‹ Manuel pratique du jeune curéChapitre 55 sur 83 · Nous ferons observer qu'il peut arriver que · texte numérisé non relu

Nous ferons observer qu'il peut arriver que

quelque objet peu décent ne soit pas remarqué à l'église, par exemple, un tableau noirci par les années, une statue couverte de poussière, placés dans un endroit obscur et retiré ; mais qu'il ne pourra jamais arriver qu'un tableau, une estampe, une statuette peu modeste , objets non noircis par les siècles, ni couverts de poussière, ni relégués dans un recoin, ne soient pas très-bien observés dans le salon du Curé.

Avis au sujet des calomnies.

537. Le Pasteur des pasteurs ne permit jamais que parmi les innombrables calomnies dont son nom fut dénigré se trouvât celle d'incontinence. Que le Curé s'efforce de mener une vie si circonspecte et si réservée que la calomnie, à qui il suffit si souvent de légères apparences, sans autre fondement que de malignes imputations, ne trouve jamais moyen d'entamer sa réputation.

Si cependant la calomnie parvenait à Tattaquer de ce côté, et que ce fût pure calomnie, le Curé devrait à tout prix se justifier, sans laisser dire, afin que son innocence apparût clairement, parce qu'il ne peut jamais arriver de cas où il lui soit permis de renoncer à l'honneur qui lui vient de la vertu de chasteté.

338. Que si le Curé avait par faiblesse donné lieu à quelque bruit fâcheux, par exemple, par des liaisons coupables avec quelque femme, connues du public, il devrait ne plus jamais voir cette femme en face, encore moins lui parler ou la confesser. De

plus, coDnaissant sa faiblesse, ou, pour parler plus explicitement, son péché, il devrait aussitôt témoigner publiquement son repentir et se retirer dans quelque maison religieuse pour y faire les exercices spirituels. Celui-là est insensé qui veut enlever le scandale d'une faute connue, en niant l'avoir commise. Alors Tunique moyen d'ôter le scandale, c'est la conversion bien manifestée. L'humble manifestation de la résipiscence édifie les bons et désarme la malignité des méchants.

539. Mais si les bruits fâcheux ne venaient que de relations imprudentes, par exemple d'avoir fréquenté quelque maison où il y avait de jeunes filles, ou de garder à la maison quelque domestique jeune et peu prudente, etc., dans ce cas, le Curé, quelque innocent fût-il, devrait enlever au plus tôt l'occasion ; qu'il ne mette plus les pieds dans cette maison, qu'il congédie à l'instant la domestique, etc; qu'il montre par les faits , qui sont les arguments les plus convaincants , qu'il n'a aucune attache pour ces personnes. Quel scandale de voir le Curé qui, au mépris des rumeurs fâcheuses, continue à fréquenter cette famille et ne trouve pas d'autre domestique qui lui convienne, et qui peut-être préférerait renoncer à sa paroisse plutôt que de se détacher de cette personne ! Le peuple reste plus que persuadé que, si le Curé n'était pas aveuglé par une violente passion, il ne laisserait pas déchirer sa réputation pour si peu de chose ; fùt-il innocent réellement, il commettrait encore une faute énorme, en donnant ainsi à entendre qu'il est coupable.

Il est bien déplorable de voir quelquefois, à ce

propos, des mystères d'imprudence qui étonnent. On verra un ecclésiastique instruit, zélé, martyr, pour ainsi dire, des fatigues apostoliques, désintéressé, charitable et jouissant, à ce titre, de la meilleure renommée , on le verra , dis-je , faire le sourd aux bruits déshonorants qui courent sur son compte, ou à cause de la légèreté de sa domestique, ou pour les fréquentes visites qu'il reçoit d'une jeune étourdie, ou pour des conversations qu'il a, etc. Si à ces murmures se joignent les remontrances de ses amis et de ses parents, il continue à faire la sourde oreille, fort de cette banale justification : Ce sont des calomnies. En attendant, sa réputation se perd, son zèle est regardé comme un calcul d'hypocrisie, sa doctrine le condamne irrémissiblement. .Les plus discrets et les plus charitables haussent les épaules et disent: C*est un mystère !

Conclusion de ce qui concerne la chasteté.

540. A l'occasion de la chasteté, plus d'un aura déjà dit en lui-même : L'auteur est le plus outré des rigoristes ; à force d'avertissements, il tend à rendre impraticabl-e l'exercice de cette vertu. Or, je supporterai facilement la note d'exagéré et de rigoriste, si elle me vient de celui qui n'a pas encore grande expérience là-dessus; s'il en était autrement, je me sentirais tenté de lui dire, encore par déférence, qu'il est bien simple et plus bonasse qu'il ne convient à quelqu'un qui exerce l'office de Curé. Quant à moi, je crois devoir appliquer au Curé chaste cette sentence de saint Philippe de Néri,

qui regarde la jeunesse : Donnez-moi un jeune homme chaste, et je vous le rends saint. Le Curé qui a tant de force par la grâce pour vaincre le plus violent et le plus séduisant de tous les vices, en aura plus que suffisamment pour vaincre tous les autres. David, qui avait tant de force pour suffoquer les ours et les lions, en avait certainement plus qu'il n'en {allait pour suffoquer les renards et les chiens.

Qui, parmi les pasteurs sacrés, aura une si grande force de la grâce, sinon ceux qui, bien convaincus de leur propre faiblesse, se proposeront de mener une vie angélique sur la terre ? Mettant de côté les innombrables auiorités des Pères, des docteurs, des maîtres de la vie spirituelle, tous d'accord pour reconnaître qu'il n'y a rien de plus im^portant pour un ecclésiastique et surtout pour un pasteur d'àmes, que de vivre chaste, pour moi, il me suffit d'une longue expérience, jamais démentie.

541. Je ne sais pas quelle authenticité ala révélation qui dit qu'on trouve toujours peu d'àmes de prêtres en purgatoire, parce que, ou ils vivent conformément à l'esprit de leur vocation, et ils passent dans l'autre vie très-purs et saints, de sorte que peu ont à resîer en purgatoire ; ou bien ils tombent dans le vice charnel, et ils sont précipités au fond de l'enfer. Accordons que ce soit là une pieuse imagination, cela ne laisserait pas que d'exprimer une vérité très-probable (1).

(1) L'auteur, aux n" 217 à 220, a recommandé depropaçer les bonnf^s lectures parmi les fidèles, et, au n» 391, il exiga l'étude d3 la Tli'.'ologle morale, nécessaire au Confesseur: mais nulle part il n'insiste pour le Curé sur la nécessité de 1 étude en ge'néral. Je supplée ici à cetto lacune parlo P. Valuy, parce que létude, comme occupatioa* C8t un graud préservatif contre lirapuieté, et qu'en particulier

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