‹ Manuel pratique du jeune curéChapitre 42 sur 83 · CetLo doctrine découle de l'enseignement · texte numérisé non relu

CetLo doctrine découle de l'enseignement

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catholique sur l'efficacité des sacrements qui produisent la grâce ex opere operato, c'est-à-dire par la vertu intrinsèque, attachée par Jésus-Christ, à laquelle ne peut faire obstacle le péché par luimême, qui est remis et détruit par cette vertu même ; mais la mauvaise volonté qui aime encore le péché y fait obstacle seule, car il est absolument impossible que la grâce sanctifiante, qui est le produit de la charité divine, ou qui est la charité divine elle-mêmb répandue dans nos cœurs, et qui est contradictoire à la mauvaise volonté, comme le bien est contradictoire au mal, s'unisse à la mauvaise volonté.

Il est évident ensuite que l'âme peut être encore en péché, sans y conserver aucune attache, en ceux qui se repentent de leurs péchés avec la douleur de l'attrition, auxquels les péchés ne sont pas remis tandis qu'ils n'ont pas reçu l'absolution. Il est clair qu'ils ont renoncé à l'attache au péché, et cependant ils restent encore souillés jusqu'à la réception de l'absolution. Cette vérité se vérifie bien dans ceux qui se disposent à se convertir, et qui s'abstiennent, à cause de cela même, de retomber dans les péchés habituels, même avant de s'en repentir formellement : il y a encore en eux le péché, mais il n'y a plus d'affection au péché.

419. Cette doctrine doit consoler grandement les confesseurs, surtout ceux des enfants et des gens rustiques chez qui il y a plus facilement et plus ordinairement de la bonne foi. Que les confesseurs fassent tout leur possible pour les bien disposer à l'absolution, c'est-à-dire qu'ils s'efforcent d'exciter en eux la vraie douleur de leurs péchés et le

propos efficace de ne les plus commettre , et qu'ensuite ils ne soient pas trop craintifs ni réservés pour donner l'absolution. Quand même ils n'auraient pas réussi à les disposer comme ils le voudraient, dès qu'ils ne conservent pas de mauvaise volonté, c'est-à-dire d'attache au péché, i's seront justifiés par l'efficacité du sacrement, auquel cette mauvaise volonté et cette attache peuvent seules faire obstacle. C'est aussi la doctrine de Melchior Csino (in Relect. de Pœnit.), de DoTiinique Soto (iii 4j, du cardinal Tolet (in Summa, 1. II, c. ivj, et de Navarre (in Manual.^ c. x, n'' A). Personne n'élèvera de doute qu'ils ne soient d'anciens théologiens très-remarquables, et qu'unis à saint Thomas, ils ne forment une telle autorité qu'on ne peut pas facilement leur opposer celle des théologiens modernes comme supérieure ou même égale (1).

(1) A cause de l'importance considérable de ce point, je veux mettre ici les antres arguments de S. Thomas, qui n'ont été qu'indiqués, et ceux des théologiens qui le suivent. « Si quis ad corpus « Christi accédât, aliquo peccato mortali in ipso manente, quod ejus « cognitionem prœterfugiat, nonpeccat, imo magis ex vi Sacramenti

• remissionem consequitur (in 4 ut supraj. Potest tamen hoc Sacra- « mentnmoperari remissionem peccati... etiam perceptum ab eoqui est « in peccato mortali ; cajus conscientiametaffectumnonhabet; forte

• enim primo non fuit sufficienter contritus, sed devote et reverenter « accedensconsequetur per hoc Sacramentum gratiamcharitatis.quas « contiitionem periìciet, et remissionem peccati. (S.Thom.Zp.q.79, t a.Z.) Si quseras quando ex attrito fiatcontritus virtiite Sacramenti,

• respondeo, id primo evenire quocumque attritionis genere homo sit

• attritus,«iexistimatse praestitissequodnecessarium erat,ignoretque t invincibìliter S3 non habere sufficicntem dispositionem; quia is non

• ponit obicem, sed bona fide accedit ad Sacramentum: Sacramentum t autem in non ponente obicem semper habet effectum. Quo fit, ut I omnia Sacramenta ex hujusmodi attrito contritum faciant ; quod « D. Thomas lucide tradit 3 p. q. 79, a. 3, et in Comm. super illud

• Joannis, e. xi. Solvite eum. (Melch. Canus in Relect. de Pœnit.) « In baptismo sufiJcit existimata contrltio : idem aatem parliate

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420. Les enfants ignorent souvent les premiers mystères. Cette ignorance lamentable existe plus ou moins selon les endroits. On ne peut cependant douter que là où le Curé aie soin voulu d'enseigner aux enfants la doctrine chrétienne, ils n'y manquent pas des connaissances de la foi les plus nécessaires à savoir.

Si l'on doute qu'un enfant qui vient à confesse ait l'instruction requise, il est du devoir du confesseur de l'interroger, et s'il le trouve ignorant, personne ne doute qu'il ne doive l'instruire, afin qu'au plus tôt il soit capable de recevoir les sacrements.

En outre, il faut faire attention qu'on ne saurait exiger une grande instruction de la part des enfants, pas même à l'égard des principaux mystères ; il suffit qu'ils en aient une connaissance tout à fait en gros, selon que le comporte leur capacité. (Voyez du Mariage, § 4.)

421. Dans le cas, enfin, où Tonne pourrait savoir si les enfants ont été absous des péchés confessés

■ rationis dicendum de Sacramento Pœnitentise res ipsa per se clamât.

• (Dom. Soto in i.J Quando quis desiderat habere contritionem, licet

• vere non habeat, sufiSceret adgratiam in Sacramento percipiemîam,

• si pœnitenti non constaret se non esse vere contritum ». (Card. Tolet. in Summa, ut supra.) Navarre, enfin, recommandant au «onfesseur de s'efforcer, autant que possible, à exciter son pénitent è une vraie douleur, etc., dit : • Quod si adhuc his omnibus ad dofl lorem non sufficienter eum moveri consideret, interroget an doleat « quod iiu.. doleat tantum quantum deberet, et an vellet huju->modi « dolorem sufficientem concipere. Quod si annuat, satis erit ». (In Manuali ut supra.) Tous les théologiens anciens et modernes enseignent la doctrine catholique de Tefflcacité des sacrements qui produisent la iïiâce ex opere operato ; toutefois, il paraîtrait que beaucoup de modernes, sans y faire attention, l'exposent dune manière peu conforme ò 1» force de ces paroles.

autrefois, nous devons supposer qu'on a fait ce qui devait être fait. Les enfants se sont confessés pour obtenir l'absolution ; s'ils étaient disposés, ils avaient droit qu'elle leur fût accordée ; mais s'ils n'étaient pas disposés, ils avaient droit d'être avertis qu'on les laissait sans absolution. Ils ne sont pas tenus de confesser deux fois leurs péchés; quand donc ils se présentent maintenant à un nouveau confesseur, s'ils sont disposés, ou s'ils peuvent être disposés, il doit les absoudre ; car il doitsupposer que les confesseurs précédents en ont fait autant. Si quelque confesseur ne les avait pas absous ni avertis du refus d'absolution, on ne saurait douter que ces péchés, supposés même mortels, ne soient remis en vertu de l'absolution qu'ils reçoivent présentement. Le confesseur actuel ne serait pas responsable de l'irrégularité arrivée par suite du défaut d'absolution directe de ces péchés, ni l'enfant non plus, mais bien le confesseur précédent qui, ayant refusé l'absolution à son pénitent, ne l'a pas averti.

Donc on ne doit certainement pas attendre l'époque de la confession générale avant la communion pour donner l'absolution aux enfants ; mais il faut les absoudre de suite. Plus tard, un des avantages résultant de la confession générale sera qu'en accusant de nouveau tous leurs péchés, ils seront absous directement des péchés mêmes qui, dans le passé, n'avaient pas été ainsi absous.

422. On voit clairement combien sont frivoles les objections alléguées. Voici une autre objection, la plus forte et insoluble à la raison : Je ne veux pas perdre mon temps avec les enfants. Il faut prier

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Dieu qu'il nous accorde un zèle éclairé : l'ayant obtenu, nous brûlerons du désir de secourir la plus chère portion du peuple chrétien, comme sont les enfants considérés avec les yeux delà foi; après quoi nous ne croirons plus perdre notre temps en les entendant à confesse avec patience et soin ; nous croirons, au contraire, que c'est un temps très-sagement employé et très-saintement dépensé; nous en recueillerons pour nous-mêmes des fruits très-consolants. Quel est l'agriculteur qui doutât jamais que les arbres doivent être cultivés quand ils sont jeunes ? Pourra-t-il donc y avoir quelque Curé qui ne regarde pas comme très-important de . ormer au bien les chrétiens dès le bas âge ?

Il parait ainsi suffisamment démontré qu'il faut administrer le sacrement de pénitence aux enfants comme aux adultes, bien qu'ils ne soient pas encore admis à la communion, et qu'en outre les confesseurs, et particulièrement les pasteurs des âmes manquent grandement à leur devoir quand ils négligent de les absoudre, s'ils sont disposés ou susceptibles d'être disposés à l'absolution sacramentelle.

423. Passons maintenant aux autres avis. Un des plus importants, c'est de ne pas gronder l'enfant ni le reprendre durement au moment de la confession. L'enfant se tait subitement dès qu'il entend une parole sévère ; s'il a d'autres péchés à accuser, il ne les accuse plus ; à toutes les interrogations il répond non, et il n'est plus possible de lui arracher de la bouche la vérité. Par conséquent, il faut lui parler toujours avec une grande ' ^nté, quand même il accuserait des péchés très-graves ;

bien plus, dans ce cas, il faut beaucoup l'encourager et lui promettre encore expressément de ne pas le gronder.

424. Il faut user de beaucoup de soin pour découvrir les occasions de ses péchés, savoir : s'ils proviennent de ses condisciples, de ses compagnons de travail, de jeux, ou des parents, etc., afin que le confesseur puisse lui suggérer les remèdes convenables. Si donc l'enfant a occasion de pécher avec quelqu'un de ceux-là, le remède le plus approprié, et généralement nécessaire, ce sera de l'engager à dénoncer le séducteur à ses parents, tuteurs, maîtres, etc. Il n'est pas rare que quelque petit garçon, et surtout quelque petite fille, soit tenté, à l'aide de cajoleries, ou de cadeaux, de commettre ou de permettre des choses indécentes par quelque proche ou ami de la lamille ; d'autres fois, les enfants rencontrent ces scandales dans les écoles, dans les boutiques, dans les champs. Le confesseur se persuadera bien que, généralement parlant, il n'y a pas d'autre moyen efficace pour sauver l'innocence exploitée au dehors, que de dénoncer les auteurs de la séduction à ceux qui peuvent l'empêcher. Le confesseur ne sera pas détourné de suggérer ce moyen par la crainte qu'il ne s'ensuive des désagréments, des procès ou d'autres malheurs dans la famille, fût-ce entre mari et femme. L'innocence abusée mérite les premiers égards, et quand il n'y a pas d'autre moyen efficace pour la sauvegarder, il ne faut pas s'arrêter aux désagréments qui peuvent s'ensuivre, surtout si l'on pense que, tòt ou tard, ces désordres se découvriraient, et même qu'après avoir ainsi usé de réserve

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à dénoncer, on n'éviterait pas les conséquences redoutées. Enfin, la considération qu'avant tout le confesseur doit chercher le bien spirituel de son pénitent achèvera d'Oter toute hésitation, d'autant plus qu'il s'agit d'un pauvre enfant qui peut bien moins qu'une grande personne pourvoir par luimême à ses besoins.

425. Un autre avis très-important, c'est d'user de la plus grande discrétion et précaution dans les interrogations in re turpi, pour éviter d'apprendre aux enfants ce qu'ils ignorent probablement encore. Que le confesseur ne craigne pas pour cela de manquer à l'intégrité, car l'enfant n'est pas obligé à se confesser de la manière la plus parfaite, et le confesseur ni ne doit ni ne peut l'instruire sur cette matière ; d'ailleurs, il n'est pas douteux que sa confession sera bien faite, quand même il n'exprimerait pas bien l'espèce de ses péchés. Enfin il est admis généralement par tous les théologiens que les confesseurs doivent soigneusement se garder des interrogations qui pourraient scandaliser et apprendre le mal ignoré.

426. Le dernier avis qui ne doit pas être négligé sera que quand les enfants ne sont ni disposés, ni susceptibles d'être disposés à l'absolution, on ne doit pas se contenter de les renvoyer toujours avec une simple bénédiction, comme il y en a tant qui le font; mais il faut les exciter à l'amour de Dieu et à la contrition de leurs péchés, pour les accoutumer à la pratique des actes d'amour de Dieu, et par-dessus tout, pour pourvoir de la meilleure manière aux besoins de leurs âmes. On pourra exciter l'enfant en lui disant : Sais-ta lien

tout ce que le Seigneur a fait et souffert pour nous, qu*il est mort sur la croix ? Sais-tu bien que le Seigneur est si bon que personne ne peut l'aimer autant qu'il le mérite ? Oh, comme il est bon, le Seigneur! Il faut l'aimer plus que toutes choses. L'aimes-tu de tout ton cœur ? Oui, n'est-ce pas ? il est si bon ; pour cela tu l'aimes de tout ton cœur. Ne te repens-tu pas de lui avoir causé tant de déplaisir par tes péchés ? Oui, tu te repens de tout ton cœur, et tu lui promets de ne plus le faire, etc. Ceci sera bien plus important et avantageux qu'une simple bénédiction.

427. Notez aussi que, non-seulement les enfants, mais encore les adultes, renvoyés sans absolution, doivent être excités à la contrition de leurs péchés, parce qu'il peut arriver que par ce moyen ils sortent de l'état de péché mortel. En efiet, le confesseur refuse l'absolution au pénitent, ou parce qu'il n'a pas le pouvoir de l'absoudre de ses péchés ou des censures encourues, ou parce qu'il ne le juge pas suffisamment disposé. Dans le premier cas, le pénitent peut avoir de bonnes dispositions pour rentrer en grâce, quoique l'absolution ne puisse lui être donnée, faute de juridiction dans le confesseur, et voilà comment, excité efficacement à la contrition, il deviendra justifié. Dans le second cas, quoique le confesseur ne le juge pas disposé et qu'il puisse être vrai qu'il s'est approché du sacrement réellement mal disposé ; cependant, comme, en jugeant des dispositions intérieures, on peut se tromper, il est possible que le confesseur se trompe dans son jugement; de plus, il peut arriver que le pénitent, venu mal disposé, devienne, au moment d'une fervente exhortation du confesseur, bien disposé ; car

Je changement de volonté se fait toujours instantalióment, dans un point indivisible où de mauvaise

'devient bonne; or ce changement étant tout

lérieur peut rester caché au confesseur qui juge son devoir de le renvoyer sans absolution sa-

imentelle. Dans ces deux h>T)Othèses, c'est-à-dire dispositions préexistantes, ou de dispositions acquises, mais ignorées du confesseur, si le pénitent faisait un acte de sincère contrition, il serait justifié, quoique non.absous (sacramentellement).

On voit par là combien il importe que le confesseur excite le pénitent àia contrition de ses péchés, quand il le renvoie sans absolution. Il devra aussi l'exhorter à faire beaucoup d'actes de contrition jusqu'à ce qu'il revienne, parce qu'il peut arriver facilement que, dans un grand nombre d'actes, il s'en trouve un fait avec une vraie sincérité, qui le justifie et le tire de l'état horrible du péché mortel. Je disais Vexcite ; car s'il ne s'efforce pas de lui suggérer les considérations appropriées sur la bonté infinie de Dieu, et s'il se borne à dire simplement : Faites un acte de contritian, il arrivera aisément que le pénitent fera un acte matériel de bouche, qui ne servira à rien.

428. En parlant aux Curés, il est superflu de dire que c'est une erreur de penser que l'acte de contrition ne met l'àme en grâce avec Dieu que dans le cas de nécessité seulement. C'es^ une erreur condamnée ouvertement dans Baïus qui enseignait que la charité parfaite pouvait se trouver dans une àme en même temps que le péché mortel. {Voir proposit. 32 et 10). Au contraire, la doctrine de l'Eglise est qu'un simpl acte d'amour de Dieu, pourvu qu'il

soit parfait, même en dehors du cas de nécessité, efface de l'âme tout péché quelconque, quel que soit le nombre des péchés, avec l'obligation toutefois de s'en confesser en son temps, comme l'enseignent les théologiens.

Des confessions des personnes pieuses.

429. Nous avons déjà noté (P. I, c. xi) que les bons Curés font grand cas de ]a culture des âmes pieuses qui sont l'édification, la bonne odeur, le bon levain de leurs paroisses. Ces soins se donnent surtout au confessionnal, où l'on connaît les grâces que Dieu accorde aux âmes appelées à le servir plus dévotement, et où l'on peut leur donner la direction convenable dans la perfection, selon leur capacité respective. C'est pour cela que les bons Curés et les directeurs des âmes leur font fréquenter la confession, si c'est possible, tous les huit jours.

Je n'approuverais pas une fréquentation plus grande, pour plusieurs raisons. D'abord, parce que les séculiers pieux ont leurs occupations de condition ou de famille, auxquelles ils pourraient manquer facilement en étant au confessionnal plusieurs fois la semaine.

En second lieu, parce que le Curé, dépensant beaucoup de temps avec quelques dévotes, manque ensuite du temps nécessaire pour entendre les confessions des pécheurs et pour les autres affaires de la paroisse.

En troisième lieu, parce que ces personnes qui sont loujours des iemmes voudraient se confesser

chaque jour, et que, généralement parlant, ce sont des tètes légères qui plus elles se confessent plus elles s'affaiblissent la tête. Le Curé qui les entend sans cesse, sans jamais se lasser, passe pour un homme léger, et pire encore, si ce sont des pénitentes jeunes et causeuses. Quand il confesse quelqu'une de ces dévotes plusieurs fois la semaine, et qu'il a la patience de les écouter chaque fois un espace de temps assez long, il faut qu'il se résigne à voir maltraiter sa réputation.

430. Je sais bien que parfois ce sont des âmes qui ont besoin de soins particuliers, à cause des peines d'esprit que Dieu leur envoie, qu'il faut nécessairement les entendre fréquemment, et qu'elles ne peuvent pas toujours s'expédier en peu de paroles ; mais, d'un autre côté, ces âmes sont excessivement rares, et d'ailleurs elles ne sont pas du nombre de celles dont le public jase à son aise.

Pour tout cela, à part quelques rares exceptions, que le Curé ne confesse pas les dévotes habituellement plus d'une fois par semaine, et qu'il soit trèscourt, afin que leurs confessions ne prennent pas un temps nécessaire pour entendre les confessions des personnes qui en ont plus besoin. S'il veut les instruire dans les voies spirituelles, qu'il les pourvoie d'un bon livre- qui les maintienne dans la simplicité, l'humilité et qui les anime à l'amour de Dieu. A ce dessein, il' n'en trouvera pas de meilleur que La pratique de l'amour de Jésus-Christ, et que les CEuvres spirituelles de saint Alphonse de LiQuori. Si quelqu'une d'entre elles ne sait pas lire, cas rare de nos jours, qu'il lui insinue brièvement et simplement lés maximes de ce saint, évitant tou-

jours les longues conférences au confessionnal, qui n'en seront pas plus utiles ni à la pénitente ni au confesseur. Ces longues conférences peuvent faire naître la sympathie et des attaches réciproques qui, tout innocentes qu'elles soient, ne laissent pas que d'être défectueuses. Il est à remarquer que ces entretiens et discours qui, entre hommes, finiraient par devenir très-ennuyeux par leur longueur, deviennent tout à fait faciles entre hommes et femmes. Notre faiblesse, même à notre insu, nous accompagne partout. Puis c'est chose souverainement importante de maintenir les dévotes dans une grande simplicité et humilité ; car la légèreté féminine est bien grande ; facilement les femmes s'enorgueillissent, s'illusionnent et dévient du droit chemin.

431. Nous ferons observer ensuite que, bien que les personnes adonnées à la piété doivent entretenir l'esprit de prière, si elles veulent se maintenir et progresser dans la voie de la perfection chrétienne, néanmoins il ne faut pas exiger de toutes l'exercice de la méditation. Nous voyons que les grands maîtres de l'oraison, comme saint Jean de la Croix et sainte Thérèse, enseignent qu'il y a des âmes, et sainte Thérèse dit beaucoup d'âmes, qui ne peuvent s'exercer dans cette espèce de prière. (Saint Jean de la Croix, Traité des éptnes, coll. VIII; sainte Thérèse, Chemin de laperf., c. xix.) Une expérience constante enseigne qu'il y a des âmes de vertu eminente, favorisées de Dieu de grâces spéciales, qui ne font pas l'oraison de la méditation. Bon nombre ne la connaissent pas, et entre autres une, qui, toute sa vie, depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse avancée,

s'exerça constamment dans la pratique de la perfection et d'une très-haute vertu, et qui, entendcint parler de méditation, dit en souriant : Ce mot me fait peur.

J'ai tenu à noter ces choses-là, non pour désapprouver l'oraison de méditation, si louée et si recommandée par les maîtres de la vie spirituelle, mais pour qu'on se tienne sur ses gardes et qu'on ne l'exige pas indistinctement de toutes les âmes qui s'adonnent à la vie spirituelle, comme ont coutume de faire certains directeurs peu discrets qui ne les conduisent pas par la voie où Dieu les appelle, mais les traînent de force dans celle qui leur plaît à eux-mêmes. C'est ainsi que ces pauvres dévotes sont tiraillées et violentées, à leur grand désagrément et dommage. Ces directeurs auraient bien besoin de lire le traité cité de saint Jean de la Croix. Après l'avoir lu, ils exigeraient de toutes l'exercice de l'oraison, mais ils n'imposeraient l'exercice de l'oraison mentale qu'à des âmes qu'ils verraient avoir des dispositions à cela.

432. Il faut toutefois observer qu'ici on parle de méditation méthodique, divisée en points, réglée pour la durée, etc., parce que la simple méditation, c'est-à-dire la simple considération et les réflexions sur les maximes éternelles, sont nécessaires à tous les chrétiens pour bien vivre et pour se sauver. En effet, comment pourrait bien vivre et se sauver celui qui ne penserait ni ne réfléchirait jamais ni à la mort, ni au jugement, ni à l'enfer, ni au paradis , ni à la passion de Notre-Seigneur, etc. ? Il est donc absolument nécessaire que le chrétien médite, c'est-à-dire qu'il pense et Man. du J. Cuié. 20

réfléchisse aux vérités de notre très-sainte Relig-ion. C'est de cette sorte de méditation simple et à la portée, selon le degré de capacité, de tout le monde, même des gens rustiques et bornés, que doivent s'entendre les autorités de l'Ecriture et des Pères, relatives à l'indispensable nécessité delà méditation. Plusieurs, cependant, se servent de ces autorités pour prouver la nécessité de la méditation méthodique, sans réfléchir qu'elles ne viennent pas à propos, et qu'ainsi elles ne prouvent pas ce qu'on voudrait établir.

433. La vertu de mortification doit être aussi pratiquée d'une manière particulière par les personnes spirituelles, mais il faut prendre garde de dépasser les limites de la modération. On doit approuver entièrement, et ainsi exiger rigoureusement des personnes dévotes les mortifications qui ne peuvent être nuisibles d'aucune façon, mais qui sont plutôt profitables à la santé, comme serait la modération dans le manger et le boire, s'abstenir de "manger en dehors des repas ordinaires, se borner au sommeil nécessaire, etc.

Il en faut dire autant des mortifications qui généralement sont innocentes, comme un simple jeune, l'abstinence de quelque plat ou fruit plus revenant, endurer quelque chose de désagréable, mot sous lequel on peut comprendre bien des choses incapables de nuire à la santé de la personne. On ne les exige que selon le degré de vertu du sujet. Les jeûnes, d'un autre côté, ne doivent pas être permis aux santés faibles ni à ceux qui ont besoin de nourriture fréquente.

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