‹ Manuel pratique du jeune curéChapitre 40 sur 83 · DTI SACREMENT DE PÉNITENCE · texte numérisé non relu

DTI SACREMENT DE PÉNITENCE

De Vétude de la théologie morale.

391. Pour administrer comme il convient le sacrement de pénitence, l'étude de la théologie Dorale est nécessaire, et cette étude ne peut être )mise par les prêtres qui aspirent à un bénéfice mroissial. Le concours, ou au moins l'examen Man. dd J. Cdré. 18

qu'ils doivent subir pour obtenir le bénéfice, les oblige à cette étude. On peut ainsi assurer que quand un prêtre va prendre possession d'une cure paroissiale, il est au moins suffisamment instruit pour entendre les confessions.

Cependant, qu'on ne s'imagine pas que cette instruction soit inamissible et doive toujours se conserver, et qu'ainsi le Curé puisse mettre de côté les livres, content d'avoir étudié une fois. Notre mémoire est fugitive, et pour une science aussi vaste, aussi compliquée et reposant souvent sur des lois aussi positives, comme l'est la théologie morale, ce n'est pas assez de l'avoir étudiée une fois, il faut l'étudier continuellement. Souvent il arrive qu'on trouve certains Curés discutant sur quelque point même assez facile laisser apercevoir qu'ils ont oublié bien des choses qu'ils ne pouvaient ignorer quand ils se présentèrent au concours pour leur paroisse. Et qu'y a-t-il de merveilleux ! Ils ont laissé s'écouler des dix, vingt ans sans repasser l'étude de la théologie morale, et cependant ils osent se proclamer bien instruits. Le Curé tiendra donc à persévérer toujours dans l'étude de la théologie morale (1).

(1) s. Liguori (Homo Apost., t. xvi, c. vi, n" 99) met la science avant toutes les autres qualités du Confesseur, à l'exemple de sainte Thérèse qui pre'férait un Confesseur éclairé à un autre plus pieux, et il- rappelle le mot de S. Grégoire: Ars artium, regimen ardmarum. Le zèle charitable est une autre vertu indispensable au Confesseur. Que de péchés et de damnations empêchent les bons Confesseurs, que de bien et de saints ils produisent! Donnez de tels Confesseurs, a dit un saint, et la face du christianisme sera renouvelée. Mais que voit-on trop souvent ? Dissipatores, non dispe.isatûres mysteriorum Dei ; des aveugles qui en conduisent d autres; des indifférents qui laissent périr les âmes, et quelquefois

DES SACIIEME>TS. 315

Du choix des auteurs et des opinions.

392. Les auteurs qui ont écrit, dans ces derniers siècles, sur la théologie morale, sont excessivement nombreux, et ils se divisent en deux catégories : les uns défendent les opinions qui penchent vers le rigorisme , les autres défendent celles qui inclinent vers la douceur, comme le savent nonseulement les Curés, mais encore les élèves euxmêmes qui suivent le cours scolastique. Or, parmi ces auteurs , quels sont ceux qu'il faut choisir, et parmi ces opinions divergentes, quelles sont celles à préférer ?

Avant tout, je noterai deux faits qu'on ne peut nier. Le premier, c'est que tous les ministres de Dieu qui sont hommes d'action , de pratique , inclinent toujours vers les doctrines mitigées, abandonnant les sévères aux hommes de cabinet. L'autre, c'est que les Curés qui n'aiment pas les

des prévaricateurs qui tournent le remède en poison. Oh ! qu'il est facile à huis-clos de porter des sentences arbitraires qui ne redoutent nul appel; maii qu'il sera terrible, au grand jour des assises générales, d'entendre le juste Juge réviser ces œuvres de ténèbres! Videte quid faciatis ; non enim hominis exercetis judicium, sed Domini, et quodcumque judicaveritis, in vos redundabit. (II Parai., xix, 6.) Le croirait-on, si le grand Suarez lui-même ne l'avait attesté? Se confessant, à la campagne, au Vicaire , il remarqua qu'a défaut de la formule d'absolution oubliée, ce Vicair<ï "oûlbutiait VAvi Maria, an point quii dut lui suggérer mot à mot la formule. S'en plaignant ensuite au Curé, celii-ci lui répondit : Je savais bien qu'il l'ignorait; atissi lui avais-je reconvnande de se contenter d'entendre les confessions et de m' envoyer les pénitents pour l'absolution!... Que de mystères d'iniquités, grand Dieu ! Hic jamqusritur inter dispensato' re» ut fidelis guis inveniatiar, (I Cor., iv, 2.)

(Note du traducteur.)

opinions douces voient leur confessionnal presque toujours désert, et ainsi, s'ils peuvent faire le biiii d'autres manières, ils n'en pourront faire que peu par l'administration du sacrement de pénitence. Ce sont là des faits incontestables. Je ne fus pas surpris, en lisant dans un auteur assez rigide, que pendant quarante ans qu'il avait entendu les confessions, il n'avait jamais trouvé un seul mariage nul ; il devait en être ainsi, en ne confessant que des frères, des religieuses et des béates. Bien plus, un Curé, dans tout le temps pascal, n'avait confessé qu'une seule femme.

393. Après avoir cité ces faits, je dirai que, dans d'autres temps, on aurait été peut-être obligé de traiter plus longuement ce sujet; mais depuis que le Seigneur a bien voulu qu'il surgit un auteur de théologie morale, saint Alphonse de Liguori qui, par son érudition et sa sainteté, s'est presque acquis les sympathies de la totalité des confesseurs, et que tous les auteurs les plus modernes "de quelque renom n'aspirent à autre chose qu'à l'exposer et le commenter, il parait superflu de s'étendre davantage là-dessus. Nous sommes consolés de voir qu'à notre époque les Curés qui ne veulent pas du livre de saint Alphonse ou d'aucun de ceux de ses commentateurs et interprètes , comme Scavini, Neyraguet, Gury, le cardinal Gousset, etc., sont très-rares.

Et notez que c'est à une excessive sévérité que le cardinal Gousset attribue la plupart des désordres en France, disant : «Aussi plus la foi s'est affaiblie « parmi nous, plus il est nécessaire d'user de con* « descendance envers les pécheurs qui reviennent 4

DES SACRESIENTS. 3 H

Dieu : Infirmumautem in fide assumite )y . (Rom.,xrv,l.) (Jastiiication de la Théol. Mor. de S. Liguori, etc.; Introduci., et Théol. Mor., vol. l, n^ 296; vol. ii, n*^ 04";.) Nous avons déjà touché ce point , en parlant de la prédication.

Be Vassiduité au confessionnaL

394. Le Curé qui est animé de zèle pour la conversion des pécheurs et pour la sanctification des âmes est assidu au confessionnal, où il obtient bientôt l'une et l'autre de ces choses.

Le Curé ne doit point avoir de jours déterminés pour entendre les confessions. Tous les jours de Tannée, fêtés ou ouvrables, doivent être destinés par lui à ce saint ministère. Chaque jour, il peut se présenter quelque àme dans la paroisse qui ait besoin de se réconcilier avec Dieu, et il doit avoir souverainement à cœur que ce pécheur n'ait pas à attendre à un autre jour; même les bonnes âmes ont quelquefois un besoin urgent de réconfort spirituel.

Qu'il observe aussi de fixer pour les confessions une heure commode, non pour soi-même, mais pour la population. Cette heure ne pourra être que le matin, de bonne heure, lorsque les pauvres et les personnes très-occupées peuvent se rendre à l'église avant d'aller à leurs travaux et emplois. C't'St pour cela que le Curé devra être très-matineux, afin de se trouver de bonne heure au confessionnal.

395. Mais ne serait-il pas mieux, d'un autre côté, que, levé de bonne heure, il fit Oraison, puis célébrât ^ sainte messe, et qu'uprès l'action de grâces, il

entendît les confessions ? Je ne pardonne ce saint conseil qu'à celui qui est tout à fait étranger à l'office de Curé, et qui parle selon les suggestions de la piété, sans les lumières de l'expérience. Ici vient à propos ce que nous avons dit plus haut, n° 317, et ce que nous dirons en parlant de la vertu de l'oraison. Il est de fait que celui qui se met à confesser à une heure avancée confesse peu de monde, les seuls gens libres et aisés. La piété méthodique et ponctuelle n'est pas pour les Curés, pas plus qu'un genre de vie régulier et compassé n'est fait pour les mères.

Il est nécessaire que les mères mangent , dorment, s'accordent quelque soulagement ; mais elles font tout cela avec une espèce de désordre et quand les soins assidus pour leurs enfants le leur permettent ; malgré cela, elles jouissent d'une santé très-prospère, plus que n'en jouissent tant d'autres femmes qui ont une vie très-régulière. Egalement, les Curés doivent se pourvoir de l'alinient et du repos spirituel, qui consistent, en grande partie, dans l'oraison intérieure ; mais c'est dans les moments libres que laissent les soins des âmes, et par conséquent fort irrégulièrement, comme il arrive souvent : pour cela, il n'est pas à craindre qu'ils en aient moins de force ni de santé spirituelle que les autres ecclésiastiques plus réguliers et plus méthodiques. Hé, quoi ! Peut-on supposer que la grâce pourvoit moins aux besoins spirituels du Curé que la nature ne pourvoit aux besoins corporels de la mère (1) ?

(1) Après ce que l'auteur, pasteur zélé, très-occupé, vientdedire avec l'autorité de l'expérience, on ne s'étonnera pas qu'il n'insiste pas sur

396. Que le Curé donc soit attentif à entendre les confessions de bonne heure, sans distinction de lieux, à la campagne, ou en ville ; car si, à la

un règlement de vie pour les Curés qu'il suppose tiraillés par leurs fonctions ; mais comme la majorité des Curés, surtout de campagne, même avec du zèle, ont bien du répit, il importe de rappeler la nécessité du règlement que Dieulin lui-même omet.

Je commence par répéter le mot du Docteur Massé, dans ses Avù au Clergé : « Mais surtout de l'ordre, un règlement de vie qui fixe les occupations, etc. L'ordre économise les forces, la prévoyance les multiplie 0. Si vis aliquid proficere..., nous dit l'Imitation, noli esse nimis liber, sed sub disciplina cohibe omnes sensus tuos. Ne igitur, dit S. Ephrem, hodie asperam ducas vitam, et crus mollem ac delicatam ; sed canonem unum retine, sicut etiarn sancii fecerunt patres. Rogo te, frater, avec S. Bernard, sta in Domino sollicitus semper circa custodiam ordinis, ut ordo te custodiat. La raison en est que qui regulse vivit, Deo vivit. (S. Grég.) Que de mérites on acquiert, et quelle couronne !

Pour le règlement en lui-même, il suflBt de renvoyer au Manuale ordinandorum, qui entre dans les détails pratiques. Voyez aussi Valuy, Directoire du prêtre.

Faites-vous une loi de n'y déroger jamais par caprice ou par lâcheté, mais seulement par U'icessité, charité ou bienséance raisonnable. Dans les cas exceptionnels, sacrifiez ce qu'il y a de moins essentiel pour aller au plus pressé, mais toujours à regret. Si le temps le permet, réparez même les omissions. Que le règlement soit peu chargé, sans tenir trop à l'heure, chose incompatible avec l'irrégularité du ministère: facile, il s'observe ; trop assujettissant, U devient bientôt impraticable.

On sait que les exercices journaliers principaux sont l'oraison, la messe, avec préparation et action de grâces, le bréviaire, l'étude de l'Ecriture sainte et de la théologie, l'examen, la lecture spirituelle, la Visite au Saint-Sacrement, 1 e Chapelet, la prière et les oraisons jaculatoires. Un Curé, plus que septuagénaire, n'y avait jamais manqué, malgré ses occupations : Oportuit hxc facere, et illa non omittere.

A le bien prendre, beaucoup de Curés de campagne vivent isolés comme des ermites dans leur presbytère, même sous le rapport de la surveillance episcopale. Libres, ils contractent des habitudes d'indépendance et d'une vie irrégulière. S. Jérôme remarque : In solitudine sito subrepit superbia, dormit quantum voluerit, fadt quod voluerit. S. Thomas ajoute : Et ideo vita soeialis necessaria est ad exercitium perfectionis. Solitudo autem competit jam per fectis. Elevé dans la vie de communauté, le clergé n'en conserve guère que le»

campagTie, les paysans et leurs femmes doivent se livrer au travail de bon matin, également en ville, les personnes pauvres et les manœuvres doivent être sur pied de grand matin.

Que le Curé ait ensuite la précaution d'exhorter à se confesser aux jours ouvrables les personnes libres d'aller à l'église ces jours-là; car par là le confessionnal restera libre aux jours de fêtes pour les personnes qui ne peuvent se confesser que ces jours-là.

De la confession des hommes,

397. Nous parlerons plus loin des confessions des hommes qui font profession spéciale de piété : ici nous traiterons, en passant seulement, des confessions de ceux qui en sont un peu éloignés, mais qui, de temps en temps, au moins à Pâques, s'approchent des sacrements. En entendant leurs confessions, le Curé aura quelques attentions spéciales. Premièrement, il ne les fera pas attendre quand ils se présentent; ensuite, il se montrera toujours disposé chaque fois qu'ils le demanderont, même quand l'heure serait indue et incommode. Quand il y a des hommes et des femmes à confesser, il entendra les hommes les premiers. Ceux-ci ont généralement des occupations plus importantes que celles-là; puis ils ont coutume d'être plus impa-

apparences pendant le vicariat, et pins tard il en vient au point qne chacun tient tellement à être indépendant qu'on ne parvient qu'a grand'peine à réunir ensemble quelques vieux Curés dans des maisons de retraite, d'ailleurs si avantageuses...

(.Vofe du traducteur J

tients, et s'ils voient qu'on ne les entende pas de saite, ils s'en vont et ne retournent plus; au contraire, les femmes sont d'abord plus libres, puis plus patientes, elles attendent plus longtemps.

398. La seconde attention à avoir, c'est de les accueillir, non-seulement toujours avec politesse, mais avec un visage ouvert et joyeux, comme si c'était une bonne l'ortune pour le Curé, et qu'il lui fût très-agréable cbaque fois qu'il peut entendre leurs confessions. Fussent-ils d'une basse condition, il leur parlera toujours avec égards et affection, tout à fait comme il parlerait à son plus cher ami et à son frère. Il est certain qu'avec eux on ne peut jamais excéder en bonne grâce et affabilité; ceci fait une excellente impression sur leur esprit, les dispose à bien se confesser, puis à fréquenter les sacrements.

Cette attention délicate, le Curé doit toujours l'avoir chaque fois qu'il a à parler aux hommes : elle aide souverainement à se les afTectionner et à les faire profiter des conseils, des exhortations et des réprimandes du Curé.

Autant la parole joyeuse, égayée et amicale est toujours et invariablement à éviter avec les femmes, autant, au contraire, elle est de mise toujours et invariablement avec les hommes.

399. Une troisième attention de la part du Curé sera de se garder de leur suggérer des règles de perfection, qui ne seraient ni goûtées, ni comprises. Ordinairement il faut se contenter de leur inspirer la haine du péché mortel, d'inculquer l'accomplissement des commandements, se montrant en tout franc, rond, indulgent et bon. Ceci est

nécessaire pour qu'il ne passe pas à leurs yeux pour un bigot, comme on dit, et qu'ils ne craignent pas de revenir se mettre à ses pieds.

Ceci, d'un autre côté, doit s'entendre avec discrétion, surtout quand il s'agit de les éloigner des occasions du péché ; car si le Curé était trop indulgent et trop bon pour permettre aux pénitents ce qui tournerait en un vrai péril pour leurs âmes, au lieu d'être un père tendre, il ne serait qu'un perfide et un traître. Qu'il se montre indulgent et bon, autant que possible, sans jamais, d'un autre côté, méconnaître les principes de la justice, de l'honnêteté, de la charité, etc. (1).

Des confessions des femmes.

400. On ne peut disconvenir qu'entendre les confessions des femmes ne soit l'écueil le plus ^^

(1)A tout prix, aujourd'hui, il faut atteindre les hommes et les intéresser, ne pas tolérer une seule femme aux instructions spéciales qu'on leur donne, ne jamais prolonger l'exercice au-delà de trois quarts d'heure. Une retraite aux hommes, aux approches du temps pascal, fait le plus grand bien. Quelle plus déplorable illusion que celle des pasteurs d âmes qui, sous prétexte qu'il n'y a rien a faire auprès des hommes, s'attachent presque exclusivement aux soins des femmes !

Ecoutons là-dessus S. Liguori. U faut avant tout avertir le Confesseur de ne pas s'adonner tellement à confesser les femmes qu'il évite de confesser les hommes. Quelle misere de voir un grand nombre de confesseurs employer toute la matinée à entendre des femmes ou des dévotes, et renvoyer un pauvre artisan ou une pauvre femme mariée qui échappe à sa maison et à son ouvrage pour se confesser. Cela montre qu'on ne confesse pas pour Dieu, ni pour sauver des âmes, mais par inclination seulement. ('Le Conf. de$ gens de la camp.^ c. xxi, art. 2, § i, n» IZ.J

DES SACREÎlIENTS. 323

périlleux et le plus fatal que rencontre le ministre de Dieu dans la mer orageuse de ce monde ; ainsi, un Curé, surtout un Curé jeune, s'il est prévoyant et prudent, ne saurait s'empêcher de redouter cet écueil.

D'un autre côté, cette crainte devient sa sauvegarde même, parce que qui craint recueil ne court pas risque de s'y briser.

401. Celui qui craint recueil prie et prie assidûment et avec grande ferveur pour obtenir un secours incessant, et quand il est assis exerçant son ministère, il ne laisse pas que d'élever fréquemment son cœur vers Dieu, pour conserver cette indifférence, cette insensibilité qu'on ne saurait trop apprécier.

402. Celui qui craint l'écueil garde ses yeux, ne fixe jamais les personnes qui entourent le confessionnal, ne parle pas en se tournant face à face vers celle qu'il entend. Quelques-uns connaissent toutes leurs pénitentes, bien qu'ils ne les confessent que depuis peu de temps. Heureux ceux qui n'en connaissent aucune, à moins qu'on n'ait à parler à quelqu'une en dehors du confessionnal. Cela indique qu'ils ont bien su garder leurs yeux, indice certain qu'ils ont encore mieux gardé leur cœur (1).

(1) A cette occasion, rappelons les règles de l'Eglise relatives aa confessionnal et à la confession.

1"> Quoiqu'on puisse confesser les hommes partout, rigoureusement parlant, même sans le surplis, cependant, les hommes et les femmes régulièrement ne doivent être entendus, sauf maladie, infirmités et quelques cas exceptionnels, qu'au confessionnal.

20 Le confessionnal, bien que dans an lieu tranquille, doit être placé dans un endroit bien visible, non dans un recoin obscur, même a l'égard des religieuses que Rome défend d'entendre de l'intérieur de U sacristie. Nous avons donc besoin de quelques réformes.

403. Celui qui craint l'écueil n'use jamais d'aucun terme d'intimité, ni de familiarité; mais il n'emploie que des paroles réservées, sérieuses et respectueuses, même avec une pénitente dont le rang et la condition n'exigeraient pas le respect.

Et ici je ferai observer que là où, comme parmi nous, tutoyer les personnes est une marque de familiarité, il ne faut pas le faire, sinon avec les petites filles. Par cette raison, le prêtre qui, en dehors du confessionnal, dirait aux petites filles de bonne famille Mademoiselle, et aux petites filles du peuple vous, les tutoierait également les unes et les autres au confessionnal.

30 La grille du confessionnal s'applique au massif ou à la boiserie qui sépare le confesseur du pénitent et doit être bien fixée, mais simplement d'une dimension qui permette d'entendre sufiSsamment, sans voir ni être vu. En général, on use d'une plaque percée de petits trous semblables à cens d'un écumoir. Le voile, usité dans plusieurs grilles, est inutile avec cette plaque, mais plus qu'à propos avec nos larges grilles anticanoniques. Ces plaques ainsi percées laissent très-bien passer le son de la voix. Il est a remarquer qu'à Rome, notre modèle, ni le Confesseur ni le pénitent ne sont dérobés aux yeux du public par un voile. La porte du confessionnal trèsbasse laisse voir le confesseur. De son côté, le pénitent, agenouillé, est tourné directement vers le confesseur, sans voile aucun. Cette pratique peut contrarier les habitudes et paraître gênante, mais n'oublions pas que l'Eglise est ti"ès-sage... J'en pourrais citer quelque exemple plus que frappant.

4° Le Confiteor se dit, en bonne règle, jusqu'à mea maxima culpa, inclusivement, mots qui terminent naturellement la première partie; quant à la sconde partie, elle n'est nullement commandée.

5" Le Misereatur et Vlndulgentiam, ne se disent pas aussitôt après la confessiorr du pénitent, comme cela se pratique en France, mais immédiatement avaut l'absolution, ou à sa place, si elle ne se donne pas.

60 Outre le surplis pour les confesseurs séculiers, tous les confesseurs réguliers et séculiers ont ordinairement Tétoile violette, sauf les cas exceptionnels. Pourquoi, en effet, le sacrement de Pénitence serait-il seul administré sans ce vêtement de rigueur pour tous les antres sacrements. (Note du traducteur.)

404. Celui qui craint l'écueil parle à chaque femme comme il parlerait à un esprit, c'est-à-dire comme il parlerait à une âme séparée de son corps, ne regarcant dans ces créatures que l'image de Dieu rachetée et ennoblie par le sang de ISotre-Seigneur Jésus-Christ. Malheur à celui qui regarde en elles la beauté, la gentillesse, la grâce de la jeunesse, ou d'autres vanités semblables et des futilités dangereuses !

405. Celui qui craint l'écueil tient son cœur sévèrement fermé à tout sentiment d'affection, quand même il naîtrait des plus belles qualités de l'esprit et des plus rares vertus qu'on découvrirait dans quelqu'une. Il faut avoir une singulière attention dans le cas d'une vertu rare, parce que l'illusion est alors plus facile et que le démon peut, par cet appât, prendre dans ses filets les plus éclairés et les mieux intentionnés.

406. Celui qui craint cet écueil interroge le moins qu'il peut sur certaines matières, se contentant de connaître la substance ou l'espèce du péché, et il se garde bien de rechercher les circonstances qui ne concernent que le mode du péché et qui ne sont par conséquent qu'aggravantes.

Et ici il est à propos de noter que les théologiens les plus rigoureux eux-mêmes, qui prétendent qu'on doit déclarer en confession les circonstances aggravantes, ont été forcés par le bon sens d'admettre une exception pour les aggravantes in re twyi, approuvant qu'on ne doit jamais les faire connaître, et certainement que le bon sens ne pourrait jamais approuver ni permettre la déclaration de certaines obscénités dégoûtantes qui ac- Man. dd J. Curé. 19

compagnaent le péché. ( Voyez Gousset, Théol. Mor,, vol. n, n° 424. ) Imprudents questionneurs, respectez-vous vous-mêmes, respectez les âmes faibles, respectez le sacrement ! L'ange de l'Ecole dit avec raison [Summa, v. Interrogationes) : « Potius estis coiitaminatores quàm confessores (1) ».

407. Celui qui craint l'écueil ne contracte point de familiarité ou d'amitié avec ses pénitentes qui lui restent étrangères et comme gens d'un autre pays, même après les avoir confessées durant dix à vingt ans. Depuis quand tel révérend s'arrète-t-il dans la rue avec celle-là, fréquente-t-il son magasin, sa maison ?'Depuis qu'il l'a confessée. Ceci n'est pas pour la bonne édification, ce n'est point une preuve de prudence ni de réserve sacerdotale.

Page 1