‹ Manuel pratique du jeune curéChapitre 54 sur 83 · DE LA PRATIQUE DE LA CHASTETÉ · texte numérisé non relu

DE LA PRATIQUE DE LA CHASTETÉ

Périls particuliers que court cette vertu.

506. La chasteté est la vertu dont tout chrétien doit, pour ainsi dire, faire ostentation; car c'est la vertu qu'il ne peut jamais cacher par humilité, et

Chrysostome, telle qu'elle est commentée dans les Obligations des ecclésiastiques, parce que, en notre siècle incrédule, nous l'oublions trop.

« La 7e règle de conduite pour un pasteur, c'est de s'armer de force et de courage pour combattre les démons qui lui feront une guerre mortelle s'il veut faire sa charge et remplir tous les devoirs de son ministère » . (Témoin récent, le grappin du vénéré Curé d'Ars.) Entendons parler S. Jean Chrysostome sur ce sujet. • Il faut qu'un pasteur fasse état de passer toute sa vie dans des combats beaucoup plus dangereux que ceux que les bergers font contre les loups et contre les voleurs. Désirez-vous savoir qui lui fera la guerre ? apprenez-le de S. Paul. Cet Apôtre vous dira que les grands combats ne sont pas Conti'e les hommes de chair et de sang, mais contre les principantét et les puissances, contre les princes des ténèbres de ce monde, contre les esprits de malice répandus dans l'air. Voilà de terribl3s ennemis et des troupes redoutables. Ils sont d'autant plus à craindre, que leur être spiri uel leur sert d'armure toute complète, et qu'ils sont tous aguenis depuis six lùille ans qu'ils teiTassent les hommes, et que ces ennemis ne se contentent pas de perdre les soldats en faisant main basse sur tous, s'ils peuvent; mais qu'ils redoublent contre les capitaines, qui sont les pasteurs, l'effort de leur fui'ie, et ne se donnent aucun repoi q l'ils ne se voient ou victorieux ou vaincus ».

Ce discours de S. Jean Chrysostome doit faire trembler les plus hardis pasteurs. Un s?ul homme, c'est-à-dire un seul Curé avoir à combattre contre des iJgions de démons, et ce combat durer jour et nuit pendant toute sa vie .' Il faut avoir une force de courage qui «oit extraordinaire \ il faut se munir, dit le S. Apôtre, de toutes le

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qu'il doit toujours, comme le prêchait saint Vincent Ferrier, faire resplendir aux yeux du monde. Si ceci est vrai pour tout chrétien, à plus forte raison

armures de Dieu, pour pouvoir résister an jour de la tentation et demeurer ferme, n'ayant rien omis pour se bien défendre. Il faut surtout se servir du bouclier du la foi pour pouvoir repousser et e'teimlre tous les traits enflamme's du malin esprit, invoquant Dieu en esprit et en tout temps par toutes sortes de supplications et de prières, et vous employant, avec une persévérance et une vi-ilance continuelles, à prier pour tous les saints, c'est-a-dire pour tous vos paroissiens qu'il faut sanctifier et sauver.

Les Curés froids on tièdes s'imaginent que ces grands combats contre les démons ne sont que des représentations de théâtre et des fantômes inventés pour effrayer les simples et les idiots ; parce qu'ils n'ont que des yeux de chair, oculi carnei, ils ne sont touchés que de ce qui est charnel et grossier. S'ils avaient les yeux de la foi, ils auraient une peur continuelle de leur état, sachant 'que le démon laisse en paix tous les pasteurs qui ne lui font pas la guerre et qui le laissent jouir en paix du cœur de l'homme. Dxmon eos tentare negliga, quos quieto jure suos esse possidet, dit S. Grégoire. Lorsque le fort armé garde la maison, tout ce qu'il possède est en paix, dit l'Evangile.

Que ces pasteurs tièdes et froids prennent un peu la chaleur du feu du ciel pour sauver touîes les âmes dont ils sont chargés, ilsverront 8i le démon les laissera dans le repos criminel dont ils avaient joui. Ce que le Fils de Dieu a dit une fois à ses Apôtres, il l'a dit pour tous les bons pasteurs: Simon, Simon, Satan vous a demandés pour vous cribler comme on crible le froment ; c'est Jésus-Christ qui parle. Satan a commencé par lui; voyez comme il l'attaque dans le désert. S. Luc dit : Le diable ayant achevé toutes ses tentations, se retira de lui pour un temps ; il revint pour la passion. Voyez ce qu'il a fait contre les Apôtres. N'est-il pas surprenant que S. Paul écrive à ceux de Thessalonique : J'ai eu dessein vlus d'une fois d'aller voiu trouver, mais Satan nous en a empêché ?

Comment peut-on s'imaginer que le démon laisse en paix aucun saint pasteur, après qu'il a osé attaquer Jésus-Christ même et se» Apôtres ? Que cette fausse persuasion damne de pasteurs ! Il faut que ces pasteurs ne lisent pas du tout l'Ecriture sainte, laquelle leur aurait appris que le Dragon, ayant tâché d'engloutir la femme qui avait mis au monde l'entant mâle, est venu faire la guerre à ses autres enfants qui gardent les commandements de Dieu et qui demeurent fermes dans la confession de Jésus-Christ.

Il ne faut que lire la vie de tous les saints pasteurs, vous n'en trouverez aucun auquel le démon n'ait fait une guerre cruelle. Cela

LE LA PILiTIQUE DE Cti^Lgct... Xi^iM.o. 421

pour le prêtre de Jésus-Christ, pour le pasteur des âmes.

Ici on ne veut pas parler du prix intrinsèque de cette vertu, mais des attentions qui sont nécessaires au Curé pour pouvoir la conserver et servir véritablement de modèle à tout son peuple.

o07. D'abord il doit penser aux périls particuliers de chute qu'il court bien plus que les autres prêtres ; car, plus que les autres prêtres, il est obligé d'aller fréquemment dans les maisons des séculiers, de s'entretenir avec toutes sortes de personnes, de les recevoir chez lui, de parler avec elles seul à seul, et de traiter de toutes sortes de choses selon les besoins de leurs âmes. C'est pour cela qu'il n'y a pas , si on le considère de près, de ministère ecclésiastique qui présente plus de périls dans l'étendue de son office que la charge de Curé. ^

est si véritable que Notre-Seigneur Jésus-Christ a donné pour marque d un faux pasteur, d'être béni de tout Je monde: ZLH vous, lorsque tous les hommes diront du bien de vous; carfestcea^

8 étonner de cela. Les pasteurs sont établis pour ruiner l'emnire

qui aime le'sl'uf f. '°°* '' ^'^"^"^'^ ^^^°^«' «" ^«^^^^^^^' °° Curé Plus ^trlv ;, ' paroissiens doit faire beaucoup de réflexions.

susciteront d-' '" '^" '^'^^ '^^ '^ P^^°^^^«' P^^^^ '« ^ ^^'°^ons S qïun Curi '! "''• "^'"^ ^^""« ''^ '^^'^«^ ^"^ «-"' trêve. Il faut Lrn îr "^°^"^aa^annes spirituelles d'une prière fervente pour obtenir les grâces. Il y a trois sortes de Curés qui se mènent peu en pe.ne de ces combats; ils demandent quartier devance Les

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(Note du traducteur.) Man. du J. Curé. 24

H suit de là, d'abord, qu'il est indispensable qu'il soit doué d'une vertu de chasteté à toute épreuve. Un prêtre qui connaît par expérience sa propre faiblesse ne pourrait sans présomption exercer le simple office de confesseur des femmes et encore moins l'office de Curé, à cause de tant d'autres occasions inévitables qui se présentent d'ellesmêmes. Un prêtre donc qui connaît sa propre faiblesse ne devrait jamais rechercher, ni même accepter une cure paroissiale. On dit : S'il connaît pai' expérience, c'est-à-dire par ses propres chutes ; car s'il connaissait sa propre faiblesse par sentiment d'humilité, qu'il serait heureux ! On n'aurait plus rien à lui recommander, que de s'efforcer de croître toujours de plus en plus et de se perfectionner dans cette connaissance, et que, mettant sa confiance en Dieu , il exerçât le ministère pastoral en toute assurance.

508. Mais que prescrire à celui qui est déjà Curé, et qui a fait de temps en temps l'expérience de sa propre faiblesse ? Ou qu'il s'amende sincèrement, ou au moins qu'il renonce à sa cure. Il n'est pas douteux que, s'il le veut, il pourra s'amender ; qu'il fasse les exercices spirituels dans quelque sainte retraite, qu'il se mette entre les mains d'un directeur pieux et éclairé et qu'il lui obéisse scrupuleusement en tout ce qu'il lui ordonnera et conseillera, et par là il vivra infailliblement chaste, à l'avenir.

A la vérité, il est rare et très-rare qu'un prêtre souillé de cette poix parvienne à s'en détacher, ce qui provient de ce qu'il est rare et très-rare que quelqu'un de ceux qui sont dans ce cas se mette à

l'œuvre de son amendement avec cette résolution de volonté nécessaire pour employer tous les moyens indisponsables à cette fin. La froideur avec laquelle certains malheureux prêtres essaient parfois leur amendement est décourageante ; de là, quoi d'étonnant qu'ils retombent de nouveau ? S'ils comprenaient combien leur état est épouvantable, ils se mettraient sérieusement à l'œuvre de leur réforme, et, en pratiquant les trois choses prescrites plus haut, la grâce de Dieu triompherait totalement d'eux.

Avis généraux.

509. Supposé que le Curé ait la chasteté, il doit user de toutes les attentions convenables pour la garder. Les principales précautions à observer regardent le confessionnal avec les femmes ; mais nous en avons parlé, en traitant de l'administration du sacrement de Pénitence, au § 5. Les choses qui y sont notées sont courtes, mais elles sont d'une souveraine importance et à relire attentivement.

olO. Le Curé doit observ^er plusieurs précautions, lorsqu'il parle avec les femmes pour quelque motif que ce soit. La première, c'est d'éviter, autant que possible, de parler seul à seul, et quand ce n'est pas possible, comme il arrive souvent, c'est de leur parler en un lieu accessible aux autres personnes, comme serait dans la sacristie, ou dans une allée quelconque conduisant à l'église. Devant leur parler au presbytère, si ce sont des femmes de basse condition qui ne regardent pas aux bienséances, il préférera leur parler à la salle d'entrée:

s'il avait à les introduire à la salle de réception, il laisserait toujours la porte entièrement ouverte. Ces précautions sont d'autant plus à garder scrupuleusement que les femmes sont plus jeunes et plus avenantes.

De plus, quand il converse avec elles, qu'il veille d'abord à ne pas s'approcher trop près d'elles, et à s'en éloigner si, par défaut de civilité ou de respect, elles s^approcliaient trop près. Quel mauvais effet produit un prêtre qu'on voit causer avec une femme dans un rapprochement tel que deux sœurs se communiquant un secret n'en feraient pas davantage ? Chez quelques-uns, c'est une imprudence habituelle bien grande, pour ne rien dire de plus...

511. Qu'il ait attention, en second lieu, à ne pas les fixer en face, mais à leur parler les yeux baissés ou tournés ailleurs. En agir autrement fait un très-mauvais effet ; et cependant, chez plusieurs, c'est chose habituelle de parler aux femmes en les fixant, comme on fixe les objets les plus indifTérents.

512. Qu'il prenne garde, en troisième lieu, à ne pas plaisanter ni sourire, mais qu'il parle sérieusement et respectueusement. Je dis respectueusement, parce que le prêtre doit respecter de telles créatures, s'il veut se respecter lui-même, comme il convient; or, plaisanter et sourire ne sont pas une marque de respect, mais bien de familiarité. Par ce motif, les femmes doivent être respectées, de quelque condition qu'elles soient, fût-ce de la plus basse. Je dis cela, bien que plaisanter et sourire ainsi fussent la chose la plus innocente du monde , puisque si, dans cette plaisanterie et ce sourire, il y avait

quelque allusion ou sens moins honnête, ce serait une faute trop claire et trop repoussante.

513. Enfin, il se gardera de prolonger la conversation sans nécessité. Il est à noter (que serviraitil de se faire illusion en voulant en douter ?) qu'il y a entre l'homme et la femme une attraction si puissante que la réunion des deux, la plus simple, plaît toujours et ne fatigue jamais ; d'où il arrive que, sans s'en apercevoir, ils prolongent leurs entretiens bien plus qu'il n'est nécessaire ; cependant on ne peut nier que cette superfluité de paroles n'entraîne quelque péril. On doit porter cette attention jusqu'au confessionnal, comme il a été dit ; car là le démon, plus facilement qu'ailleurs, joue et trompe ceux qui sont trop imprévoyants.

On ne prétend pas par là que le Curé doive se faire scrupule de parler aux femmes ; son ministère exige qu'il leur parle aussi fréquemment qu'aux hommes, et même plus, comme cela se voit dans la pratique, puisque ce sont les femmes qui, de préférence, recourent au Curé dans les affaires des familles. Nous avons déjà dit que ce serait une exagération de prendre à la rigueur des termes le sermo brevis et durus (n^ 95) que Jésus -Christ ne pratiqua pas avec Madeleine, avec la Samaritaine, avec l'adultère, mais uniquement avec la chananéenne, pour éprouver sa foi ; qui ne fut pas non plus suivi par saint Philippe de Néri, saint Fraut^ois de Sales, saint Vincent de Paul, etc. Et certainement le Curé est le père de toutes les âmes, soit des hommes, soit des femmes ; or, un père qui parlerait toujours d'un ton rigide et bref 4 ses enfants, ne pourrait gagner leur confiance ni

les bien élever. Il y a une grande différence entre parler bonnement et charitablement, comme le faisaient Jésus-Christ et les saints, et parler oiseusement et trop longuement.

514. Ces avis sont d'une grande importance, nonseulement pour le Curé, mais encore pour les femmes, en particulier pour quelques-unes d'entre elles qui, excessivement sensibles, éprouvent facilement des impressions dangereuses. Ils sont encore d'une grande importance pour l'édification du peuple qui a sans cesse les yeux grand ouverts sur son Curé et observe en lui les choses les plus minimes , y compris celles auxquelles personne ne fait attention dans les séculiers.

Précautions à prendre dans les maisons des séculiers^ spécialement dans l'assistance des femmes malades.

515. Quand le Curé va dans les maisons pour leur bénédiction, ou pour l'assistance des malades, ou pour tout autre motif, il doit employer des précautions particulières. Il doit se présenter poliment, mais toujours avec une grande réserve à regard des femmes, s'abstenant absolument de facéties et de ris. S'il accomplit son devoir avec une modestie sérieuse, il s'attirera et s'assurera le respect des familles.

Il sera bien qu'il s'abstienne de prendre la main des petites filles et de leur mettre les mains sur la tête; à plus forte raison de les prendre dans ses bras ou de les caresser d'une autre manière. Ce sont des choses inconvenantes à la gravité que doit montrer

le Curé, et puis... etpuis... ne pourrait-il pas arriver, dans ces cas, que Qui tetigerit picem, inquinabitur ah eâ ? (Eccl., xiii. i.) Un peu plus ou un peu moins gluant, tout cela me parait de la poix qui peut salir. 316. Il devra ensuite avoir soin de ne pas faire de visites inutiles, ni d'engager de conversations lutiles la où 11 y a des femmes. Les Curés qui travaillent assidûment et avec zèle au salut des âmes ne trouvent pas de temps pour les visites inutiles ou pour prolonger les conversations ; que de fois faute de temps, ils sont forcés de manquer aux convenances reçues !

Comment se fait-il, au contraire, que quelquesuns soient toujours en visites et perdent, presque chaque jour, des heures en conversations ? Peuton supposer qu'ils travaillent, prient, étudient autant qu'il est convenable, pour ne pas dire nécessaire ? On est forcé de croire que s'ils faisaient tout cela. Ils ne trouveraient pas tant de temps à perdre.

517. Ce serait un moindre mal, si leurs visites et leurs longues causeries se faisaient dans des familles où il n'y aurait que de vieilles gens ou des hommes seulement ; mais le pire, c'est que ces visites se font à de jeunes dames, ou au moins à des femmes d'un âge peu mûr, et que leurs conversations se tiennent avec des femmes et des filles habillardes. Ils diront que ce sont des personnes pieuses et bien élevées : soit ; cependant cette inu tile Ircquentation et ces conversations avec de telles personnes sont toujours périlleuses.

Il serait très-avantageux que nous nous persuadassions bien que, quand nous conversons et

traitons avec ces personnes par devoir du ministère, le Seigneur nous environne du bouclier de sa protection, et que, pourvu que nous usions des précautions voulues, pas même le feu ardent de la fournaise de Babylone ne pourrait brûler un da nos cheveux ; qu'au contraire, quand nous conversons et traitons oiseusement avec elles, ou par le motif d'un futile prétexte qui ne manque jamais, nous ne pouvons pas nous promettre cette défense, et qu'une étincelle inaperçue qui nous touche peut nous faire flamber comme des étoupes (1).

(1) La chnte de plusieurs Clercs, même du premier ordre, qui avaient eu assez de foi pour opérer des miracles, assez de force pour endurer les tortures du martyre auxquelles ils survécurent, mais qui auccombèrent misérablement aux assauts des séductions charnelles, et dont S. Cyprien raconte la catastrophe, est terrible. » Mentiov si 0 non videmus exinde interitus plurimorum... post confession um

• victoriarumque calcata certamina, post magnalia et signa vel mi- « rabUia usquequaque monstrata, noscuntur cum his omnibus nau- « fragasse, cum volunt navi fragili navigare. Quantos leones domuit « una muliebris infirmitas delicata, qu3e cum sit vilis et misera de u magnis efficit prîedam ! » L'observation qui est faite ici pour ceux qui ne veulent pas s'instruire aux dépens d'autrui, est remarquable : « Sed liaec est semper incredulitas humanae duritias, ut non golum audiendo, sed etiam videndo, non credat alios interiisse, nisl

• et seipsam viderit interire ». (Baron, ad annum 253.)

Tout le monde sait que la jeunesse est l'âge des passions et que l'inexpérience expose alors doublement ; mais ' on paraît trop souvent ignorer que le retour de l'âge n'est pas exempt lui-même des orages des passions. C'est pourquoi je tiens à con Jgner ici l'importante remarque pratique du P. "Valuy {Manuel du prêtre en retraite^ 8« p., retraite de Mai, 3» exercice) : « Je ne suis plus jeune, dites- « vous. Ignorez-vous donc que l'âge de retour pour le prêtre est l'âge « des tentations violentes, et, comme l'atteste la statistique des dio- « cises, l'âge des lamentables chutes et des grands scandales ; qu'à « cette époque de la vie, il y a trop souvent diminution de ferveur « présomption, laisser-aller, besoin pour le cœur de s'attacher « moins d'énergie dans la volonté, résistance plus forte de la chair ;

• que le démon, parfaitement renseigné sur notre compte, résume « ses expériences a ce moment critique et pour ainsi dire décisif, efc

• par un dernier assaut, ayant l'estinction complète de nos sens,

DE lA PhATIQUE DE QUELQUES VERTUS. 42&

518. Ensuite, quand Je Curé, dans l'assistance des Tommes malades, doit rester seul dans la chambre pour entendre leur confession, qu'il laisse toujours la porte ouverte, et qu'en s'asseyant près d'elles, ii se tienne à une distance convenable, surtout qu'il évite de leur parler face à face. Qu'il ait ces ■ntions pour lui , qu'il les ait aussi à cause ilcs, et pour l'édification qu'on attend de lui. Qu'il ne rende aucun service à la malade, comme serait de lui présenter à boire, de lui relever la tète, et, ce qui serait pire, de lui essuyerla sueur; qu'il laisse ces soins aux personnes qui la gardent! Il ne se permettra aucune liberté avec elle, quoique cela lui paraisse charitable

Egalement, à moins que ce ne soit nécessaire pour connaître le danger, afin de donner l'Extrème- Onction ou l'indulgence à l'article delà mort, etc., qu'il ne lui tàte pas le pouls, spécialement si elle est jeune : il n'y a ordinairement aucune utilité, et en cette matière, il faut s'abstenir de tout ce qui est inutile. On excepte le cas où la malade prierait le Curé de vouloir bien lui tâter le pouls ; ce ne serait )as bien de refuser une chose si simple et désirée le lui ; ce ne serait pas alors une chose inutile, [uoiqu'elle ne fût pas nécessaire.

s'efforce de venger tous ses défaites passées ou de couronner toutes ses victoires? . Nec in prseterita 'castitate confidas. Nec David inctior, nec Salomry.iepotes esse sapientior. {S.RieTony. adNepotian.; •avià a terrassé un géant dardé de fer, plût à Dieu qu'il se fût suronte lui-même ! Samson avait étouffé le lion, rompu les chaînes, ■cendié les moissons, et l'amour l'a lui-viême garrotté et consumé, alomon bâtit un temple au Seigneur; eh! que na-t-il conservé pur ' temple de son corps/ (S. Ambr., Apol. David.)

(Nate du iraducteur.J

430 l-<ci:l tratique du jeune cure.

Lorsqu'il sait que le médecin veut interrog^er la malade sur certaines matières, qu'il se retire, et encore plus, s'il était question de la visiter, même d'une manière nullement indécente, en présence d'un ecclésiastique.

519. Qu'il ne se laisse baiser la main ni parla malade, ni par d'autres femmes. C'est, il est vrai, une marque de respect ; toutefois on voit que cela ne plaisait pas à saint Alphonse de Liguori, et cela peut s'omettre prudemment. Sur l'autorité de ce saint, je louerais le Curé qui se proposerait de supprimer pareil usage où il existe. En vérité, je ne sais à qui il pourrait paraître convenable qu'une jeune femme prit la main du Curé et l'approchât de sa bouche pour la baiser. C'est à peine si cela pourrait se tolérer avec les vieilles femmes ; mais pour ne pas faire de distinctions et pour abolir cet usage, je ne voudrais permettre cela à aucune femme.

Avis sur les parentes habitant la Cure.

520. Avant tout, le Curé aura soin de ne pas garder à la maison des personnes qui pourraient être dangereuses pour ses mœurs ou même seulement pour sa réputation ; également, que de semblables personnes ne fréquentent pas la cure par motifs de services ou de travaux.

Le Curé peut garder avec lui sa mère et ses sœurs, pourvu qu'elles soient bien rangées ; car, autrement, elles lui feraient un grand déshonneur, et pour rien au monde, pas même par respect pour la première et par charité pour les secondes, il ne

devrait les loger. Supposé donc qu'elles soient convenables, il peut habiter avec elles. Souvent ce sera utile qu'il les ait au presbytère pour le bien qu'elles peuvent faire auprès des personnes de leur sexe ; car si elles sont vraiment pieuses, elles peuvent aider beaucoup pour exciter les autres femmes et filles à la piété. Cependant il devra veiller à ce que, même par motif de piété, il n'y ait pas concours de femmes et de filles au presbytère. La mère et les sœurs du Curé devront donc les accueillir avec une certaine réserve, ou mieux cultiver leur esprit dans quelque lieu de réunion en dehors du presb^lère. C'est le danger de ce concours de femmes et de filles qui faisait désii-er à saint Augustin que les ecclésiastiques ne cohabitr.j.at même pas avec leurs plus proches parentes.

521. Excepté la mère et les sœurs, et encore quelques vieilles tantes, le Curé ne prendra à la cure aucune autre parente, à moins d'un cas réel de nécessité. Les belles-sœurs, les cousines, les nièces, sont au moins de quelque danger pour la réputation du Curé, comme ne peut l'ignorer celui qui a une iongue expérience de la vie.

Cependant il peut survenir d'impérieuses circonstances de famille qui obligent le Curé à prendre chez lui quelqu'une de celles-là. Dans ce cas, il doit faire attention à plusieurs choses. La première, que ce soit une personne d'une conduite sage et réglée; car, autrement, il n'y aurait pas de nécessité qui put autoriser le Curé à la recueillir chez lui. En l'accueillant, il ne pourrait s'excuser et dire qu'il la reçue pour essayer de la ramener ou

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pour empêcher qu'elle n'achevât de se pervertir Car, avant tout, il faut que le Curé se sauve luimôme et sauvegarde sa réputation. S'il peut contribuer à Tamendement de cette parente, qu'il le fasse ailleurs a.vec tout le zèle possible, mais que jamais il n'introduise le scandale et le déshonneur dans la cure. C'est à grand'peine qu'il pourrait la recueillir dans un cas de nécessité incontestable, avons-nous dit, après des preuves de pénitence publiques et longues, de manière à n'avoir raisonnablement plus rien à craindre d'elle, de peur que le peuple n'ait sujet d'en murmurer.

522. La seconde attention du Curé sera que cette parente mène une vie pieuse et dévote, et qu'ainsi elle soit vraiment édifiante pour la paroisse. Ensuite, il ne devrait pas souffrir qu'elle s'habillât avec recherche et comme les femmes mondaines ; il devrait même exiger qu'elle fût vêtue gravement et simplement, qu'elle fréquentât les sacrements, et qu'elle prit part aux bonnes œuvres et pratiques établies dans la paroisse. De cette manière, elle pourrait encore faire beaucoup de bien dans la population, comme cela a déjà été observé, au sujet de la mère et des sœurs du Curé.

523. La troisième attention est qu'il se défie de lui-même pour ne pas traiter familièrement avec elle qu'il prenne, au contraire, toutes les précautions voulues pour empêcher qu'il ne se développe quelque aîiection réciproque qui, comme il est évident, pourrait devenir funeste. Le Curé doit plus craindre delle que de toute autre, car il n'y a pas de comparaison entre le danger que produit une personne avec laquelle on habite continuellement, et

celui qui vient d'une autre qui demeure au dehors.

524. Le danger est très-grand, si elle est jeune, attrayante et d'un bon naturel. Combien peut être fatal un caractère gracieux, docile et doux! Rien de plus facile qu'une affection honnête dans son principe vienne à séduire le cœur, qu'en conséquence on aime la compagnie et l'entretien de cette personne, et qu'enfin le cœur se trouve captivé, l'esprit préoccupé, l'imagination échauffée, et que, presque sans s'en apercevoir, le pauvre ecclésiastique se trouve englué misérablement.

Si jamais il arrivait une chute, quel terrible malheur ! Si l'on en jugeait par ce qui se passe ordinairement, ce serait fmi pour toujours, il ne se relèverait plus, sinon rarement, pour retomber ensuite plus bas que la première fois. Dans ce cas, il n'y aurait d'autre moyen de salut, avec probabilité de réussite, que l'éloignement de la personne séduite. Et cet unique moyen devrait être appliqué à quelque prix que ce fût. Mais, hélas ! ce moyen, toujours indispensable, ne se prend jamais dans la pratique, sous différents prétextes. Le Curé dit que, mise à la porte, elle ne saurait que devenir, qu'on exciterait la surprise, qu'on ferait supposer ce qui existe malheureusement, qu'en conséquence la séparation est impossible ; enfin, quoique ce malheureux se fût toujours leurré d'une conversion future, sa ruine serait irréparable.

525. Que le Curé donc qui devrait vivre avec elle, avant que quelque malheur n'arrive, qui, de fait, serait irrémédiable, veille attentivement sur luimême, qu'il garde ses yeux, qu'il fuie les conversations inutiles, qu'il se préserve souverainement

Man. du J. Curé. 25

de toute familiarité, en un mot, qu'il redoute plus cette créature que toute autre. Il ne devrait jamais laisser cette crainte s'affaiblir en lui, quoique la personne fût très-pieuse et timorée, et qu'il la supposât invincible à toute séduction. Le démon, ne réussissant pas à attirer aux actions mauvaises, se contente de faire consentir aux pensées, pour lesquelles il n'y a pas besoin de correspondance réciproque.

Avis sur la domestique et sur les autres femmes de service à la cure (1).

526. La domestique peut être un écueil très-dangereux pour le pauvre Curé, surtout s'il vit seul, sans avoir avec lui aucun parent, ou un autre prêtre.

(1) Voici les avis de Mgr Sailer touchant les domestiques : n faut être prudent dans le choix de son personnel, tenir à avoir des gens de bonne réputation, craignant Dieu, aptes et adonnés au travail, fidèles, ayant de l'ordre et de la bonté, sachant agir sans surveillance, édifiants, sans loquacité, ni paresse, ni attache a una vie sensuelle, sans lesinerie, sans bigoterie. Les conséquences de l'oisiveté et du bien-être conduisent au désir du mariage. De là, tentation de séduire le Curé pour s'en emparer, ainsi que de son hériritage ; tout au moins le prcibytère s'ouvre au galant, et la réputation du Curé se trouve compromise, si même il n'est soupçonné de rapports intimes avec la domestique, ou calomnié sciemment par elle. Celui qui se décharge entièrement des affaires domestiques sur la servante, pour ne s'occuper que du spirituel, deviendra esclave de la servante. D'un autre côté, jamais de prédominance économique sur l'esprit apostolique.

S'il faut .veiller a ce que le luxe ne s'introduise pas dans la paroisse, encore moins conviendrait-il au presbytère. Pour éviter le danger de familiarité avec les paroissiens, les domestiques, autant que possible, ne seront pas de la localité et éviteront les liaisons et rapports inutiles. Il importe que le presbytère soit le modèle des familles, et qu'ainsi, au moins le soir, la prière s'y fasse en commun avec lecture, que les domestiques fréquentent les sacrements, etc. S'il y a plusieurs domestiques, l'eniretien de la concorde préoccu-

DE LA PRATIQUE DE WELQUES YERTUS. 43S

n serait vraiment bien à désirer que les Curés eussent à leur service un homme plutôt qu'une femme

pera. S'il y avait nécessité d'avoir ^ la fols serviteur et servante, il faut }' regarder de près, surtout pour lâge et la probité du domestique, et le surveiller. Sans la surveillance, les meilleurs domestiques sont exposés à s© déranger ; que le Curé se rappelle bien le mot de S. Jérôme : Solemus mala domus nostrse scire novissimi, oc liberorum et conjugum vida, vicinis canentibus, ignorare. Du reste, que le Curé se comporte toujours envers les domestiques en bon père de famille, surtout en maladie, sans jamais de familiarité. Le changement de domestique, nuit au ménage et mal édifie. Le mieux est de reprendre et d'amender en toute patience. Le Curé veillera tellement sur lui-même que, en cas de renvoi des domestiques, ils ne puissent le diffamer. S'ils songent à se marier, le mieux est de les remplacer à temps.

L'accueil des étrangers et des paroissiens leur sera recommandé, ainsi que la discrétion avec eux. Cette discrétion étant difficile, U faut tenir les domestiques totalement étrangers aux affaires des paroissiens, et pour cela s'observer de toutes manières avec eux. La domestique aura les mêmes égards pour le Vicaire que pour le Curé.

n y en aurait long à dire sur ce chapitre, au point que l'auteur de l'excellent livre Des obligation des Ecclésiastiques^ souvent réédité, dirait il y a deux cents ans :

« J ai eu une servante six mois, choisie avec tous les soins possi- « blés de mes amis, laquelle m'a appris... que six mois dans l'escla-

• vage de cette prétendue nécessité sont plus fâcheux à un véritable ■ Curé que six ans libres de ce fardeau... Je soutiens a qui que ce « soit qu'il n'y a point ou peu de servantes de prêtres qui ne lui « soit plus désavantageuse que profitable et qui ne lui dépense 30 sols « pour lui en gagner 20 : elle blanchira Monsieur, U est vrai, mais

• en noircissant sa réputation ; car plus elle témoignera lui être

• affectioimée, plus elle donnera sujet de mal parler, etc., etc. ■ (II p., art. 17.)

Aussi le grand réformateur S. Charles Borromée, dans son premier Concile de Milan, en 15G5, défendit- il, dans les dix-huit diocèses de sa province, qu'ancun Ecclésiastique habitât chez lui avec une femme, même parente, excepté le cas d'urgente nécessité, oii l'Evêque, dont la conscience restait gravement chargée, l'aurait autorisé. (De clericor. xdib.j II tirait la raison d'une discipline si sévère de la nécessité o'u sont les Ecclésiasiques, non-seulemeat d'éviter le mal, mais aussi de fuir tout soupçon du mal, dans la crainte de donner à quelqu'un tin sujet de scandale. Cette discipline est passée de mode : puisse aasai le péché être tombé en désuétadel (Note du traducteur.')

436 MANUEL PRATIQUE I)U JEUiYE CUPJÉ.

quelconque ; mais il faut reconnaître que, dans la pratique, il se trouve là tant de difficultés qu'on ne peut généralement les surmonter. Un homme ne se contente jamais des gages dont se contente une femme, il ne sait faire aucun de ces travaux d'aiguille , indispensables cependant, môme dans la maison du Curé ; il ne sait pas davantage tenir en ordre le vestiaire, le moMier ni la lingerie; c'est à peine si le Curé pourrait s'en servir pour préparer le manger, et encore moins économiquement, et pour faire balayer la maison moins bien qu'il ne l'obtiendrait d'une domestique médiocre; il devrait aussi dépenser beaucoup pour tous les services de ménage qui exigent la main de la femme. Il est donc nécessaire de permettre aux Curés d'avoir à leur service une domestique. C'est aussi la pratique de tous les bons Curés qu'on ne saurait condamner sans un zèle évidemment exagéré.

527. Le Curé, devant donc avoir à son service une domestique, aura attention, surtout s'il vit seul, que ce soit une veuve, ou une fille déjà âgée, et telle qu'il n'y ait pas de danger probable pour lui-même et qu'elle ne puisse éveiller de soupçons, ni faire jaser parmi la population.

Je dis veuve ou fille, pour exclure toute femme mariée, qu'elle vive ou ne vive pas avec son mari. Dans le premier cas, l'inconvenance et le scandale sont trop évidents, à moins qu'elle ne soit tellement vieille qu'elle éloigne tout soupçon: dans le second cas, il serait à craindre que le mari ne dénigrât le Curé.

Je dis aussi déjà âgée. En effet, que penser de ces Curés qui prennent à leur service des filles de vingt

ans, de vingt-quatre ans, qui ne sont pas sans bonne grâce, ni sans charmes, qui ne craignent pas d'habiter seuls avec elles, et qui par surcroit les confessent ? Serait-il téméraire de penser mal d'eux ? Il parait que non ; car évidemment ils agissent contre les règles de la prudence chrétienne et contre les prescriptions des saints canons ; à cause de cela, ils ne peuvent être que des imprudents, sans crainte de Dieu. Or, allez-vous imaginer qu'un imprudent ayant peu de crainte de Dieu vive chastem.ent avec une jeune femme dans sa maison, où jour et nuit il peut converser avec elle à la bonne, sans être vu d'aucun œil humain?

Nous Curés, nous dissuadons toujours les jeunes femmes de se mertre au service d'un homme seul, surtout s'il n'est pas vieux ; sera-t-il jamais convenable que nous fassions une exception en notre faveur?

528. Nous avons déjà dit combien il serait désirable que le Curé ne vécût pas seul avec la domestique, bien qu'elle soit sage, timorée et d'un âge convenable (n» 173). S'il est forcé à vivre seul avec elle, qu'il se garde souverainement de contracter avec elle quelque intimité et familiarité, qui se produit tout naturellement dans la vie solitaire prolongée entre homme et femme qui ne sont pas proches parents ; intimité et familiarité qui vont plus loin que l'amitié et la fraternité, qui sous le couvert de la charité et de la nécessité justifient certaines libertés réciproques, qui, quoique non absolument mauvaises en elles-mêmes, sont cependant tout à fait inconvenantes et peu respectueuses ; intimité et familiarité qui se rapprochent en partie

des liaisons qui ne sont pas de leur état. Ils éprouvent alors tous deux un remords vague qui ne les laisse pas entièrement tranquilles, mais ils l'étouifent de jour en jour, en se leurrant qu'ils ne tont rien de mal, rien qui ne puisse se justifier par la charité, la nécessité, étant obligés, seuls dans une maison, de s'aider mutuellement. Néanmoins le remords n'est jamais suffisamment calmé, et il laisse entendre à tous les deux, quand même ils ne le veulent pas, qu'il y a dans leur fait quelque chose de répréhensible. Que le Curé fasse donc attention à ne jamais permettre, pour aucune raison ou prétexte plus ou moins excusable , qu'il se forme entre eux quelque intimité et familiarité, qui d'un moment à l'autre peut excéder, et qui, encore qu'elle n'excédàtpas, entraîne toutes sortes d'inconvénients ; elle gâte le cœur et ternit l'éclat de la chasteté ecclésiastique. Cet avis sied bien, même à ceux qui, tout en craignant Dieu, se fient quelque peu à eux-mêmes.

529. Mais si le Curé a avec lui des personnes, parents ou autres, de manière à n'être pas seul, pourra-t-il gardera son service des jeunes filles? Ceci est à désapprouver dans tous les cas: car, quoique le danger soit moindre, il ne laisse pas que d'être considérable, avec probabilité d'exciter la satyre de la population. Nous avons fait observer plus haut que le Curé, dans le cas d'une vraie nécessité, pouvait retenir avec lui, moyennant les précautions indiquées là, quelque parente encore jeune ; mais quelle nécessité peut-on imaginer qui force le Curé à avoir dans sa maison une jeune domestique ? Celle-ci pourra toujours gagner son

DE lA PRATIQUE DE QTJELQUES VERTUS. 439

pain ailleurs, et lui pourra toujours trouver une domestique d'un âge convenable. Donc, il faut toujours désapprouver sans exception que le Curé garde à son service une domestique encore jeune.

530. Si la domestique prend au presbytère des airs de commandement et s'ingère dans les choses de la paroisse, de manière à paraître avoir toute la confiance du Curé, cela peut aussi nuire à la réputation du Curé qui le permet, et même faire naître le soupçon qu'il y a entre eux une affection outrée.

Que le Curé commande , que le Curé traite des affaires de la paroisse, et que la domestique obéisse, veille sur la cuisine, à la propreté de la maison, etc. Que le Curé ne craigne pas par ce procédé de pécher par orgueil et de manquer de charité. L'humilité veut que le Curé soit assujetti à ses supérieurs, non à la domestique ; la charité veut que les supérieurs maintiennent les inférieurs dans l'humilité et la soumission. L'amitié naturelle, et surtout l'amour sensuel, produisent la familiarité entre ceux qui s'aiment ; mais la charité produit le respect et observe tous les égards dus.

531. Finalement, que le Curé évite de contracter des obligations envers la domestique, se faisant servir sans gages, et promettant de reconnaître ses services à sa mort, en la faisant légataire universelle, ou d'une partie très-considérable de son patrimoine. Si le Curé meurt intestat, voilà la pauvre fille sans ressource. S'il fait un testament, les malédictions des parents et les conjectures sinistres pleuvent sur la tête du défunt et de l'héritière.

Il y a encore un autre danger dans les femmes et dans les filles qui sont habituées au presbytère à

raison des services et des travaux auxquels la domestique ne suffit pas Si ce sont des femmes légères, des filles encore jeunes, outre le péril pour le Curé, elles prêtent àjaser aux désœuvrés, surtout dans les localités de la campagne, où le Curé est plus observé et critiqué. Ce danger et cette matière aux clabauderies s'aggraveraient, si le Curé aimait à se montrer facétieux et plaisant dans ses conversations avec elles. Elles s'estiment honorées de la préférence et de la confiance que leur témoigne le Curé, et elles commencent à s'en prévaloir, puis elles se croient les bienvenues et même les amies, et elles vont jusqu'à s'en féliciter ; peu à peu l'affection s'empare de leur cœur, et ensuite elles en viennent à chercher toujours les occasions de parler avec le Curé, à être empressées à lui offrir leurs services, à causer toujours de lui, et à se montrer passionnées. Cela surtout pour un Curé léger, comme sont tous les facétieux et les plaisants avec les femmes, ne saurait être sans danger, et il ne faut pas demander si cela prête matière aux cancans mal édifiants.

Avis sur les aumônes aux femmes pauvres.

532. Si les femmes pauvres auxquelles le Curé doit faire l'aumône sont jeunes et avenantes, qu'il avise à les assister de manière qu'elles ne viennent pas fréquemment chez lui ; qu'il les assiste du mieux qu'il pourra, selon leurs besoins et même souvent; mais qu'il s'efforce de leur faire arriver ces secours par le moyen de personnes leurs parents ou leurs

DE LA PRATIQUE DE QUELQUES VERTUS. 44 i

connaissances, pour que au moins elles ne se présentent pas si souvent.

Qu'il ait surtout soin que les mères pauvres n'envoient pas mendier leurs filles. Parfois les mères usent sous ce rapport d'un peu de finesse, en envoyant leurs filles à leur place, pour n'être pas traitées d'importunes et d'indiscrètes, et aussi dans la supposition que le cœur du Curé sera plus touclié de compassionpour elles. C'est pourquoi, quand les filles viendront demander l'aumône, il les renverra toujours sans rien leur donner, leur disant: Si votre mère a besoin de quelque chose, qu'elle se présente elle-même.

Avis sur les objets dangereux qui pourraient se trouver à la cure ou à l'église.

533. Que le Curé fasse attention à n'avoir au presbytère aucun tableau, estampe, effigie peu honnête ou profane. Il paraîtra superflu de donner cet avis à un Curé, comme chose impossible à arriver ; car outre le danger pour soi et pour les autres, ce serait encore une honte véritable pour lui. Néanmoins, parfois l'irréflexion est telle que dans quelques petits salons de cure, on trouve des statuettes, des estampes, des tableaux profanes et indécents.

Il îait bon entendre le Curé cherchant à se justifier de tant d'imprudences, pour ne rien dire de plus, par cette excuse, que ce n'est pas lui qui s'est procuré ces objets, qu'il les a trouvés dans sa famille, qu'il les garde à cause du mérite artistique, que personne n'y fait attention, et que c'est encore pire dans quelques églises.

Le Curé qui, en fait de chasteté, doit toujours se montrer plutôt Ange qu'homme ; qui doit surtout se g-arder de laisser jamais entendre qu'il n'en fait pas le plus grand cas ; qui, comme il a été dit, doit faire, en un sens, une sainte ostentation de cette vertu, ayant soin qu'elle brille toujours en lui dans toute sa pureté aux yeux du monde, et qui doit crier constamment contre les dangers et les amorces du vice d'impureté, surtout contre les estampes, tableaux et statues immodestes, pourraitil jamais sérieusement mettre en avant les excuses alléguées, afin de garder de tels objets chez lui, jusque dans le salon de réception, où ils sont aux yeux des paroissiens, pour ne rien dire de plus, une preuve de sa légèreté, une réfutation de ses prédications, un démenti qu'il croie à ce qu'il avance sur les dangers et les funestes effets des représentations peu pudiques ?

S'il a trouvé ces objets dans la famillCiau moins quand il est prêtre, il doit les faire disparaître ; ils doivent être détruits et non exposés pour déshonorer le presbytère. Et quand bien même ils auraient quelque mérite artistique, convient-il de le respecter de préférence au mérite qu'ont les âmes rachetées par Jésus-Christ et au droit qu'elles ont de n'être pas scandalisées ? Et si l'on rencontre dans quelques églises des objets peu décents, au lieu d'en tirer la conséquence qu'ils doivent être enlevés, pourrat-on en déduire qu'à cause de cela, les choses de ce genre doivent être tolérées ailleurs ?

Notez bien que, quand on parle d'objets peu décents, on n'entend pas parler de nudité complète ou d'autre indécence frappante, on parle de ces

objets qui peuvent offusquer les reg-ards chastes du jeune homme timoré et de la fille modeste. Pourrait-on, en elTet, tolérer qu'ils trouvassent quelque chose capable de scandaliser leur pudeur dans la demeure de leur Pasteur sacré, ou dans la maison même de Dieu ?

534. Et parce qu'il est vrai que les artistes licencieux des siècles passés déshonoraient les églises elles-mêmes , profanations dont les traces subsistent encore de nos jours, le Curé devra certainement faire attention à ce qu'il n'en reste rien d'indécent dans son église, et que, s'il y en a, il y remédie au plus tôt.

535. Quant aux objets peu ou point observés, le Curé y pourvoira sans bruit, pour ne pas attirer là-dessus l'attention du peuple. Un peintre, un stucateur, un sculpteur peut remédier en peu d'heures à ce qu'il peut y avoir d'indécent dans l'église, sans que personne sache rien, en tenant Téglise fermée. Que le Curé n'omette pas cette précaution par la raison que ce sont souvent des objets peu ou point remarqués ; car, étant des objets exposés aux regards de tout le monde, il peut arriver plus fréquemment qu'on ne croit, qu'en particulier les garçons et les filles doués d'une vue perçante et de plus très-curieux jettent les yeux sur ces objets et en soient scandalisés.

Trop souvent on dit qu'une chose est inaperçue, parce que ceux qui la voient n'en parlent pas. D'ailleurs, pourquoi tolérer dans l'église des objets indécents, quand même on n'y ferait pas attention ? (n" 116, 117.)

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