CHAPITRE II
CE LA SATN'TE ErCHARISTIE.
De l'autel et des ornements sacrés.
304. L'autel où, chaque jour, se renouvelle le sacrifice de la croix , doit être souverainement vénérable pour tout chrétien, mais en particulier pour le prêtre, pour le pasteur d'àmes, et il doit avoir soin par-dessus tout qu'il ne manque jamais de la décoration convenable.
On ne peut pas prétendre que tous les autels soient riches et magnifiques, surtout si les églises sont pauvres ; mais la pauvreté s'allie très-bien avec la décence et la propreté; un autel pauvre, bien ajusté et propre, n'est pas inconvenant pour le sacrifice de celui qui a voulu mourir sur le Calvaire, dépouillé de toute chose de ce monde ; il inspire même des sentiments d'humilité, de dévotion et d'amour.
2oO MANUEL PRATIQUE DU JEUNE CURE.
Au contraire, c'est insupportable de voir certains autels brisés et fracturés en divers endroits, avec des nappes sales, des chandeliers détériorés et noircis, des Heurs fanées, couverts de poussière, pour ne pas dire presque d^ordures. Ces autels font grand tort au Curé, et sont contre lui un indice de peu de foi et d'une incurie extrême.
On voit sur ces autels des crucifix rompus et mal fixés à la croix, des tableaux déchirés, des statues couvertes de poussière, autant d'objets qu'on dirait exposés là exprès pour détourner la dévotion.
30o. Tout ce qui se dit des objets de l'autel doit s'appliquer aux ornements sacrés. On n'exige pas qu'ils soient toujours magnifiques et splendides ; dans beaucoup d'églises, il serait impossible d'en avoir de cette espèce ; mais on exige qu'ils soient décents, non déchirés, ni sales, comme on n'en voit çà et là que trop souvent.
Il faut noter ici qu'il ne sert à rien d'apporter deux excuses assez habituelles. La première, c'est que ce mobilier, ces vêtements et ces ornements sacrés ne servent qu'aux jours ordinaires. On convient qu'il ne serait pas à propos d'employer quotidiennement les ornements riches et pompeux réservés aux solennités, mais cela ne veut pas dire qu'aux jours ouvrables on puisse se servir d'ornements usés ou détériorés, désormais inconvenants à la dignité et au respect dus aux saints Mystères. La pauvreté des ornements peut s'admettre même aux fêtes , mais l'indécence est toujours intolérable, même aux jours ordinaires, où des ornements indécents ne sauraient être de mise ; car il n'est jamais permis de manquer de respect au Très-Saint-
Sacrement, à la maison de Dieu ni aux choses saintes.
La seconde excuse, c'est que ce n'est pas au Curé, mais bien à la fabrique à pourvoir à ces besoins-là. On ne le nie pas ; mais il n'est pas douteux que les fabriciens manquent à un grave devoir, quand ils ne pourvoient pas à la décence des choses d'église. D'un autre côté, c'est au Curé, avant tout, plutôt qu'à la fabrique, qu'il appartient de veiller à la dignité des offices divins, et spécialement de la célébration de la sainte Messe. De plus, si les fabriciens n'y pourvoient pas, c'est au Curé à aviser, par tous ses efforts, à ce que le saint autel et le mobilier ne laissent rien à désirer pour la décence et la propreté ; et à cette fm, si c'était nécessaire, il devrait quêter auprès des personnes pieuses et même y contribuer de ses deniers.
306. Quelques-uns des nouveaux Curés, trouvant les choses d'église et les ornements sacrés un peu indécents et peu de mise dans le culte, si la paroisse est pauvre, ont l'habitude de donner la permission aux femmes de travailler les jours de fêtes d'une manière privée, sauf le temps des offices divins, à la condition que le profit de ce travail soit employé à l'acquisition ou à la réparation de ces objets. C'est ainsi qu'en peu de temps on arrive à pourvoir abondamment à la nécessité.
Pour moi, je ne saurais approuver leur pratique de donner pareille permission en dehors des cas d'une nécessité réelle, afin que les femmes de ces paroisses soient continuellement occupées les jours defêtespour recueillir de grosses sommes destinées à iournir l'église d'objets riches et somptueux,
propres à rehausser le culte. Il ne paraît pas que ces choses soient d'une telle nécessité et importance que les Curés puisent s'aventurer à permettre, les jours de fêtes, le travail si sévèrement interdit par l'Eglise.
Une autre considération est à faire, c'est celle du scandale qui provient indirectement de cette pratique. Si les fidèles voient que le Curé permet si facilement et sans aucune urgence le travail aux jours fériés, ils s'y habitueront, perdant cette répugnance salutaire qu'éprouvent tous les bons chrétiens, et accoutumés à travailler pour l'église, ils travailleront ensuite indifféremment pour la maison.
Il faut observer, en outre, que le précepte du repos les jours de fêtes est utile et même nécessaire, généralement parlant, à la conservation de la santé. L'homme, après le travail de six jours, éprouve un besoin physique d'un peu de repos, comme en conviennent les médecins. Donc, les Curés, en permettant longtemps et habituellement le travail aux jours fériés, manqueraient à la charité envers leurs paroissiens.
307. Notons que, quoique les Curés négligents méritent une très-sévère censure, quand ils laissent employer dans leurs églises des objets indécents et faire les offices avec une lesinerie sordide, cependant les autres ne sont pas à louer sans restriction, qui, chargés du gouvernement d'églises pauvres, prétendent les orner, les embellir et y faire les offices comme dans les cathédrales et basiliques ; employant toutes sortes de moyens, quoique inconvenants, pour arriver à leur but, dans lequel souvent
il entre un peu de vanité et de prétention, qui sont nos ennemiS occultes et perpétuels.
Du Tabernacle, de la Lampe et des Vases sacrés.
308. De même que le siège de Jésus-Christ dans le ciel doit être (pardonnez-moi la comparaison) le plus beau des meubles du paradis, ainsi le Tabernacle, où réside jour et nuit le même Jésus-Christ, devrait-il être le plus beau des objets de nos églises. Il est à désirer que là où l'église n'est pas extrêmement pauvre, il y ait un peu de richesse dans le Tabernacle, d'autant plus que c'est un objet si petit, qu'il suffit de peu pour qu'il soit riche. 11 est consolant de voir que dans tant d'églises le Tabernacle du Saint-Sacrement est splendide et magnifique, avec une porte en argent, tout recouvert à l'extérieur de drap d'or, avec de fines et précieuses broderies.
Toutefois on n'exige pas nécessairement la richesse dans cet objet ; Jésus-Christ veut bien se contenter de la propreté et de la décence dans son Tabernacle ; une porte en bois doré, une clé d'argent, quelques décimètres de soie blanche, c'en sera assez pour que le Tabernacle soit décent.
Il est à noter que non-seulement le Tabernacle, où repose habituellement le Très-Saint-Sacrement, doit être décent, mais aussi les autres Tabernacles qui sont à différents autels, où de temps en temps, dans l'année, se place le Saint-Sacrement, à l'occasion des fêtes qui s'y célèbrent. Parmi ceux-ci, combien qui ont une porte noircie, défaite, sortie Man. du Ì. Curé. 15
des gonds, et dont l'intérieur est rempli de poussière et tout maculé.
309. De plus, le Curé veillera à ce que la lampe brûle constamment devant le Tris-Saint-Sacrement. Il avisera à ce que l'huile soit assez pure pour qu'elle ne s'éteigne pas, surtout dans les longues nuits d'hiver ; il ne lui servirait de rien de s'excuser en disant que si l'huile est impure, cela provient des fabriciens ; car il devrait la changer pour de la meilleure, plutôt que de permettre le grave inconvénient de la lampe éteinte devant le Très-Saint- Sacrement.
Il doit se garder d'une indigne lesinerie, l'empêcher si l'entretien de la lampe est à la charge des autres, et ne pas mettre une si petite mèche qu'elle donne à peine une lueur et qu'elle s'éteigne facilement la nuit. J'ai connu une église où il était réglé que la mèche serait formée de trois fils de coton seulement. De telles lésineries ne sont rien moins qu'une indignité devant Dieu et un scandale devant les hommes.
310. Enfin que le Curé ait soin que les calices, patènes, ciboires, soient dorés convenablement, comme aussi la lunette de l'ostensoir. Il veillera aussi à ce que les vases sacrés ne soient pas, dans quelque partie, fracturés ou disjoints, ou même simplement noircis.
Les Hosties et du Vin pour la très-sainte Eucharistie,
311. Le Curé aura attention que les Hosties et les particules à consacrer soient toujours fraîches,
étant très-indécent d'en employer de rances ; à cause de cela, le Curé ne se pourvoira que de la quantité qu'il saie correspondre aux besoins pour peu de
jours.
EgaUment, il doit se garder de consacrer tant de particules qu'elles durent plus d'une semaine, et selon la prescription du Pontifical romain, l'hostie qui sert pour la bénédiction doit être changée tous les huit jours. L'omission de ces attentions est une des preuves les plus graves de l'incurie et du peu de toi du Curé. Quand il s'agit de la matière et des espèces du Très-Saint-Sacrement, c'est bien autre chose que quand il n'est question que de chandeliers, de chasuble, de tabernacle, de custode et de calice ; on comprendra sans peine qu'ici les moindres négligences sont intolérables, puisque cela regarde Jésus-Christ en personne (1).
(1) Le Rituel Pwomain exige qne les hosties à consacrer soient r^ceiites, et que les particules consacrées soient fréquemment renouvelées'. Voici l'interprétation reçue de ces termes un peu vagues. 1» Selon l'ordonnance de saint Cliarles, ne jamais consacrer d'iiosties qui aient plus de vingt jours ; ceci suppose qu'il s'agit d'hosties a consommer le jour même, non a conserver ; 2o Renouveler les hosties consacrées tous les huit jours, selon le même saint Charles et selon les Décrets de la S. C. des Evêques, 5 avril 1573, et de la S C des Rites, 3 septembre 1672. Avec plus de latitude dans une matière si délicate, on s expose a des abus, malheureusement trop fréquents en France.
On sait combien il importe, à notre époque, d'être en garde contre la fraude et la falsification des hosties, et de ne les prendre que dans des maisons de confiance.
Il est regrettable que les hosties soient si minces, surtout pour T usage des fidèles.
Les inconvénients proviennent du clergé qui aujourd'hui abandonne les détails du matériel du culte à l'arbitraire des fournisseurs qu'il devrait diriger d'après les saines traditions étudiées et appliquées. De la tant de nouveautés et d'irrégularités dans le culte, favorisées encore par le faux engouement de notre siècle. C'est
312. On ne peut passer sous silence un avertissement pour les lieux où se font les hosties dans la maison du Curé. Il arrive parfois que là on consacre des particules brisées, divisées, salies par le fer, sentant la cire, remplies de fragments, telles qu'elles sortent des mains de la domestique, ce qui est une indécence par trop grande; et il arrive aussi que dans quelques églises on les fait si petites qu'on dirait des pains à cacheter les lettres, épargne bien sordide dans une affaire de telle importance; et d'ailleurs, ce procédé n'apporte qu'une diminution de dépense presque imperceptible.
313. Il faut observer encore, dans la purification des ciboires, d'enlever d'abord toutes les parcelles, avant d'y verser du vin, parce que, autrement, une fois humectées, elles s'attachent au ciboire et ne s'en détachent pas, même en agitant bien le vin, de sorte qu'en essuyant le ciboire, elles s'attachent au purificatoire, où par conséquent se trouve évidemment le Très-Saint-Sacrement. Il est donc nécessaire de bien purifier le ciboire de la même façon qu'on purifie la patène, après quoi, on peut omettre d'y verser du vin, ce que je ne sais prescrit par aucune loi.
314. Passant à l'autre matière du Sacrifice, l'attention doit être encore plus grande. Non-seulement on doit faire attention que le vin à consacrer n'ait pas mauvais goût, ni qu'il ne commence pas à
ainsi qu'ont, disparu et le baldaquin et la housse {conopeiim) du saint Tabernacle, trop heureux d'avoir conservé la lampe du sanctuaire, même avec du pe'trolc et des cierges avec apparence de cire. Nous avons aussi transformé la clef d'argent du tabernacle en une clef de vil métal, etc.
Ç}^ote du traducteur.)
aigrir, ou qu'il ne soit pas trouble, autant de défauts qu'on ne doit jamais tolérer dans le vin destiné à être changé au sang de Notre-Seigneur Jésus- Christ ; mais il faut surtout s'assurer si c'est vraiment du vin de raisin , chose que souvent on ne doit pas supposer aveuglément. Il se fabrique du vin de cerises, de pêches, de pommes et d'autres fruits ; on compose des vins avec de l'eau, des liqueurs spiritueuses et difTérentes drogues, et il n'est pas toujours facile de les distinguer des vins de raisin. Il est clair que si l'on employait ces vins faux et artificiels pour la célébration de la sainte Messe, la consécration serait nulle, et il n'y aurait pas de sacrifice. C'est pourquoi, c'est un devoir très-strict pour le Curé de s'informer de la provenance du vin destiné à la consécration, et de ne jamais se servir que de celui qu'il sait positivement être vrai, c'est-à-dire fait de raisin. Ce ne serait pas pour lui une excuse valable de dire qu'il s'en rapporte aux marchands, ou qu'il doit se servir du vin fourni par les fabriciens. Les marchands de vin n'ont pas toujours la conscience bien délicate ; ils peuvent aussi croire vendre du vin, non pour l'autel, mais pour la table du Curé. Les fabriciens, souvent irréfléchis ou rustiques, n'y regardent pas de si près dans ces choses-là. Le Curé pourrait seulement se fier aux vendeurs dans le cas où ils les connaîtrait pour incapables de le tromper, intègres et timorés. Egalement pour les fabriciens, il s'en rapporterait à eux, s'ils connaissaient la provenance des vins et s'ils procédaient avec l'attention et les précautions voulues. Aucun Curé, après cela, ne mettra en doute qu'il ne pourrait jamais y avoir
de raison d'intérêt ou aucune considération qui pût justifier l'énorme désordre de la nullité de la sainte Messe occasionnée par l'inaptitude de la matière à consacrer.
A cause de cela, on ne saurait dire combien de ces Curés manquent à leur devoir, qui ne font pas difficulté d'acheter des bouteilles de vin pour la messe dans les auberges et cabarets. Outre l'indécence de prendre le vin dans de tels lieux, où souvent tout élément de propreté fait défaut, il y a un danger évident de consacrer avec quelqu'un des vins mélangés et composés d'eau et de liqueurs qui s'y fabriquent, auxquels on donne le nom de vin, à cause de l'apparence qu'ils en ont.
A cet effet, le Curé avisera à ce que ni les fabriciens, ni les confrères de l'Oratoire, ne chargent de l'approvisionnement du vin de messes le sacristain de l'église ou semblable mandataire, comme cela se pratique en quelques lieux, où on leur donne annuellement une somme avec l'obligation de pourvoir au vin de messes. Il est facile à comprendre que ces hommes ignorants, grossiers, sans piété, n'ont d'autre attention que de chercher du vin au plus bas prix , pour faire quelque épargne et profit.
De la dévotion que doit montrer le Curé envers le Trés-Saint-Sacrement,
315. Le Curé n'est pas seulement tenu à pratiquer à l'intérieur la dévotion la plus profonde envers le Très-Saint-Sacrement, mais il est encore obligé de
la ittanifester pour rédification de son peuple (l). Premièrement, il la manifestera dans la célébration de la sainte Messe, action la plus sainte et la plus divine du ministère sacerdotal. Les laïques ont un sens exquis pour discerner les prêtres qui ont un bon esprit de ceux qui en manquent ; c'est en assistant à leur Messe. S'ils voient que le prêtre célèbre indévotement, aussitôt ils jugent mal de lui et ils ne supposent pas que leur jugement soit téméraire ; bien plus, cette indévotion leur suffit pour se croire dispensés de s'en tenir à ses avis, et pour confier à un autre la direction de leur conscience.
(1) n importe grandement de faire d'un penple presque mfîcanique, des adorateurs en esprit et en vérité'. Avant tout, il faut le culte intérieur, le culte extérieur ne vient qu'après. Le Curé insistera donc sur la nécessité des sentiments et des affections de l'âme, qui doivent animer et accompagner les actes de religion. Sans ces fondements, la prière, l'assistance aux offices, etc., dégénéreraient en actions machinales, automatiques, tout au plus pharisaïques. Pour obtenir cette sève vivifiante de dévotion, il est indispensable d'y bien former les petits enfants dès les premières leçons du catéchisme, et de revenir dans les instructions sur ce mécanisme intérieur du culte et même sur le sens des cérémonies liturgiques ; •utrement, l'homme grossier risque de se borner à la malheureuse routine des dehors apparents, et de ne retirer aucun fruit des exercices de piété, même du saint sacrifice de la messe. En fait de prière, on ne saurait assez répéter à nos chrétiens, qui sont trop souvent aujourd'hui corps sans âme, cette maxime fondamentale : Peu et bon. Un court acte de religion, partant du fond du cœur, plaît plus à Dieu que de longues prières indévotes. Insistons làdessus et pratiquons le nous-mêmes. Que la présence réelle de Notre- Seigneur Jésus-Christ sur l'autel soit bien inculquée aux enfants.
S'il est à souhaiter que les chapelles accessoires ne détournent pas le peuple de l'église paroissiale, ni que les messes privées ne nuisent pas aux offices publics ; d'un autre côté, comme plus il y a de paroisses, mieux cela vaut, selon le mot de Monseigneur Sailer, on ne saurait rendre un plus grand service aux campagnards éloignés que de leur procurer une paroisse rapprochée. Mais toujours aTisons plu* à construire l'édifice spirituel que le matériel.
(Note du tradacieur.)
Que le Curé considère quel jugement porteront <3e lui les fidèles, quand il célèbre la Messe avec précipitation et mépris des rubriques , sans maintien, ni recueillement. J'ai entendu un grossier marin qui disait à ses camarades : Quand le prêtre N. N. se trouve à l'autel, il ressemble à un montagnard qui monte à bord : voulant dire que ce prêtre avait autant la tenue sacerdotale qu'un montagnard a l'air marin.
316. Non-seulement le Curé doit montrer à l'autel sa profonde vénération pour le Très-Saint-Sacrement, mais encore avant d'y aller, et quand il en est de retour. Le Curé recommande aux séculiers de faire la préparation convenable à la communion ; mais il arrivo souvent, et peut-être même habituellement, que quelques Curés, avant de célébrer, s'arrêtent à causer detoutes sortes de choses indifférentes ou inutiles, continuent même à causer en prenant les ornements sacrés, et cessent à peine au sortir de la sacristie. Si le Curé n'a pas occasion de causer, on le voit se promenant çà et là par la sacristie, comme un désœuvré qui cherche à tuer le temps, afin d'atteindre l'heure de monter à l'autel. Les séculiers instruits par lui qu'il faut faire une préparation dévote à la communion, que diront-ils de pareille indévotion ?
Et leur étonnement croîtra encore, s'ils voient le Curé revenu de l'autel, ayant à peine déposé le calice, reprendre, en vrai désœuvré, sa causerie inutile, ou tout au moins déplacée en ce moment, et se montrer ainsi léger au point de faire supposer qu'il ne sait ni d'où il vient ni ce qu'il a lait, ni quel hôte il possède dans son âme.
Ils devront d'autant plus être étonnés, sachant que lui, quand il parle au peuple de la sainte communion, inculque très-chaleureusement, comme une obligation, la nécessité de l'action de grâces. Nous séculiers , devront-ils dire , nous sommes obligés, après la communion, de nous tenir dans un pieux recueillement, en prière et actions de grâce; serait-il possible que le Curé en fût dispensé?
Ce sont là des manquements qui affaiblissent et refroidissent beaucoup la foi des paroissiens (1).
317. Quelqu'un demandera peut-être si l'usage est blâmable, que, au sortir du confessionnal, le prêtre aille aussitôt prendre les ornements sacrés et s'avance vers l'autel pour y célébrer la sainte Messe ; puis, la j!."sse finie et les ornements sacrés déposés, qu'il retourne immédiatement au con-
(1) On sait que la dévote récitation de l'office et la pieuse célébration de la sainte Messe sont les deux principales actions du prêtre. Ce point obtenu, lereste des fonctions est garanti. Mais, s'écrie Kugler (fie Spir. eccl.)i « 0 ingens perversiLas multorum Clericorum ! Pro-
• ducitur sommis, producitur mensa, producuntur recreationes, proti ducuntur confabulationes, lusus, nugas nugarum ; solius SupremiR
• Majestatis cultus, summà quâpotest celeritate deproperatur, luride
• absolu itur ».
Si le saint sacrifice lui-même est ainsi traité, jngez de ce qu'il eu est de ses accessoires, du matériel, des vases sacrés, par exemple, rarement entretenus, je ne dis pas dans la décence convenable, mais dans la propreté la plus élémentaire... J'en ai une expérience irrécusable, comme homme de la spécialité, qui ai beaucoup vu et observé. Oui, malgré le luxe de notre siècle, le clergé a perdu les respectables traditions des saint Charles, des Gavantus, des De Lacroix, des Beuvelet, etc., concernant la vénération des objets du culte. Deux choses, dans le culte, sont indispensables : la propreté du matériel, et la décence du personnel fonctionnant. Et quand je me récrie contre le laisser-aller, je n'excepte même pas les églises à Curés modèles ; car ceux-ci, tout pieux et zélés qu'ils sont, mais absorbés par le soin des âmes, ne suffisent pas à tous les détails io m'en suis convaincu à Rome même.
(Note du traducteur.)
262 MANUEL PRATIQUE DU JEUÎŒ CUBÉ.
fessionnal ; chose très-souvent pratiquée par de bons prêtres.
Il faut avouer que les séculiers no s'offensent pas de cette pratique ; ils supposent que l'administration du sacrement de pénitence peut suppléer à la préparation et à l'action de grâces de la sainte Messe. Néanmoins , ce n'est pas une chose à approuver, et elle n'est pas précisément édifiante. Quand il y a un grand concours de pénitents, et qu'on sait que quelques personnes ne peuvent attendre plus longtemps, le Curé omettra alors la préparation ordinaire et l'action de grâces de la Messe. Celui qui enseigne que le Curé ne doit jamais omettre la préparation accouiumée et l'action de grâces même longuement, comme serait demiheure, est trop exigeant, et il laisse voir qu'il n'a jamais exercé le ministère de Curé. Quand le Curé a à son confessionnal des personnes, surtout des pauvres, qui ne peuvent attendre longtemps à l'église, soit aux fêtes, soit dans la semaine, il ne convient pas qu'il fasse une longue préparation ni une longue action de grâces à la Messe ; mais il convient alors qu'il fasse l'une et l'autre courtes et qu'il expédie les pénitents qui, autrement, après avoir patienté quelque temps, soit qu'ils ne veuillent pas , soit qu'ils ne puissent pas attendre plus longtemps, pourraient s'en aller sans s'être confessés, peut-être en état de péché, et qui pourraient même ne pas revenir de sitôt.
Le Curé ne croira pas avoir fait une perte spirituelle en abrégeant ainsi la préparation et l'action de grâces, parce que le Seigneur, en vue d'une action si sainte et si méritoire que d'entendre les
confessions, suppléera d'une autre manière et saura lui faire retirer profit et onction de l'esprit,non-sejlement du cœur des âmes pieuses qui en abondent, mais encore des cœurs desséchés des pécheurs, quand Dieu lui fera la grâce d'en extraire d'abondantes larmes de pénitence. Il arrive assez souvent qu'on sort du confessionnal plus rempli du bon esprit qu'au sortir du recueillement de l'oraison.
Le confesseur étant le canal par lequel la grâce divine se répand dans les cœurs a^ec ses dons les plus excellents, il ne pourra jamais arriver, s'il exerce ce ministère avec des intentions droites et saintes, que la grâce et ses biens passent par lui sans qu'il en reste lui-même fortifié et enrichi.
Toutefois, comme je le disais, on ne saurait approuver que le confesseur abandonne alors entièrement toute préparation et action de grâces ; une courte préparation et action de grâces ne prend pas un temps notable aux confessions, et l'omettre ainsi abrégée serait une preuve de négligence impardonnable. Si donc les Curés et les confesseurs commettent habituellement cette omission , ils devront s'en corriger.
318. De plus, le Curé a coutume de recommander aux fidèles la visite fréquente de Notre-Seigneur dans le Très-Saint-Sacrement de l'autel ; or il serait de toute convenance que lui le premier se montrât assidu adorateur du Très-Saint-Sacrement. Cependant il arrive en plusieurs endroits que les paroissiens ne le voient jamais en adoration devant le Très-Saint-Sacrement, sauf le cas d'exposition publique. Il est vrai que le Curé peut y être à
d'autres heures, quand l'église est fermée, mais ses paroissiens ne sont pas portés à le supposer. J'ai remarqué que les personnes simples donnent en preuve de la bonté d'un Curé, qu'il se tient en adoration devant le saint tabernacle, ou encore, qu'on l'a vu entendre quelque messe dans l'église.
319. Il arrive quelquefois que le Curé se comporte à l'église avec un tel manque de respect et de recueillement, causant, ciiculant, riant, plaisantant, qu'on dirait vraiment qu'il se croit dans sa maison, où il a coutume d'être sans gêne ; chose qui n'édifie pas les paroissiens ; ils pensent que l'église est plutôt la maison de Dieu, et qu'il faudrait tenir plus de compte de sa divine présence.
De la sainte communion,
320. On sait que non-seulement le Curé, mais même l'Evêque, ne peuvent prescrire de méthode relativement à la communion fréquente ou même quotidienne, et qu'il appartient aux seuls confesseurs ou directeurs spirituels de prescrire ou de permettre aux fidèles qu'ils communient plus ou moins fréquemment, selon qu'ils le croient convenable à leur état et à leurs dispositions intérieures.
321. Il est sûr aussi que l'Eglise approuve, en général, la communion, non-seulement fréquente, mais même la quotidienne. Entendons le Concile de Trente : Optaret quidem sacrosancta Synodus, ut in singulis 2iissis fidèles adstantes non solum spirituali affectu, sed sacramentali etiam Eucharisties perceptions
DES SACRE5fE.\TS. 265
communîearent (Sess. 22, c. 6). Barbosa note ceci sur tes paroles ; Expresse Concilium in praesenti supponit esse conveniens, laudabile, et consulendum, ut quotidie Eucharistiam sumant fidèles, dura optât ut in singulis Missis adstantes communicent ; quod sic intellexit sacra Congregano Cardinalium, etc. (Coll. Decr. in Conc. Trid., hoc loco.)
Le catéchisme romain qui, on doit le dire dans toute la force du terme, contient la doctrine de TEglise, parle encore plus clairement : Est S. Augustini norma certissima : « Sic vive, ut quotidie « possis sumere ». Quare parochi partes erunt, fidèles crebro adhortari^ ut, quemadmodum corpori in singulos dies alimentum subministrare necessarium putant, ita etiam quotidie hoc Sacramento alendx, et nutriendsa animx curam non abjiciant. Neque enim minus spirituali cibo anima , quàm naturali corpus indigere, perspicuum est. Vehementer autem proderit hoc loco repetere maxima illa et divina beneficia quss ex Eucharistie sacramentali communioœ consequimur ; illa etiam figura erit addenda cum singulis diebus corporis vires manna reficere oportebat , itemque Sanctorum Patrwn auctoritates, quse frequentem hujus Sacramenti perceptionem magnopere commendant. Neque enim unius Sancii Patris Augustini ea fait sententia ; « Quotidie « peccas, quotidie sume »; sed si quis diligenter attenderà^ eumdem omnium Patrum, qui hac de re scripserunt, sensum fuisse j facile compenet, (Gatech. Rom,, de Euch., n° 63.)
On conclut clairement de ce texte que le Curé doit souvent exhorter les fidèles, non-seulement à la communion fréquente, mais même à la quotidienne, et qu'il doit, dans ce but, se servir, non
de Tautorité de certains maîtres spirituels modernes, mais de celle des anciens Pères qui tous enseignent, avec saint Augustin, que, nonobstant les fautes quotidiennes et les légers manquements, il est bon que les fidèles communient chaque jour. Ceci s'entend, avec la dépendance des confesseurs respectifs, comme l'ordonnait Innocent XI dans son décret cité par saint Alphonse. [Opera Mor.y l, vi, n^ 256.] (1).
322. Cela posé, comment se fait-il qu'il se rencontre certains Curés qui, non-seulement n'excitent pas leurs pénitents à la fréquente communion, mais même ne peuvent souffrir que les confesseurs y excitent les âmes qu'ils dirigent? Comment peut-il se faire qu'ils osent la désapprouver et condamner, la ridiculiser et s'en moquer dans leurs entretiens familiers , et même quelquefois manifester leurs sentiments plus ou moins ouvertement dans leurs instructions sur la doctrine chrétienne ? Comment se fait-il qu'on entende quelquefois tel Curé s'élever avec feu contre les dévotes et les cagotes, indiquant suffisamment qu'il veut parler des personnes qui se présentent souvent ou tous les jours à la sainte Table? Comment se fait-il que quelques Curés refusent parfois de communier certaines personnes,
(1) Nous avons maintenant le c(<lèbre opuscnle de Mgr de Sëgur, La très-sainte Communion., si loué par S. S. Pie IX, qui dit qu'il contient la véritable doctrine du Concile de Trente et quïl désirerait yoir donné à tous les enfants de la première Communion, et entre les mains de- tous les Curés. (Voyez la onzième édition de Florence sur la trente-huitiàme de Paris.) Cet opuscule pourrait éclairer plusieurs Curés et directeurs des âmes sur la communion fréquente et quotidienne. Comme le faisait observer Sa Sainteté, il a déjà produit un grand bien, et U ne cesse d'eu faire ea jb'rauce, eu Italie et partout oa il se répand.
DES SACREilENTS. 267
OU au moins les font attendre longtemps et perdre leur temps, pour qu'elles se lassent et abandonnent l'assistance fréquente à la sainte Messe ? Ce sont là des choses qu'on dirait impossibles, et cependant il y a des faits qui autorisent à penser assez mal de certains Curés.
323. Les bons Curés exhortent avec zèle les fidèles à s'approcher plus fréquemment de la table Eucharistique, selon la prescription du Catéchisme romain ; ils avisent aussi à ce que, même les jours ouvrables, il se célèbre quelque messe de bonne heure, pour que les personnes qui ne pourraient attendre aient la facilité de communier de bon matin et à leur commodité. Les bons Curés se félicitent que dans leurs églises il y ait chaque jour beaucoup de communions, et d'avoir parmi leurs paroissiens un nombre considérable d'àmes pieuses qui reçoivent chaque jour le pain des anges, bien persuadés qu'ils sont, qu'à part quelques rares cas d'hypocrisie, ces àmes-là sont celles qui vivent les plus pures de péchés, les plus riches d'actes de vertu, les plus zélées pour la gloire de Dieu, et sont un bon levain, la bonne odeur de Jésus-Christ dans leurs paroisses.
324. Le Curé veillera à ce que le petit vase sur l'autel, pour la purification des doigts après la communion en dehors de la messe, soit propre, décent, et que l'eau en soit souvent renouvelée. En certaines églises, ce vase est plein d'eau trouble, parce qu'on laisse s'écouler des mois sans la changer. Que le Curé fasse attention que les nappes qui pendent à la table de communion soient toujours convenables et propres. Dans quelques
églises, elles sont si sales que les personnes honnêtes hésitent à y toucher au moment de la communion.
325. Quelques Curés remarquant que ces nappes n'empêchent pas les fragments des saintes hosties de tomber à terre quand il se détache des parcelles, et que même des pales (ou petites corbeilles) faites de toile bien plissée, qu'on emploie à la place de nappes, ne peuvent empêcher que ces fragments ne se perdent, parce qu'on ne saurait les distinguer sur le blanc de la toile, et qu'ainsi ils restent dans les plis jusqu'à ce que l'on donne ces objets à laver, ou qu'ils tombent à terre quand on renverse ces objets; quelques Curés, dis-je, remarquant cela, au lieu de nappes ou de ces pales, emploient, pour la communion, tant des hommes que des femmes, une plaque dorée, d'une dimension convenable, sur laquelle tombent les fragments qui se détachent, même les plus petits, qu'ils ramassent et font tomber dans la première purification du calice. Celui qui adoptera cette plaque et verra les innombrables petits fragments qui, sans cette précaution, auraient été perdus, n'usera plus ni de nappes ni de pales (1).
De la première Communion des enfants.
326. Les bons Curés font attention à trois choses pour la première communion des enfants. La première, c'est d'admettre tous ceux qui en sont capables selon la rigueur du précepte. Les Curés
(1) Je rai vu pratiquer à la Visitation d'Annecy, au tombeau de saj.nt François de Sales. {Note du traducteur J
ne sont pas Îes maîtres de donner la première communion à leur gré ; le précepte divin ecclésiastique de la communion pascale oblige tout chrétien, aussitôt qu'il en est capable, et le Curé ne peut pas, sans bonne raison, en différer l'accomplissement; il est seulement autorisé à juger des dispositions des enfants pour être admis à la sainte table : ainsi, quand ils manquent du discernement nécessaire ou de l'instruction, il peut et doit différer leur communion, sinon il est tenu de la leur administrer. 327. Il faut ici noter attentivement que le discernement et l'instruction requis dans les enfants doivent se mesurer sur leur capacité, qui n'est pas celle des personnes mûres, sensées, et savantes en théologie, mais bien une capacité d'enfants, d'une intelligence et d'un jugement encore peu développés, et susceptibles de connaissances bornées et peu étendues. Si l'on rencontre parfois des enfants d'une capacité plus développée, doués d'un jugement solide et susceptibles de connaissances plus étendues , ce n'est pas une raison pour prétendre pouvoir en exiger autant des autres.
Notre-Seigneur Jésus-Christ non-seulement n'éloignait pas de lui les enfants, mais il aimait à s'entretenir avec eux familièrement, sans s'arrêter aux défauts de leur âge : de même aujourd'hui, nonobstant ces défauts de leur âge, il les accueillera volontiers et il les admettra à prendre part à sa table divine ; pour l'intelligence, il ne demandera autre chose, sinon qu'ils le reconnaissent dans le Très-Saint-Sacrement ; et pour l'instruction, il se contentera qu'ils sachent les dispositions avec lesquelles ils doivent le recevoir.
328. Mais parce que l'intelligence et l'instruction ne suffiraient pas, si les enfants manquaient de la sagesse des mœurs, voyons ce que doit exiger le Curé sous ce rapport.
S'il s'agit de vices intérieurs et cachés, le Curé ne pourrait pas en juger, mais seulement le confesseur, et il est clair que, si le Curé était aussi le confesseur de l'enfant, il ne pourrait se prévaloir de la connaissance obtenue par la confession pour lui différer extérieurement la communion; seulement, comme confesseur, et en confession, il pourrait exciter l'enfant à ne pas s'approcher de la sainte table, s'il persévère dans des fautes graves.
S'il s'agit de vices extérieurs et connus, il faut distinguer si ce sont des habitudes d'enfants, non graves par elles-mêmes ; par exemple, les mensonges, les entêtements, les indévotions, etc.; car il est clair que, pour de tels défauts, le Curé ne peut pas différer la première communion, comme il est clair que le confesseur ne pourrait pas différer l'accomplissement du devoir pascal, par la raison que le pénitent serait habitué à un grand nombre et même à un très-grand nombre de péchés véniels. D'autre part, différer la communion aux enfants dans l'espérance que par là ils s'amendront, c'est un essai tout à fait inutile, comme le démontre l'expérience dans tous les cas où l'essai a été tenté.
S'il s'agit, au contraire, de vices graves, par exemple, si l'enfant se montre obstiné à injurier gravement ses propres parents, à refuser d'entendid la sainte messe les jours de fêtes, à manger gras les jours défendus, à faire des larcins considérables,
des choses déshonnêtes, etc., il faudrait alors certainement différer la communion à l'enfant. Néanmoins, généralement parlant, même alors, il serait à propos de laisser cela au confesseur, excepté quand i'enfant est ouvertement scandaleux et qu'il doit être considéré comme un petit pécheur public : dans ce cas-ci, tant que la persévérance dans la mauvaise habitude durerait, le Curé devrait tenir l'enfant éloigné de la sainte table, pour en empêcher la profanation et aussi pour l'exemple des autres.
329. Quand les dispositions voulues ne manqueront pas aux enfants, ils devront être ordinairement admis à la sainte communion à l'âge de dix. ans, comme l'enseignent saint Charles Borromée et saint Alphonse de Liguori. Celui-ci, envoyant à ses Curés un mandement, dit : La communion pascale doit se faire par les enfants (ordinairement) à l'âge de neuf ou dix ans, ou aa plus de douze. (Tannoia, 1. m, c. 22.) En conséquence, le Curé devra s'efforcer à ce que les parents envoient les enfants aux instructions qui se lont pour la première communion, quand ils ont dix ans : ceux qui se trouveront avoir la capacité Toulue seront admis ; autrement, on les renverra à l'année suivante.
330. Un autre soin que prennent les bons Curés pour admettre les enfants à la première communion, c'est de bien les instruire et complètement, en leur donnant toute l'instruction que comporte leur capacité.
Ceci est très-important, non-seulement pour être actuellement digne de la sainte communion, mais encore pour deux autres raisons.
La première est que si les enfants sont bien et solidement instruits à cet âge, les vérités de la foi font une profonde impression sur leur intelligence et servent puissamment à former leur cœur ; de manière à n'être oubliées que difficilement et à exercer toujours à l'avenir une influence considérable sur leur conduite et sur leur vie.
L'autre raison est que si les enfants n*ont pas une bonne et complète instruction à leur admission à la première communion, il est bien à craindre qu'ils ne l'acquièrent jamais plus. C'est un fait regrettable, mais incontestable, que beaucoup, après la première communion, par la négligence des parents et par leur paresse, n'assistent plus aux instructions du catéchisme : or ceux-ci, qui sont en si grand nombre, ne remédieront plus à ce défaut de la première instruction.
331. Pour cela, le Curé aura soin de ne pas confier à quelque prêtre ou clerc l'enseignement des enfants à. admettre à la première communion ; il fera très-bien de le réserver pour lui, comme une partie très-importante du ministère pastoral. S'il s'en déchargeait sur un autre, il ne le pourrait jamais, sans s'être assuré de la capacité de celui qu'il mettrait à sa place.
Certainement qu'il ne s'agit pas seulement de faire apprendre la lettre du catéchisme, chose que tous les enfants pourraient faire par eux-mêmes, pourvu qu'ils sussent lire ; mais il s'agit d'expliquer, de développer à ces enfants la doctrine chrétienne concernant les principaux mystères de la foi, les vertus théologales et les dispositions nécessaires pour bien recevoir les sacrements ; pour cela, il est
nécessaire que le maître soit passablement instruit en théologie, sans quoi il enseignerait de notables et graves erreurs, comme il est arrivé quelquefois.
Les Curés bien avisés ne permettent pas aux laïques d'expliquer et de développer la doctrine chrétienne aux enfants, par la raison que n'étant pas instruits dans les matières théologiques, ils l'altéreraient par inadvertance. Il est évident qu'il y aurait le même danger, si la doctrine était expliquée et développée par un clerc, ou même par un prêtre peu instruit, parce que ni l'habit ecclésiastique ni le caractère sacerdotal ne peuvent donner la science à quelqu'un. Les Curés savent que, malheureusement, il y en a parmi les prêtres de peu instruits, et que nécessairement il en est de môme parmi les clercs, avant d'avoir achevé leurs études. Donc si le Curé ne pouvait s'assurer, pour le suppléer, de quelqu'un qui eût la capacité nécessaire, il devrait, malgré l'incommodité de cette charge, instruire lui-même les enfants et les disposer à la première communion.
332. Au sujet de l'instruction des filles, il aura une autre attention : c'est de ne jamais les confiera des clercs ni même à des prêtres qui montrent peu de gravité. Parmi les filles à admettre à la première communion, il s'en trouve qui, étant déjà grandes et avenantes, pourraient devenir un péril pour un maitre encore jeune et imprudent, surtout si l'on considère que l'instruction pour la première communion est quotidienne et dure un temps considérable, et qu'ainsi elle prête au développement de la plus facile des passions.
333. Enfin, le Curé s'emploiera pour que la première communion soit une cérémonie remarquable tant à l'église que dans la famille. Elle a coutume de faire époque dans la vie, et on en facilitera d'autant mieux le souvenir qu'on solennisera davantage ce beau jour. L'office à l'église, bien que pieux, devra avoir un air de fête, et même des plus belles et des plus joyeuses fêtes qu'on ait l'usage de célébrer. Le Curé ensuite donnera aux enfants un beau chapelet, ou un petit christ, ou un autre objet pieux à conserver en souvenir de ce grand jour. Quand en prend en main ce souvenir de première communion, cela laisse une bonne impression, même plusieurs années après.
Bien que le Curé, généralement parlant, ne puisse influer beaucoup sur la fête de famille, cependant il pourra témoigner qu'il l'approuve comme édifiante, et ainsi y contribuer, au moins indirectement.
334. A cette double fin, le Curé s'efforcera d'empêcher que les enfants ne fassent la première communion en leur particulier et seuls, à moins que les parents n'avisent à une cérémonie spéciale à ce sujet, à l'aide de laquelle on atteindrait suffisamment le but. Quelques-uns pourraient se faire illusion, en pensant qu'en supprimant toute cette pompe et solennité extérieure, la première communion n'en serait que plus dévote et par là plus fructueuse. C'est une vraie illusion. Les offices divins sont d'autant plus pieux qu'ils sont plus simples pour les personnes religieuses attirées par une piété sincère, qui est très-rare dans le monde ; mais toutes les autres ont besoin de l'extérieur d'un apparat qui frappe leurs sens, et de ce nombre sont certainement
les enfants, très-peu rétléchis et chez lesquels domili i-nt la sensibilité et l'imagination. Aussi est-ce ar cela qu'en considération de ce que ce grand lu de se nourrir pour la première fois du pain des ues fait une singulière impression sur leurs cœurs, ne permettra pas qu'il soit dépouillé de cette i:tpe et de cette solennité si propres à réveiller la ioi et par là la vénération et l'amour.
335. On ne peut omettre une observation sur le droit qu'ont les Curés d'admettre les enfants à la première communion. Le Catéchisme romain ne suppose pas qu'ils aient un droit exclusif. Voici ce qu'on y lit : Qua vero œtate pueris sacra Mysteria danda sint,nemo melius constitucre poterit quàmpater, et sacerdos, cui illi confitentur peccata {De Euch., n" (j8). Saint Charles Borromée en référait clairement à cette disposition, lorsqu'il chargeait les confesseurs séculiers d'examiner les enfants, leurs pénitents, sur l'instruction acquise, et de leur donner une attestation à présenter au Curé, pour qu'il les admit au nombre de ceux qui devaient accomplir le devoir pascal. (Instruction et avis aux pères de famille, — Courte instruction, etc.)
Nonobstant cela, aujourd'hui la coutume introduite, et en plusieurs endroits les constitutions synodales donnent au Curé seul le droit d'admettre les enfants à la première communion ; et ainsi il serait blâmable que les confesseurs envoyassent les enfants, leurs pénitents, communier, sans en avoir obtenu la permission de leur propre Curé.
336. Cependant il faut noter que le Curé n'a ce droit que pour le temps où la capacité des enfants peut être douteuse, ce qui veut dire, tant qu'ils n'ex-
cèdent pas quatorze ans, âge assigné comme l'extrême limite du délai par saint Charles Borromée, sur lequel s'appuie Suarez. (Voyez comme ci-dessus.) Bien plus, si par l'incurie du Curé, ou encore par toute autre prétention capricieuse, des jeunes gens ou de jeunes personnes se trouvaient déjà arrivés à l'âge de quinze ou seize ans sans avoir encore été admis à la première communion, tout confesseur, les jugeant disposés, devrait leur enjoindre de s'asseoir à la sainte table.
Il n'y a pas de doute qu'à cet âge la jeunesse ne soit tenue à l'accomplissement du devoir pascal, comme elle est tenue d'entendre la sainte messe aux fêtes, et le Curé n'a pas autorité pour dispenser à son gré de ce précepte.
Que si quelques-uns pensent que la jeunesse n'a pas l'obligation d'accomplir le devoir pascal, tandis qu'elle n'a pas été admise à la première communion par son Curé, nous répondons que cela ne serait vrai que dans le cas où on pourrait encore douter de la capacité des sujets, mais non pas quand il ne peut plus y avoir aucun doute. Cela paraîtra évident, si l'on considère que ce principe, admis absolument et sans restriction, il s'ensuivrait qu'un Curé capricieux différant au-delà de vingt ans la communion à un jeune homme, celui-ci ne serait pas encore tenu, à cet âge, au devoir pascal. Cependant, pas même le Pape ne pourrait le dispenser de ce précepte divin évangélique. Observez bien, toutefois, qu'il n'est pas question de jeunes gens débauchés qui, ne s'amendant pas, devraient être différés à perpétuité (bien que, d'un autre côté, ils fussent obligés au précepte, comme ils sont obligés à se corriger),
ni de jeunes gens à demi idiots, au sujet desquels pourraient être soulevées d'autres questions. Ici on veut parler de la jeunesse ayant une moralité suffisante et une intelligence ordinaire.
337. On ne peut omettre une observation au sujet des enfants si bouchés et si peu intelligents que, même à quinze ou seize ans., ils sont incapables d'apprendre ni de retenir les instructions de la doctrine chrétienne. Le Curé devra les instruire avec tout le soin possible, ayant cependant l'attention de ne leur enseigner que les seules choses les plus indispensables, de la manière la plus claire et la plus matérielle ; après quoi, bien qu'ils comprennent et retiennent peu de choses, il les admettra à la communion. Il est clair que s'il veut attendre qu'ils aient acquis une plus grande instruction, il ne pourra jamais les admettre : certains esprits ainsi obtus sont incapables d'aucun développement, et ilsvieilhssent dans une ignorance irrémédiable.
Les quelques choses les plus indispensables qu'on doit leur enseigner sont: qu'il y a un Dieu créateur 3t maître de tout l'univers ; qu'il y a une récompense pour les bons et un châtiment pour les mé- ^.hants ; qu'il y a trois personnes en Dieu, le Père, " î'ils, et le Saint-Esprit ; que le Père est Dieu, que ils est Dieu, que le Saint-Esprit est Dieu ; mais ,u il n'y a qu'un seul Dieu ; que la seconde personne
est faite homme, a souffert et est morte, comme lomme, pour l'amour de nous ; qu'il faut confesser 58 péchés mortels pour en obtenir le pardon ; que ansia communion on reçoit le Seigneur; qu'il lut le faire à jeun, sans avoir rien pris absolument, t en grâce avec Dieu. Ils leur apprendront ces Man. dd J. Curé. 16
choses de leur mieux, selon que le comportera leur capacité.
Il n'est pas besoin de leur enseigner la doctrine sur les vertus théologales, parce que le Curé et le confesseur peuvent les exciter à faire ces actes de temps en temps, ni les choses nécessaires pour la confession; car le confesseur peut aviser à ce qu'i:.-. fassent l'examen, les exciter à la contrition, etc., ni les autres choses concernant la communion ; c"est assez qu'ils connaissent qui ils reçoivent et qu'ils le reçoivent avec respect. Les sacrements sont in situés pour tous les hommes ; tous en ont besoin ; tous y ont droit ; le Curé ne peut les refuser à personne, sauf le cas où quelqu'un en serait positivement indigne, ou en voudrait abuser, ou si l'on prévoit que, en les recevant, il manquera, quoique involontairement, au respect qui leur est dû.
338. C'est pourquoi on doit donner la sainte communion, non-seulement à l'article de la mort, mais encore une fois l'an aux demi-idiots ou demialiénés, s'il n'y a pas à craindre qu'ils puissent commettre quelque injure contre ce sacrement. Le Curé, ou tout autre confesseur, à sa place, devra leur suggérer les actes des vertus théologales, disant : Croyez-vous qu'il y a un seul Dieu en trois personnes distinctes etc. ? qu'il récompense les bons et punit les méchants, etc.l Et à toute interrogation, il fera répondre : Oui. Egalement: Espérez-vous le paradis, etc.? Aimez-vous Lieu par-dessus toutes choses, etc. ? Vous repentez-vous de vos péchés ? Il devra les interroger sur leurs péchés, ensuite donner l'absolution sous condition, si tu es capax^ et enfin les admettre à la communion.
Toile est la pratique de tous les Curés intelligents et zélés pour le bien des âmes, appuyée de l'autorité du sentiment commun des théologiens. Il est pénible do voir qu'il y ait des Curés qui regardent ces laliieureux comme incapables des sacrements et 5 en tiennent éloignés toute leur vie. Ils croient :ire beaucoup en leur donnant une absolution :)us condition, et l'Extréme-Onction, à l'article de i mort.
339. Encore un mot sur les sourds-muets. Si ces malheureux n'ont pas eu une instruction spéciale, il est impossible qu'ils apprennent les vérités de la foi et qu'ils soient rendus aptes à recevoir avec fruit les sacrements. Il est donc nécessaire que le Curé qui a quelque sourd-muet dans sa paroisse s'occupe beaucoup de son instruction, avisant à ce que les parents, s'ils sont aisés, le fassent instruire suffisamment pour connaître les vérités de la foi et pouvoir l'admettre aux sacrements : si ses parents étaient pauvres, le Curé devrait s'employer auprès de la commune ou auprès de quelque bienfaiteur qui suppléerait pour eux. Si la commune s'y refusait et qu'on ne trouvât pas de bienfaiteur, le Curé devrait ouvrir une souscription de faible cotisation mensuelle ou annuelle, où il figurerait le premier, et de cette façon il réussirait à trouver le nécessaire pour lui procurer l'instruction la plus indispensable. Notez que pour rendre un sourdmuet capable des sacrements, il suffirait d'un peu plus d'une année.
De la communion des infirmes.
340. Si les malades, pris d'affections chroniques, ne peuvent se transporter à l'église, ils doivent communier à domicile, au moins à Pâques ; chose qui se fait partout. Néanmoins, le Curé ne devra pas se contenter de les communier une fois l'année, mais il visera à le leur faire faire plus souvent, spécialement s'ils en témoignent le désir. Les Curés qui se montrent difficiles à communier ces malades en dehors du temps pascal édifient peu leur peuple.
Ces communions, pouvant être prévues et fixées, donnent au Curé la facilité d'aviser à l'accompagnement du Très-Saint-Sacrement avec plus de décence que quand il se porte en viatique, où ordinairement la chose est urgente et accélérée. Le Curé, en en avertissant le peuple le dimanche précédent, avec indication du jour et de l'heure de la communion, obtiendra sans doute que les fidèles y assistent plus nombreux et avec leurs cierges.
341. L'accompagnement convenable du Très- Saint-Sacrement, quand il est porté aux malades, est une affaire d'une très-haute importance, comme acte public de foi vive exprimant bien la piété du peuple et servant à maintenir florissante et manifeste la dévotion envers le gage le plus auguste de l'amour divin. Le Curé devra donc s'efforcer, chaque fois que sort le Très-Saint-Sacrement, qu'il y ait un cortège digne, ce qu'il obtiendra, en exhortant souvent son peuple à se joindre empressé à cet acte de
DES SACRE3IEMTS. 281
démonstration de foi aussitôt qu'il entendra les coups de la cloche qui l'y invite ; mais il l'obtiendra encore plus sûrement si, par ses soins, il y a dans la paroisse une nombreuse et florissante congrégation du Très-Saint-Sacrement, congrégation qui ne devrait manquer dans aucune paroisse. Elle fournira les moyens pour que rien des choses nécessaires ne manque, et pour qu'elles soient entretenues décentes et dignes ; elle donnera une plus grande quantité de cierges et enverra un plus grand nombre de confrères pour accompagner le Très-Saint-Sacrement (1).