‹ Manuel pratique du jeune curéChapitre 50 sur 83 · Il faut ici déplorer la très-funeste persuasion · texte numérisé non relu

Il faut ici déplorer la très-funeste persuasion

OÙ se trouvent quelques-uns qui pensent que quelque chute par faiblesse humaine est presque inévitable. Avec cette persuasion, ils s'y résignent en quelque sorte ; quand ils tombent, ils se repentent et se proposent de ne plus retomber, prévoyant cependant qu'à un mom ent plus ou moins rapproché, ils tomberont de rechef. Ils ont une persuasion abstraite, que l'homme peut toujours éviter le péché, et une autre persuasion pratique, que la faiblesse humaine ne peut réussir à l'éviter toujours. Quelle funeste persuasion, quelle horrible prévision que celle-ci : il ne pourra se faire que je ne retombe dans le péché mortel, à une heure plus ou moins rapprochée, dans un temps un peu plus long ou un peu plus court 1 En attendant, i'àme reste, en un sens, résignée comme à une espèce de nécessité, et la rechute devient par là même très-facile.

Plût à Dieu qu'il n'y en eut pas de ceux-là parmi les ecciésiasiiques ? ii est cepenaant laciie du voir que si l'on ne veut pas donner dans la doctrine hérétique de la nécessité du péché, il faut reconnaître comme dogme de foi, que tout chrétien qui lèvent peut toujours vivre dans i'état de grâce; que s'il tomh:?, même une seule fois dans une vie de cent ans, ce sera parce qu'il l'aura voulu. i\onseulement un ecclésiastique , mais encore tout fidèle à peine instruit médiocrement confessera que la faiblesse humaine est grande et même extrême, tellement que pécher est la chose la plus facile du monde ; mais il reconnaîtra en même temps que cette faiblesse, fortifiée de la grâce divine, devient invincible, et qu'il n'y a pas de

tentation si forte à laquelle il ne puisse résister. Refuserons-nous toujours de croire à l'Apôtre qui assure : fidelis autem Deus est, qui non patietur vos tentari supra id quod potestis ? (I Cor., x, 43.) Humilions-nous , prions , évitons les occasions dangereuses et ne permettons pas que jamais s'affaiblisse en nous la ferme espérance de vivre constamment jusqu'à la mort dans l'amitié de Dieu, et par conséquent toujours exempts de tout péché mortel.

De l'exemption du péché véniel.

488. Cependant le Cui'é ne devra jamais se contenter d'éviter le péché mortel seulement, il faudra également qu'il se propose d'éviter le véniel pleinement consenti , parce que lui-même prêche souvent cette grande vérité, que tomber de propos délibéré dans les péchés véniels est une disposition à tomber dans les péchés mortels, parce que encore lui-même l'exige rigoureusement des âmes pieuses qui fréquentent la sainte communion, et surtout de celles qui communient chaque jour. Or lui célèbre chaque jour la sainte messe, qui est bien plus que la sainte communion.

On ne saurait révoquer en ' doute que, s'il s'agit du péché véniel pleinement consenti, il ne puisse toujours s'éviter comme le péché mortel. Certainement, si l'homme réfléchissait bien à ce qu'il fait, comment trouverait-il plus de difficulté à s'abstenir de dire un mensonge officieux qu'à faire un faux serment, à ne pas voler vingt centimes qu'à voler vingt francs.

Personne ne voudra objecter que cette doctrine soit contraire à l'enseignement du Concile de Trente (Sess. \i, can. 23), qui définit que l'homme ne peut s'abstenir de tous les péchés, même véniels, dans tout le cours de sa vie, sans un privilège spécial de Dieu, parce que là, le Concile parle des péchés véniels avec un consentement non entier, où la faiblesse humaine a une bien plus grande part que la malice humaine. Tous les théologiens et les maîtres de la vie spirituelle sont d'accord là- dessus et enseignent avec saint Alphonse de Liguori : Toutes ces fautes commises les yeux ouverts peuvent bien s'éviter avec la grâce de Dieu, (Pratiq. de l'amour de Jésus-Christ^ c. vni.j

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