‹ Manuel pratique du jeune curéChapitre 38 sur 83 · Le Curé aura aussi attention à ne pas permettre que · texte numérisé non relu

Le Curé aura aussi attention à ne pas permettre que

des personnes mutiles pour l'assistance du malade s'établissent dans la chambre ; elles ne pourraient que le troubler et le distraire des bonnes pensées dont il doit être occupé, particulièrement si elles tenaient des discours vains, imprudents, ou sur des affaires qui intéressent grandement le malade. Il faut surtout écarter du moribond, si c'est un jeune homme, sa {lancée, ou vice versa ; ce serait du plus grand danger. Le Curé ne manquera pas de bonnes raisons pour obtenir que ces personnes soient éloignées du malade, faisant observer que l'haleine de tant de personnes vicie l'air de la chambre, que les discours et même les simples mouvements de tant de personnes aggravent beaucoup la position du malade dans l'extrême faiblesse où il est réduit. Dans ce cas, quand les parents sont consciencieux, on doit leur signaler clairement le péril, et même faire observer que ces visites ne serviraient qu'à rendre au malade le trépas beaucoup plus amer ; raison qui sera comprise même par des personnes moins réservées.

Il faudra veiller à ce que, quoique le malade paraisse assoupi, personne ne dise à sa louange aucune parole, comme ser.iit : C'est un aììge; — il va droit en paradis, etc., parce que parfois il parait que les malades sont tout à fait assoupis, tandis qu'ils entendent tout ce qui se dit : les louanges alors seraient pour eux des tentations. Egalement, qu'on ne dise pas: Il ne peut pas aller loin ; il ne passera pas la nuit, etc. ; ces paroles pourraient trop l'épouvanter.

Il y a aussi une autre chose inconvenante, capable d'inspirer la crainte, c'est que le prêtre assistant tâte à chaque instant le pouls, comme le font certains grossiers et inconsidérés ; si c'est à l'égard de femmes, surtout jeunes, cela devient un indice de bien peu de retenue et de bien peu de prudence.

379. Dans l'assistance des malades, le Curé devra porter son attention sur des choses qui paraissent étrangères, en quelque sorte, à son ministère pastoral, mais qui en réalité lui siéent très-bien, étant le ministre, non-seulement de la religion, mais aussi de la charité.

Ainsi il aura attention à ce que le malade soit pourvu de ce qu'exige sa maladie, et que rien ne lui manque du nécessaire et du confortable. Quand il verra que ses proches sont négligents et insouciants, il devra les avertir avec toute la prudence et avec tous les bons procédés possibles, en particulier, pour qu'ils ne le laissent manquer ni de médecin ni de médicaments,

Les parents voyant quelquefois que le malade ne fait qn'em< pirer, sont décourac^és ; si aussi le malade est vieux et à charge àia famille, ils ne portent pas grand intérêt à sa guérison ; et dans l'un et l'autre cas, ils mettent une grande négligence qui peut être fatale à la vie du malade. Le Curé y avisera charitablement et fera pour le malade ce qu'il ferait pour un parent ou un ami, et ce qu'il voudrait qu'on fit pour luimême.

Souvent la pauvreté et la misère sont les causes principales

. de cette lamentable négligence ; alors le Curé regardera comme

y de son devoir de pourvoir à ce besoin, il recourra aux œuvres

pies, aux personnes charitables , et donnera du sien ; pour

tout dire, il secourra efficacement ce pauvre malade.

Quand le Curé verra que, vu l'indigence de la famille, le malade ne pourrait pas avoir à la maison les soins nécessaires, s'il en a encore la force et que le médecin affirme qu'il peut être transporté dans un hôpital public sans danger, il agira pour qu'il consente à s'y laisser transporter. Beaucoup succombent chez eux, faute de soins, qui, portés à l'hôpital, recouvreraient la santé.

380. Si le Curé s'aperçoit que le malade ne pense pas à faire les dispositions testamentaires nécessaires ou utiles à sa famille, ou à quelque personne à laquelle il a obligation, il l'avertira ou le fera avertir, pour qu'il avise à temps à tout ce qui convient.

381. Je ne veux pas omettre, à la fin, un avis utile à la sécurité personnelle du Curé lui-même. Que lui et ceux qui sortent la nuit pour l'assistance des malades se fassent toujours accompagner de quelqu'un de confiance. Je dis toujours, afin qu'on sache que, la nuit, le Curé ne sort jamais seul : qu'il ne se fie pas à celui qui l'appelle, si ce n'est pas une personne bien connue de lui. Le courage d'affronter les dangers sans nécessité n'est qu'une sotte témérité. Les Curés peuvent avoir des ennemis, même inconnus, qui, comme cela est arrivé parfois, se sentent du prétexte d'appeler pour un malade, afin d'accomplir une vengeance. S'ils savent que le Curé, méprisant tout péril, a coutume de sortir seul, la nuit, ses ennemis sont par là même encouragés à lui tendre un piège, tandis que s'ils savent que, à l'heure de la nuit, il ne sort jamais seul de chez lui, ils se désistent de tout projet d'attentat.

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