SUR L'ASSISTANCE DES MALADES ET DES MORIBONDS
De la vigilance du Curé pour que les malades soient munit à temps des Sacrements.
342. Dans les paroisses de ville, surtout si elles sont étendues, le Curé ordinairement ne peut connaître. s'il y a des ma-
(1) Un grand nom'bre de localités, en France, sonf habituées, sous ce rapport, à un sans-faço ■ bien pénible à l'esprit de foi. C'est l'effet de nos révolutions et des mauvais jours d'un siècle voisin de l'indiflférence religieuse. C'est aux Curés a lutrer contre ces manques de respect, à instruire et à stimuler les fidèles pour qu'ils fassent cortège à Notre-Seigneur Jésus-Christ allant visiter les infirmes. Avec du zèle, on obtiendra une amélioration, an moins de la part de quelques personnes pieuses, et on pourra même espérer faire revivre les antiques et pieux usages.
(Note du traducteur.")
lades qui aient besoin des Sacrements : le plus souvent il n'a avis du danger où se trouvent les malades qu'après l'invitation (sur l'ordre du médecin) de leur porter le saint viatique. Alors, le Curé s'empressera de se rendre près du malade, afia que, si l'on avait déjà trop différé, comme il arrive assez souvent, le peu de temps qui reste soit utilisé pour le malade.
Dans les paroisses de village et de bourg, le Curé arrive plus facilement à savoir s'il y a des malades en danger. Soit en ville, soit en dehors, quand il apprend qu'un paroissien malade a besoin des sacrements, il doit s'occuper à les lui faire recevoir à temps. Ici il faut avertir le Curé qu'il ne se fie pas trop aux parents du mahide, même quand ils sont pieux et religieux; car il arrive souvent que dans la crainte d'épouvanter le malade, on diffère trop d'averiir le Curé du danger; encore moins devra-t-i! s'y fier, s'ils ont peu de religion et de piété.
D'autre part, le Curé devra-t-il se présenter à la maison du malade pour s'nssurer de la nécessité où il se trouve, et empècber de différer les sacrements, s'il sait qu'il y a urgence de les administrer ? 11 faut distinguer. Si la famille est pauvre et du peuple, il peut se présenter en toute assurance d'être bien accueilli ; généralement, la famille du malade se tient pour honorée par la visite du Curé ; elle cède plus volontiers à ses exhortations quand, sentant la nécessité, il tient à administrer les sacrements.
343. Surtout, les jeunes Curés doivent bien se persuader de cette vérité de îait, que les personnes pauvres, non-seulement celles qui sont pieuses et religieuses, mais même celles qui sont peu pieuses et religieuses, pourvu qu'elles ne soient pas vraiiiienl mécréantes, accueillent volontiers le Curé dans leurs maisons k Toccasiou de la maladie ; leurs malades ne s'épouvantent pas à l'annonce de l'administration des sacrements, de façon qu'il n'est pas nécessaire de^ recourir avec eux k des détours étudiés qu'on est obligé d'employer avec les riches et les gens d'une classe plus élevée, pour que l'avis des sacrements ne les coasleine pas.
Soit que' les pauvres, étant moins cultivés, soient moins réfléchis, soit que, plus misérables, ils soient plus détachés des choses du monde, et peut-être tout ensemble pour l'une et Tautre cause la proximité de la mort ne les trouble pas. Les mille fois que j'ai touché de la main cette vérité, j'ai dû m'écrierque même ici se vériiie le beati pauperes. Près de mourir, ils son\
pîns détachés de la vie ; c'est avec facilité qu'ils se disposent k recevoir les derniers sacrements, et ainsi il est rare qu'ils meurent sans les avoir reçus.
Le Curé donc profitera de ces bonnes dispositions pour s'introduire en toute confiance dans les familles des pauvres, s'il y a quelques malade qu'il puisse soupçonner avoir besoin des sacrements, et pour l'exhorter, quand il en sera temps, à ne pas difTérer leur réception.
344. Si, au contraire, la famille appartient à la classe aisée et riche, il faut procéder autrement. D'abord, il sera difficile que le Curé ait accès auprès du malade avant que le médecin ait ordonné la réception des Sacrements, et, cet ordre donné, probablement qu'on voudra encore temporiser avant de se décider à en donner avis au Curé. C'est par suite de ces funestes délais qu'il en meurt tant sans sacrements, ou qu'ils les reçoivent quand ils ne savent plus ce qu'ils font.
Le médecin attend le plus tard possible et les parents retardent encore ; heureux le pauvre malade qui a sa conscience ea bon état et ses comptes bien prêts devant Dieu !
Si le Curé a connaissance de ces dangereux délais, il fera tout ce qu'il pourra pour y mettre fin, et qu'ainsi le pauvre malade ne soit pas abandonné à la fausse charité de ses parents et de ses gens.
343. S'il arrive qu'il doive lui-même annoncer au malade la réception des Sacrements, il s'efforcera toujours d'y apporter tous les ménagements possibles. Même avec les pauvres qui sont moins sensibles à cette annonce, il faut s'y prendre convenablement et de la manière la moins alarmante ; c'est surtout à observer avec les gens aisés et riches, parmi lesquels il est presque inouï qu'il s'en rencontre un qui n'en soit pas plus ou moins épouvanté. Ceci demande de la charité et de la prudence chrétienne, car. autrement, il y a danger que le malade n'empire, qu'on n'accélère sa mort et qu'il ne se laisse aller à la colère, qui l'indisposerait à recevoir les Sacrements.
L'idée de la mort, annoncée comme prochaine et imminente, trouble les personnes même les plus religieuses et les plus pieuses ; ainsi il faut avoir égard à la faiblesse humaine qu'on doit supposer dans tous les enfants d'Adam, même chez les plus vertueux. Quoique donc le malade soit totalement désespéré, le Curé ne lui dira pas que maintenant il ne se fasse plus illa- »ion, que le mal est trop avancé, qu'il a fait beau/:oup de pro-
grès, qu'ainsi il reste bien peu d'espoir de le vaincre, ou autres choses semblables qui tendent à le persuader qu'il doit mourir. Il importe que le Curé dispose le malade à bien mourir, mais il n'est pas à propos qu'il lui enlève toute espérance de vie. Qu'il ne lui donne pas de fausses espérances, qu'il ne le flatte pas positivement, ce qui serait le duper : qu'il s'eîîorce plutôt de faire qu'il se tienne résigné entre les mains de Dieu, lui laissant espérer la guérison et la vie.
îilème au moment de l'agonie, il ne serait pas bon de faire comprendre au moribond qu'il est à sa fin, tout en lui recommandant de se remettre tranquillement entre les mains de Dieu, de lui offrir ses soutfrances, de protester qu'il ne veut que ce que Dieu veut, et qu'il fasse de sa créature ce qu'il jugera à propos, etc. Ces sentiments de conformité à la volonté de Dieu sont d'une grande perfection et d'un grand mérite, et conservent la paix de l'âme, toujours si désirable et si précieuse, mais spécialement à l'article de la mort.
346. Quelqu'un objectera peut-être que, si Ton fait connaître au malade que désormais c'en est fait du monde pour lui, et qu'il doit bientôt comparaître au tribunal de Dieu, il s'occupera davantage des besoins de sa conscience et y pourvoira mieux. Je réponds que cela est fort douteux ; qu'au contraire, on risque d'irriter le malade contre celui qui lui annonce si clairement sa fin; il lui paraîtra tout au moins qu'on commet une impardonnable faute contre la charité et la prudence. L'amour de la vie, qui est si puissant, lui persuadera facilement le contraire dans l'émotion d'esprit où il se trouve, et ainsi il risquera de mourir moins bien disposé. Ces appréhensions ne sont pas des suppositions chimériques, mais on les voit souvent réalisées dans la pratique. C'est le moment de persuader le malade de l'à-propos et du devoir de régler ses comptes avec Dieu, et de disposer toutes choses comme il voudra l'avoir fait à l'heure de la mort, sans l'obliger à croire que ce monde est fini pour lui, et que finalement il est près de toucher le seuil de l'éternité.
Il est à noter que pour nous, Curés, habitués à voir mourir les autres, leur mort ne nous fait pas beaucoup d'impression ; mais pour ceux qui sont arrivés à ce moment si grave, elle les impressionne très-fortement, comme nms l'éprouverons quand nous nous y trouverons. Usons donc de toute la délicatesse et de tous les ménagements possibles, comme le veulent la charité et la prudence chrétiennes.
347. QuanQ le malade appartient à une famille irréligieuse, pounii qu'elle ne soit pas de quelque secte, le Curé, informé du danger, devra aviser, avec toute la prudence et les bons proédc's possibles, à avoir accès auprès de lui ; si cette tentative L :houait, ce n'en serait pas moins édifiant pour le peuple qui viendra à savoir qu'il n'avait rien omis pour accomplir son devoir. Si, au contraire, la famille appartient à quelque secte, il serait imprudent que le Curé se présentât, ne pouvant s'attendre qu'à un refus malhonnête.
Que les jeunes Curés sachent que ceux qui, pendant la vie, n ont pas fait cas des Sacrements, en sont le plus souvent privés à la mort, ou en mourant subitement, ou sans que le prêtre soit appelé à temps, soit par leur propre faute, soit par celle de leurs parents. Etant jeime Curé, je demandais à un vieux Curé comment je pom-rais m'en tirer si tel et tel venaient à mourir, il me répondit : Soyez sûr qu'ils vous donneront peu d'embarras. Après trente ans d'expérience, je n'en puis plus douter.
Avis sur Vintégrîté de la confession des malades et des moribonds.
348. Toutes les fois qu'on entend les confessions, il faut avoir présent à l'esprit cet excellent principe, enseigné par de Lugo, reconnu vrai par saint Alphonse et par tous les théologiens mitiges, que l'obligation de l'examen et par conséquent de l'intégrité de la confession, n'est pas pour le confesseur, mais pour le pénitent ; en sorte que quand le pénitent fait ce qu'il peut selon sa capacité propre, le confesseur n'est pas obligé à des interrogations ultérieures, mais bien s'il s'aperçoit que l'examen et ensuite l'accusation pourraient être théologiquement plus exacts. Le confesseur n'est obligé à suppléer à l'intégrité par des interrogations que pour des omissions coupables du pénitent. (De Lugo, di'sp. 16 de Pœm't., sess. 14, tz» 589.;
349. Si ce principe est à considérer quand on entend les confessions des personnes bien portantes, pour s'éviter de vains scrupules sur l'intégrité de la confession, et ne pas rendre ce sacrement à charge à ceux qui l'administrent et à ceux qui le reçoivent, il sera encore plus nécessaire que le confesseur l'imprime dans son esprit quand il entend les confessions des ma-
lades et des moribonds, pour ne pas se jeter dans i'anxiété et pour ne pas nuire k ceux-ci dans leur corps ni dans leur àme.
Le Curé donc, appelé auprès d'un malude, devra faire attention à l'état de sa maladie, et plutôt que de supputer le temps qu'il faudrait pour faire une confession complète, il consiuéiera attentivement quel espace de temps il pourra mettre sans nuire au malade.
En effet, tel malade pourra soutenir un entretien de cinq ou dix minutes, qui n'en supporterait pas im d'une demiheure ou d'une heure sans aggraver son mal. En conséquence, si une confession soignée de tous ses pécliés exigeait une demiheure ou une heure de confession, et que cependant l'on vit que la gravité du mal permet à peine une confession de cinq ou de dix minutes, on devra l'expédier dans ce laps de temps-ci. Alors le malade est moralement et physiquement empêché de faire une coniession matériellement intègre ; mais l'intégrité formelle ne fera pas défaut, et c'est celle qu'a le pénitent chaque fois qu'il fait ce que comporte sa capacité actuelle.
Dans bien des cas, le Curé ou le confesseur devra demander au pénitent depuis quand il ne s'est pas confessé, interroger en gros plus sur l'espèce que sur le nombre des péchés, et ayant ainsi sommairement une idée de sa vie, après l'avoir brièvement mais chaleureusement excité à la contrition, qui .est la chose la plus nécessaire, il donnera aussitôt l'absolution. Souvent le malade est dans un tel état de faiblesse mentale que, s'il venait à être fatigué par des interrogai'ons étendues, il y aurait à craindre, non-seulement que son état n'empirât, mais même qu'il ne perdit connaissance avanl d'uvoirrecu l'absolution, ce qui serait le pire de tous les maux. Alors le confesseur se fera un scrupule bien plus grave d'interroger trop que d'interroger trop peu, d'autant plus que poui' peu qu'il interrnge, la matière nécessaire de l'accusation ne pouria manquer; ensuite, supposé la contrition, la justilication et le salut de l'ùme du moribond s'ensuivront; si, au contraire, il avait perdu connaissance, il est incapable "de se disposer et d'être disposé à l'absolution.
C'est pourquoi, quanti on entend la confession de malades assez affaissés, qu'on se garde d'épiloguer sur l'intégrité ; ils n'y sont pas tenus dans ce cas, et s'ils guérissent, ils feront alors une confession plus soignée.
Qu'on ne dise pas que le malade guéri ne pensera peut-être
pins jamais a cette obligation et qu'ainsi il n'y satisfera jamais; • car s il n y pense plus jamais, il ne sera plus tenu d'y satisfaire, c cst-à-d'j-e de refaire sa confession, et ces péchés déjà remis ne pourront plus souiller l'âme ni mettre son salut en danger. Cet inconvénient ne serait qu'un mal matériel sans péché, et ainsi sans conséquence, comme le cas de celui qui ne paierait pas une dette, à cause qu'il l'aurait oubliée. Néanmoins le confesseur pourrait bien avertir le malade que, en cas de guérison, il serait obligé de refaire sa confession faite si à la hite ; mais cet avertissement ne se donnerait que quand il y aurait une vraie espérance, et non une simple possibilité de guérison, et quand on n'aurait pas à craindre que cet avis inquiétât le malade.
350. Il y a une autre attention à avoir quand nous sommes appelés pour quelque malade qui n'a pas bien sa présence d'esprit. Ce serait une très-grave erreur que de dilférer l'absolution plus tard, dans l'espoir qu'il reviendra à lui ; car il peut arriver facilement qu'empirant, il perde le peu de connaissance qu'il montre maintenant. C'est pourquoi il faut le confesser aussitôt comme on pourra, et l'absoudre : si plus tard il recouvre mieux l'usage des sens, il se confessera de nouveau et il recevra une nouvelle absolution ; mais ceci devra se faire sans retard, dans la crainte qu'il ne revienne, à perdre la connaissance recouvrée.
351. Pareillement, il faut noter que quand le Curé est appelé pour un malade auqujl les Sacrements ont été ordonnés (par le médecin) ou auquel ils doivent être ordonnés k cause de la gravité de la maladie, s'il est prié par le malade de lui permettre quelque délai pour mieux se disposer à la confession, le Curé doit, avec toutes sortes de bons procédés, le presser de se confesser tout de suite, l'aisuraut de son secours pour l'aider à se disposer dans le moment. Un délai, comme cela est arrivé plusieurs fois, pourrait être fatal.
:io2. De même, si le Curé trouvait que le malade est tombé dans un cas réservé ou est sous le poids d'une censure, même réservée au pape, il ne devrait pas différer de l'absoudre pour prendre conseil ou obtenir le pouvoir. Tant dans le péril qu'à l'article de la mort, toute réserve cesse. Le Curé donc, ayant suggéré ou ordonné au malade ce qu'il croit être alors le mieux ou de son devoir, l'absoudrait immédiatement, pour mettre en sûreté sa justilication et son salut éternel, dans le cas oii il sur-
288 IkLâJN'UEL PRATIQUE DU JEUNE CURÉ.
viendrait du pire accélérant la mort. Cela fait, le Curé pourrait bien prendre conseil de personnes doctes, et pour plus de sûreté, demander l'autorisation des supérieurs, et ensuite retournant voir le malade, il ferait ce qu'il resterait à accomplir de devoir ou de convenance. Par-dessus tout, qu'il se fasse scrupule de dilïérer l'absolution au malade pour quelque raison que ce soit. Que de fois, par de pareils délais, les àujes échappent et sont perdues, tandis que, autrement, elles seraient sauvées ! Après un accident, le Curé s'excuse, disant : On ne pouvait pas prévoir ce pire survenu; mais si l'àme est perdue, cette excuse ne la sauve pas. Le Curé nignore pas, au sujet d'une censure réservée, que, quoiqu'elle soit levée à l'article de la mort, si le malade guérit, il doit cependant se présenter à celui qui a l'autorité d'en absoudre, sous peine de retomber sous le poids de cette censure, s'il ne se présente pas.
Avis pour la confession à domicile des femmes malades.
333. Quelques Curés se font scrupule de confesser les femmes à la maison, quand le médecin n'a pas encore prescrit la réception des Sacrements, ou tout au moins, quand les malades ne sont pas atteintes d'affections chroniques telles qu'on prévoie que jamais, ou au moins de longtemps, elles ne pourront se rendre à l'église. Ceci n'est qu'un préjugé. Sans distinction de sexe, quiconque est empêché d'aller à l'église, peut se confesser où il se trouve ; il n'y a pas, il ne peut y avoir de loi contraire qui serait souverainement périlleuse , empêchant les âmes d'user du moyen laissé par Jésus-Christ pour recouvrer la grâce perdue.
Il est à observer que quand une malade, bien que la maladie n'expose pas au danger de mort, demande à se confesser, il peut se faire qu'elle le demande parce qu'elle se sent en état de péché mortel : il en est ainsi de beaucoup d'àmes malheureusement, qui finissent par se complaire dans ce dangereux état. Or l'Eglise pourrait-elle exiger qu'une femme restât privée du Sacrement dans une si grande nécessité ? Mais on ne peut faire de distinction entre celle qui serait en état de péché et celle qui n'y serait pas, parce qu'on ne prétendrait jamais exiger d'une
ine qu'elle mabifeslàt, en dehors de la confession, qu'elle en état de péché.
V.à outre, il faut observer que beaucoup de maladies, à certes périodes, ne présentent aucun symptôme dangereux, mais qu'elles s'aggravent ensuite au point de mettre le malade dans un état où il est incapable de se confesser. C'est ici la raison la plus forte, pour qu'il n'y ait ni ne puisse y avoir de loi prohibant la confession à domicile des femmes malades, quoique leur maladie ne soit pas grave.
Donc on doit dire que saint Alphonse a commis une vraie bévue quand il a écrit que les confesseurs ne doivent entendre les confessions des femmes malades, excepta casu gravis iU' firmitatis. (Homo Apost.^ Tract, ult., punct X.) Si quelqu'une, quoique très-bien portante, ne pouvait aller à l'éghse, étant estropiée des pieds, ne devrait-elle donc jamais se confesser ?
Le Curé ne pourra donc jamais refuser d'entendre la confession de toute malade empêchée d'aller à l'église : il devra de plus approuver et louer la dévotion de celles qui le demandent.
334. Il est clair que cette doctrine s'applique aux cas oii il n'y a pas péril ni apparence que le péril puisse survenir ; si, au contraire, la maladie présentait quelque symptôme qui fit présentir la possibilité du daager, non-seulement le Curé devrait contenter celle qui demanderait à se confesser, mais avec de bons procédés, il devrait agir pour que la demande lui en fût faite. Ceci est très-conforme aux décrets du Concile de Latran, sous Innocent III, et de saint Pie V.
355. Enfin, il n'est pas besoin de recommander au Curé la plus grande précaution et réserve à employer dans la confession des femmes à domicile. Outre qu'il doit toujours laisser ia porte de la chambre ouverte, il aura bien soin de se tenir à une distance convenable, de ne se tenir jamais tourné vers elles et de ne pas les regarder en face ; chose non-seulement dangereuse, mais encore capable de donner de la honte à celles qui ont le plus de pudeur et de les gêner si elles ont à s'accuser de certains péchés.
Mais nous y reviendrons en parlant de la chasteté.
Quand il faut administrer le saint Viatique.
356. On ne peut tenir la même règle pour le saint Viatique que pour la confession, car il ne peut se donner que dans le cas de nécessité, c'est-à-dire de maladie grave et par là même dangereuse. Cependant le Curé saura qu'il n'est pas besoin de la permission expresse du médecin pour le donner. Quand la maladie est évidemment grave en elle-même, ou jugée telle par le médecin, on peut toujours donner le Viatique, encore que le médecin assurât qu'il y a bonne espérance de guérison, ou que, en cas d'aggravation du mal, il y aurait le temps d'administrer le malade, ou que le médecin s'y opposât positivement et défendit le Viatique ; dès que la maladie est reconnue grave, il peut aussitôt être administré. En effet, comme en conviennent tous les théologiens, pour le Viatique, il est requis que la maladie entraîne le danger de mort ; or il est clair que toute maladie gi-ave est nécessairement telle. Donc le Curé, quand la maladie est grave, peut toujours administrer le saint Viatique ; même quand le malade ne le demande pas, le Curé, non-seulement peut, mais doit l'administrer, le malade y ayant un di'oit formel.
357. Le Curé, qui dirait : On ne doit pas donnei^ le saint Viatique, ou, qui plus est : On ne peîd pas le donner sans la permission du médecin, aurait tort. La faculté et aussi l'obligation de donner le saint Viatique dépendent plus de la gravité et du danger de la maladie que du médecin. Très-souvent les médecins reconnaissent et confessent que la maladie est périlleuse, très-périlleuse, et cependant ils difTèrent encore de prescrire les Sacrements. Le Curé, et plus encore le pauvre malade, seraient-ils obligés dans une affaii-e si importante d'être à la merci des médecins ?
358. Un autre avis sur les enfants non encore admis à la première communion est très -nécessaire. Beaucoup de Curés ne se font pas scrupule de les laisser mourir sans le saint Viatique, par la raison qu'ils ne sont pas encore admis à la première communion, qu'ils ont peu de jugement et une instruction insuffisante.
Il faut bien noter que tout enfant, arrivé à l'âge de sept ans, est lié par le précepte divin de la sainte Communion. L'ac-
plissement de ce précepte se diffère encore pînsiears années ^^.: les enfantò, afin qu'ils s'y disposent mieux, et telle est la coutume de l'Eglise, qui ne peut jamais être blâmée. Mais, d'un autre côté, ce délai ne peut avoir lieu quand l'enfant se trouve en danger de mort et qu'on prévoit que s'il n'accomplit pas le précepte maintenant, il ne le pourra plus jamais. A cause de cela, l'enfant, dans un tel péril, doit recevoir le Viatique, bien qu'il ait peu de jugement et d'instruction. Il suffira, comme l'enseignent tous les théologiens après saint Thomas, qu'il sache qu'il reçoit Notre-Seigneur dans l'hostie, et qu'il connaisse, ou qu'on lui enseigne, du mieux qu'on pourra, les principaux mystères de la foi, et encore le nécessaire pour recevoir l'absolution et l'Extrème-Onction ; après quoi, l'ayant exhorté à recevoir dévotement Notre-ëeigneur, il faudra absolument lui donner le "Viatique. Autrefois, l'Eucharistie ne se donnait-elle pas aussitôt après le baptême, même aux petits enfants ? Cela indique qu'on croyait qu'elle leur profitait, bien qu'ils n'eussent , pas encore l'entendement ni l'instruction. Ignore-t-on que les Sacrements produisent leur effet dès qu'ils ne trouvent pas j l'empêchement du péché, ou, pour mieux dire, l'affection au I péché (1)? Pov.r cela, il ne peut être douteux que le Curé ne i doive administrer le saint Viatique à tous les enfants arrivés à j sept ans, non cependant auparavant (à moins quils ne donnent I des signes d'intelligence précoce) ; parce que telle est la coutume de l'Eglise, dont nous ne devons jamais nous départir.
Quand on doit administrer l'Extrême-Onction.
3o9. Quant au temps où l'Extrême-Onction s'administre, le
Curé fera attention à ce qu'enseigne saint Alphonse de Li-
. i ; voici ce qu'il dit : Dicunt communiter Doctores ,
ere ut infirmitas sit periculosa mortis, licei remote :