DES DIFFÉRENTS DEVOIRS RELATIFS AU MATÉRIEL DE LA CURE
285. Puisque, en ce monde, rien de spirituel n'existe qui n'ait un certain appui sur le matériel ; (en elFet, les dogmes eux-mêmes de la foi ont be-
œuvres de tout genrs ; recourons même au concours d'autrui pour prendre d'assaut ces âmes infortunées. Point do respect humain, ni de fausse timidité', ni de pre'texte ; mais de la charité et du zèle dans l'accomplissement d'un devoir si rigoureux. Il faut toujours commencer par la prière et la connaissance des dispositions individuelles.
On ne peut ordinairement aborder la conversion des pécheurs de la classe élevée qu'indirectement et avec ména^cament, à cause de leur orgueil. On proâte habilement des circonitances propices, on s'insinue doucement, surtout on tient prêts les arguments pour réfuter les objections.
La classo bourgeoise peut recevoir des conseils directs plus facilement. Si l'explication tournait mal, il faudrait attendre uns autre occasion. Lïraportant, c'est de gagner les cœurs par des formes aimables et de ne pas passionner la discussion. Quand la conviction est opérée, il faut aborder sans détour le c'napitre de la confession et faire promettre, sur l'honneur, que le pécheur se confessera tel jour et à telle heure...
Quoique la classe du peuple soit bien déchue, surtout l'ouvrier et le pauvre, cependant le Curé l'aborde librement et trouve plus de prise, spécialement à l'aide de quelque service rendu.
Autant que possible, il faut être tête à tète, sans témoin, pour tenter une conversion. En compagnie, le respect humain fait obstacle, et le prêtre lui-même est gêné. Le grand nombre de pécheurs h convertir n'est pas une excuse admissible. Travaillons toujours, sans nous effrayer de la longueur de la tâche. D'ailleurs, qu'est-ce qu'une paroisse, en présence des 52 royaumes évangelisés par saint François- Xavier? Soyons les enfants des saints. Il y va non-seulement du »8lut du pécheur mais aussi de notre propre salut. Nous ne pou-
soin de papier où ils s'écrivent et se transmettent inaltérables, et les sacrements mêmes s'administrent, l'un avec de l'eau, un autre avec du pain, ce-
vons pas nous sauver tout seuls, étant responsables des âmes qui nous sont confiées....
Les bons paroissiens peuvent être des auxiliaires précieux dans la conversion des pécheurs. Ds ne demandent qu'a être stimules et dirigés. Le Curé les y invitera en public et en particulier, même en donnant cette œuvre pour pénitence. Malheureusement le zèle ne dévore pas assez les ministres de Dieu, et ils ne profitent pas d'un secours si à leur portée. Pour être ainsi secondé, le Curé ne se contentera pas de gens de bonne volonté, qui, parleur activité inopportune, éloigneraient peut-être les pécheurs, il les dirigera en leur donnant une haute idi3 de cette coopération au salut des âmes, en leur recommandant une piété sincère, aimable et édifiante, du tact pour proattn- des circonstances, sans insister mal a propos, et en leur donnant les conseils approprié.-; aux personnes. Le ; épouses, les mères, les sœurs, etc., sont des intermédiaires-nés trbi-utiles. Les grands du monde, vraiment pieux, peuvent beaucoup aussi ; les infériturs eux-mêmes, jusqu'aux domestiques, aux servantes, solidement chrétiens, peuvent, par un mot dit à propos, exercer une salutaire influence sur leurs maîtres, surtout dans la maladie. Les gardes-malades peuvent être souvent des instruments de conversion ; il importe de les former : 1° ne pas discuter avec des personnes plus instruites ; 2» montrer beaucoup de complaisance pour le malade ; 3° dire au malade qu'on prie pour sa guérison et rengager a s'unir à ces prières ; 4» éviter de lui annoncer brusquement son danger et la nc'cessité de la confession ; 5° s informer du médecin de Tetat du malade pour avisera temps; G» insinuer que souvent l-îs consolations de la religion réussissent mieux que les remèdes ; 1° dire que plusieurs médecins ont remarqué du mieux après la paix de l'âme recouvrée dans la confession ; S» offrir à voir un prêtre, celui qu'on sait être agréable, et réfuter doucement les raisons opposées ; 9» décrire la joie d'une âme revenue en grâce avec Dieu ; 10» faire sentir que la maladie est peut-être la voix de Dieu pour ramènera lui et assurer tine vie plus édifiante ; 11» éviter d'agacer par ces avis donnés coup sur coup, mais choisir les moments.
Les âme^ pieuses ayant affaireà des gens instruits leur proposeront une entrevue avec un ecclésiastique capable ; à défaut, la lecture de bons livres réfutant les objections. Elles peuvent toutefois dire que la religion, toujours combattue, est restée victorieuse ; que les passions sont la cause ordinaire de l'impiété et que l'impie lâche la bride aux passions ; que l'impie est loin d'être assuré de la fausseté de la religion et que, dans le doute, il faut prendre le parti le plus
BBS DEvoms DU cimé. 227
îui-ci avec de l'huile, celui-là etc.), ainsi, quoique le ministère du Curé soit par lui-même tout spirituel, tout appliqué au salut éternel des âmes, cependant il a besoin de différentes choses, en ellesmêmes matérielles, sur lesquelles ses fonctions spirituelles s'appuient de plusieurs manières ; et, en conséquence, le Curé a divers devoirs à cet t^ard.
Des revenus de la Cure,
286. Parmi les revenus, il y en a de fixes, d'autres sont incertains. Les fixes proviennent, les uns de biens stables, les autres de cens, de pensions, etc. Le Curé aura soin que tous soient conservés dans leur intégrité, pour que ses successeurs n'en éprouvent pas de dommage. C'est pourquoi, bien que le Curé soit tout disposé à renoncer aux produits du bénéfice, il ne pourrait jamais y renoncer, au désavantage de ses successeurs, en laissant les choses de manière que ceux-ci ne puissent exiger une rente quelconque, ou ne la puissent exiger dans son intégrité, sinon avec une difficulté notable. Il arrive parfois que les Curés, plutôt que de supporter certains ennuis de recours, de procès, etc., aiment mieux renoncer à quelque produit. Or , quant à ce qui les concerne, ils sont bien maîtres de faire cette renonciation ; mais nullement de le
sage ; que le fidfele ne risque rien en croyant, mais que l'impie hasarde re'ternité ; que les impies se convertissent à la mort, etc.
Oh ! qu'un saine Curé, sentant sa responsabilité et le prix des âmes, peut sauver de pécheurs par lui-même et par s )s auxiliaires t
faire en ce qui peut regarder leurs successeurs, et conséquemment , ils sont obligés de supporter toutes les charges exigées pour maintenir l'intégrité des rentes paroissiales.
287. Un avis très-important pour les biens stables, c'est que le Curé doit les conserver en bon état, afin qu'ils ne passent pas aux successeurs ou presque détruits, ou assez endommagés. Quelques-uns retiren; des fonds du bénéfice le fruit produit d'une année à l'autre, en omettant toutes les réparations qui, de temps en temps, seraient nécessaires ; or, quand, ou par décès, ou par renonciation, ils laissent la Cure, les fonds se trouvent dans un état déplorable, si bien qu'ensuite ils donnent peu de produits et exigent de fortes réparations. 11 n'est pas douteux que le Curé ne doive soigner les biens-fonds de la paroisse et les conserver en bon état, comme il les soignerait et conserverait si c'étaient ses biens propres et particuliers.
288. Les rentes incertaines sont les droits d'étole pour mariage, funérailles, etc. ; il faut les maintenir dans leur intégrité, de façon que le Curé doit exiger ses droits respectifs, même quand il n'en aurait pas besoin, ou que de lui-même il serait tout disposé à y renoncer. Ceci doit s'entendre avec une juste discrétion, comme je le dirai en parlant du désintéressement. (Partie III, c. yii.) S'il y renonçait trop facilement, les paroissiens ne les considéreraient plus comme une chose due et obligatoire en vertu des droits paroissiaux, et le successeur ne pourrait les recouvrer que très-difficilement.
DES CEvoras un cxssÈ. 229
Des Archives,
289. Les Curés étant dépositaires des actes le3 plus importants pour la société relig:ieuse et civile, comme actes de naissance , de mariage et de décès, et en outre de tous les écrits qui, de temps à autre, émanent de l'évèque, des permissions et grâces accordées par le Saint-Siège, des titres des revenus du Bénéfice, des fondations de messes, des mémoires, du coutumier paroissial, il est assez évident qu'ils doivent avoir des archives où puissent se garder toutes ces choses sûrement et séparément des autres livres et papiers les concernant personnellement. Puisque la conservation de ces écrits est si importante, les archives doivent être gardées soigneusement, et par conséquent toujours fermées à clé ; le Curé ne doit jamais permettre que personne y mette la main, à moins que ce ne soit quelqu'un digne de toute sa confiance.
Il arrive parfois que des personnes inconnues, ou qui ne présentent pas assez de garantie, demandent quelque livi-e des archives pour faire une recherche qui les intéresse, recherche qui demande du temps ; alors le Curé, n'ayant pas la patience de surveiller, leur abandonne le livre entre les mains. Il est évident que, de cette façon, elles auraient toute facilité d'y faire des raturés ou des altérations qui pourraient entraîner de graves conséquences. Ainsi, même dans ce cas, le Curé devra faire les recherches dans ces li\res lui-même, ou, s'il veut accorder d'y faire des recherches, il doit
230 MANUEL PRATIQUE DU lEXjm CURÉ.
assister en personne jusqu'à ce que les livres lui soient remis. Ces livres et papiers dans les Archives sont un dépôt sacré qu'on ne saurait abandonner à des mains inconnues ou non entièrement sûres.
290. Les Archives doivent être dans un lieu sec, pour que l'humidité n'endommage pas les papiers ; bien closes contre les rats et autres rongeurs, et éloignées du feu contre l'incendie ; ce n'est donc pas assez que le Curé les préserve contre la malice des hommes, il doit encore les prémunir contre toute éventualité malheureuse.
De plus, les Archives doivent être distinctes, uniquement destinées à contenir les livres et papiers paroissiaux, et il sera bien qu'elles portent cette inscription : archives paroissiales , pour qu'en tout événement elles soient distinctes du mobiher appartenant au Curé. Il pourrait arriver qu'au décès, ses héritiers prétendissent à cette armoire, comme mobilier taisant partie de l'héritage, l'usurpassent à ce titre, et laissassent les livres et papiers qui étaient contenus dans le meuble, amoncelés dans quelque coin de la cure. S'il y a ladite inscription, on n'essaiera pas cette usurpation.
291. Le Curé doit encore avoir une autre attention, celle de ne jamais laisser en dehors des archives, les livres et papiers paroissiaux ; car, à sa mort, surtout si elle a été imprévue, les héritiers, en particulier ceux qui sont ignorants, peuvent enlever ces livres et papiers avec ceux du Curé, et détruire ou vendre tout cela au poids du papier de rebut, comme cela est arrivé quelquefois. En outre, il faut noter que ces livres et papiers, laissés en dehors des
DES DEYOrns DU CUBÉ. 231
Archives, peuvent s'égarer, se perdre, ou même être facilement volés : à cause de cela, chaque fois que le Curé aura à les sortir de l'armoire, il devra les y replacer soigneusement dans leur casier.
De la tenue des livres (registres) et de l'inventaire.
292. Le Curé, outre les livres de naissance, de mariage et de décès, doit avoir un livre où soient inscrits les confirmés, un autre pour les fondations de messes, et enfin, un livre de l'état des âmes (1).
Spécialement, les livres renfermant les actes de naissance, de mariage et de décès, doivent être sur papier assez fort pour durer des siècles. Ces mêmes livres doivent être écrits en caractères très-lisibles et avec un tel soin qu'il n'y manque rien des indications requises.
En outre, ces actes doivent être couchés entière-
(1) En dehors des papiers concernant le temporel de la cure, y compns les fondations e^ tout ce qui se rattache aux documsnts dits archîoes, le Patuel romain exige cinq registres paroissiaux, appelés livres : 1» des baptisés; 2° des confirmés, si la confirmation se donne dans Téglise ; 3° des mariages; i'^deïétat des âmes; ó» des défunts, sur lesquels jai quatre obserrations à faire : 1» Il faut s'en tenir aux prescriptions et formules du Rituel qu'on néglige trop; 2» il est très-regrettable que les registres ne soient plus dans la langue latine catholique, d'autant plus quUs ne servent pas aucirU; S» le bon pasteur, surtout dans les villes, ne négUge pas la registre de Yétat des âmes, a laide duquel il connaît ses ouailles et leurs besoins ; 4» si un prêtre autorisé administre un sacrement, ou enterre, surtout s'il s'agit du mariage, lacté doit être signé du Curé, non du prêtre, afin de faire foi... L'arbitraire, dû aux rits particuliers, devrait disparaître avec ces rits abandonnés, pour le bien de Imufonnité catholique
fNote du traducteur.)
ment sur le livre, et c'est un très-grave désordre de les écrire sur quelque feuille volante, avec l'intention de les enregistrer ensuite sur le livre : ces feuilles volantes s'égarent aisément et ces actes ne sont pas enregistrés plus tard.
Le Curé doit noter, chaque année, dans le livre des fondations de messes, leur acquittement. Sur le livre de l'état des âmes, il notera les observations qui peuvent servir au gouvernement de la paroisse, si toutefois il ne les note pas dans un livre à part.
293. Le Curé tiendra aux archives l'inventaire, c'est-à-dire la liste de tous les biens stables de l'église, avec leurs confins, leurs revenus, séparant ceux de la mense de ceux de la fabrique -.également, pour les autres revenus provenant de cens, de décimes, etc.
Il doit encore enregistrer tous les objets de valeur considérable appartenant à l'église, afin qu'en cas de vacance de la cure, ils ne soient pas soustraits, et qu'alors même qu'ils le seraient, le successeur puisse en demander compte ou les réclamer à celui auquel ils ont été consignés durant la vacance.
DEUXIÈME PAllTIE DES SACREMENTS