoluble du mariage ; d'ailleurs, de toutes manières ils veulent se voir, attirés par la force de l'affection réciproque, qui, en vue du mariage, ne saurait être condamnée en elle-même.
Il faut aussi remarquer que ces visites ne sont pas par elles-mêmes si périlleuses qu'elles doivent être défendues généralement, vu que ceux qui ont de bons sentiments se visitent ainsi sans pécher, aidés qu'ils sont par la grâce de Dieu, qui ne peut pas leur manquer dans une chose honnête et convenable, comme est celle de vouloir se connaître avant de s'unir en mariage. Il est vrai que les mauvais pèchent à l'occasion de ces visites, mais aussi ils pèchent en toute occasion : ils pèchent en conversant avec les personnes qu'ils voient nécessan^ement dans le.commerce de la vie, ils pèchent
en passant dans les rues, ils pèchent souvent dans les églises, ils pèchent dans la solitude.
Toutefois le Curé devra recommander instamment aux parents d'employer dans ces visites une grande vigilance et d'exiger encore la discrétion convenable : une grande vigilance , pour que leurs enfants restent dans la ligne de la rigoureuse honnêteté, et à cet effet ils ne les perdront pas de vue ; on exige en plus la discrétion convenable, afin que ces visites ne soient ni quotidiennes, ni trop longues, ni continuées des mois et des années, parce qu'alors il ne serait pas à présumer que la grâce divine fût accordée pour ces cas ni nécessaires, ni convenables, qui deviendraient par là même très-dangereux.
Donc, comme il a déjà été noté au n» lis, on ne tolérera pas les veillées qui sont reçues çà et là, spécialement dans les bourgs et les villages, où les garçons ont coutume de faire l'amour aux filles pendant des années, sous prétexte ou même avec le leurre du mariage ; ces veillées sont la source d'innombrables péchés, l'origine de graves désordres, la vraie peste de la paroisse et la cause de damnation des parents inconsidérés qui les permettent. On ne veut ici autoriser d'autres visites que celles qui sont discrètes dans la fréquence, modérées dans la durée, toujours surveillées par des parents prudents et prévoyants, et nécessaires pour que les époux puissent se connaître suffisamment avant d'en venir à passer le contrat de mariage à jamais indissoluble.
De Vàr^ropos d'instruire le peuple sur le prix et le mérita de la virginité et de la parfaite continence.
273. Le Curé ne voudra pas se contenter de prêcher fréquemment et avec zèle contre le plus funeste de tous les vices ; il conviendra encore qu'il n'oublie pas la plus belle des vertus, qu'il en fasse l'éloge devant son peuple, parce que beaucoup de personnes s'en éprennent, la pratiquent et en sont heureuses. C'est la vertu de virginité et de parfaite continence, dont, par un préjugé trèsfuneste, on relève trop rarement le prix et le mérite. Ce préjugé est que c'est une vertu si difficile à pratiquer, que personne ne peut l'embrasser sans une vocation particulière de Dieu, et qu'elle est propre seulement aux prêtres, aux religieux et aux religieuses. Imbus de ce préjugé, certains prédicateurs et catéchistes ne parlent jamais du prix ni de l'estime de cette vertu : il leur parait que c'est chose si sublime qu'elle surpasse et excède la portée et la capacité des personnes vulgaires et de toutes celles qui vivent au milieu du monde. De même qu'il leur paraîtrait inopportun d'expliquer du haut de la chaire les théories de la théologie mystique et de vouloir introduire le peuple dans les arcanes des communications divines, ainsi il leur parait inconvenant de décrire le prix de la parfaite chasteté et de la taire aimer des personnes. Le silence qu'ils observent à cet égard est tel, qu'on dirait qu'ils veulent appliquer à cette vertu le nec nominetar in vobis (Eph., v, 3), que saint Paul enjoignait à l'égard du vice d'impureté.
DES DEVOIRS DU CURÉ. 2i3
Ce préjugé est contraire à la parole de Dieu, notamment à saint Paul, qui conseille généralement à tous les chrétiens la continence parfaite : Volo enim omnes vos esse sicut mcipsum (I Cor., Yii, 7); il est contraire aux sentiments des saints Pères, qui, expliquant le texte de l'Evangile : non omnes capiunt verhum istud, l'entendent tous en ce sens que non omnes capiunt, quia nolunt capere (voyez Cornei, a Lapidç sur cet endroit) ; il est contraire à l'expérience de tous les siècles, qui montre qu'il y eut toujours dans l'Eglise des vierges, des célibataires en grand nombre, qui menèrent une vie pure dans l'état laïque, au milieu du monde.
274. Pour dissiper ce préjugé, il suffira d'observer que le célibat ou la parfaite continence est une vertu qui, quoique non commandée, se doit de fait professer nécessairement par la moitié du genre humain au moins. Cette proposition surprend et parait un paradoxe, mais elle n'en est pas moins une vérité palpable. En fait, laissant de côté les enfants non encore arrivés à la puberté, que nous voulons croire exempts de tentation,voyons combien parmi la jeunesse restent forcés à la parfaite continence. Les filles y sont généralement astreintes jusqu'à dix-huit et vingt ans et au delà ; les garçons jusqu'à vingt-cinq et trente ans, et quelquefois plus, parce qu'ordinairement les uns et les autres, jusqu'à cet àge-là, n'ont ni l'occasion, ni la possibilité de se marier. De plus, tous les jeunes gens, même plus âgés, qui, ou sont assujettis au service militaire, ou n'ont pas de quoi soutenir une famille, ou qui, pour beaucoup d'autres motifs, ne peuvent se marier, doivent garder la continence,
214 MAKl'F', PRATIQUE DU JEUNE CURÉ.
ainsi que toutes ies filles, ou tout à fait pauvres, ou disgraciée^ (te la nature, ou qui, pour beaucoup d'autres motifs, ne peuvent se marier. Il est clair qu'un très-grana nombre de personnes de l'un et de l'autre sexo doit forcément vieillir dans le célibat. De piiiS, il y a beaucoup de veufs et de veuves, qui bc^ ;/<Mvent se remarier une seconde ni une troisième îois. Tous ceux-là sont condamnés à la continence parfaite, et ils sont si nombreux qu'évidemment ils dépassent la moitié des pubères.
Si cependant quelqu'un voulait en douter, il pourra s'éclairer par le recensement de la province de Gènes, du 31 décembre 1857. La population totale était de 313,402 individus. Parmi eux, on comptait 102,962 mariés et 210,610 célibataires et veufs; c'est-à-dire plus des deux tiers obligés, en fait, à la parfaite continence. Il faut retrancher les impubères, dont la statistique n'a pas donné le nombre : toutefois on comprend facilement que les garçons au-dessous de quatorze ans et que les filles audessous de douze ans, ne peuvent arriver à un tiers de la population. Il ne reste donc pas douteux que ceux obligés à la parfaite continence doivent dépasser la moitié des pubères. En fait donc, plus de la moitié des populations est contrainte d'observer cette vertu et de la conserver, comme on le sait, sous peine de péché mortel et de l'enfer.
Or une vertu, dont, de fait, un si grand nombre de personnes ne peut être dispensé, à laquelle ainsi se trouvent obligées, sous peine si grave et si rigoureuse, des personnes séculières vivant au milieu du monde, exposées à toutes ses séductions, pourra-t-elle être une vertu si dilficile
à pratiquer, qu'on ne doive l'embrasser sans une vocation particulière de Dieu, une vertu propre seulement aux prêtres, 9,ux religieux et aux religieuses? Si c'était vrai, que dirait-on de la divine providence et de la bonté de Dieu? Une vertu ne pouvant qu'à peine se conserver par un petit nombre de personnes choisies, pourrait-elle être exigée de plus de la moitié du genre humain, sous peine de péché mortel et de l'enfer? Celte réflexion suffira à dissiper le préjugé et à persuader à chacun que la parfaite continence est une vertu qui peut se pratiquer par quiconque le veut avec la grà.je de Dieu, qui est accordée à qui la demande, et par la pratique des moyens nécessaires à sa conservation, qu'il n'est pas besoin d'indiquer aux Curés.
273. Ce préjugé si funeste écarté, les orateurs sacrés, et spécialement les Curés, devront instruire leurs peuples du prix de la sainte virginité et de la parfaite continence, pour deux raisons : La premicie, c'est que par là tous ceux de l'un et de l'autre sexe, qui, par circonstances de personne ou de famille, seront empêchés de prendre l'état du mariage, feront de nécessité vertu et conserveront volontiers et avec mérite cette vertu dans toute sa pureté. La seconde, c'est afin de multiplier le nombre de ceux qui l'embrassent volontairement, puisque les meilleures plantes, les plus fructueuses pour l'Eglise et la société, croissent dans le terrain de la virginité et de la parfaite continence.
276. Du nombre des jeunes gens qui embrassent cet heureux état se trouvent nécessairement tous les prêtres séculiers et réguliers qui s'appliquent à la culture et à la sanctification du peuple chrétien,
et parmi eux tous les missionnaires qui portent la foi aux idolâtres. On ne peut douter qu'il ne soit fort à désirer que les prêtres se multiplient pour de si pressants besoins, qu'il y ait parmi nous de zélés ministres de Dieu, qui opposer, une digue à l'impiété qui déborde et inonde de tous côtés, et que s'accroissent ces hommes apostoliques, qui répandent la lumière de i'Evangile au milieu des idolâtres encore assis en si {^rand nombre dans les ténèbres et les ombres de la mort, maintenant surtout qu'avec les communications si faciles, on h peut arriver à ce but bien plus aisément que par le | passé. I
Les laïques eux-mêmes qui , d'habitude , con- ! sacrent leurs propres personnes et leurs biens i. pour l'avantage de l'Eglise et de la société, sont toujours tirés de la classe des personnes continentes qui, n'ayant pas à songer au petit monde de la famille, tournent leurs préoccupations vers les intérêts communs, spirituels et temporels de l'humanité.
277. Il importe presque autant que l'amour de la sainte virginité s'étende et se propage parmi les filles, appelées, en ces temps-ci, par la Providence, à une espèce de sacerdoce et à un vrai apostolat inconnu à tous les siècles passés. Il y eut des siècles où fleurirent de très-nombreux couvents de vierges, qui, avec le parfum de leur vertu, réjouirent le ciel et sanctifièrent la terre ; mais elles se bornaient à arriver à leur perfection propre. Aujourd'hui que l'incrédulité s'étend et que les mœurs sont effrénées, comme pour légaliser la liberté du mal. Dieu, qui fait la guerre à ses ennemis avec
les moyens jucés les plus ineptes, pour la plus grande confusion du monde, et pour faire brillfîr davantage sa toute-puissance, a soulevé une armée de pieuses vierges qui, fuyant le monde impie et insensé, et animées d'un courage plus que viril, font la guerre sainte, en combattant le vice et excitant à la vertu et à la piété, dans des écoles, dans des pensionnats,et dans des hôpitaux innombrables; dans les prisons et les cachots mêmes, sur les champs de bataille; dans les missions chez les infidèles, sur les côtes d'xVfrique, dans les deux Amérique , dans le cœur de l'Asie , jusqu'aux extrémités de la Chine et dans les îles multipliées de rocéanie ; ici, en implantant, là, en réveillant ou confirmant la foi de Jésus-Christ dans les populations étonnées d'un tel courage dans un sexe si faible.
Il ne paraîtra pas exagéré qu'on les qualifie d'armée, si l'on pense qu'en France seulement, ces héroïnes nouvelles montent à plus de trois cent mille. Les congrégations et instituts de ces filles, quasi prêtresses et vraiment apôtres, se multiplient merveilleusement de jour en jour, et la moisson à recueillir est telle qu'elles ont toujours besoin de nouveaux bras et qu'elles accueillent indistinctement riches et pauvres, désirant qu'il en vienne beaucoup, même sans autre dot que celle de la bonne volonté.
278. Il est toujours de plus en plus consolant de voir que cet esprit d'apostolat se répand ensuite parmi les filles qui vivent dans le monde, au milieu de leurs familles, et que çà et là se forment de pieuses associations de vierges vraiment prudentes Man. do J. Curé. 13
qui, non contentes de tenir bien garnie et bien allumée leur propre lampe, excitent encore les dormeuses, afin qu'elles ne laissent pas éteindre leurs lampes, ou qu'elles ne viennent pas à manquer d'huile, lorsque le divin Epoux les appellera. Il y a là un esprit de zèle ardent, d'où résulte un grand bien pour leurs familles et pour leurs contrées où elles font fleurir la véritable piété de bien des manières.
Sans l'estime et l'amour, sans la résolution de la sainte virginité, on ne pourrait faire aucun de ces biens si précieux. C'est pour cela que les ministres de Dieu, et spécialement les Curés, doivent parler au peuple avec beau-coup d'application et de ferveur du prix angélique de cette vertu, afin que, parmi la jeunesse de l'un et de l'autre sexe, une multitude en soit éprise et renonce aux caresses trompeuses du siècle, la choisisse pour sa portion, et qu'ensuite cette recrue puisse remplacer dans les fatigues ceux qui, de jour en jour, s'endorment dans le Seigneur, et même accroître le nombre des survivants, comme l'exigent les besoins toujours croissants.
279. A cette fin, il sera bon qu'outre la prédication, le Curé répande de bons livres qui fassent ressortir le mérite de cette vertu et en donnent l'envie à la jeunesse des deux sexes. C'est ainsi qu'en agissaient les anciens Pères, après l'exemple de saint. Paul qui disait : Volo enim omnes vos esse sicut meipsum (I Cor., vn, 7) ; tous exhortaient chaleureusement les chrétiens à garder cet état de parfaite continence, et tous ceux qui ont été plus distingués parmi eux, écrivaient des livres dans
ce sens, afin que là où n'arrivait pas leur voix, arrivassent leurs écrits remplis de louanges pour cette belle vertu. C'est ainsi que firent saint Cyprien, saint Grégoire de Nazianze, saint Jérôme, saint Augustin, saint Ambroise, etc. Plus on le considère de près, plus il apparaît évident combien est à déplorer et à condamner la pratique du silence touchant cette vertu.
280. Cependant le moyen le plus efficace pour exciter la jeunesse à l'amour de cette sainte vertu, ce ne sera pas la prédication, ni les livres, mais bien la fréquentation de la sainte Eucharistie. Elle est le froment des élus et le vin qui fait germer les vierges fZach., ix, 17) ; elle rend comme insipide et nauséabonde à l'àme toute saveur charnelle ; au point que la jeunesse qui s'en fortifie très-souvent, sans savoir comment cela se fait, quelquefois sans en avoir jamais entendu parler ni en avoir rien lu, éprouve un si doux attrait vers la sainte virginité, qu'elle ne peut ni ne sait comment s'en détacher. J'en ai la longue et constante expérience. La jeunesse, persévérant dans la très-fréquente communion, ne veut pas entendre parler de mariage ; le monde aveugle la considère comme illusionnée et fascinée, tandis que c'est la vertu de la trèssainte Eucharistie qui la dégage de toute illusion et fascination de la chair. Multiplions les communions de la jeunesse, qui multiplient les vierges.
281. Et parce que ce point est d'une souveraine importance, je n'omettrai pas de résoudre une difficulté qui pourrait facilement surgir. C'est que saint Philippe de ISéri voulait que les confessions des jeunes gens fussent fréquentes et leurs com-
munioDS plus rares. L'autorité de ce saint, entendue dans sa généralité et sans exception, pourrait nonseulemenl empêcher quelqu'un d'exciter à la communion fréquente la jeunesse, njais même le porter à ne pas la permettre. Il faut donc remarquer que ce saint parlait de la jeunesse en général, parmi laquelle la trop grande partie, par irréflexion, légèreté de jugement, et encore par vices et mauvaises habitudes, n'est pas disposée à la communion très-li'équente. Ici, au contraire, on veut parler de ces jeunes gens candides et craignant Dieu, qu'on peut croire s'approcher de la sainte communion avec le respect voulu et les dispositions convenables , bien qu'ils ne soient pas exempts de certains défauts de leur âge qui, par là même qu'ils tiennent à l'âge, doivent leur être pardonnes (1).
Il y a des jeunes gens et des jeunes filles d'un bon naturel, d'une âme simple, d'un cœur docile, surtout parmi ceux élevés dans la sainte crainte de Dieu, qui persévèrent longtemps dans le goût de la piété et dans l'horreur du péché ; s'ils sont bien dirigés, ils font de grands progrès. Ceux-ci peuvent s'approcher très-fréquemment de la sainte communion, sans péril de prolanalion ni d'abus ; nourris assidûment du pain des Auges, ils deviendront des Anges terrestres et ils accroîtront le
(l) lioportons-nous ^u'/tout à Tepoquo da saint Pliilippe de Kû.i, 0Ì1 la frcqucntation des iacrements ne taisait qua rep;-endr3 après tant do siècles d un usaçe fort rare, au point que, vers l'an 1535, ce soint en était encore à de'plorer la rareté de la cJlébration de Is mcssï et réloi^noment des prêtres de l'antr;], Cest ainsi que s'expliquerait sa réserve dans la communion des jeunes gens.
(Note du iraduciour.)
grand cortège de l'Agneau : Virgines enim smt Bi sequuntur Agnum quocumque ierit. (Apoc, xrv, 4.)-J8 répète que j'ai une longue expérience de cette vérité. Je voudrais que les jeunes Curés en fissent l'essai, ainsi que tous les confesseurs qui peuvent faire presque autant que les Curés pour accroître par ce moyen le nombre des amateurs de la sainte virginité. Mais voilà que j'oublie qu'il s'agit de prédication.
Des Carêmes, des Missions et des Exercices spirituels
(Retraites).
282. La prédication est un devoir personnel du Curé, de manière que, s'il n'est pas empêché légitimement, il ne doit pas y satisfaire par le moyen d'un autre. Néanmoins ceci doit s'entendre de la prédication aux jours de fêtes accoutumés, et il est très-convenable que de temps à autre il fasse entendre à son peuple une autre voix, ce qui est avantageux pour attirer à la parole de Dieu !es plus négligents qui ne viennent pas entendre leur propre Curé, ou parce qu'il ne leur plait pas, ou parce qu'ils aiment toujours quelque chose de neuf, même dans la parole de Dieu. Cela présente aussi l'avantage qu'une voix nouvelle fait plus d'impression, en ce qu'elle attire davantage l'attention des auditeurs.
Si la paroisse peut supporter la dépense d'un Carême, prêché au moins aux jours de fêtes, il importe beaucoup que le Curé n'y manque pas. Outre le bienfait de la prédication, le prédicateur rendra un autre service, à l'époque des picques, en enten-
dant les confessious. Dans les petites localités où il y a peu de prêtres qui sont connus de tous et qui connaissent tout le monde, il arrive facilement qu'il y a des personnes gênées pour se confesser à ces mêmes prêtres et qui se laissent tenter par le démon de cacher des pochés en confession ; mais si, dans le temps pascal, il y a dans la paroisse, au moins pour quelques jours, un prédicateur de Carême étranger qui ne connaisse personne, ces personnes s'adressent à lui et lui font la confession entière de leurs fautes.
D'un autre côté, que le Curé avise à avoir un prédicateur suffisamment instruit, qui annonce la parole de Dieu avec ferveur, et soit un homme pieux; autrement, il y aurait peu de fruit à espérer de sa prédication, et il ne pourrait prudemment se servir de son ministère pour les confessions.
283. Les saintes Missions et les Exercices spirituels sont d'une très-grande importance, parce que dans ces occasions, bien des âmes endormies dans le péché, malgré la prédication du Curé et celle du prédicateur de Carême, se réveillent. C'est un fait, qu'il ne se donne pas de Mission qu'il ne se convertisse plusieurs âmes, ni d'Exercices où il ne s'en convertisse quelques-unes; et c'est pourquoi les Curés zélés procurent à leur paroisse une Mission de temps en temps, tous les douze ou quinze ans, et les Exercices spirituels chaque année.
Le bien de la Mission, s'il n'en produisait pas d'autre, serait suffisamment constaté, envoyant que partout où l'on veut la donner, les plus m.échants de la paroisse s'y opposent. 11 paraît, après cela, incroyable qu'il y ait quelques Curés qui, non-seule-
DES DEVOmS DU CURÉ. 223
ment se montrent indifférents et froids envers un si grand bien, mais même qui s'opposent tellement auxvœux des bons chrétiens qui quelquefois s'efforcent de procurer la Mission, qu'il a été parfois nécessaire que l'Evêque leur ordonnât d'accepter la Mission. Ceux-ci ont coutume d'apporter pour raison de leur refus ou de leur bizarrerie, que la Mission agite et trouble les consciences. On a peine à croire que quelques-uns soient assez simples pour apporter de bonne foi cette excuse ou ce prétexte. D'autre part, on est porté parfois à soupçonner que quelque Curé a eu une autre raison plus concluante, savoir : que, dans le temps de Mission, certaines consciences se réveillent qu'il aimerait mieux maintenir endormies et en léthargie ; consciences qui, venant à se réveiller, et à se décharger de certains poids, manifesteraient aux Missionnaires des choses peu honorables pour lui, et que lui, privé de la crainte de Dieu , n'ayant soin ni de son propre salut, ni de celui des âmes qui lui sont confiées, voudrait cacher et ensevelir à jamais dans l'oubli. On ne peut se tromper, en jugeant qu'un Curé, ennemi des Missions, est ou fort niais ou trèsmauvais.
284. Il sera toujours bien que les Exercices spirituels se donnent une fois l'année, et quand, dans les paroisses pauvres de campagne, on ne peut avoir un prédicateur doué de la capacité convenable, au lieu de les omettre, que les Curés zélés puissent s'entraider tour à tour, dans leurs paroisses respectives.
De cette manière, outre l'avantage d'une prédication si salutaire, on aurait encore dans la localité
-ZU MAMJEL PRATIOUE DU JEUNE CUBÉ.
un confesseur extraordinaire pour les personnes gênées qui n'osent pas confesser certains péchés au Curé ou à un autre prêtre de la paroisse.
Ici le nouveau Curé se gardera du préjugé assez accrédité auprès de quelques-uns, que les exercices revenant chaque année ne frappent pas un grand coup et produisent peu de fruit. Il est vrai que si le fonds du fruit consistait dans la commotion produite dans le peuple, plus les Exercices seraient rares, plus les fruits seraient abondants. On remarque, en effet, que pratiqués dans une paroisse où, de mémoire d'homme, ils n'avaient pas eu lieu, ils produisent un ébranlement bien plus prononcé que là où ils se renouvellent chaque année. Mais puisque le fonds de leurs fruits consiste dans la conversion des pécheurs, et qu'il n'y a pas d'année où il ne se rencontre des âmes pécheresses converties, il faut préférer la consolation de voir chaque année, par l'effet de ces Exercices, remettre dans la bonne voie un nombre quelconque d'égarés, à la satisfaction de voir un ébranlement considérable tous les dix ou vingt ans (1).
(1) Tcnt ce livre ne respire que la soif du salut des âmes, surtout aux chapitres des corrections, des scandales, des missions, de la pénitence et du zèle ; néanmoins l'auteur omet le chapitre important de la conversion des péchenrs. J'emprunte, à ce sujet, quelques avis très-pratiques à M. Duhois, dans sa Pratique du zèle.
Nul doute que le Curé ne soit tenu d? travailler, en public et en particulier et par tous les moyens possibles, à la conversion des pécheurs de sa paroisse, même en dehors du confessionnal : sanguinem ejus de manu tua requiram. Voila bien de la besogne taillée, voilà aussi une terrible responsabilité dont plusieurs peutêtre ne se doutent guère. Réveillons notre foi, réchauffons notre zèle pour courir après tant de brebis égarées et les soustraire à l'enfer. Aidons-les de nos lumières, de nos conseils, de nos preseaotes sollicitations, de nos prières et sacrifices, de nos boime»