‹ Manuel pratique du jeune curéChapitre 46 sur 83 · DU SACREMENT DE L'ORDRE · texte numérisé non relu

DU SACREMENT DE L'ORDRE

Des soins à accorder aux jeunes gens qui donnent l'espérance de la vocation ecclésiastique.

4b0. Rien n'est plus désirable pour l'avantage de la sainte Eglise que d'avoir de bons ministres, et en nombre suffisant pour les besoins du peuple chrétien. La sollicitude episcopale doit évidemment s'occuper d'y pourvoir. Cependant il est clair, généralement parlant, que les Evêques ne sont pas en contact avec les jeunes gens et ne les connaissent pas ; de plus, ils ne peuvent distinguer parmi eux quels sont ceux qui donnent de bonnes espérances de la vocation ecclésiastique ; ce n'est que quand ils leur sont présentés qu'ils peuvent en juger. Les Curés, au contraire, connaissent les familles dans lesquelles se manifestent les vocations au sacerdoce, ils connaissent les jeunes gens qui fréquentent les instructions et les offices de l'église, ils peuvent mesurer leur capacité, discerner leurs

inclinations et tendances, et ainsi prévoir lesquels parmi eux seront aptes à l'état clérical.

Les Curés donc peuvent, en grande partie, mieux que les évêques, subvenir à cette nécessité de l'Eglise ; ils feront un bien inestimable, s'ils s'appliquent à connaître quels sont les jeunes gens de bonne espérance, à les cultiver dans ce but, à les nourrir d'une manière spéciale dans les pratiques de piété, et à les faire progresser dans l'étude. Si, dans quelque localité, il n'y a pas de maitre capable, et que les parents ou ne puissent ou ne veuillent pas les tenir dans quelque collège ou séminaire, le Curé fera une grande œuvre de cbarité et procurera la gloire de Dieu, s'il s'emploie aies initier à l'étude et à les disposer, autant qu'il dépendra de lui, à embrasser l'état ecclésiastique.

4ol. Il est indubitable que les évêques, aujourd'hui surtout que les vocations à l'état ecclésiastique se développent si peu, veulent faciliter aux bons jeunes gens, autant que faire se peut, l'entrée du sanctuaire, et pour cela ils secondent l'action des bons Curés qui se dévouent à les initier.

Que le Curé ne soit pas arrêté là où les statuts ecclésiastiques sont très-restrictifs sur l'instruction des clercs ; car ceci dépend de la volonté de l'évêque qui peut par conséquent facilement les changer, surtout si un besoin manifeste l'exige. Si le Curé initie un bon jeune homme aux études, et que celui-ci corresponde heureusement à ses soins, il ne manquera pas de moyens providentiels pour parvenir au sacerdoce. Que le Curé s'encourage par la pensée du grand bien que peut faire un

z61é ministre de Dieu au milieu du peuple chrétien, et qu'il augure que son élève pourra devenir tel, s'il a la capacité, un bon naturel, et s'il est cultivé pieusement.

De la vigilance sur les clercs et des soins à leur donner,

4o2. Si le Curé a des clercs dans l'étendue de sa paroisse, il veillera attentivement sur leur conduite. Quand il s'apercevrait qu'ils dévient du droit chemin, il devrait les avertir paternellement, et si ses avertissements étaient inefficaces, il en avertirait l'évèque, pour qu'il leur fit une correction qui eût plus de poids, et aussi pour qu'il sût les travers de ces clercs quand ils se présenteront à l'ordination sacrée. Si un clerc osait donner des indices de mœurs déréglées, surtout s'il proférait des maximes et des principes malsains en matière de morale ou de foi, et qu'il ne se corrigeât pas aussitôt après avoir été averti par le Curé, il n'est pas douteux qu'il serait déjà très-perverti, et il serait facile de prévoir qu'ordonné il ferait un très-mauvais prêtre. Par conséquent le Curé, en dénonçant à l'évèque les mauvaises dispositions d'un clerc, l'empêchera d'arriver au sacerdoce dont il déshonorerait le caractère, à son grand détriment, et pour son tourment éternel; il empêchera aussi beaucoup de scandales et peut-être la damnation de bien des âmes. Il faut toujours avoir présente la sentence si remarquable de saint Grégoire le Grand, que les intérêts de la gloire de Dieu ne souffrent jamais de plus grand dommage que de la part des mauvais prêiies.

453. S'il y a des clercs, dans la paroisse, qui vivent en pension dans quelque famille ou chez quelque personne, le Curé observera s'il y a là quelque danger, comme serait la présence dans cette maison de filles ou de jeunes femmes, bien que très-rangées et pieuses ; car leur sagesse et leur piété n'empêcheraient pas que la passion du pauvre clerc ne fût excitée chaque jour avec un très-grave danger de perversion ; au contraire, en les voyant bien sages et dévotes, il serait encouragé à converser avec elles plus confidemment, et il lui paraîtrait que par là même il y a moins de risque. Ensuite, il ne se garderait pas suffisamment envers ces personnes des premiers sentiments qui seraient ou encore innocents ou presque tels; mais dans peu son cœur s'y afî'ectionnerait et son esprit en serait occupé nuit et jour ; le moindre mal qui pourrait arriver, ce serait la perte de sa vocation.

Le Curé, connaissant le danger, devrait agir directement ou indirectement auprès des parents du clerc , pour qu'ils le plaçassent dans une autre pension, et s'il n'était pas écouté, il devrait en informer l'évêque.

454. Il avisera aussi à ce que les clercs s'exercent à enseigner la doctrine aux enfants, afin que, selon leur capacité, ils se forment au ministère apostolique : il évitera cependant de la leur faire enseigner aux filles déjà un peu grandes ; ce qui peut occasionner un grave danger, comme nous l'avons déjà noté ( n* 332). On ne pourrait attendre que le clerc enseignant la doctrine aux petites filles tint toujours les yeux à la manière de saint Louis de Gonzague ; mais il serait à craindre qu'en parlant

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souvent et longuement avec elles, quelqu'une ne produisit de mauvaises impressions sur son imagination.

4o3. D'autre part, le Curé s'efforcera d'animer les clercs des sentiments d'un vrai zèle, de leur inculquer les bonnes maximes qui forment le cœur et qui les disposent à devenir de ferv^ents et saints ecclésiastiques.

Il est nécessaire de les pénétrer des sentiments d'un vrai zèle, avec lesquels ils aspireront à sauTer les âmes, sans égard à la rétribution ou à l'avantage temporel, ni aux louanges ni aux fionneurs, et qui les disposeront même à supporter, au besoin, les peines et les sacrifices.

Ces élèves qui visent au sacerdoce , comme d'autres à un emploi pour en retirer un morceau de pain, ou à un poste honorifique pour jouir de l'honneur, et qui, en grandissant, voient d'un œil indifférent le bien et le mal, quels misérables prêtres ne feront-ils pas !

Je ne prétends pas par là qu'ils devront refuser les rétributions, les avantages, les honneurs qui peuvent être annexés à l'exercice du ministère ecclésiastique, mais je veux dire que ces choses doivent être regardées comme accessoires seulement, sans lesquelles on doit faire le bien, tout comme on le ferait avec elles.

456. Les maximes principales à inculquer sont celles qui regardent le désintéressement, la chasteté, l'intégrité de la doctrine catholique.

1° C'est chose très-honorable pour l'ecclésiastique de conserver la pauvreté native, bien qu'il ait d'abondants revenus ; car ces revenus abondants

sont toujours insuffisants, si l'on veut se prêter aux nécessités qui se présentent chaque jour de faire beaucoup de bonnes œuvres variées qui ne se font pas sans argent.

2° L'ecclésiastique doit être si réservé, si modeste, si chaste dans tout son maintien, ses regards et ses pensées, qu'on puisse lui appliquer ce que l'on chante en l'honneur de saint Louis de Gonzague : Vel carnis expers spiritus, vel Angelus cum corpore.

3° L'ecclésiastique doit toujours avoir les yeux fixés sur Rome, d'où part la vraie lumière de la science chrétienne, et il ne peut s'éloigner d'un iota, dans sa foi et son enseignement, do la créance et de la doctrine de la Chaire que Dieu y a établie.

457. Enfin, le Curé s'efforcera de cultiver dans les clercs la piété qui, évidemment, ad omnia utilis est, promissinnem habens mt%, qu3e nunc est, et futurœ; c'est pour ce motif qu'elle est si combattue par le démon et ses partisans.

Si le Curé doit nourrir la piété dans le peuple, à plus forte raison devra-t-il l'exciter dans ceux qui devront la maintenir et l'accroître dans le peuple. Quelquefois les clercs se détournent de l'exercice des pratiques de la piété, sous prétexte que leurs progrès scolaires en souffriraient. De grâce, ne donnez pas un démenti à l'Apôtre ; croyez vousmêmes que pietas ad omnia utilis est, et par conséquent qu'elle est utile, même aux progrès des études, surtout des études ecclésiastiques. Que le Curé s'efforce de faire goûter aux clercs la communion fréquente et même très-fréquente. Je ne répéterai pas ce que j'ai noté plus haut, en parlant de la sainte communion , je ferai seulement

observer qu*é\1demment la fréquence qui convient aux séculiers d'après le Concile de Trente et le catùcbisme romain devra aussi convenir aux clercs. 31gT de Ségur, dans l'ouvrage déjà cité, dit :

« Un jeune clerc qui n'aurait pas d'attrait pour « l'Eucharistie ferait difficilement un prêtre ; et un « directeur qui ne comprendrait pas pour les » élèves du sanctuaire l'importance, la nécessité « même de la communion très-fréquente, serait « évidemment un jardinier peu habile ».

Certains clercs qui ont de la peine à se confesser une fois le mois, qui n'ont jamais en main la vie d'un saint, un livre de spiritualité, qui perdent le temps dans les sacristies, sans entendre une messe aux jours ouvrables, qui rougissent de se découvrir la tête dans la rue au son de V Angelus, quelle espèce de prêtres sera-ce ? L'Eglise aura grande raison de pleurer, le jour où ils seront ordonnés in sacris.

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