CHAPITRE III
DB LA PRATIQUE DE L'HUiOLITÉ.
§ unique.
496. Le Curé doit pouvoir dire avec Jésus-Christ : ivm quœro gloriam meam. (Joan., vni, 50.) Qu'il ne cherche que la gloire de Dieu, s'il veut réussir à faire quelque bien, car Dieu ne prète pas le concours de sa grâce à la vanité de se faire valoir qui provient de l'orgueil. Si le Curé ne travaille que pour la gloire de Dieu, c'est là un travail vraiment fructueux auquel les bénédictions de Dieu ne sauraient manquer. Ici je veux parler spécialement de l'humilité qu'il doit exercer avec le prochain pour donner bon exemple et attirer les âmes à Jésus-Christ.
497. C'est pourquoi, il se gardera de se vanter de ses bonnes œuvres ei de se glorifier de la réussite de ses bonnes entreprises, et surtout d'abaisser
réforme; car, outre la raison do régularité cléricale, il y a souvent alors le danger do l'affectation dans la chevelure, qui est un triste pronostic dont on ne se rend pas assez compte. Je me rappelle avoir vu à Kome le Cardinal-Vicaire tonsurant un abbé français qui avait la raie bien marquée, sourire de pitié avec le maître des cérémonies. C'est que là, le soin de la chevelure y est presque inconnu dans le clergé et chez les cardinaux eux-mêmes. Les bonzes idolâtres que j'ai vus tête rasée exactement seraient-ils un jour notre condamnation?
La pemique est aussi sujette ik abus parmi nous. Le pape seul pent la permettre à l'autel. (Note du traducteur.)
les autres pour s'élever lui-même. On comprend aisément combien est blâmable la pratique de ceux qui sont toujours préoccupés de rehausser leur introduction dans la paroisse de la fréquentation des sacrements, la cessation des abus qu'ils ont obtenue, les choses dont ils ont pourvu l'église, etc., en faisant surtout ressortir la négligence et l'incapacité de leurs prédécesseurs. Si le Curé fait le bien, les paroissiens ont des yeux pour le voir, et ils savent l'apprécier, sans que lui s'en vante.
498. Pareillement, que le Curé évite le faible de faire remarquer qu'il est assuré de jouir de l'estime de ses paroissiens, à cause de son érudition, de son éloquence, de sa piété ou autre bonne qualité, et encore plus de questionner sur ce qui se dit de lui, afin de jouir de l'approbation et des éloges : Qu'avez-vous entendu dire de mon prôiie ? Comment avez-vous trouvé mon catéchisme ? N'est-ce pas vrai que le nombre de mes auditeurs s'accroît ? Ces légèretés et autres semblables sont relevées comme des traits de vaine gloire, même par les gens simples.
499. Il doit aussi exercer l'humilité avec les méchants et les gens grossiers qu'il rencontre parfois. Certainement que le Curé ne doit pas se montrer ému des impertinences dont ils usent aisément à son égard : ceci ne ferait qu'accroître leur audace. Ainsi, qu'il se montre calme et imperturbable, et qu'il se garde de vouloir disputer avec pareilles gens, en opposant cris à cris, injures à injures ; car ils n'ont rien à perdre sur le point d'honneur ni en dignité, tandis que le Curé a tout à perdre avec eux. Qu'à cause de cela il leur oppose
des raisons pacifiques et calmes ; c'est l'unique
moyen dont on peut attendre quelque bon résultat,
r.ir les auda-^icux, les insolents ne se laissent pas
nere par des paroles piquantes et méprisantes,
indis ils ne font que s'envenimer toujours de plus
en plus. Il est vrai que souvent il faudrait une
ience plus qu'ordinaire pour conserver le
me ; il faut la demander à Dieu et la mettre en
pratique, au moins pour ne pas se laisser aller trop
loin. Quand il les voit de gaieté de cœur s'animer
davantage, qu'il se contente de les congédier et
qu'il se retire de leur présence.
Quand on lui aura dit des injures et fait quelque
tort, quand même il lui serait facile d'en obtenir
justice, qu'il pardonne avec bonté. Si un séculier
demande justice d'une injure, tout le monde dit :
Il a raison d'exiger une réparation: au contraire,
chacun veut que le prêtre pardonne et dit : Il ne
. doit pas y faire attention. C'est ainsi que le monde
j veut que le prêtre imite de plus près la douceur du
I Sauveur.
* oOO. Que le Curé surtout ait soin de se montrer ; humble avec les pauvres et les faibles. Etre humble ' avec les riches et les puissants , ce n'est pas toujours une vraie vertu ; souvent c'est bassesse et t lâcheté. La vraie vertu consiste à s'humilier avec ceux qui, le voulussent-ils, ne pourraient nous nuire.
Que le Curé ne s'imagine pas qu'en s'humiliant avec les pauvres et les petits, il puisse s'avilir; il n'en sera, au contraire, que plus honoré par les personnes sensées, et ceux mêmes qui l'ont offensé, revenus d'un premier mouvement de la passion.
41 il MANUEL PRATIQUE DU JEUNE CURÉ.
reconnaîtront volontiers leur tort et rendront hommage à la douceur du bon pasteur (1).