CHAPITRE
DES SACREMENTS DE BAPTÊilE ET DE COXFIRMATION.
Du Baptistère.
294. Il est superflu de dire que le Curé doit aviser à ce que le Baptistère ait la l'orme voulue, selon les rites sacrés, les ordonnances synodales et épiscopales diocésaines. Il aura soin qu'il soit propre, décent, orné convenablement, comme le requiert la chose qui, après l'autel, est la plus-sainte et la plus vénérable qu'il y ait dans l'église. Si les fabriciens n'y pourvoient pas, le Curé devra ne rien négliger pour y pourvoir, en recourant à cet effet au concours des bons paroissiens, et en y contribuant même du sien, s'il est nécessaire. Un baptistère indécent est une des choses les plus intolérables dans l'église, et une preuve des plus évidentes que le Curé est un indifférent qui a peu de foi.
11 veillera à la conservation et à la propreté de l'eau baptismale, de l'huile sainlj et du saint chrême,
ainsi que des vases qui les renferment, comme aussi à la propreté de l'habit blanc qui quelquefois, par trop de négligence, se trouve être en contradiction avec son propre nom. [Il s'agit là du linge quif à la place d'une robe, s'impose au baptisé, et qui peui être commun ou particulier, mais jamais une coiffe.)
m baptême des enfants m danger,
295. Le Curé n'oubliera pas d'enseigner la manière d'administrer le baptême, en cas de nécessité, et cela fréquemment, non-seulement quand l'occasion se présente d'expliquer la doctrine concernant ce sacrement, ce qui ordinairement n'arrive qu'après le laps de plusieurs années, mais encore quand il apprend la doctrine aux enfants à haute voix avant le Catéchisme, comme il a été dit au n» 249, revenant souvent sur cette instruction et demandant aux enfants comment ils feraient s'ils devaient baptiser un enfant moribond. Cette instruction est trèsimportante, afin que les paroissiens entendent fréquemment comment il faut administrercesacrement, en cas de nécessité.
Supposé que tous sachent baptiser, cependant les personnes ignorantes sont exposées à commettre de très-graves méprises, comme serait de verser l'eau sur la tête de l'enfant, disant seulement : Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et omettant les paroles: Je te baptise; ou encore, au lieu de verser l'eau, elles font le signe de la croix sur l'enfant avec l'extrémité des doigts trempés dans l'eau. â93. Quand, dans un danger, on a administré le
baptême à la maison, et qu'on porte l'enfant à l'église pour suppléer les cérémonies, le Curé interrogera directement la personne qui l'a administré, pour s'assurer s'il ne serait pas à réitérer, au moins sous condition; on ne peut s'en rapporter au témoignage des autres, surtout s'ils n'étaient pas présents, et même quand ils auraient été présents, s'ils ne sont pas assez judicieux. L'expérience m'a appris que ceci est de très-grande importance, et que, si je m'en étais rapporté au témoignage des autres, j'aurais commis de graves erreurs. C'est pourquoi le Curé maintiendra la coutume, et là où elle n'existerait pas, il l'introduira, d'inviter la personne môme qui a baptisé l'enfant à rendre compte du baptême administré. En exigeant cela de tous, on ne fera d'injure à personne en particulier, d'autant plus qu'en public on donnera la raison de cette exigence, en montrant combien il est irrégulier de réitérer le baptême, même sous condition, sans nécessité, et combien il est périlleux de ne pas le réitérer, quand il y a une raison.
En outre, le Curé veillera à ce que l'enfant baptisé àia maison dans le cas de danger de mort, soit, s'il survit, porté au plus tôt à l'église pour lui suppléer les cérémonies, comme l'exigent les lois de l'Eglise. Ici on fera obsen'er qu'un retard pourrait bien renouveler le danger et que l'enfant mourrait sans avoir reçu le supplément des cérémonies.
297. Il avertira encore dans ses instructions publiques, que, si le danger n'est pas pressant, ce ne doivent pas être des séculiers qui baptisent, mais qii'*' ^aut appeler le Curé qui se rendra en toute hàto. Cependant qu'il se garde d'être trop scrupuleux sur
ce point ; ce sera un moindre mal que l'enfant reçoive le baptême de la main d'un séculier que de l'exposer au danger d'en être privé, en voulant attendre le prêtre. Pour cela, qu'il prêche d'une manière absolue que, quand la vie de l'enfantparait en danger, une personne présente ne difTère pas à le baptiser, mais qu'on appelle le Curé quand on voit l'enfant malade, sans être encore mourant. Et parce qu'il pourrait survenir quelque funeste méprise, qu'il avertisse qu'en attendant le Curé, il y ait là quelqu'un auprès de l'enlant avec de l'eau, tout prêt à le baptiser, dès que, contre les prévisions, il paraîtrait près de mourir (1).
(1) Soit oubli, soit qu'à Gênes la sage-femme soit moins usitée, Tauteur ne dit mot du devoir des sages-femmes. C'est trop important pour ne pas suppléer à cette lacune. Voici ce qu'enseigne Segneri : « U ne faut pas se contenter da donner ces enseignements « (sur la manière de b ptiser) en pubUc aux sages-femmes ; on doit 0 encore les leur donner en p rticulier ; les examinant d'anne'e en 0 année pour empêcher que quelques-unes d'entre elles n'oublient, « comme il peut arriver, ce qui est essentiel sur ce point. De plus, « il faut expliquer pourquoi il est à propos que les enfants baptisés « de la sorte, à cause de quelque nécessité ou de quelque accident « imprévu , soient encore rebaptisés sous condition par le Curé, « lorsqu'il n'y a pas certitude morale que le baptême a été bien « conféré. La raison en est que le péril où se trouve la m'ere aussi « bien que l'enfant qui vient au monde, a coutume de troubler si « fort les personnes qui sont prosentes, qu'elles ne savent quelque- « fois ce qu'elles font ; c'est pourquoi il y a sujet de craindre pour « la validité du baptême qu'elles donnent alors fort à la hâte ; or, « dans une affaire si importante, on ns peut prendre trop de sÛ- « reté, suivant la maxime du droit : Agendum est, ut renascantur, « ne manifesté pereant : in quibus quod 'non ostenditur gestwn, ratio « non sinit, ut videatur iteratum *.{De Co;i5ec., Dist. IV, cSi nulla.) (La pratique des devoirs des Curés, c. 20.)
Le bon Curé par Dognon, chanoine de Verdun, veut que le Curé non-seulement enseigne aux sages-femmes la façon de baptiser, mais encore qu'il leur fasse répéter en sa présence ce qu'elles font et disent quand le cas échet qu'elles baptisent, et il ajoute : Et vousmêmes, soyez soigneux de les choisir femmes sages, selon leur nom;
DES SACREitENTS. 231
De la sollicitude à presser de ne pas différer le baptême des enfants.
298. Dans ses instructions, le Curé inculquera fréquemment combien il est périlleux de différer d'administrer aux eniants ce sacrement qui est d'une si grande nécessité. Quand il saura qu'il y a quelque nouveau-né, et qu'il verra que les parents laissent passer plusieurs jours sans le présenter à l'église, il devra les inviter à le taire sans aucun autre délai. Ainsi il se gardera bien de donner aux parents la permission de différer le baptême au-delà de trois jours, pas même par la raison que l'enlant se porte bien et qu'il est bien gardé et surveillé, dans le cas d'accident imprévu : si on venait à savoir, dans la paroisse, qu'il use de condescendance dans une affaire si périlleuse, le peuple perdrait le sentiment salutaire de ce péril, et il se permettrait de différer ce sacrement aux enfants pour toute convenance de famille ou même par
car si elles ne le sont, ce sont des instruments bien propres en la main du diable, pour faire un monde de maux. (C. xxii, § 10.^ Au v&A^, le Kitael romain lui-même s'exprime ainsi : Quapropter curare débet Patochus, ut fidèles, praesertim obstetrices, rectum bapLizandi riturn probe teneant et servent. {De Ministro Baptis.J
Seçneri, a Toccaslûn de la nécessité du baptême, dit : Un pasteur ne peut déclamer en chaire avec trop de zèle contre ces malheu-' revues qui font périr leur fruit pour cacher leur mauvaise conduite, et contre les femmes qui ne prennent pas assez de soin pour se conserver au temps de leur grossesse... Il faut découvrir et faire bien stniir la grandeur du ce crime qui renferme un homicide spirituel et une injustice criante contre le Ciel, à qui par là on dérobe wn, citoyen, etc, [Loco citato.)
{Note du traducteur.)
â38 MANUEL PRATIQUE DU JEUNE CUBÉ.
caprice. Il y a plus, si le Curé permet un délai de quatre, de cinq et de six iours à des parents qu'il connaît vigilants et soigneux, il ne pourra plus le refuser à ceux dont la sollicitude et les attentions lui seront douteuses, parce qu'il ne pourrait pas leur dire : « Avec vous, je ne peux m'y fier comme je le pouvais avec d'autres (1) ».
A la vérité, si les parents ne veulent pas porter leurs enfants à l'église dans trois jours, le Curé n'a pas de moyen de les y contraindre ; il sera cependant utile qu'il puisse leur dire : a Je ne puis pas vous accorder un plus grand délai, parce que par là je redouterais de charger ma conscience »; et ainsi, ils sauront qu'en différant davantage, ils vont contre sa désapprobation formelle. De cette manière ne s'introduira pas dans la paroisse une coutume qui risquerait d'être fatale au salut éternel de quelque enfant, et quand elle existerait, elle sera déracinée peu à peu.