SE L'APPLICATION A LA PERFECTION NÉCESSAIRE AU CURÉ
Lb Curé doit être maître de perfectimi.
489. Pour que le Curé soit véritablement bon, ce n'est pas assez qu'il évite soigneusement tout ce qu'il sait offenser Dieu, il doit encore s'efforcer d'avoir l'ensemble de toutes les vertus qui constituent positivement la perfection , et font que l'homme s'étudie à plaire à Dieu en toutes choses, avec le même empressement qu'il met à ne lui déplaire en rien.
Il doit, en effet, être maître de perfection chrétienne, parce qu'il est non-seulement possible qu'il se présente à lui quelque âme qu'il doit conduire dans cette voie, mais que s'il entend les confessions, comme il est de son devoir, souvent il devra en diriger; car partout il y a un certain nombre d'âmes pieuses qui tendent à la perfection dans le service de Dieu.
On dira qu'il n'est pas nécessaire que ces âmes soient dirigées par le Curé qui peut les confier à d'autres directeurs spirituels. Mais cette raison n'est pas recevable pour les paroisses où il ne se trouve pas d'autre confesseur que le Curé, ni pour celles où, quoiqu'il y en ait quelque autre, il n*a cependant pas la capacité nécessaire pour faire un bon directeur spirituel ; or ces paroisses sont trèsnombreuses. D'ailleurs, les paroissiens qui ont toujours le droit de mettre leur propre conscience sous la direction de leur pasteur ne perdent certainement pas ce droit quand ils veulent mener une vie spirituelle et tendre à la perfection. Mais comment sera-t-il possible que le Curé soit maître de perfection, s'il ne tend pas à l'acquérir pour lui, s'il n'en fait aucun cas, et peut-être même, s'il la tourne en ridicule, comme quelques-uns ont coutume de faire, pour plaire à ceux qui la dédaignent ?
Nécessité pour le Curé d'avoir un bon directeur,
490. Il est facile de comprendre combien est blâmable la pratique de ces Curés qui ont coutume de fie confesser au premier venu , et peut-être au
prêtre pour lequel ils ont le moins d'estime. Ils disent ouvertement qu'ils se confessent seulement pour obtenir le bienfait de l'absolution, qui vaut autant donnée par un ignorant et un pécheur que par un savant et un saint. Mais qui ne voit qu'en réalité ils sont si inconsidérés, ou mieux, si orgueilleux, qu'ils ne comprennent pas le besoin d'un guide, d'un maître, d'un médecin qui dirige, instruise et guérisse leur âme : certainement, ils ont besoin d'autre chose que de la simple absolution de leurs péchés.
491. Quand même quelqu'un serait très-savant et très-capable de diriger les autres, il ne devrait jamais se croire assez habile pour se diriger soimême. La divine Providence, pour faire pratiquer la sainte humilité, a réglé que personne ne puisse jamais être son propre guide, maître et médecin, mais que chacun soit sous la dépendance d'aulrui. Celui qui serait assez inconsidéré pour ne pas faire attention à cette vérité, ou assez orgueilleux pour s'imaginer qu'elle n'est pas faite pour lui, aurait par là même grand besoin d'un confesseur ou directeur docte et pieux, qui l'éclairàt sur ses nécessités spirituelles et sur les devoirs du saint ministère.
Le Curé, devant donc tendre à l'acquisition de la perfection chrétienne, devra chercher un directeur docte et pieux pour lui confier sa conscience et son àme., S'il ne peut, comme il arrive souvent, trouver dans le voisinage de la paroisse quelqu'un remarquable par sa science et sa piété, il devra le chercher ailleurs, et au moins, de temps en temps, conférer avec lui sur ses besoins spLntuels. Alors,
l'B LA. PRATIQÏÏE DE QUELQrES YERTUS. 405
pour la confession de ses péchés, il s'adressera au meilleur parmi ses voisins, afin d'avoir la facilité de jouir fréquemment du bienfait de l'absolution. Je dis il s'adressera au meilleur, parce que le confesseur est toujours un médecin, et qu'on cherche toujours le meilleur médecin qu'on puisse trouver. 492. De plus, il importe beaucoup que le confesseur ordinaire soit près, afin de pouvoir recourir à lui fréquemment, et, selon Tusage des plus timorés, tous les huit jours. C'est la fréquence qu'on exige des âmes qui sont admises à la communion quotidienne. Hélas ! il arrive trop souvent que plusieurs ne savent pas exiger d'eux-mêmes ce qu'ils savent exiger des autres. Plusieurs se confessent trop rarement, et peut-être ne sont-ce pas ceux qui ont le plus d'attention à conserver leur conscience pure (1).
(1) Le P. Valny fait remarquer que, sans un examen journalier et sérieux, vous serez à votre mort ce que vous êtes aujourd'hui, sans un vice de moins, ni une vertu de plus. S. Ignace préférait en quelque sorte l'examen à l'oraison elle-même, car ce qu on ne fait que se proposer dans l'oraison doit se pratiquer ensuite dans l'examen. La maladie même qui nous dispense de l'oraison, dit Kodriguez, ne nous dispense ni de l'examen particulier, ni du général. S. Ignace voulait qu'on fît tout son possible pour faire adopter l'examen particulier aux gens du monde. Pendant longtemps, il n'employa à la conduite spirituelle de ses compagnons que l'exercice de l'examen et le fréquent usage des sacrements, disant que, pourvu qu'ils s'acquittassent bien de ces deux choses, c'en était assez pour se maintenir dans la vertu ; ce que S. Ignace ne disait pas assurément pour déprimer l'oraison qu'il estimait infiniment. C'est que l'un et l'autre ne diffèrent guère que dans la forme. Le P. "Valuy ajoute : Les prêtres éviteront de se confesser mutuellement, pour conserver au confesseur la liberté et la confiance au pénitent. Une fois le choix du confesseur bien fait, qu'on n'en change pas sans nécessité. Qu'on se garde des illusions d'une conscience douteuse, et qu'on se tranquillise au plus tôt par Uiie bonne confession. Après une chute, il faut se relever aussi tO', sans découragement ni respect humain ; rien de plus près
Du genre de vie extérieur.
493. La perfection à laquelle doit tendre le Curé, ordinairement parlant, ne doit avoir rien de singulier aux yeux du monde. En effet, parmi tous les ministres de Dieu, c'est lui qui se trouve le plus en contact avec le monde, et il est nécessaire que le monde ne voie rien en lui qui le choque ; d'ailleurs, les vertus qui siéraient bien à un anachorète et à un cénobite ne vont pas au Curo. Les vertus de retraite, de solitude, de silence, un mépris prononcé des choses et des jugements du monde innocents, une austérité extérieure singulière ne vont pas au Curé.
Un Curé affectionné à la retraite et à la solitude ne saurait connaître pleinement les besoins de ses paroissiens, et il vivrait pour lui et non pour son peuple. Pareillement, s'il était si silencieux qu'il évitât de converser avec les personnes, il resterait isolé, empêché en grande partie de porter secours aux âmes. S'il se montrait méprisant trop le monde, même dans ce qui peut lui être passé, et qui n'est pas opposé à l'esprit de l'Evangile, par exemple, s'habiller trop pauvrement, avec des vêtements trop
da désespoir qu'un prêtre coupable, témoin Judas, surtout si ce prêtre est liabitudinaire : Quis vidit clericumcitôpœnitentem? Comme aussi rien de si près du pardon qu'un prêtre vraiment contrit, témoins. Pierre, il faut se garder de la tiédeur; car, disent S. Bernard et S. Bonaventure, ramener à Dieu un gros pécheur est chose facile, mais ramener h la ferveur un piètre tiède ^st chose presque impo»-
(Note du traducteur.)
usés, et, ce qui est pire, sales ; s'il se montrait scrupuleux sur des choses innocentes, admises par tous les bons chrétiens, les personnes s'éloigneraient aisément de lui comme d'un homme étrange, insociable ; bien plus, sa prédication perdrait de sa force, et ses conseils ne seraient ni recherchés ni écoutés.
De même qu'un bon anachorète et un bon cénobite feraient un mauvais père de famille, ainsi lui serait un mauvais Curé. Que si quelquefois les paroisses sont confiées à des cénobites, c'est que, là où ils sont devenus bons Curés, ils ont cessé nécessairement d'être bons cénobites, comme le montre l'expérience.
494. Il y a dans le monde des vertus générales, nécessaires et utiles à tout chrétien, comme la foi, l'espérance, la charité, l'humilité, etc. îi y a en- ?'i:î3 d'autres vertus spéciales, nécessaires et utiles à une certaine classe de personnes seulement, comme sont la solitude, le silence, un genre de vie très-austère ; mais quand on veut généraliser ces vertus-ci, au lieu de la perfection, on n'arrive qu'au désarroi. Des livres ascétiques étant écrits par des religieux, les règles de perfection qui y sont présentées ne sont pas toutes appropriées et convenables aux Curés, pas plus qu'elles ne sont toutes appropriées aux autres états. Soit, pour exemple, le célèbre et jamais assez loué Traité de la perfection du P. Rodriguez, dans sa troisième partie.
49o. Le suprême Pasteur des âmes, Notre-Seigneur Jésus-Christ, doit être le modèle sur lequel les pasteurs inférieurs auront à régler leur vie. Il menait nécessairement une vie très-sainte, cependant
tout ordinaire ; il n'habitait pas le désert, mais les villes ; il conversait avec toutes sortes de gens, même avec les pécheurs, pour les convertir, et il mangeait avec eux ; il ne pratiquait pas (ordinairement) de longs jeûnes, et il n'en exigeait pas de ses disciples. (Matth.,xi, 19 ; ix, 14.) Il avait quelque peu d'argent et il permettait de le conserver pour les besoins journaliers. (Joan., iv, 8 ; xii, 6.)
Avec ce genre de vie ordinaire, il avait accès partout, il pouvait frayer avec toutes sortes de personnes et faire très-facilement du bien à tous ; que le Curé tâche d'en faire de même. Il n'y a pas à douter que le Seigneur ne lui accorde toutes les grâces nécessaires pour que son genre de vie ordinaire puisse être une sainte vie. D^ailleurs, ce serait une grossière erreur de s'imaginer que la sainteté de la vie consiste nécessairement dans un genre de vie extraordinaire (1).
(1) L'auteur n'a que cela sur la tenue extérieure des Curés, sans autres détails. Je rappellerai combien la tenue ecclésiastique française, qui distingue pre sque notre clergé, est à maintenir, surtout pour le port haîDituel de la soutane. Peut-être pourrait-on désirer, chez certains Curés de campagne un peu plus de propreté habituelle, et chez d'autres de ville un peu plus de simplicité. Les accessoires du costume ecclésiastique ont nécessairement une moindre importance que la soutane, et ne sont néanmoins pas à dédai^^ner. Il est regrettable que, tandis que nous tenons si louablement à la soutane, la Trance néglige par trop la tonsure, qui serait cependant plus exigée par le droit canon que la sou.ane elle-même. Aussi les Romains, assez relâchés pour le port habituel de la soutdne, sont-ils trcs-exacts pour la tonsure. Qu'il me soit permis d'attirer l'attention sur ce point important. D. y aussi un accessoire de la tonsure qui nous manque trop souvent, ce sont les dieceux courts. Notre contrée froide nous a habitués à protéger la tête, et nous on sommes venus à cette touffe e'paisse de cheveux par derrière qui couvrent même les oreilles. Cet état de choses a fini par passer en mode, et l'on se croirait ridicule Bans cette chevelure allongée, néanmoins si anticanonique. C'est surtout dans les séminaires qu'il serait à propos d'introduire la