‹ Manuel pratique du jeune curéChapitre 39 sur 83 · DU REFUS DE SÉPULTURE ECCLÉSUSTIQUE · texte numérisé non relu

DU REFUS DE SÉPULTURE ECCLÉSUSTIQUE

382. Le Rituel romain indique clairement quels sont les morts qui doivent être privés de la sépulture ecclésiastique. Néanmoins, parce que, dans la pratique, la rigueur" de la disci-

(1) AVIS PRATIQUES ET BÈGLES DE COÎTDinTE A L'ÉQAKD DES CEEVEAUX DEKA^-GÉS ET DES TENTATIONS DE SUICIDE.

Il ne suffit pas de gémir ni de prêcher contre l'irréligion et contre les passions eflfrénées qui peuplent nos asiles d'aliénés, de plus en plus insuffisants, et sur le nombre effrayant de suicides, qui, en France, sont montes annuellement de 400 avant 1S30, à 5,000 depuis 1866 ; il faut recourir aux moyens spéciaux pour aider efficacement tant de malheureux. Voici l'analyse des conseils donnés par Monseigneur Sailer. (Théol. pastor., t. ii, p. 12J et quelques autres avis.

La mélancolie naît de la misère, d'une conscience troublée, d'une passion indomptée, du déshonneur, du tempérament, ou de quelque maladie. Quelle que soit la cause, le malheureux devient taciturne, solitaire, dégoûté du travail, sans appétit, et porte sur sa physioûOmie un cachet incontestable.

Le mal reconnu, I2 pasteur se hâtera de visiter, consoler, conseiller l'affligé; sans lui demander s'il souffre, il se présentera comme l'envoyé du bon Dieu. Il le dissuadera de s'imaginer qu'il n'y a plus de ressource, cause du désespoir; il lui persuadera qu'il y a des remèdes à tous les maux. S'il s'agit d'une misère profonde, que des secours prompts remplacent les paroles, sauf à exhorter a la prière, à la confiance et au travail. Que le pasteur calme une conscience bourrelée et conseille a un ami prudent de tenir compagnie à ce malheureux pour qui la solitude est un enfer : surtout que le pasteur multiplie ses fréquentes visites. Avec une passion poussée à l'extrême, que les avertissements s'unissent aux consolations, v. gr.. Dieu peut effacer toutes les conséquences du vice ; c'est la passion, cause du malheur, qu'il faut délester, non la vie ; Dieu vous frappe pour vous guérir; il ne veut pas la mort du pécheur, mais sa conversion. Il animera celui qui succombe à la crainte du déshonneur par la considération de Jésus-Christ humilié jusqu'à la mort de la croix et par l'espérance de la gloire du ciel. Plus l'infamie est imméritée, plus la récompense sera grande : une gloire éternelle remplacera une

pline a subi quelque modification, il sera à propos de mettre quelques avis adaptés à l'actualité, pour que le Curé ne se trouve pas dans l'embarras ou dans le danger de se compro-

lionte passagbre. (Notons, en passant, que les Curés négligent beaucoup trop de visiter et d'encourager les affligés de toute espèce.)

De simples représentations n'aboutissent à rien. Il faut aussitôt donner des conseils, prêter secours, en venir aux moyens pratiques, encourager par son exemple les parents, les amis, les connaissances, les gens de bien, à aider le malheureux de leurs conseils, services et assistance.

Tout ce qu'on peut faire se réduit aux quatre points suivants :

l» Voir si le traitement doit se faire par raisonnement ou par moyens physiques. La folie, la fureur, l'égarement n'ont point d'oreilles. On surveille la folie, on l'enchaîne même, au besoin.

2» Si l'on manque de remède domestique éprouvé, on appelle le médecin.

3» Si l'on peut aller jusqu'à la source de la mélancolie, et ôter ainsi la cause du mal, tout autre secours est superflu.

4° Si l'on est réduit à compatir à un malheur irrémédiable, le pasteur se borne, dans ses visites, à recommander aux parents et voisins la surveillance et le soin du pauvre malheureux. S'il y a lieu, on avise à le placer dans un asile.

Etant rare qu'on puisse remédier au mal arrivé à son dernier degré, il faut s'y prendre à temps pour arrêter les progrès du mal.

Toute tristesse, tout désespoir provenant du défaut d'une vive confiance en Dieu, il faut insister auprès des paroissiens sur la bonté, la sagesse et la toute-puissance de Dieu qui peut et veut secourir, et qui le fait réellement, même quand tout secours et tout remède semblent impossibles.

Le pasteur ne saurait redire trop souvent que le désespoir est une passion qui aveugle et égare 1 arae, et qui, poussée à l'extrême, produit la folie et la fureur. C'est le moyen de retenir à temps ceux qui seraient tentés. Ilfaut familiariser ses auditeurs avec la faiblesse du cœur humain et leur entr'ouvrir les abîmes des passions. Malheureusement, si un aveugle conduit un autre aveugle, ils tombent tous deux dans la fosse,

La pauvreté étant souvent la conséquence des vices, il faut implanter la crainte de Dieu, principe des vertus.

Il importe que le pasteur soit instruit et d'un jugement sain, pour ne point outrer la morale et tourmenter par là la conscience des honnêtes gens.

Pour que les accidents fâcheux et imprévus ne troublent pas trop, il est du devoir du pasteur de prémunir, en toutes occasionr;, îjî

DES SACREMENTS. 3Cd

mettre, soit à l'égard des parents du défunt, soit avec l'autorité civile, comme il arrive quelquefois.

Quand il est question de défunts n'appartenant pas au culte catholique, il n'y a ordinairement aucun difficulté ; ni leurs coreligionnaires, ni les autorités civiles ne sont dans l'habitude de prétendre à ce qu'ils soient enterrés en lieu bénit. Les difficultés naissent fréquemment de défunts au moins catholiques de fait, baptisés selon le rite catholique, appartenant à des familles catholiques, qui cependant vivent étrangers aux pratiques religieuses, mènent une conduite immorale et méprisent les lois de l'Eglise et ses censures. Mais parce qu'ils n'ont pas expressément renoncé à la religion catholique, ils prétendent à ses honneurs après leur mort, et ils se croient déshonorés, s'ils ne sont pas enterrés en terre sainte. Leurs parents font valoir d'injustes prétentions, et ils trouvent parfois quelque autorité civile qui les soutienne.

383. Or^ la première et très-générale attention que doit avoir le Curé, c'est de ne refuser jamais de son chef la sépulture ecclésiastique à qui que ce soit, quelle que soit l'apparence d'indignité; mais de porter le cas à l'Evèque et d'attendre ses ordres. C'est ainsi que le Curé se débarrasse de toute responsabilité, car personne ne pourrait jamais prétendre raisonnablement qu'il n'obéit pas aux ordres de son Evèque. Avec cette attention, le

fidMes, par un mot bien choisi, sur le don qu'a le chrétien de se résigner à tous les malheurs que Dieu permet pour notre plus grand bien.

Les dettes étant une cause féconde de désespoir et de suicide, on ne saurait trop eu détourner, surtout la jeunesse imprévoyante.

Ajoutons, dans notre siècle aventureux, que les spéculations les plus effrénées ouvrent un abime profond de désespoir, de folie et de suicide, sinon pour leurs audacieux auteurs, au moins pour leurs victimes trop crédules qu'un pasteur sage doit prémunir contre les entreprises hasardées, où l'on peut se perdre corps et biens, et même éternellement.

Il va sans dire qu'un Curé vigilant et zélé profite du temps et même des moments lucides, pour mettre ordre, autant que possible, à la conscience des malheureux dont le cerveau faiblit, souvent même sans qu'il y ait de leur faute, afin de sauver lame par la réception des sacrements et même afin de réagir utilement sur la santé. Dans ces cas, et surtout in extremis, la charité demande que le prêtre ne soit pas exigeant : Sacramenta propter homines.

(Note du traducteur J

Curé s'épargnera bien des ennuis et peut-être des malheurs. Qu'ainsi le Curé observe bien de recourir à l'Evêque, quoi qu'il en coûte, quand même la paroisse serait éloignée du lieu de sa résidence, et que par là ce recours serait pénible et dispendieux.

Ici il faut noter qu'à cette occasion, la poste ne doit jaraais être employée, dans la crainte que la lettre ne soit pas remise à TEvèque en toute sécurité, et qu'ainsi la réponse ne se fasse attendre. Le Curé devrait aller lui-même trouver l'Evèquè, ou au moins lui envoyer ua cummissiomiaii'e sur, avec une lettre oii il doit bien circonstancier la mort de celui qui est à enterrer ; et ce commissionnaire pourrait rapporter la réponse, sans perte de temps.

384. Quand le Curé, par la difficulté du lieu, ou par le défaut de temps, ne pourra consulter l'Evèque, il devra se tenir sur ses gardes pour ne refuser jamais la sépulture ecclésiastique lorsqu'il ne lui apparaît pas certain et évident que, s'il l'accordait, ce serait aller contre son devoir.

Remarquez que quand cette certitude et évidence lui manqueraient, il ne devrait pas s'arrêter au sentiment de quelque théologien ou canoniste opinant pour le refus de sépulture. L'autorité privée de quelque auteur, fùt-il de grand renom , ne peut jamais rendre ceitaine et évidente une opinion ; pour la rendre telle, il faudrait ou des raisons claires, manifestes, irréfragables, ou le sentiment commun des auteurs. Donc, chaque fois qu'il peut y avoir un doute sur l'indignité du défunt à enterrer, le Curé qui ne peut consulter l'Evèque doit lui accorder la sépulture en terre bénite.

385. Ceci posé, quand il vient à mourir subitement un concubinaire qui retient à la maison la concubine sous le nom ou le titre de femme de chambre, de domestique, etc., et qu'ainsi le concubinage, quoique généralement supposé, ne peut être prouvé, le Curé, qui ne pourrait consulter l'Evèque, devrait lui accorder la sépulture ecclésiastique.

Il en faut dire autant de celui qui aurait encouru une censure restée ignorée du peuple, ou probablement oubliée par le laps de temps, ou même qu'on pourrait supposer déjà levée antérieurement pour l'acquit de sa conscience.

Il en serait de même, si le défunt avait occupé une charge ou une fonction, injustifiable en elle-même, au jugement de personnes éclairées, mais non aux yeux de l'opinion publique, ou

DES SACREMENTS. 3j|

« Ton pouvait penser qn'il est restia An nion« a u

pas capa-ile de débrouiller la wiléZ'JjM, ° """ pas qac, probablemeDt et même ciarnëiti ''',"' """■■"■' censure, si ce D'élail nas cnnZ, „ .'f.'"™'"'' '' «"' encouru la

sej^.s.if,erp,ausitl'„Mr:ye" ::rr"'' ™ ^■" O""™'

sans donner signe' d p é„ S t L ''™"'='''" »'« Dieu hors de terre sainte- nea rS' » ^ "''"' '''^'''"^ enterrer en terre aintes'l n' va na-^d"? ' ^l™'" "^ '^^ cas on ne consulte mén,: paëkM Ûe'"'" ""'' '' "^ ««

^e'cet"Vnr:z'SuTrdt!;%t^

.en>ps'là, tout le'u,ond:Un'a,neïs "g'nrinttt a'",'" constater cet accomplissement du devoir nast il-!,/ ''"'! on ne l'avait fait qu'après le temps e n ré ? m» nVT , T"^

autorises ou non, à le faire en dehors de leur pai^i4 n .. ?; de tout cela qu'actuellement le Curé ne peut nh .'nnL f

sË!lîxsrT-'»3£S

précepte Da Lin.n r '' ''''"' ^'' transgresseurs da

'^S7 An . ^ ^ ' ^"' °° ^^'t d'avance ce qu'il serait i'Bi^^que'^rcrn'étàu'n "^ ^,^"f'?' ' '''''''' --'»^^ ^entUrde;i;-r:S^4^^32Sî^^^^

312 MAJîUEL PRATIQUE DU JEUNE CURE.

SOU que le suicide peut être supposé un effet d'aliénation mentale, dont le Curé seul ne peut être juge compétent. C'est à l'Evêque qu'il appartiendrait d'examiner le cas et de prononcer une sentence sûre à ce sujet.

388. Quant aux pécheurs publics, comme les blasphémateurs publics, les assassins, les fil'es publiques, etc., il faudrait voir s'ils sont si décriés dans le public qu'on les regarde comme indignes de la sépulture ecclésiastique, au point, comme dit le cardinal Gousset (tom. ii, n» 636), que ce serait un nouveau scandale public que de les enterrer en terre sainte.

Dans ce cas, le Curé devrait leur refuser la sépulture ecclésiastique, quand même il ne pourrait consulter l'Evêque. Par rapport aux blasphémateurs, il y a une réserve ; c'est qu'il serait nécessaire qu'ils fussent des blasphémateurs tout à fait mal famés ; ce qui doit aussi s'entendre à l'égard des assassins ; il faudrait aussi que les filles publiques fussent patentées, ou si déboutées et connues qu'elles dussent être assimilées aux patentées. Ceci s'entend toujours dans la supposition que ces pécheurs publics n'auraient donné aucun signe de pémtence, et mourraient ainsi dans une impénitence ûnale certaine et publique. .

Il faut aussi observer qu'à part les cas d'indignité manifeste, il serait superflu de consulter l'Evêque, quand même on en aurait la facilité, car pas même l'Evêque ne pourrait interdire la sépulture en lieu saint, si l'indignité n'était pas evidente. , , ,, . .•

389. Il faudrait absolument refuser la sépulture ecclésiastique à ceux qui meurent dans l'acte même d'un péché manifeste, comme l'assassin dans l'acte même d'agression d'un voyageur, si celui-ci, en se défendant, retendait roide mort sur le terrain. . .^ .y.

Egalement il faudrait la refuser à celui qui aurait congédie le prêtre avec des injm-es et des blasphèmes, en présence de personnes qui en feraient foi. Mais si ces injures et blasphèmes avaient été proférés en la présence du prêtre seul et même d un autre membre intime delà famille, comme lils, frère, épouse, etc., le Cm-é devrait lui donner la sépulture ecclésiastique. Il en serait de même si, après que le prêtre aurait été ainsi congédie par le malade, ceux qui l'entourent assuraient qu'avant de mourir, il avait demandé le prêtre, ou qu'il avait fait quelque acte extérieur de repentir. Aussi le cardinal Gousset enseigne-t-il,

qne si le prêtrr /anient à parler en particulier au malaàs des Sacrements (ce 4u'il doit toujours tenter), on doit lui donner la sépulture ecclésiastique, bien qu'il n'ait donné aucun signe de pénitence, quaud il n'y a pas de scandale public à réparer, et quand ropiuion publique suppose qu'il s'est confessé.

390. EntiD, il faut refuser la sépulture ecclésiastique à ceux qui meurent en duel, quand même il y aurait des signes de repentir, selon ce qu'ordonne Sa Sainteté Benoit XIV dans la bulle Detestabilem.

Gury avait d'abord écrit que si le duelliste mourait en dehors du combat, après avoir donné des signes de pénitence, il pourrait être enseveli en terre sainte ; mais dans sa dernière édition en 1866, il se conforme à la bulle précitée qui porte : Etiamsi extra locum conflictus Sacramentis muniti deces' serint.

Scavini remarque que cette dernière disposition n'est pas pratiquée dans tous les diocèses, (De duello,)

Qu'on retienne bien néanmoins que le Curé, chaque fois que c'est possible, même quand c'est incommode et dispendieux, devra consulter l'Evèque, avant de s'aventurer à un refus de sépulture ecclésiastique.

Page 1