‹ Manuel pratique du jeune curéChapitre 56 sur 83 · DE LA PRATIQUE DE LA MORTIFICATION · texte numérisé non relu

DE LA PRATIQUE DE LA MORTIFICATION

De la mortification de la sensualité,

542. Si le Curé veut être chaste, il devra nécessairement être mortifié. La chasteté sans la morti-

cene de l'Ecriture sainte en est, après l'Eucharistie, Icspe'cifique p;^r excellence, selon ce mot de S. Jérôme : Ama scientiam Scripturarum et carnis vitia non amabis. (Ep. 125 ad Rustie, et Ep. 130 ad Demetr.) Quia tu scientiam repulisti, repellam te, ne sacerdotio fungaris mihi. (Osée, IV, 6.) Voilà un arrêt divin très-positif.

Qui Sacerdotein dicit, insinuât virum totius sanctse sdentile peritissimum. (S. Dionys. Areop.) La science et la piété', voilà les deux yeux d'un bon ecclésiastique. (S. Franc, de Sales.) S. Paul écrivait à Timothée : Attende lectioni, exhortationi, et doctrinx... Exe meditare, in his esto... Lista in illis. Hoc enim faciens, et teipsum sal~ vum faciès, et eos qui te audiunt. (I Tim., iv, 13-16.)

Pour le prêtre qui veut faire honneur à son ministère, l'étude ne doit linir qu'avec la vie. Il faut plus de science pour gouverner une paroisse que pour gouverner un royaume, pour, diriger une seule âme que pour diriger toute une armée, pour former un saint que pour former un héros. Nous ne saurons jamais trop, dussions-nous étudier toujours. En supposant même que nous sachions tout suflSsamment, nous devrions néanmoins encore étudier sans relâche, pour ne pas oublier ce que nous savons. Le temps nous fait une guerre incessante et nous enlève insensiblement une partie de nos connaissances ; ne pas acquérir, c'est perdre. On tombe bientôt audessous de la médiocrité, on devient méconnaissable à ses anciens condisciples. C'est donc à l'étude à prévenir ces ravages, en donnant journellement quelque aliment nouveau à notre âme.

Après la vertu, c'est la science qui donne à l'homme son prix. La vie ne dififère pas plus de la mort que le savoir de l'ignorance, dit Aristote... La science seet singulièeement a la vertu. Le progrès dans la verta, c'est la marche dans le bien, dit le Père Felix ; le

rS LA PRATIQUE DE QUELQUES VERTUS. 449

fication est chose impossible, comme la clarté est impossible sans la lumière.

Ici notez que pour ce qui concerne directement

progiôs dans la science, c'est la marche dans le vrai. Pour aller loin dans le bien, il faut aller loin dans le vrai. Presque jamais l'intelligence ne contiacte avec le vrai d'alliance profonde, sans que la volonté ne contracte avec le bien comme un mariage indissoluble. Presque sans s'en apercevoir, le prêtre docte met en pratique ce qu'il sait, selon la leçon de S. Augustin... L'âme est comme les deux plateaux d'une balance en éiiuilibre ; si dans Tun vous jetez le poids de la science, Tautre monte et s'élève. Aussi un clergé grandissant dans la science et décroissant en vertu, serait un phénomène qui ne s'est jamais vu et qui ne peut se voir. La pureté des mœurs dans un ecclésiastique va toujours de pair avec l'amour de l'étude, et le travail sérieux écarte Tinvaiion des vices.

Avec la vertu, c'est la science qui rend le prêtre utile h l'Eglise. Dabo vobis Pastores juxta cor meum, et pascent vos seientia et do~ ctrina. (Jer., m, 15.)... S. Laurent Justinien dit: Ecclesiz dedecus, presbi/ter inscius.

Quand le prêtre étudie assidûment les saintes lettres, il saisit la pensée intime de Dieu dont il est le ministre, il la porte avec honneur aux peuples assemblé.5, il a force et sagesse pour la faire e:;écuter, et Dieu est glorilio. Quand il n'étudie pas, la pensée de Dieu demeure pour lui obscure et cachée, il ne la fait connaître qu'imparfaitement, ou il y mêle un grossier alliage qui en altère la pureté, et, loin que Dieu soit glorifié, son autorité, exercée par des mains inhabiles, tombe dans le mépris.

Une étude constante peut seule donner an prêtre la science... S. Paul, sur le point d'achever sa course, mandait à Timothée de lui apporter de Troie son manteau, ses livres et surtout ses cahiers. Le manteau pouvait lui être nécessaire pour réchauffer ses membres glacés et peut-être pour lui tenir lieu de linceul. Mais qu'a-t-il besoin de livres, lui instmit par Jésus-Christ même, lui sur le point d'aller contempler la vérité pure et sans nuage au haut des cieux, dans l'immense océan de toute lumière ? Que veut-il faire de ces cahiers moitié annotés, et moitié en blanc ? Grand Apôtre, est-ce que vous n'avez pas encore renoncé à la plume ?... Vous en savez bien assez pour faire le catéchisme à des catéchumènes ; ce n'est plus la peine de faire traverser la mer à quelques misérables livres... Ce n'est pas ainsi que S. Paul raisonne. Encore juif, il étudiait avec eue insatiable ardeur la loi de 3Ioïse. Devenu Apôtre, et courant toutes les nations pour en faire la conquête à .Jésus-Christ, il profite de tous ses moments de loisir pour étudier, et lorsque la hache fera tomber sa tête, il veut que Timothée ne trouve pour héritage an

la chasteté, la première des mortifications est celle des sens, et, à ce sujet, je veux ajouter à ce qui a déjà été dit un passage de saint Jean de la

fond de sa prison qu'un vieux manteau, des livres, des cahiers. Pour la science comme pour la vertu, simagiiiant qu'il n'avait encore rien appris, comme il s'imaginait n'avoir rien fait, il oubliait le passe, pour sélancer à perte d'haleine dans l'avenii*, vers cette double «.'pu. me qu'ambitionnait sa grande âme, la palme du Docteur et la pul'.ne du Martyr. (Manuel du prêtre et Directoire du prêtre.)

L'auteur di\ja cité des Obligations des Ecclésiastiques s'exprimait ainsi : Le dirai-je, mes frères ? Sur douze cents Ecclésiastiques, plus ou moins, qui sont dans ce diocèse, il n'y en a peut-être pas une vingtaine qui s'adonnent a l'étude, j'entends des livres de notre profession : on ne veut point lire, on ne veut ni enseigner, ni être enseigné. Xe-t-ce pas un malheur déplorable du clergé, et n'est-ce pas peut-être l'abandon de Dieu ?... Lisez donc, au nom de Dieu, conférez avec les savants et vertueux Ecclésiastiques et les plus expérimentés, demandez -leur conseil sur les livres que vous devez lire, adressez-vous à eux sur les difficultés que vous pouvez avoir... VœPustoribiis:v3e...quiatulistis clavem scientix, au lieu que vos lèvres devraient être les gardiennes de la science ! Vous êtes la lumiere du monde et tenez en votre paroisse le rang que l'œil tient dans le corps. C'est au point que l'ignorance des prêtres est plus pernicieuse que leur mauvaise vie. Que si ces deux défauts se rencontrent eu une même personne, comme il arrive assez facilement qu'un ignorant est vicieux, que sera-ce? *

Ecoutons Dieulin (Le bon Curé, tom. I, ch. vi, § 5). Le cabinet d'études est pour le prêtre un asile et un port où il se trouve à l'abri du monde et des passions ; il y passe des jours purs et sereins. Le travail le tixe dans sou presbyt'ere, lui en rend le séjour aimable, fournit un continuel aliment à sa piété, l'assouplit aux prescriptions et aux sévères habitudes de son état, conserve en lui l'innocence, et devient ainsi un rempart pour sa vertu. L'amour do l'étude... c'est un délassement pur, un noble exercice qui sert de frein a la fougue de l'imagination et à l'exaltation des sens... Quelle est la vie d'un Curé qui n'aime pas l'étude? Se considérant dans son presbytètô comme l'oiseau captif dans une cage, ne trouvant d'aurre remède que la dissipation pour charmer ses ennuis et se fuir lui-même, il s'ingénie toute la semaine à rechercher des passe-temps et des parties de plaisir, se répand en visites inutiles, parcourt successivement tous les presbytères du voisinage, au risque de fatiguer ses confrères et de leur ravir un temps précieux. Il se ravalera même peutêtre, pour remplir les heures vides de la journée, jusqu'à boire avec des campagnards au::cqaels il s'assimile par l'inconvenance de son

Croix, qui m'a toujours paru terrible et digne d'être médité, spécialement par les prêtres. Ce saint, énumérant les maux produits dans l'àme qui se

langage et la basse familiarité de ses manières. Pour rompr^ la monotonie de ses iji^iiirs et les varier plus agréablement, il s'acc •'dera alternativement la distrae ion de la oliasse, de la pèche, des voyages, des repas, et mille autres amusements frivoles. Si, parfois, ne sachant ni où aller ni quoi faire, il se de'cide à rester dans son intérieur domestique, qu'on ne croie pas qu'il lira la sainte Ecriture, les Pères, ou l'hiàloire eccle'siastique, non : les journaux, des ouvrages littéraires, tragiques ou comiques, romanesques, des lectures, enfin, purement récre'atives et dissipantes ; tel est le re'sumé de ses occupations. En un mot, tous ses jours se passent dans un vide éternel ou un cercle d"inutilite's. Et, cependant, avec une vie aussi matérielle et profane, il ose monter à l'autel ! Quelles étaient les prémices d'une journée aussi peu chrétienne ? Le saint sacrifice de la messe. Dans une telle vie, les tentations succèdent aux tentations jusqu'à la chute...

Lire, prier et méditer sans relâche est impossible à la plupart... Les veillées prolongées, les études séi-ieuses, si elles ne sont jamais suspendues, épuisent et accablent. Il y a aussi des organisations incapables d'études soutenues, que je plains de to-at mon cœur... Mais, en dehors des travaux de la pensée, il est une autre occupation..; c'est le travail manuel qui, bien choisi et placé à des heures convenables , exerce les forces..., repose doucement Pimagination , émousse la sensibilité, endort la concupiscence et éteint les passions... Les Bénédictins alliaient le travail manuel avec la méditation et l'étude , ils ne cultivèrent pas moins le sol de la France que le champ des sciences et des lettres... Parmi les travaux manuels, il faut compter, en premier lieu, l'horticulture..., puis tout autre travail qui a pour objet de façonner le bois, le cuivre, le fer... Vcducation des abeilles, dont S. Jérôme dit : Apum fabricare ahearia, ad quas te miltunt Salomonis Proverbia, et monasteriorum ordinem et regum disciplinarti in parvis disce corporibus (Voir le Livre des abeilles, par M. le Curé Boissy); l'art du cartonnier..., la peinture... Toutefois, qu'un Curé se garde bien de faire du travail manuel son occupation majeure et moins encore son occupation exclusive... Il est bien entendu que ce sera dans le but, non de gagner, mais d'éviter les graves inconvénients du désoeuvrement... Les Curés se garderont bien d'employer leur temps à des exploitations agricoles, en cultivant par eux-mêmes leurs champs et leurs prairies ; ils abandonneront a d'autres mains les détails de la manutention d'une métairie... Aucune de ces occupations, quelque innocentes qu'elles soient en elles-mêmes, n'est compatible avec la dignité sacerdotale, et elles

complaît dans les biens naturels, en compte six, dont le second, comme il le dit, consiste à exciter les sens à se complaire dans la volupté sensuelle. Or, dis-

•m^neraient souvent des rapports avec des femmes. Nihil plebeium, nihil populare, nihil commune.

Parmi toutes les branches de la science ecclésiastique à cultiver^ Tient en premier lieu celle des Livres Saints, trop négligée aujourd'hui, corame on en juge par les instructions si peu nourries de la parole même de Dieu. Aussi Mgr Sailer a-t-il consacré à l'Ecriture sainte tout le premier volume de sa Théologie pastorale. L'étude des règles de la discipline et des devoirs sacrés de notre e'tat, dont le fonds est tiré du Corpus juris canonici, mérite toute l'attention, en particulier en ce qui touche aux sacrements et au culte divin. Qu'il est facile, abandonné a soi-même, d'en venir a une vie de routine où les choses saintes elles-mêmes sont traitées sans tout le respect voulu. S. J. Chrysostome, S. Grégoire, S. Bernard nous stimulent, sans compter le Stimulus Pastorum du pieux et zélé D. Barthélémy des Martyrs.

Beaucoup d'auteurs ont présenté au clergé un choix de livres composant une bibliothèque ecclésiastique ; mais presqu" aucune de ces collections nest digérée avec soin et orthodoxie, pas même celles qui sont dues à des savants de renom. C'est trop souvent un pêle-mêle d'ouvrages à Y Index et même hérétiques parfois. M. Migne lui-même n'a pas su être canonique dans les ouvrages reproduits, témoin la Méthode d'étudier la Théologie par l'hétérodoxe Dupin, qua ma demande il a fini par supprimer au Cours coinplet , et le mélange d'ouvrages protestants dans sa Démonstration évangélique, etc. Il en résulte que presque toutes les bibliothèques des Ecclésiastiques français renferment des livres à l'Index, protestants, jansénistes, gallicans, etc., sans compter que le fonds en est presque invariablement le même. 11 importe, avant tout, dans la composition d'une bibliothèque, de se régler sur VIndex librorum prohibilorum, d'après les saintes Règles des Pères du Concile de Trente. C'est un volume in-12, édité a Maiiues et facile à avoir ; seulement il faut tenir à l'avoir complet jusqu'à nos jours. M. Migne l'a reproduit à la suite du Dictionnaire des livres jansénistes, qui luimême avait été mis à l'Index. De plus, il faut s'abstenir de tous les livres qui, sans être condamnés nommément, le sont par les Règles générales de l'Index et autres Décrets généraux, ou même qui contiendraient quelque chose de louche. Affranchie jusqu'ici de VIndex, la France s'est fort émancipée, surtout avec la liberté de 1» presse ; c'est aux prêtres, par leur exemple et leurs instructions, il la ramener à l'observation des règles de l'Eglise. On sait qu'il faut Tine autorisation du Saint-Siège pour avoir ou lire les livres prohibés.

DE Ml pratique DE QUELQtTES VERTUS. 453

courant sur ce sujet, il s'exprime ainsi : « La plume « ne saurait décrire ni la parole rendre tous les « grands maux qu'entraîne la volupté placée dans

n est désirable qu'on en soit muni dans bien des cas, ne fût-ce que par sûreté de conscience, avec nos bibliothèques si mal composées. Plusieurs Evêques ont de Rome la faculté d'autoriser l'usage des livres prohibés. Je conjure mes vénérés Confrères de tenir aux règles de l'Eglise en ce point. La liberté, l'indépendance conduisent à la licence et à l'affaiblissement de la foi et des mœurs...

Voici, en gros, le fonds indispensable de toute bibliothèque ecclésiastique :

Bibiia sacra, avec une bonne traduction et un bon commentaire ; Novum Testamentum ; Concordantix S. Bibliorum ; Imitatio Christi; Combat spirituel; Introduction à la vie dévote ; Concilium Tridenti" num ; Catechismus Concila Tridentini; Corpus juris canonici ; Summa S. Thoms ; Theologia moralis S. Liguori, ou au moins Homo apostolicus, ou le Compendium Gury, ou la Théologie morale et dogmatique de Gousset, etc. ; Statuta Diœcesis ; Le Catéchisme diocésain, en attendant l'universel ; une Explication détaillée du Catéchisme (Canisius, Bellarmin, Charency, Bougeant, Guillois, etc. ), livres de méditations et de lectures, (Du Pont, Grenade, Rodriguez, Beuvelet, Chevassu, Chaignon, S. Liguori, S. Bernard, S. François de Sales, Croiset, S. Bonaventure, Saint-Jure, Nepveu, Bom, Bellarmin, etc.) ; une bonne vie des saints ; une bonne histoire de l'Eglise, (Rohrbacher, Darras, Rivaux, Lhomond, etc.) ; La pratique du zèle, par Dubois; la Méthode de Direction, de Scaramelli; pour les instructions et prônes, Raineri suffit presque avec nos grands orateurs reçus ; pour la liturgie, Breviarium, Missale, Rituale, même Pontificale ; un bon cérémonial, (deConny, Bourbon, Favrel, Le Vavasseur, Falise, etc.) ; De Herdt, Le Brun, Richaudeau ; le Dictionnaire dt Felier; Benoît XIV, de Missa, de festis, Institutiones. de Synodo diœcesanâ; sans oublier Index librorum prohibitorum, car l'orthodoxie est sans contredit la première condition d'une bibliothèque ecclésiastique. Je ne saurais trop recommander l'étude fréquente des Rubriques des livres liturgiques, avec un abrégé des Décrets de la S. Congr. des Rites. J'ajouterais Martyrologiura.

Qu'il me soit permis de déplot^ l'inconduite des prêtres laissant leur bibliothèque à leurs héritiers, au lieu d'en faire une bonne œuvre, utile aux successeurs, aux Clercs pauvres, etc. Tous les ecclésiastiques sauront qu'en librairie religieuse, il y a remise de 25 0/0 sur les prix de catalogue. Je désapprouve hautement le commerce anticanonique usité dans tant de boutiques de séminaires, quel qu'en soit le prétexte. Autant il serait louable de mettre ainsi a la disposition des se'miaaristes des livres au rabais, autant il est odieux

tóA MANUEL PRATIQUE DU JEUNE CURÉ.

« les attraits et la beauté naturelle. Car de là pro- « viennent journellement tant de meurtres, tant (J • « déshonneurs, tant d'insultes, tant de dilapidatior:. « de fortunes, tant de jalousies et de contestations, « tant d'adultères et de viols, et la chute de tant « de saints qu'on les compare à la troisième partie « des étoiles du ciel entraînées à terre par le dragon « avec sa queue ( Apoc, xii, 4 ) , et qu'on voit l'or « pur perdre son éclat et son mérite dans la fange, « et les plus remarquables et les nobles de Sion « vêtus d'habits d'or le plus Un devenus sembla- « blés à des vases d'argile mis en pièces et réduits « à l'état de têts. Qmmodo ohscuratum est aurum, « miitatus est color optimus, dispersi sunt lapides a sanduarii in capite omnium platearum ? Filli Sion « inclyti, et amicti auro primo : quomodo reputati sunt « invasatestea, opus manuumfiguli? frhren., rv, 1 et2.j « Où est-ce que le venin de ce mal ne se glisse pas ? « Et quel est celui qui ne boit pas plus ou moins « à la coupe dorée de la femme de Babylone,dont il « est parlé dans l'Apocalypse ? C'est pourquoi elle « est représentée assise sur une grande bète à sept « tètes et à dix cornes : Et vidi mulierem sedentem « super bestiam coccineam, plenam nominibus blasphe- « miŒf habentem capita septem, et cornua decem « (Apoc, XYii, 3) ; ce qui fait entendre qu'il y a à « peine un homme, quelque élevé ou humble, saint « ou pécheur qu'il soit, à qui cette femme ne donne « à boire de son vin et dont elle ne captive le cœur « en partie, puisque, comme il est écrit là, tous les

de spéculer, même dans rintérêt du séminaire. C'est enseigna pratiquement le trafic aux clercs...

CNote du traducteur.)

« rois de la terre ont été enivrés du vin de sa prosai litution ;et, sous cette dénomination, sont compris « tous les états jusqu'à celui si sublime et si distin- « gué du sanctuaire et du sacerdoce divin , en « plaçant, comme le dit Daniel, son vase abomina- « ble dans le lieu saint : et erit in tempio abominatìo « desolationis (Dan., IX, 27), au point que c'est à peine « si elle laisse quelque homme fort, sans lui faire « boire plus ou moins du vin de cette coupe, qui « est la vaine volupté dont il a été parlé. C'est pour- « quoi il est dit que tous les rois de la terre se « sont enivrés de ce vin, parce qu'en 'iTet, il n'y en « a que très-peu, quelque saints qu'il soient, qui ne « se soient pas aveuglés et enivrés avec ce breuvage « des plaisirs et de la volupté, de la beauté et des « charmes naturels. !1 faut ici noter l'expression : « 27s se sont enivrés ; car en buvant le vin de la « volupté, il porte vite au cœur, le trouble et pro- « duit l'obscurcissement de la raison, tout comme « le vin agit sur les gens ivres. Ce ravage se pro- « duit si activement que si incontinent on n'oppose « quelque antidote à ce poison pour le rejeter au M plus tôt, la vie de l'àme est en grand danger. Car « alors la faiblesse naturelle croissant réduit à un « état si pitoyable que, comme Samson privé des « yeux et de ses cheveux qui faisaient sa force, on « se voit esclave au milieu de ses ennemis et tource nant la meule du moulin, pour mourir peut-être « de la mort seconde, comme Samson mourut de la « mort première. C'est la coupe de la volupté qui « entraine tous ces ravages spirituels, comme « elle attira à Samson ses malheurs corporels, et « aujourd'hui beaucoup en sont victimes, aux-

« quels, à leur grande confusion, leurs ennemis « peuvent insulter, en disant : Est-ce bien vous qui « hier brisiez les liens les plus forts, disloquiez les « mâchoires des lions, faisiez un carnage des Phi- « listins par milliers, souleviez les portes de leurs « gonds et échappiez aux mains de tous vos ennemis ? » [Montée du Mont-Carmel, 1. m, ch. XXI.] (1). Ce passage plein de vérités si palpables pour celui qui a l'expérience du monde, est vraiment effrayant ; mais il fait comprendre en même temps avec quelle attention nous devons mortifier nos sens, de crainte que d'un jour à l'autre nous ne buvions à la coupe de Babylone, qui est le plus meurtrier de tous les poisons.

De la mortification dans le boire et le manger.

543. La satisfaction de la gourmandise est trèsfuneste à la chasteté, mais ayant déjà parlé suffisamment de la vertu de chasteté, nous considérerons la mortification de la gourmandise sous d'autres rapports, et avant tout, sous celui du scandale que donne un Curé qui aime la bonne chère, et du mépris qu'il encourt dans l'esprit de la population.

Les exemples de Curés adonnés à la boisson se présentent de temps en temps et font un bien triste effet. On dit d'eux: Une faut pas parler au Curé après

(1) Ce passage mystique m'ayant paru moins bien rendu en Italien, j'ai eu recours à la traduction française du P. Maillard; mais celle-ci est si libre, pour ne rien dire de plus, que j'ai dû préférer le texte de l'auteur, à défaut de l'original espagnol et de la traduction latine. Au reste, le sens est assez ckir pour quiconque veut entendre.

iC âiner. — S'il a dit telle chose après le dîner , ça a besoin d'être contrôlé davantage. — Il paraît ne pas trop savoir ce qu'il dit au Catéchisme, etc. Une fois quelqu'un me demanda : Le Baptême donné par un ivrogne est-il valide ? Dans ces accusations, il y a souvent beaucoup d'exagération. Toutefois, quelle humiliation pour un Curé d'apprendre qu'on s'exprime ainsi sur son compte dans sa paroisse 1 C'est sa faute, si l'on jase ainsi, lorsque après le dîner il se montre gai, babillard, plaisant, avec des yeux pétillants et un visage plus enluminé que le matin.

11 paraît impossible qu'un vice si dommageable, qui n'a pas sa source dans les passions les plus violentes, un vice particulier aux individus les plus décriés et en lui-m.ême si dégradant, puisse se rencontrer dans les prêtres, et, ce qui est plus encore, dans les pasteurs des âmes qui doivent être tout spécialement les modèles du peuple chrétien. Et il parait encore plus incroyable que le prêtre, que le Curé qui est possédé de cette passion n'arrive ordinairement jamais à s'en défaire, que même elle croisse avec les années, qu'on s'y abandonne de plus en plus, et que quelques-uns préfèrent renoncer à leur paroisse plutôt qu'à un vice si dégradant.

544. Je ne voudrais plus parler de la chasteté, dont il a été question longuement ; mais comment s'imaginer qu'un prêtre grand buveur puisse jamais être chaste?

De plus, quel funeste exemple pour certains mauvais sujets, grands buveurs, qu'on trouve aisément '^ans chaque paroisse ! Que le Curé aille donc, Man. du J. Curé 26

comme l'exigerait son devoir, les admonester, les reprendre !

Ensuite, dans quel profond mépris ne tombe-t-il pas aux yeux de tous ses paroissiens! Pas même les plus indulgents n'ont de pitié pour lui, indignés qu'ils sont de voir ainsi avilis le caractère sacerdotal et le ministère pastoral, et considérant le scandale général qui en résulte pour les âmes.

Il n'y a pas besoin d'ajouter le tort que fait à la santé l'abus du vin, qui fait vieillir avant le temps, produit des maladies violentes et des morts subites.

545. Même dans le manger, le Curé peut excéder les bornes de la tempérance, avec dommage notable pour la fortune, la santé et l'honneur. Il pourrait devenir un de ceux quorum deus venter est, qui sacrifient à cette idole leur avoir, dépensant plus qu'ils n'ont, contractant parfois des dettes qu'ils ne pourront pas payer, qui sacrifient leur propre santé, se remplissant d'humeurs peccantes qui engendrent de très-graves maladies et des morts précipitées, et qui sacrifient leur honneur, en devenant la fable du peuple et la risée des libertins.

Les ecclésiastiques qui parlent toujours de bonne chère et avec tant de satisfaction et de goût raffiné qu'à les entendre, on croirait qu'ils traitent d'aiîair es majeures, et qui sont aux affûts pour gager les meilleurs cuisiniers, n'échappent pas non plus au blâme. Sortant d'un dîner somptueux, ils en discourent avec admiration, et ils se montrent heureux quand ils peuvent en avoir ; ils cultivent enfin de préférence l'amitié de ceux qui tiennent bonne table, et ils se présentent à eux, en paroles et en actions.

DE LA PRATIQUE DE OUELQÏÏES YERTUS. 459

comme de très-humbles serviteurs. Si ce sont des Curés, ils feront pitié à quiconque a du bon sens, et quelques-uns penseront qu'ils conviendraient mieux pour tenir une auberge que pour gouverner une paroisse.

De la mortification dans les recherches ti'op délicates,

546. Le Curé doit faire attention à ne pas rechercher les délicatesses de la vie, qui sont à peine tolérables chez les riches du monde, comme sont des habits fins, avec toute la graduation des étoffes, selon le temps chaud, tempéré, froid et glacial, des procédés recherchés pour se garantir, les poêles, disposés de manière à entretenir toujours une température modérée, comme font les grands seigneurs dans leurs petits salons, un lit mollet avec sommeil prolongé, des promenades réglées, sans y manquer jamais, des jours entiers de repos et de passe-temps, et la villégiature pendant tout le beau temps d'automne. Si un Curé voulait jouir de toutes ces délicatesses, et peut-être se justifier, en disant qu'il ne voit aucun mal en tout cela, que même cela sert à entretenir la santé nécessaire pour pouvoir remplir les obligations et supporter les fatigues de son ministère, je répondrais qu'un sentiment de recherche outrée lui fait illusion, et que tout cela ne contribue pas à faciliter l'accomplissement de ses devoirs, mais l'empêche plutôt. Un curé qui aurait besoin de tant de précautions et de recherches contrel'intempérie des saisons, comment pourrait-il rester à l'église de longues heures dans les matinées froides pour entendre les confessions ? Et

comment passer les nuits près du lit des moribonds pauvres, dans certaines maisons si dénuées qu'on y trouve à peine quelque siég-e usé pour s'y reposer? Et s'il lautsortir, au milieu de la nuit, par le vent, la pluie, la nei£3^e, comment le Curé douillet supportera-t-il ces incommodités et ces rigueurs ?

547. Il est vrai que ces douillets ne se trouvent que parmi ceux auxquels leurs moyens pécuniaires permettent d'entretenir des prêtres suppléants pour tous les cas de mauvais temps et de dures fatigues, pendant qu'eux se reposent ; mais qui pourrait toujours alfirmer que, de cette façon, ils satisfont pleinement à leur devoir ? Il convient que le Curé ait un vicaire qui l'aide dans les occupations du ministère pastoral ; mais il y a bien de la dillérence entre chercher en ceci un aide, et entre abandonner totalement au vicaire tout ce qu'il y a de plus pénible. Puis, ce vicaire n'est-il pas aussi un homme auquel le mauvais temps pourrait nuire ? Et le paroissien malade, dont le mal s'aggrave la nuit, ou quand le temps est très-froid, sera-t-il privé de la consolation de voir son Curé, d'en être fortifié, de se confesser à lui, si tel est son désir, et surtout s'il avait l'habitude de se confesser à lui?

Le Curé donc, tout en ayant égard, comme il convient et est nécessaire, à ses forces, à sa santé et à. son âge, devra cependant se garder de trop de délicatesse, et bien qu'il eût les moyens de se procurer toutes les commodités, il devrait veiller soigneusement à ne s'en permettre aucune ; autrement, il se rendrait moins propre aux fonctions de son ministère. D'ailleurs, qu'il le veuille ou non, d'un joui' à l'autre, il peut être forcé à faire le sacrifice dtj

toutes ces délicatesses habituelles , et alors sa santé en souffrira bien davantage ; car pour ceux qui vivent délicatement, les incommodités sont bien plus vivement ressenties, d'autant plus qu'ils sont habituellement débiles et valétudinaires.

048. Quant aux promenades et à la villégiature, nous ne condamnons que l'excès. Pour un Curé qui est longtemps au confessionnal et à son cabinet, les promenades sont nécessaires presque autant que la nourriture et le sommeil, dirais-je ; car la vie occupée et toujours sédentaire est tout à lait insalubre. Cependant, le Curé pourrait aviser à rendre ses promenades utiles, en allant faire des œuvres de charité et exciter aux bonnes œuvres. Mais que cela soit toujours accompagné d'exercice et se ré- ' été môme chaque jour. Ce sera un juste n ilieu

jur conserver la santé et les forces nécessaires à on ministère.

049. Il faut parler tout autrement de la villégiature qui, généralement, n'est point nécessaire ; sans elle, en effet, on peut vivre, même longuement, en bonne santé, comme le font tant de personnes qui n'ont pas la possibilité ou la commodité de la villégiature. Si le Curé en a un besoin particulier et

u'il soit réel, non imaginaire, ni provenant de l'amour d'un doux repos, il pourra, du consentement du supérieur, s'absenter de sa cure, et, le besoin l'exigeant, prendre même les deux mois de vacances que lui accordent les saints canons. Mais remarquez bien que cette absence ne pourrait être justifiée par le prétexte d'améliorer sa santé, parce que sous ce prétexte la cause d'absence deviendrait tout à fait générale, facultative pour tous; car même ceux qui

se portent bien, avec un mois ou deux de l'air de la campagne et d(3 repos de toutes les sollicitudes pastorales, passeraient probablement de l'état de bonne santé à un état meilleur.

En outre, il n'est pas supposable qu'un bon pasteur, zélé pour le bien de ses ouailles, veuille les abandonner un temps considérable sans nécessité notable. De même qu'un père, ou pour mieux rendre la sensibilité de l'amour pastoral, de même que la mère ne trouverait point d'agrément à un passetemps prolongé dans l'éloignement de ses enfants, ainsi le bon pasteur ne pourrait supporter cette séparation de ses ouailles.

550. Après avoir touché ces points, il ne sera pas nécessaire de descendre à d'autres détails pour faire ressortir comment le Curé doit s'exercer dans la vertu de mortification. On comprend sans peine que le Curé doit s'y exercer comme tous ceux qui tendent à arriver à la perfection chrétienne , à l'exception des austérités extraordinaires qui généralement ne s'accordent pas avec le ministère pastoral.

De la discrétion dans les mortifications corporelles.

551. J'ai dit : à l'exception des austérités extraordinaires, etc., parce que je ne suppose pas certains mouvements extraordinaires de l'esprit de pénitence, non moins rares peut-être que le don des miracles ; d'un autre côté, elles ne sont pas compatibles avec un ministère fatigant, exigeant, nonseulement de la vigueur d'esprit, mais même de la vigueur corporelle. Pour rester au confessionnal

de longues heures de la matinée, et parfois encore de l'après-midi, pour prêcher aux fêtes matin et soir, pour assister les moribonds, etc., il faut des forces physiques , les forces spirituelles étant insuffisantes ; et si l'on ne peut prétendre que Dieu les accorde miraculeusement, il faut bien donner au corps le repos et les soins nécessaires. Mais pourquoi vouloir que Dieu accorde miraculeusement ces forces, lorsque l'on peut les avoir et les conserver par les moyens naturels, institués et établis de Dieu même à cette fin?

De là il est à observer que ce ne serait pas vertu, mais imprudence, si le Curé voulait se priver du sommeil nécessaire, aussi indispensable à l'homme que la nourriture. Environ sept heures de lit sont requises pour tous ; pour les jeunes qui éprouvent un besoin particulier de dormir ; pour les vieux qui ont un besoin particulier de se reposer. Un Curé qui voudrait habituellement et notablement retrancher sur ces sept heures, peu à peu détériorerait sa santé au point de ne pouvoir plus la réparer.

Observez aussi qu'on ne peut remplacer le défaut de sommeil de nuit par celui du jour après dîner, qui est court et insuffisant et qui, s'il est prolongé, est assez malsain. J'ai dit : s'il voulait retrancher habituellement et notablement, parce que, en dormant peu quelquefois, quand il a à confesser beaucoup, dans les retraites et les missions, ou quand il a à assister quelque moribond, etc., il ne pourrait en résulter que peu d'inconvénient et souvent même aucun.

3o2. Il en faut dire autant de la Dourriture. Le

Curé qui voudrait faire de longs jeûnes, ou f nourrir de choses trop grossières qui ne vont ni u sa constitution ni à ses habitudes, ferait une imprudence ; il est nécessaire de manger pour vivre, mais cela ne suffit pas; il faut manger pour vivre sain et vigoureux, afin de pouvoir faire tout Je bien que Dieu veut être le fruit de notre vie.

Nous avons déjà parlé de ceci suffisamment dans la IP partie, chapitre m, § 7, et nous pouvons d'autant mieux nous dispenser d'appuyer sur ce point qu'on voit que l'excès des mortifications et des pénitences n'est pas un défaut très-fréquent chez les Curés. Cependant il fallait en dire un mot pour mettre sur leurs gardes certains caractères rigides ou austères qui peuvent excéder avec euxmêmes et ensuite facilement avec les autres, selon l'observation si sage de saint Jean de la Croix qui dit que le directeur communique toujours de son esprit à ceux qu'il dirige.

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