DE LA PURETÉ DE CONSCIENCE NÉCESSAIRE AU CURÉ
JDe Vexemption du péché mortel,
48o. Nul homme n'est plus malheureux que l'hypocrite, obligé à être constamment attentif à garder un extérieur réglé que réprouvent les affections et les penchants du cœur.
Si le Curé n'a pas le cœur pur du péché, il devra être le plus profond hypocrite, parce que plus que personne, comme Curé, il est obligé à se montrer réglé et pieux, et que personne plus que lui n'est exposé aux regards du peuple et forcé à mener une vie publique.
Un Curé intérieurement mauvais doit être souverainement hypocrite, et par là souverainement malheureux.
L'hypocrisie peut sauvegarder l'honneur de l'homme un temps plus ou moins long, selon la
finesse de sa fourberie et selon les éventualités de la vie; mais on ne peut espérer le sauvegarder toujours. De là, le Curé hypocrite doit tenir pour certain que tôt ou tard il se montrera tel qu'il est, que son honneur sera perdu sans retour, parce qu'une fois connu, bien qu'il se corrige, personne ne voudra croire à sa résipiscence; ce changement lui-même, fùt-il sincère, passerait pour un nouveau trait d'hypocrisie.
486. Il faut encore noter que, parmi les laïques, il y en a quelques-uns qui mènent une vie médiocrement mauvaise, qui tombent par ci par là en quelque désordre, puis, au bout de quelque temps, ils se corrigent, et en rechutant, ils ne s'abandonnent pas totalement à l'iniquité, mais ils se relèvent de nouveau. Au contraire, les prêtres qui ne vivent pas constamment en état de grâce, en particulier les Curés, ne peuvent pas aisément garder cette espèce de médiocrité ; car la célébration quotidienne de la sainte messe et la continuelle administration des sacrements les mettent dans une espèce de nécessité de commettre des sacrilèges qui reproduisent en eux l'effet opéré en Judas ; introivit in eum Satanas. Ce Satan ne les laisse certainement pas dans le milieu, mais il les précipite jusqu'au fond de la perversion.
Il y a donc de quoi frissonner, en voyant le sort d'un Curé qui vit dans le péché. Il commence toutes ses journées par une horrible profanation du corps et du sang de Jésus-Christ et du sacrifice de la croix • tous les matins judicium sibi manducat et bibit. Après plusieurs années de cet aliment, comme il doit être repu de damnation 1
DE LA PRATIQUE DE QUELQTTfîS YERITS. 399
Chaque fois qu'il administre aux autres le corps du Seigneur, il commet un nouveau sacrilège en lui-même ; chaque fois qu'il délie du péché les âmes, il lie sa propre âme d'une nouvelle chaîne ; chaque fois qu'il monte en chaire pour annoncer la parole divine, il entend résonner le terrible : Quare tu enarras justitias meas, et assumis testamentum meum fteros tuum ?(Ps. XLix, 16.) Quand il se précipite ainsi de jour en jour davantage dans un abîme sans fond, irez-vous lui parler de corriger les pécheurs, d'empêcher les scandales, de procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes, d'être le bon pasteur du troupeau de Jésus-Christ? Pauvre troupeau ! Tu as pour gardien un loup. Tant que dure l'hypocrisie, il reste vêtu en berger, mais toujours inspiré de la voracité du loup. Quelle mort devra suivre un semblable genre de vie ? Qui ne pousserait une exclamation à cette réflexion : Vi% inferi domus ejus, pénétrantes in interiora mortisi (Prov., vu, 27.) Oui, le sort d'un Curé qui vit dans le péché fait frissonner.
Plus que tout autre chrétien, et même plus que tout autre prêtre, le Curé doit veiller à vivre toujours et constamment pur du péché. De plus, si un Curé voit que de temps à autre, quoique rarement, il tombe dans le péché, il ne doit pas avoir de repos jusqu'à ce qu'il parvienne à vivre en grâce avec Dieu d'une manière stable, et cela, non-seulement parla raison qui s'applique à tous, qu'il peut être surpris par la mort dans cet état et être éternellement perdu ; mais aussi a cause du danger de devenir plus tard un pécheur invétéré et un nouveau Judas.