‹ Manuel pratique du jeune curéChapitre 58 sur 83 · DE LA PRATIQUE DE L'ORAISON · texte numérisé non relu

DE LA PRATIQUE DE L'ORAISON

562. Le Curé doit être homme d'oraison. Il est évident qu'il en a un très-grand besoin pour rem-

D'autres fois, c'est le défaut de tenue de la maison, l'amour du luxe, ou l'orgueil qui empêchent l'hospitalité. La manie de briller réduit à la pauvreté, au mépris, si elle n'amené pas des injustices. (L'annotateur a connu un confrère qui, accable de dettes pour avoir tranche' du grand, s'est suicidé misérablement.)

Quand c'est la pauvreté qui empêche l'hospitalité, il n'y a rien à dire.

Si un pasteur charitable ne ferme jamais sa maison aux pauvres, à un ami, à un voisin, à un persécuté, a un confrère sans fonctions, à un religieux quêteur, a une personne recommandée, même a un voyaji^eur qui a assez de noblesse pour ne vouloir que faire connaissance avec une belle âme, d'un autre côté, il exclut l'indigne, le mendiant de profession qui préfère au travail l'oisiveté et la mendicité.

Je ne saurais terminer ce chapitre du désintéressement, sans rappeler la sévérité des saints canons contre le négoce des clercs. Sans doute que le négoce formel est heureusement fort rare ; mais dans notre siècle industriel, la participation indirecte aux affaires commerciales ne présente-t-elle aucun danger, et plusieurs n'ont-ils rieu à se reprocher ? La S. Congr. des évêques et des réguliers, le 30 janvier 1S46, aurait d -clave la société en commandite interdite aux ecclésiastiques et défendu au clergé de spéculer sur les actions des sociétés industrielles et commerciales, v. gr., actions de cheniia de fer. Bien plus, héritant de ces actions, on ne peut, sans autorisa^ tion apostolique, continuer à prendre part à ce commerce, même en ne remplissant aucune fonction dans la société et en ne faisant rien d'indi'sene de son caractère. (Analecta juris pontif., livr ison 60» de janvier 1864, p. 494.) Clément XIII (Const. Cumprimum, 17 sept. 17ô9) proiiibe les opérations de banque et de change, même par un autre.

liélléchissons que le négoce des clercs entraîne l'excommuni cation, ' la suspense, l'ir régularité, la perte des gains, selon les cas, et même l'infaïuie pour les faillis ou banqueroutiers. Ajoutez que la S. Pcnitencene et les Congrégations Romaines n admettent mêine pas la tonne foi qui excuserait des peines, car elles supposent généralement que le clerc commerçant les a encourues. (Note du traducteur.)

DE là. PRATIQUE DE QUELQUES VERTUS. 473

plir convenablement les devoirs de son ministère. Cependant, pourrait-on dire qu'en célébrant la Messe et en récitant l'office divin, il ne prie pas suffisamment? Je suis persuadé que le Curé, célébrant dévotement la sainte Messe et récitant dévotement l'office divin, prie suffisamment pour sa propre sanctification et pour celle aussi de ses paroissiens. La messe, célébrée chaque jour avec les dispositions convenables, quelles grâces ne doitelle pas obtenir et quel esprit de sainteté ne doitelle pas répandre! L'oifice, récité avec attention et recueillement, ne doit-il pas devenir pour le Curé une source intarissable de grâces et de sagesse céleste ? Celui qui aurait le bonheur de célébrer la saintrf messe vraiment bien et de réciter l'office divin vraiment bien, pourrait croire prier suffisamment, sans avoir besoin d'autre prière.

D'un autre côté, l'expérience enseigne que cette double faveur de bien dire la messe et de bien réciter l'office ne s'obtient qu'autant qu'on fait d'autres prières. Observons, en effet, si, parmi ces prêtres et ces pasteurs d'àmes qui ne font jamais d'autres prières en dehors de la messe et de Toffice, il s'en trouve quelqu'un dont on puisse dire : Il célèbre très-bien la sainte messe; il récite très-bien l'office divin. A quoi bon se faire illusion ? Nous n'en trouvons aucun. C'est même beaucoup si ces prêtres et pasteurs d'àmes ne maltraitent pas la messe et l'office.

o63. Ceci n'a rien de surprenant, si l'on considère qu'on n'arrive pas à célébrer la messe et à dire l'office dévotement sans une foi vive qui nous pénètre bien de l'excellence et de la disnité de l'un et do

Taiitre ; or, cette foi vive, on ne l'a pas, ou au moins on ne la conserve pas sans l'oraison mentale. Celleci manquant, la foi devient si faible que la messe et l'office se réduisent presque à deux actes arides et stériles pour l'âme du prêtre, et par là ils sont privés des sentiments de dévotion dont ils devraient être animés ; il est vraiment rare qu'on ne tombe pas ainsi dans deux actes matériels tronqués.

C'est pour cela que le Curé, comme l'enseignent tous les maîtres de la vie spirituelle, ne peut se dispenser de vaquer à l'oraison mentale. D'un autre côté, devra-t-il regarder l'oraison mentale comme un devoir indispensable de chaque jour ? Celui qui sait par expérience ce que c'est que l'exercice du ministère paroissial répond nettement que non. Il y a des jours où la discrétion ne permet pas d'exiger du Curé l'oraison mentale (je parle du Curé qui travaille beaucoup). Dans la matinée des jours de fêtes, il doit se mettre au confessionnal de bonne heure et y rester de longues heures, célébrer la sainte messe, faire l'explication de l'Evangile ; puis 11 faut se préparer pour le Catéchisme, et peut-être aura-t-il encore d'autres occupations pour les malades, etc., de manière qu'il est occupé jusqu'au soir. Dans la soirée, il aura probablement encore à réciter une partie de l'office divin, et il sera bien qu'il récite Matines du lendemain. La discrétion permet-elle qu'avec tout cela on demande encore de lui l'oraison mentale ?

Egalement, même en dehors des jours de fêtes, il y a des jours où le Curé est très-occupé des choses de son ministère, du matin au soir, et on ne peut prétendre raisonnablement qu'il s'efforce de trouver

du temps pour cette oraison fatigante. Je dis fatigante, bien que quelques-uns essaient de prouver, à leur aise, que c'est la chose du monde la plus facile. Néanmoins, le vénérable Père Du Pont, très-versé dans cette matière, enseigne qu'il est difficile et fatigant de faire l'oraison mentale [Introduction à la première partie, § 6), et celui qui la fait le sait par expérience. Donc, il ne faut pas attendre cette oraison fatigante d'un homme déjà accablé de lassitude. Pour résoudre cette difficulté, il ne sert à rien d'imaginer des hommes tels qu'ils pourraient être, tout fervents et spirituels après un long travail et des occupations qui ne sont pas toujours agréables ; il faut se les représenter comme ils sont, souvent las et harassés, ayant besoin de soulagement au lieu d'une nouvelle occupation fatigante pour Tesprit.

Dans ces jours de fêtes et autres de grand labeur, ce sera assez que le Curé récite l'office, quelques courtes prières journalières, qu'il fasse quelque visite au Très-saint Sacrement, qu'il élève souvent sa pensée vers Dieu dans la journée, et qu'il ait soin de tout faire avec l'intention droite de glorifier Dieu.

Je me rappelle ce que disait un maître homme à un confesseur : Quand le confessionnal vous ôte le temps de méditer, cela remplace la méditation.

564. Toutefois le Curé doit bien prendre garde que, sous le prétexte d'occupations nombreuses et continuelles dans les fonctions du ministère, il se dispense totalement de l'oraison mentale, ce qui serait nuisible à lui et à ses paroissiens, n'étant pas probable qu'un Curé qui est tout entier à

travailler pour les autres, sans jamais concentrer ses pensées sur lui-même et raviver la foi pendant son travail , conserve le véritable esprit ecclésiastique. Si donc il était nécessaire, il devrait plutôt modérer, restreindre ses travaux, bien que saints, afin de trouver un peu de temps à donner à l'oraison mentale. A cause de cela, autant serait à désapprouver un rigorisme inflexible qui prétendrait exiger du Curé l'exercice quotidien de l'oraison mentale , autant aussi serait répréhensible une indulgence excessive qui, à raison de ses occupations multipliées , l'en dispenserait habituellement (1).

<1) Aux no» 431 et 432, l'auteur a averti que les personnes pieuses doivent s'adonner à l'oraison, si recommandée par les maîtres de la vie spirituelle pour se maintenir et s'avancer dans la perfection, sans toutefois qu'on puisse exiger indi-stinctement de toutes la pratique de la méditation, puisque S. Jean de Dieu et sainte Thérèse enseignent que certaines âmes (sainte Thérèse dit même beaucoup d'âmes) en sont incapables, et qu'une constante expérience nons apprend que de3 âmes, même privilégiées de grâces spéciales, se signalent par leurs vertus, en dehors de la pratique de la méditation. Bien entendu qu'en parlant ainsi de la méditation méthodique, il ne dispense personne de la réflexion, selon la portée de son intelligence, sur les fins dernières, sur les vérités de la religion, en particulier sur les mystères de l'Incarnation et de la Rédemption ; car c'est à ces réflexions indîspensaiiles seules que se rapportent les citations de l'Ecriture et des Pères qu'on allè^'ue trop souvent en faveur de la méditation proprement dite.

Maintenant, aux n»» 562, 563, 564, l'auteur traite de la pratique de l'oraison par le Curé. Après avoir proclamé hautement qu il doit être un homme de prière, il admettrait, en théorie, que ce devoir est suffisamment rempli par la dévote célébration de la sainte messe et la pieuse récitation de l'office divin. Mais il s'empresse de remarquer que l'expérience apprend que les prêtres qui ne font pas d'autres prières s'acquittent mal de la messe et de l'office, faute de cette foi vive, nourrie dans l'oraison mentale. lien infère, avec les maîtres do la vie spirituelle, la nécessité de la méditation pour le Curé. Seulement, il n'eu veut pas faire une obligation si journalière que le Curò fie puisse en être dispensé dans les circonst»nceâ de grands travaiUt

S65. Les bons Curés de temps en temps, au moins tous les deux ou trois ans au plus, font les exercices spirituels dans quelque maison religieuse. On

bien qu'il conseille de modérer ces fatigues et de ne pas se dispenser totalement de l'oraison. Sa conclusion est qu'autant serait à désapprouver le rigorisme inflexible, prétendant assujétir le Curé trèsoccupe' k l'exercice absolument journalier de la méditation, autant serait blâmable une indulgence excessive qui l'en dispenserait habituellement, sous prétexte de travaux multipliés. On voit que si, en bon théologien, il tient aux principes, il sait, en habile praticien, en modérer l'application selon les cas et se mettre à la portée de l'on- Trier évangélique, dans les circonstances exceptionnelles. Jlalheureusement, le tiède s'habitue à ces exceptions, au point de finir par s'affranchir totalement d'un exercice si salutaire.

Cet aperça sur la nécessité de l'oraison mentale dans le Curé pourrait suffire pour tout prêtre qui a a cœur sa sanctification; mais comme la matière est plus importante qu'elle ne paraît à plusieurs, j'ai cru devoir l'appr fmdir davantage. Voici un résumé fidèle de l'enseignement du saint Docteur Liguori, non moins profond ascétique qu'habile théologien. Avec lui, nous entendons à peu près l'école mystique tout entière. J'ai étudié a dessein et approfondi tous les ouvrages du saint oli il traite de l'oraison.

Sa maxime, répétée plusieurs fois, es* celle-ci : Oranes sanati facti sunt sancti per meditationem. Outre qu'elle signale admirablement un des instruments principaux de la sanctification et en pose le fondement solidf, de plus, elle attaque le préjugé qui ne ferait remonter l'origine de la méditation méthodique qu'à S. Ignacs de Loyola, il y a ;J50 ans, tandis que, malgré le silence des règles des quaire grands fondateurs d Ordres, il reste démontré que la méthode sulpicienne de M- Olier est celle même que suivaient les Pères du désert et est, au (lira du P. Taber, un monument de la plus antique spiritualité de l'Eglise.

Bans ses Re'/lexions pieuses sur différents points de spiritualité^ S. Liguori établit la nécessite de l'oraison mentale, au § 14, en affirmant que, sans elle, on ne peut s'acquitter convenablement du devoir de la prière. Nous verrons plus bas qu'il fait de cet argument la pierre fondamentale de la nécessité de l'oraison. S. Jean de la Croix, ajoute-t-il. disait : C'est l'oraison qui m'a nourri et soutenu; par elle j'ai renoncé au monde et à tout ce que je possédais. Quant à ce que notre saint docteur compile ensuite en doux pages, je l'omets, pensant que cela a plus trait a la nécessité de; la prière et de la réflexion en général qu'à celi;; de l'oraison mentale.

Le troisième moyeu du sanctification, dit-il, dans sa Pratique de f amour de Jésus-Christ, est l'oiaisou mentale. Ou Ut dans les écrit»

ne saurait dire combien c'est utile pour euxmêmes et pour leurs paroissiens, ayant du temps ces jours-là, et étant comme forcés de réfléchir sur

deGersonque celui qui ne médite pas les vérités éternelles ne peut, sans un miracle , vivre en chrétien, et cela, par la raison que, sans l'oraison mentale, lalumière nous manque et que nous marchons dans l'obscurité. Celui qui néglige l'oraison cesse bientôt d'aimer Jésus- Christ. L'oraison est le foyer sacré où s'allume et s'entretient le feu de Tamour divin : In meditatione mea exardescet ignis... En outre, le plus grand mal qui résulte de la négligence sur cet article, c'est que, sans oraison mentale, on ne prie pas, etc.

Au chapitre 15 de La religieuse sanctifiée, il prouve ainsila nécessité de l'oraison mentale pour les religieuses, n est difficile, disons mieux, il est moralement impossible qu'une religieuse qui n'aime pas l'oraison soit jamais une bonne religieuse. Si vous voyez une religieuse tiède, dites : Elle ne fait pas orp:sûn, et vous ne vous tromperez pas. S. Philippe de Néri disait : U: ■; religieuse sans oraiêon est une religieuse sans raison ; j'ajoute : Ce n'est plus une religieuse, c'est un cadavre de religieuse. Sans oraison, l'pas de lumières ; 2° nous n'avons pas la force de résister aux tentations, ni de pratiquer les vertus clirétiennes. Loraison est prur l'âme ce que le feu est pour le fer : quand 11 est froid, sa dureté est extrême et rend impossible tout travail : mais le feu ramollit et le rend souple au gré du forgeron... Sans oraison, le cœur reste dur, rétif, rebelle, et on ne peut manquer de se perdre : Cor durum habebit maie in novissimo... De la nécessité absolue de la prière vient la nécessitémorale de l'oraison menta'.e, car sans elle on abandonne la prière et on se perd sans retour. Le Cardinal Bellarmin dit qu'il est moralement impossible que celui qui ne médite pas vive exempt de péché. Je ne fais pas, dites-vous, d'oraison mentale, mais je fais beaucoup de prière vocale. Ecoutez la réponse de S. Augustin : Pour obtenir la grâce, il ne suffit pas de prier avec les lèvres, il faut encore prier avec le cœur... On fait les prières vocales avec la voix du corps, et non point avec celle du cœur ; et alors on est distrait, surtout si elles sont nombreuses, et si l'on ne s'est pas formé auparavant à l'oraison mentale, c'est pour cela que Dieu les écoute peu et les exauce rarement. Beaucoup de personnes disent leur rosaire, l'office de la sainte 'Vierge, et font d'autres œuvres extérieures de dévotion; et cependant elles restent toujours dans le même état du péché. Mais xîelui qui s'applique à l'oraison mentale ne peut pas en même temps se livrer au péché : ou il abandonnera l'oraison, ou il renoncera au péclié. Un grand serviteur de Dieu disait : L'oraison mentale et le péché ne peuvent pas demeurer ensemble, etc.

C'est surtout dans sa Selva pour la retraite des prêtres^ que 1«

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leur réforme personnelle et sur le gouvernement de la paroisse.

Un Curé qui ne fait jamais les exercices spirituels,

saint aborde la question sous le point de vue particulier aux prêtres, dans la v* instruction de la 2» partie. Si l'oraison mentale est nécessaire, moralement parlant, à tous les fidèles, comme l'a e'crit le Père Suarez, combien plus cette pratique l'est-elle aux prêtres? 3. Charles Borromée, considérant la nécessité où sont les ecclésiastiques de faire l'oraison mentale, fit décréter dans un concile de jli'.an qu'on interro.^erait plus spécialement celui qui doit être ordonne s'il sait faire l'oraison mentale et de quelles méditations il se iert. Le ?, Maitre d'Avila ditournait de se faire prêtre celui qui ne faisait pas fréquemment oraison. Sans oraison, le prêtre a peu de lumières et peu de force, etc. Plusieurs font beaucoup de prières vocales; mais celui qui ne fait pu i d'oraison mentale les dit avec peu d'attention et au milieu de distractions continuelles: aussi le Seigneur ne les exauce pas. Une âme, si relâchée qu'elle soit, disait sainte Thérèse, si elle persévère dans l'oraison. Dieu la conduira au port du o:ilut ; tous les saints se sont sanctifiés par l'oraison mentale. Sans oraison, dit-il ailleurs, on sera difficilement un bon prêtre. (App. iv, Hom. Apost.J

Le saint continue : J'omets donc ici beaucoup de choses qu'on pourrait ajouter sur la nécessité de l'oraison mentale, parce que je veux seulement m'étendre sur trois réponses aux excuses qu'apportent ordinairement les prêtres qui ne font pas oraison. Les uns disent : Je n'v trouve aucun goût, je suis aride, distrait et tenie ; j'ai une imagination vagabonde qui ne peut se fixer. Mais S. f rançois de Suies répond que quandbienmême on ne ferait autre chose, pendant l'oraison, que chasser et chasser toujours les distractions et les tentations, l'oraison serait encore bien faite, puisque les distractioni ne seraient pas volontaires. Le Seigneur se contentera de la bonne volonté et de la persévérance à faire oraison, mal.^^ré toutes ces difficultés, et pour cela, il ne se montrera pas avare de ses grâces. On ne doit pas faire oraison par goût, mais pour plaire à Dieu. S. François de Sales disait: Une oncs d'oraison faite au milieu des désolations pèse plus devant Dieu que cent livres au milieu des consolations. Appliquons-nous alors plus que jamais à demander miséricorde pour nous et pour les pauvres pécheurs. Dieu demande surtout des prêtres qu'ils prient pour les pécheurs. Mais pour cela, dira-t-on, il suffit que je récite l'office divin. Les aboiements des chiens, dit S. Augustin, sont plus agréablet à Dieu que les prières des mauvais prêtres, tels que sont ordinairement ceux qui ne font pas oraison, puisque sans oraison mentale, il leur est très-difficile d'avoir l'esprit ecclésiastique.

à moins qu'il ne soit scrupuleux et que, comme tel, il n'en soit détourné par son directeur (on en dit autant des autres ecclésiastiques) fait soupçonner

D'aiitfes disent: Si je ne fais pas l'oraison mentale, je ne perds pas mon temps, pui-que je le consacre a l'étude. Mais l'Apûtre e'crivait a Timothée: Attende tibi, etdoctrinx. (I Tira., iv, IG.) D'abord à toi, c'est-a-dire a l'oraison, et puis à la doctrine. Si nous ne sommes pas saints, comment rendrons-nous les autres saints ? Une parole d'ua prêtre qui aime vraiment Dieu fera même plus de bien aux autres que mille sermons de grands docteurs qui n'aiment Dieu que faiblement. Or, cette science des saints ne s'apprend pas dans les livres, mais dans l'oraison. On apprendra quelquefois jjIus en un moment d'oraison mentale qu'en dix ans d'dtudes. Le Pbre Suarez disait qu'il aimerait mieux perdre toute sa science qu'une heure d'oraison mentale. On ne nie pas que l'étude ne soit utile et même nécessaire aux prêtres, mais la première étude est celle du crucifi:^.

D'autres disent : Je voudrais bien faire oraison, mais le confessionnal et les sermons ne me laissent pas un moment a moi. Je vous loue sans doute d'être appliqué au salut des âmes, mais je ne puis vous louer de ce que, pour aider les autres, vous vous oubliiez vousmêmes. Il faut d'abord faire attention à soi-même par la méditation, et puis ensuite au prochain. Al'exempie des Apôtres, qu'on s'applique d'abord à l'oraison, puis à la prédication : Nos vero orationi, et ministerio verbi instantes erimus (Act., vi, 4), parce que, sans l'oraison, les prédications produisent peu de fruits. C'est pourquoi sainte Thér'ese écrivit à Tévêque d'Osma qui s'appliquait beaucoup à Tavancement de ses ouailles, mais peu a l'oraison : Notre-Sei.;îneur m'a fait connaître qu'il manquait en vous ce qui est le plus nécessaire (Si le fondement manque, l'édifice s'écroule), l'oraison mentale et la persévérance à la faire ; de cette omission vient l'aridité dont votre âme souffre. (Lettre vin, autrement lv.)

S. Laurent Justinien dit: Marthas studium absque Marîx gustu, non potest esse per fectum. Le même saint ajoute : In via deficit, si ab interna maneat refectione jejunus ; et encore : Priusquam proximorum liicris incumbat, orationi intendat.

Afin donc que le prêtre puisse attirer plus d'âmes à Dieu, il doit d'abord avoir été attiré par Dieu. Ainsi ont fait les plus saints ouvriers, un S. Dominique, un S. Philippe de Néri, un S. François Xavier, un S. François Régis : ils emplo3'aient tout le jour au bien des peuples, et la nuit à l'oraison, où ils restaient jusqu'à ce que le sommeil les eût vaincus. Un prêtre de médiocre savoir, mais animé d'un grand zèle, attirera plus d'âmes à Dieu que beaucoup d9 savants trop tièdcs.

D&m Le Confesseur des gens de la campagne^ ch. xs.i, art. 3,

qu'il est du nombre de ceux qui ne veulent pas voir l'intérieur de leur conscience, craignant d'y trouver ce qu'ils ne voudraient pas, c'est-à-dire

n» 2Ç, il dit : • n y a trois moyens principaux de conduire les âmes à la vie parfaite : l'oraison mentale^ la mortification et la fréquenta ion des sacrements ».

L'oraison mentale est nn moyen que le confesseur doit insinuer à tons les pénitents, mais particulièrement aux personnes spirituelles. La prière est nécessaire pour se conserver en état de grâce... Or celui qui ne fait pas l'oraison mentale, c'est-a-dire la méditation, prie difficilement ou prie bien peu, parce qu'en ne méditant pas. il connaît peu les besoins de son âme et les périls où il se trouve ; c'est pourquoi l'oraison mentale est moralement nécessaire à chacun, pour ne pas tomber dans des fautes graves, et aussi pour s'embraser de l'amour divin.

Dans \ Instruction pratique pour les Confesseurs, voici ce qu'il dît au chap. XII, n» 44 : Le Confesseur doit conseiller aux fidèles la pratique de l'oraison mentale, avoir soin de la faire avec le peuple chaque jour dans l'église, au moins tous les jours de fêtes,et de lui enseigner la manière de la pratiquer en particulier. Miis qu'il me soit permis ici de soulai^er mon cœar. Grandi misère ! Combien peu nombreax sont les Curés et les confesseurs qui ont soin de conseiller à leurs pénitents cette pratique importante de la méditation, sa s laquelle il est difficile de persévérer dans la grâce de Dieu, et il est presque impossible de s'avancsr dans la voie de la perfection. Et cependant, un peu de zèle à cet égard embras tait un grand nombre dûmes de l'amour divin. En un mot, cette pratique est négligée, parce que Jésus-Christ n'est pas aimé. Oh ! si les Curés et les Confesseurs aimaient bien Jésus-Christ, de combien de personnes ne le fernientils pas aimer, et par la ils les préserveraient du feu de l'enfer. Il faut donc prier le Seigneur que, s'il veut être aimé de ses enfants, il se fasse aimer par les prêtres.

A SàPraxis Confessarii, ch. ix. § 1, n» 122, S. Liguori dit : Un bon Confesseur doit donc, lorsqu'il voit un pénitent qui dé este le péché mortel, et qui désire faire des progrès dans l'amour divin, l'engager à faire l'oraison mentale, c'est-à-dire à méditer sur les vérités étemelles et surla bonti de Dieu. Sans doute la méditation n'est pas comme la prière nécessaire pour parvenir au salut éternel ; néanmoins elle paraît être fort nécessaire pour conserver les âmes dans la grâce de Dieu. Les autres exercices peuvent être pratiqués et le péché exister en même temps : mais pour l'oraifion mentale, elle exclut absolument le péciié : ou l'on abandonnera l'oraison, ou l'on abandonnera le péché... Aussi aucun autre exercice 4e piété n'est-U aassi eificace qua l'oraison pv»ar préserver da démoa.

certaines choses sur lesquelles ils aiment à fermer les yeux quand ils se confessent et quand ils célèbrent la sainte Messe. Ils sont à comparer aux

Cegt pourquoi sainte Thérèse dit : Le démon sait que l'âme qui persévère dans l'oraison mentale est entièrement perdue pour lui. Aussi ne cherche-t-il à empêcher aucun autre exercice comme celai de l'oraison.

Au § 3, n» 212, il ajoute : Tous les saints le sont devenus par l'oraison mentale, et Texpérience démontre que ceux qui pratiquent cette oraison tombent rarement dans le péché mortel, et que s'ils y tombent quelquefois, en continuant a pratiquer Toraison, ils se relèvent aussitôt et reviennent a Dieu.

Au I^' Appendice de VBomo ApostoUcus, sur la direction des âmes spirituelles, il répète ce qui vient d'être dit et ajoute : Celui qui ne médite pas, prie difficilement, parce qu'il ne s'excite pas a ia considération des grâces dont il a besoin, ni il ne sent pas la nécessité de prier ; en sorte que celui qui ne fait pas oraison persévère difficilement dans la grâce de Dieu... L'oraison abandonnée, l'âme ne pourra se sauver. L'âme, disait sainte Thérèse, qui abandonne l'oraison, c'est comme si elle plaçait d'elle-même en enfer, sans qu'il y ait besoin des démons. 0 Dieu, combien les confesseurs seraient utiles aux âmes avec un peu d'attention sur ce point ! £t quel compte ricade ils auront à rendre à Dieu, s'ils ne le font pas ! Car ils sont tenus de procurer, autant qu'ils peuvent, l'avancement spirituel de leurs pénitents. Oh ! que d'âmes ils pourraient conduire dans la voie de la perfection et délivrer de la rechute dans des péchés graves, s'ils se donnaient la moindre peine de les diriger dans le chemin de l'oraison, et ensuite de les interroger, au moins dans les commencements de la vie spirituelle, si elles o:it fait ou non l'oraison. Quand une âme s'est ainsi fortement établie dans l'oraison, elle ne perd plus Dieu que très-difficilement: c'est pourquoi il faut conseiller l'oraison mentale, non-seulement aux bonnes âmes, mais encore aux pécheurs qui retournent souvent à leurs vomissements par le manque de considération.

C'est surtout au IV* Appendice de VHomo ApostoUcus, § 3, Brevit praxis orationis mentalis, qu'il insiste sur la nécessité de l'oraison mentale pour tous. Je ne m'arrête pas a sa premiere preuve qui se réduit à peu près à démontrer que sans la réflexion on ne peut se sauver : Desolatione desolata est omnis terra; quia nullus est qui recogitet corde. (Jérém., xii, 11.) La chose est trop évidente, mais pas assez concluante pour la nécessité de l'oraison méthodique et JOUi-nalière.

Son argument principal, le voici, dans toute la pureté de son texte: ■ Alterum principale fondamentum, et majoris momenti prò nece»-

enfants qui, se trouvant en face d'un objet menaçant, cherchent à se rassurer en mettant les mains devant leurs yeux. Il est certain qu'ils ont plus besoin que

f sitate oratlonis mentalis, est quod anima qn» non meditantur, non

• orantet itapereunt. Virtutesin ilio qui orationi non racat, licetrepe- « rlantur, niliilominns nec stabiles nec persévérantes se prœstabunt, « quia perseverantia nisi petitionibus, et quidem perseverantibus non

• obtinetur. Hinc f t quod qui non petit perseveranter, non perseve- « rabit. — Propterea S. Paulus discipulos sucs, ut sine interinissione « orarent, bortabatur... Et ipse Salvator dicebat... Oportet semper

• orare, et non deficere. (Luc, xvi, 11.) Et hinc oritur quod sisdi-

• tatio sit moraliter necessaria animabus, ut in gratia Dei persi-

• stant. Dico moraliter necessaria, quia licet, ex se loquendo, posât

■ quis in gratia acquisita perdurare, attamen cum non meditatur est » moraUter impossibil'', nempe diffioillimum, ne in gravia peccata

• labatur ; et ratio est illa quam paulo superius ionulmus, quia

• ille qui orationi non vacat, in alia animum distrahens, parum ia-

• di^entias suas perspiciet, parvi sua pericula faciet, parum curabit

■ media suscipiend i et exsequenda ut ab illis caveat. et parum de-

• nique orandi necessitatem, in quâ reperitur, cognoscet ; et ab a orando desistet, et non orando utique peribit o. S. Lîguori cite en confirmation le sentiment du docte Evéque Palafox. raisonnant de même a l'occasion de la vni* lettre de sainte Thérèse à l'Evèque dOsma. Je laisse à de plus habiles à juger de la valeur de cet argument qui, dans sa généralité', tendrait à damner même nos boni chrétiens, étrangers à l'oraison.

Après ce résumé de la doctrine de S. Liguori sur l'oraison, essayons de tirer plus au clair le sens de l'auteur.

1» Il est indubitable que S. Liguori est un des plus ardents défenseurs de la cause de l'oraison mentale, qu'il y revient souvent et qu'il insiste pour la géaénliser, même avec les pécheurs. C'est, en effet, un grand moyen de sanctification.

2° Tout en avouant que l'oraison n'est pas nécessaire au salut, comme la prière elle-même, il la croit cependant moralement nécessaire à tous pour se maintenir dans la grâce de Dieu et éviter le péché mortel.

3» Il soutient même que, sans l'oraison mentale, on ne prie p« réellement, et qu'ainsi on se perdra.

40 Quoiqu'il afifirme que le prêtre sans oraison fera difficilement \m bon prêtre, et qu'il aura très difBcilement l'esprit ecclésiastique, cependant je ne lis pas qu'il le suppose par la même en état de péché mortel, ni qu'il exige du confesseur de lui refuser Taî.solu'ion, comme le fait le P. Valuy. {Manuel du prêtre, 1" part., i^jour-J II est Arai qu'en urgeant on peu ses principes sur l'oraison, on en conclut

tous les autres des exercices spirituels. Certains se trompent eux-mêmes ainsi : Cela n'est rien, ou au moins c'est peu de chose ; il n'y a pas eu malice pleine...

aisément que le prêtre n'est nullement en sûreté de conscience, «'il

omet habituellement l'oraison.

Aussi Fras vinetti, qui connaissait bien l'esprit de S. Liquori, ne voit-il pas moyen d'affranchir le Curé de l'oraison nécessai'-s à la deVote célébration de la sainte messe et à la pieuse récitation de l'office divin. Ce que l'épée, disait saint Vincent de Paul, est aux soldats, l'oraison l'est à ceux gui se dédient au service des autels.

Si, mettant à part la doctrine de S. Llguori, qu'on pourrait peutêtre suspecter de quelque pieuse exagération (que Dieu nous en préserve envers un saint et un docteur pareil, aussi expérimenté 1 , nous con sultons les auteurs, nous restons encore moins fixés, a cause de la divergence d'opinions et de certaines expressions louches. Beaucoup d'ascétiques ont exalté l'excellence et l'importance de la pratique de rornison, mais bien peu de casuistcs se sont occup 's de sa nécessite'.

M. Dubois, après tant d'autres, dit l'oraison si aùsolument nécesgaire au prêtre qu'il ne semble pas moralement possible que, sons elle, il remplisse les grands devoirs qui lui sont imposés, de manière à assurer le salut de son âme. (Le saint Prêtre, p. III, c. ii.) Il démontre ensuite que le prêtre est mauvais, tiède, bon, ou saint, selon qu'il néglige ou afifectionne plus ou moins l'oraison. J'admets que cela devient un ;herrao-.nètre ou baromètre spirituel assez sûr, mais n'est-il pas un peu aventureux d'en conclure rondement : post hoc, ergo propter hoc? Les causes de relâchement et de ferveur étant multiples sont difficiles à app écier en particulier. Entre autres, le désordre du désœuvrement est aussi funeste, pour le moins. J'ai à dessein consulté plusieurs h inmes éminents pouvant faire autorité, qui sont loin d'admettre une absolue nécessité, dans toute la riguear du terme, pourvu qu il y ait quelque chose qui supplée, v. gr., lectures, examens.

Je crois pouvoir men tenir au P. Faber : L'affaire la plus importante de la vie i.itérieure, dit-il, c'est la prière mentale... Des écrivains ascétiques et même des saints ont représenté la méditation comme étant nécessaire au salut, et dans certains sens, dans certains cas, cela est vrai. Quoi quii en soit relativement au salut, il est certain que la prière mentale est nécessaire à la perfection, et que sans elle la vie spirituelle n'est pas possible. (Progrès de l'âme, chap. XV. De la prière.) Ajoutez que le fruit des instructions dépend beaucoup de la méditation : Ex plenitudine contemplationis derivatur prxdicalio, dit S. Thomas.

C'en est ass3z pour que le prêtre, appelé a une plus grande perfection que le fidèle, ne fût-ce qu'à raison de ses augustes fonction*

il paraît que c'est matiéi^e légère... je ne dois pas m'exposer à perdre la paix de l'âme. S'ils faisaient une lois les exercices spirituels, ils verraient qu'il y a réellement quelque chose, une chose trèsnotable, malice suffisante, matière grave, et remédiant à tout par une bonne confession, ils acquerraient la vraie paix de l'àme, dont ils ne connaissent pas le prix (1).

s'attache à cet exercice et qu'il redoute son omission, non-seulement comme une marque de tiédeur, mais comme un très-mauvais signe pour le salut e'terael...

Je tiens cependant à ajouter que de pie-:ises lectures, approprie'es et bien réde'chies, avec retour sur soi-même et soupirs vers Dieu, pourraient remplacer jusqu'à un certain point la méditation méthodique, surtout pour les novices et les imaginations difficiles a fixer, pui^qu'au dire de sainte Thérèse elle-même, beaacojp sont incapables de méditation formelle.

Conclusion. De grâce, quand surtout nous traitons de sujets graves avïc des gens sérieux, évitons les hyperuolss qui, en disant trop, ne disent rien, embrouillent même les notions les plus saines et conduisent finalement au pyrrhonisme. La vérité tout seule est déjà assez effi-ayante sur les devoirs paitoraux, sans qu'il y ait besoin do la relever encore par des exagérations pieuses. Soit dit, toutefois» sans méconnaître en rien la haute importance de l'ovaison.

{Note du traducteur.^

(1) On conseille aussi une petite retraite mensuone d'un jour. Elle est très-utile, tant pour examiner ses besoins spirituels que pour faire sa préparation a la mort. Plusieurs saints récitaient chaque jour la recommandation de lame. C'est le moyen d'être trouvés prêts : estote parati, surtout en cas de mort subite, si fréquente. On y porte son attention sur sa passion dominante. On s'excite à veiller, prier et lutter contre les tentations dès le principe même. Qu'o nne prétexte pas rembarras des affaires. Sans doute, il faut éviter l'oisiveté, mais aussi il faut se défier de l'action immodérée où l'on s'oublie soi-même pour s'absorber dans le ministère des âm'^s. Par là on s'agite beaucoup, mais privé de l'onction, fruit des exercicas spirituels, on avancera peu. Cet écueil est surtout à éviter dans les villes : on en vient à éprouver une grande difficulté de se recueillir, on s'oublie soi-même, et ron tombe dans l'aveuglement et reudurcissement. (Note du traducteur.)

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