‹ Manuel pratique du jeune curéChapitre 59 sur 83 · DE LA PRATIQUE DU ZÈLE · texte numérisé non relu

DE LA PRATIQUE DU ZÈLE

Le Curé zélé s'emploie le plus possible, et sans s'épargneVj à procurer la gloire de Lieu et le salut des âmes.

566. Il y a quelques pasteurs d'âmes qui, en grande partie, peuvent être comparés aux statues placées dans des niches, et comme il y a de ces statues très-estimées, il s'en trouve aussi parmi ces pasteurs qui sont applaudis. Tels sont ceux qui regardent le ministère curial comme un emploi honorable et lucratif, et qui visent à s*en tenir à la lettre autant que l'exige la charge ; ils se gardent de manquer à leurs devoirs, matériels s'entend, comme serait de ne pas prêcher aux l'êtes, de ne pas solenniser la fête du saint titulaire, de laisser mourir les malades sans sacrements. En se gardant de pareils manquements, ils paraissent ne pas craindre d'encourir le blâme de la population, et ils se croient en droit de dire : Je n'omets aucun de mes devoirs, je fais ce que les canons et la coutume exigent du Curé. En fait, ils ont une bonté négative, en ce qu'ils ne peuvent être inculpés d'omissions notables dans l'exercice du ministère ; si, de plus, ils sont polis et de bonnes manières, s'ils sont érudits et lettrés, ils jouissent communément de

heaucoiip d'estime, et ils passent pour de bons Curés et des hommes remarquables. Cepeudant, si l'on examine comment ils administrent la paroisse, ils peuvent être appelés avec beaucoup de raison des statues, statues froides et même lourdes pour la pauvre paroisse qu'ils gouvernent.

567. Ils confessent, mais aux heures qui leur sont commodes, et encore n'est-ce qu'à certains jours déterminés ; s'il se présente à eux des pénitents ignorants et mal disposés, ils les congédient brusquement, ils expédient les personnes dévotes, désapprouvant ouvertement en elles la fréquentation des sacrements, parce qu'elles feraient mieux dô s'occuper de leurs familles et des travaux de ménage, etc. C'est un fait que leur confessionnal est presque désert, et qu'on n'y voit que quelques personnes de la classe aisée, et rien de plus.

568. Ils prêchent, mais ils s'en tiennent toujours à des généralités, sans descendre dans les particularités et les moralités exigées par les temps et les lieux ; s'ils sont littérateurs, ils se piquent de paraître élégants dans la diction, pour que les gens instruits les entendent avec plaisir; quant au pauvre peuple, il ne comprend guère, et il n'en retire presque aucun fruit.

569. S'il y a des désordres et des scandales dans la paroisse, avec la règle de prudence qui leur est tout à fait propre, ils ferment les yeux, ils ne voient rien, n'avisent à rien ; fait bien qui veut, fait mal aussi qui veut. On dirait que le salut et la damnation des âmes n'ont aucune importance pour eux.

570. Il y aurait tant de bien à faire dans la paroisse ; aviser à la fréquentation des sacrements.

à riastruction de la jeunesse, établir beaucoup de pratiques de piété ; mais ils ne s'en donnent pas la peine. Sous leur régime, tout doit marcher comme cela s'est toujours fait ; loin, bien loin les innovations ; dès que c'est chose nouvelle, c'en est assez pour qu'elle doive être rejetée (1).

Ils n'aiment pas seulement l'inaction, mais par surcroît , s'il y a dans la paroisse quelque bon prêtre zélé qui se montre désireux de faire le bien, ils en deviennent jaloux, et au lieu de l'encourager et de le favoriser, ils s'appliquent à le décourager et à le contre-carrer, afin qu'il ne trouble pas le bienheureux sommeil où dort la paroisse. Avec gentillesse, ils le tournent en ridicule devant les séculiers ; dans le catéchisme , ils lancent des bons mots à ses bigotes; selon leur expression, et force est à ce prêtre de se résigner et de se contenter d'être souifert.

571. C'est alors que la paroisse sent combien est lourde cette froide statue qu'elle a dans son Curé ; poids écrasant pour tous les tendres bourgeons de la dévotion et de la piété ; mais précisément parce que la statue ne trouble pas les méchants, favorise les indifférents et ne contrarie que les bons habitués à la patience et au silence, la statue est applaudie, et le monde dit : C'est un bon Curé.

(1) n serait bien à désirer que ces ennemis des innovations lussent un beau passage de la lettre de S. Bernard aux Religieux du Mont- Dieu, doli nous extrayons ces paroles : Ciim manifestum lumen veritatis obnubilare non queunt, de solo nooitads nomine caoillantur, veteres ipsi, et in veteri monte nescientes nova meditari, utres vete^ res non ca/nentes vinwn novum, quod si eis infunderetur, rumperentur. Sileant ergo gui in tenebris de luce judicantes, vos arguunt novitatis ex abundantia mais voluntatis, ipsi potius arguendi vetutîatis et vanitatis.

Le monde ment. Le bon Curé, c'est celui qui a le zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes, celui qui procure ces deux fins par tous les moyens que lui fournissent sa capacité, sa position et ses ressources pécuniaires ; en somme, le bon Curé lait tout le contraire de ce que fait cette statue décrite.

572. Voici ensuite le caractère distinctif du bon Curé, zélé pour les intérêts de son ministère sacré: ne consulter jamais ce à quoi l'oblige le devoir, mais ce à quoi le porte l'amour de Dieu. Quelle indignité de ne vouloir donner à Dieu que ce qui lui est dû en rigueur selon le précepte !

Ayant visé un but si bas, on frappe bien plus bas que le point marqué, et ainsi on manque à son strict devoir, auquel on paraissait ne vouloir pas manquer. Que le pasteur sacré voie si Kotre-Seigneur Jésus-Christ, le Pasteur des pasteurs, épargna quelque chose quand il s'est agi de procurer la gloire de son divin Père et le salut des âmes !

Le Curé zélé s'aide de la coopération des prêtres sur la paroisse et entretient en eux l'esprit ecclésiastique par les conférences.

573. La résolution d'accomplir non-seulement ce qu'exige le devoir, mais tout ce qu'il peut pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, fait que le bon pasteur se multiplie et travaille avec cent bras pour son troupeau.

Il calcule d'abord quelles espérances il peut fon*

der sur les prêtres de sa paroisse, et il les fait tous travailler de concert avec lui à cette grande fin, autant que le comporte leur capacité. Il a soin de se les affectionner, en leur donnant, chaque fois qu'il le peut, des marques d'estime et de considération, pour les porter à se prêter volontiers à l'exercice de toutes les fonctions du ministère, quand il les en prie et les exhorte. Si ces prêtres s'affectionnent au Curé , ils lui sont d'un grand secours dans toutes les circonstances et les nécessités ; ils ne se refusent pas, à son invitation, à faire beaucoup de bien, sans y être tenus.

574. Par-dessus tout, que le Curé zélé s'efforce de les rassembler près de lui pour tenir quelque conlérence ecclésiastique. Là il connaît mieux leur esprit, il redresse leur manière de voir si elle dévie en quelque chose, et il leur donne les principes les plus sûrs et les maximes les plus saines, ou, s'ils sont déjà bien lormés, il les maintient dans cette voie.

Il est difficile de s'imaginer tout le bien que font ces conférences des bons Curés avec leurs prêtres. Là, leur esprit est cultivé très-avantageusement. Là, se forme l'unité des sentiments et la contormité de pratique d'où naissent le concert et l'harmonie si précieux dans l'exercice du saint ministère, l'union, rédification du peuple, l'encouragement des bons et l'épouvante des méchants. Là, on projette le bien à faire, et on avise aux moyens de réussite. Là, tous les prêtres, selon leur capacité respective, sont stimulés par le Curé à supporter la fatigue dans la vigne du Seigneur, l'un par la prédication , l'autre par les confessions ; celui-ci par

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rinstruction des enfants , celui-là paT les soins aux Congrégations , aux Confréries et à toutes les bonnes œuvres établies dans la localité ou à y établir. D'où il arrive que le Curé travaille avec les bras de tous, et qu'ainsi le bien qu'il n'aurait pu faire seul dans plusieurs années, est accompli avec cette coopération en très-peu de temps.

575. Ces conférences furent toujours encouragées et souvent prescrites par les évèques zélés, et elles furent toujours pratiquées par les Curés animés d'un bon esprit. Si le nouveau Curé les trouve établies dans la paroisse, il n'aura garde de les laisser tomber en désuétude, ou de ne ies tenir que rarement ; mais il s'efforcera de les maintenir intéressantes et fréquentes. Là où elles manquent, qu'il les établisse au plus tôt et qu'il ne laisse pas de les faire, quand môme il n'y aurait que peu de prêtres. Lorsqu'il n'y a dans la paroisse que son vicaire ou le chapelain de la Confrérie, qu'il ne laisse pas de les tenir avec eux ; rien n'empêche que deux confèrent ensemble saintement.

576. Le fonds de cette conférence portera convenablement sur l'étude de la théologie morale si nécessaire au confesseur, et qui sera très-utile au Curé lui-même, quelque instruit qu'on le suppose ; car elle renferme une matière si vaste qu'elle ouvre un très-vaste champ pour traiter de tous les sujets spirituels.

De plus, si le Curé zélé a dans le voisinage de bons Curés, qu'il établisse quelques conférences auxquelles tous assisteront ; ils y cultiveront mutuellement leur esprit et ils y traiteront du bien à faire parmi les populations. Ces conférences-ci ont

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encore une importance plus grande, parce qu'elles étendent plus loin leur action (1).

(1) Il est très-remarquable et presque étonnant que l'autenr, habitant ritalie, si riche en Ordres religieux de toutes espèces, bien que persécutes actuellement, homme d'ailleurs si ze'lé pour appeler en aide les prêtres «le la paroisse et du voisinaj^e, les Instituts de Sœurs enseignantes, les diverses Confréries , jusqu'aux séculiers pieux eux-mêmes, n'ait pas un mot, pas même une allusion à la coopération des Ordres religieux...

Je me reprocherais l'esprit de prévention, qui autrefois existait malheureusement en France dans le clergé séculier contre les prétentions supposées des Réguliers, et je manquerais à un devoir essentiel pour contrihuer à la gloire de Dieu et au salut des âmes, si je n'attirais l'attention sur certe lacune de 1 auteur. Il est vrai qu'aujourd hui l'esprit de parti sous ce rapport n'inspire plus la même défiance et que nous voyons avec bonhoiir la renaissance des Ordres religieux et leur utile coopération ; essayons néanmoins de dissiper les derniers nuages et de faire ressordr tout l'avantage que l'Eglise retire des Ordres religieux.

Avant tout, posons le principe canonique : Una est Begulai'îum, et Ssculariuin , Prselatùrum et subditorum exemptorum, et non exemptorum universalis Ecclesia ; decet ut omnes, qui ejusdem sunt corporis. unius edam sint voluntatis, et sicut fratres, ad invicem vin* culo chari atis sint adstricti. (Clément., De excessibus Prslatorum^ c. unicum.)

Le Saint-Esprit, au Concile de Trente (Sess. xxv,- c. i, de Recul.)^ dit : Quoniam non ignorât Sanata Synodus, quantum ex Monasteriis piè institutis, et rectè admitiistratis, in Ecclesia Bei splendoris, atque utilitatis oriatur, etc. On sait que Jésu5-Chris' lui même aurait dit à sainte Thérèse : Vs mundo, si Religiosi non essenti Innocent III, dans une vision, vit l'Eglise mère de Latran pête 'a crouler, soutenue par S. Françoi-; : ce qui fit dire a ce grand pape: Vere hic est ille, qui opere ac doctrinà, Christi sustentabU Eccle- Siam. (Breviar. Francise.) La France n'a pas oublié le Bref de Pie VI, du 10 mars 1791, sur les empiétements de l'Assemblée nationale contre les Ordres relijrieux auxquels il décerne tant d'éloges.

La célèbre Bulie Sollicitudo omnium Erclesiarum, de Pie VII, du 7 août 1814, pour le rétablissement de la Compagnie de Jésus, dont le Concile de Trente avait déclaré l'Institut pieux, fait ressortir son utilité en ces termes : « Afin d'être h même d'élever la jeunesse dan»

• les principes de la foi et de la former aux bonnes mœurs, de s'a-

• donner à la prédication, de s'appliquer "a entendre les confession»

• et à l'administration des autres sacrements... C'est pourquoi,

• considérant l'extrême utilité qui en proviendrait dans ces vastes

• régions... quel avantage inestimable de tels ecctésiastiques, dont

Le Curé zélé s'aide du concours des séculiers pieux.

577. Dans toute population, même petite, il y a toijjours un certain nombre d'àmes animées d'un peu de ferveur dans l'amour de Dieu, et il n'est pas

H les mœurs éprouvées avaient été la matière de tant d'éloges, « Tiourraient procurer à la religion par leurs travaux infati— « gables, par l'ardeur de leur zèle pour le salut des âmes, et a par leur application continuelle à la prédication de la parole « de Dieu, etc.. la dispersion même des pierres du sanctuaire, « causée par des calamités récentes..., l'anéantissement de la disci- « pline des Ordres réguliers (de ces Ordres, la gloire et l'ornement « de la Religion et de l'Eglise)... exigent que nous donnions notre • assentiment à des vœux si unanimes pour leur rétablissement, etc. • Enfin, Dieu sait combiim de fois Pie IX a élevé la voix en faveur des Ordres religieux si persécutés, et il fait plus, il offre à partager l'unique asile qui lui reste, avec les Cliefs-d'Ordres menacés d'expropriation.

En faut-il davantage pour faire tomber tout préjugé, nous faire estimer et réclamer la coopération de ces aides dévoués, de cette armée d'auxiliaires, ou tout au moins de ce corps de réserve si précieux dans tant d'occasions ?

Qu'on n'objecte pas les inconvénients, qui partout sont inhérents Il la condition humaine. Le pastenr, animé d'un vrai zèle, verra les heur9ux résultats de ces ouvriers ;;:f;itigables, et fermera les yeux sur les petites misères humaines. Avec moins de susceptibilité et des Yueò plus élevées, il sera presque toujours satisfait et n'aura qu'à bénir le Père des miséricordes. En tout cas, que les Curés, tenus à une plus grande sainteté que les religieux eux-mêmes, selon S. Thomas, s'ils ne se sentent pas parfaits, n'aien: pas la prétention d'exiger des autres la perfection. C'est surtout dans les missions, les retraites que vient à propos ce secours béni. Trop heureux le pasteur qui supplée ainsi à sa faiblesse et qui parfois même parvient à réparer ses fautes dans la conduite des âmes :

Ne nous contentons donc pas d'aller personnellsment nous purifier et retremper dans ces saints asiles de la perfection, appelons encore ces coopsrateurs éprouvés en aide à tout le troupeau. Les peuples ont une confiance particulière en l'habit religieux qui devient déjà un levier puissant tout seul.

Le génie du mal ne s'en prend tant aux religieux, que parcs qu?, puissants en œuvres et en parole, ils composent une avant-garàe re-

-.-.x. LU J. Curé. 28

douteux qu'elles ne puissent toutes fournir des bras au bon Curé. Il n'y a pas de ferveur dans l'amour de Dieu sans zèle pour .=on honneur ; car, qu'est-ce que le zèle, selon le Docteur ang'élique, sinon le produit de la ferveur de la charité ? (1. 2. q. 28. a. 4. 0.)

Donc ces personnes de l'un et de l'autre sexe sont très-propres à prèler au Curé leur concours, et même très-disposées et empressées à le faire. Il en trouvera particulièrement chez les bons vieillards qui, désabusés du monde, s'adonnent à la vie dévote; dans les jeunes gens qui sont doués d'un bon naturel et portés à la piété dès l'enfance ; parmi les veuves pieuses, dans les filles sages, surtout parmi celles qui sont résolues à conserver la sainte virginité, résolution qui dispose mieux que toute autre chose à la vie de perfection et même à l'apostolat pour avancer toutes les bonnes œuvres.

Ces personnes zélées formeront comme un noyau des pieuses congrégations et confréries, elles seront le soutien des bonnes œuvres établies dans la paroisse, de manière à n'avoir pas à craindre que les premières se dissolvent et que les secondes tombent. Par leurs soins et industries, elles attireront les tièdes à la fréquentation des sacrements et de la parole de Dieu, elles persuaderont de sanctifier les fêtes et de pratiquer les œuvres de miséricorde, etc.

Les veuves pieuses et les filles feront un grand

dentati» aux démons eux-mêmes. Que cette hostnit(î prononcée non» serve de leçon et nous fasse chérir et estimer un renfort si utile! N'oublions pas que sur les 54 paroisses de Rome, 30 sont aux Réguliers {Note du traducteur.J

bien aux petites filles mal soignées par leurs parents, et aux filles qui hésitent entre la vie mondaine et la vie dévote. Elles en amèneront plusieurs des premières aux bons sentiments des vertus chrétiennes, et empêcheront plusieurs des secondes de tomber dans les premiers filets que tend le monde à leur légèreté, et feront ensuite qu'elles entrent dans la voie de la piété, et qu'au lieu de devenir la proie du monde, elles la lui enlèvent.

578. Il est à remarquer que le Curé ne pourrait d'aucune façon par lui-même accomplir plusieurs de ces œuvres. Comment, en effet, éveiller le matin les petites filles, et les conduire à l'église pour les sacrements, et les réunir ensuite pour l'instruction de la doctrine ? Pourrait-il se joindre aux jeunes filles de douze à vingt ans, et passer avec elles familièrement les heures des jours de fêtes en leur racontant des histoires édifiantes, en les exhortant aux pratiques de piété, au détachement du monde, à l'amour de Dieu ? Gare au Curé, s'il s'adonnait à cette sorte de mission qui, bien que sainte en ellemême, tournerait bientôt pour lui en un scandale très-blàmable ! Il y a plus. Que dirait-on s'il lui fallait aller chercher ces jeunes filles dans des maisons hostiles à la religion, dans les ateliers, dans les magasins, dans les auberges, où des dames et demoiselles zélatrices vont les chercher impunément, sans danger de rumeurs ni de scandale.

A ce sujet, il faut grandement et en premier lieu louer les Œuvres pies de Saint-Raphaèl et de Sainte- Dorothée, qui produisent, au moins quant au fonds, un bien incalculable dans les paroisses. Viennent ensuite les Pieuses associations des fils et des filles de

Marie immaculée, etc., qui, tout en vivant dans le monde, se proposent de tendre à l'acquisition de la perfection chrétienne, non-seulement par l'accomplissement exact de la loi divine, mais encore en conservant à perpétuité la parfaite chasteté, et en cultivant avec un empressement particulier les vertus d'obéissance. et de pauvreté d'esprit, et qui de plus se proposent de s'occuper de la sanctification du prochain, autant qu'elles peuvent (1).

Le Curé zélé ne s*accorde que peu d'amusements,

579. Je ne suis pas assez sévère pour condamner un Curé qui quelquefois se permet la chasse non bruyante, ou passe quelques heures à un jeu honnête ; ce qui n'est pas défendu par les saints Canons, je ne veux pas l'interdire, et je me ferais conscience de juger mal de celui qui use modérément de ces amusements. Cependant, me bornant à la pratique seule, il me sera permis de faire observer que les passions de la chasse et du jeu sont trèsdangereuses à l'esprit du Curé et au bien de la population. Ces deux passions enlèvent aisément au Curé un temps très-précieux et lui font facilement négliger ses devoirs.

Si le Curé se laisse dominer par Tamour de la chasse, souvent, le matin, il n'ira pas au confessionnal, mais il célébrera en courant la sainte Messe seulement, si môme plusieurs fois il ne l'omet. Les prêtres chasseurs n'aiment pas, surtout

(1) Ici est omise une note, parfaitement inutile en France, sur 'ii])pr69sion des constitatiQQs de ces deux associations.

en certains temps, les liens qui les attachent chaque jour au confessionnal. Imaginez-vous ensuite comment ils peuvent être attentifs à l'oraison mentale : néanmoins ils se croient offensés si nous jugeons qu'ils y sont accoutumés comme David avec la cotte de mailles que lui avait fait endosser Saul, et qui disait, en la déposant : non iisum habeo. Ils ont coutume de se signaler par la précipitation dans l'office divin, rarement récité en temps voulu.

580. La passion du jeu produit un dommage encore plus grand, en faisant perdre la soirée et môme une bonne partie de la nuit, sans compter la matinée consacrée au sommeil perdu. Il n'est pas rare aussi que l'ecclésiastique se montre au jeu, intéressé, impatient, et qu'il perde là un argent qui devrait être employé en bonnes œuvres.

Et notez bien qu'en général il faut une vertu toute spéciale pour conserver dans ces amusements la modération voulue ; plusieurs, en effet, qui ne voudraient pas la perdre, se plaignent de ne pouvoir pas la garder.

Il est remarquable que les Curés très-zélés ne trouvent jamais du temps ni pour la chasse ni pour le jeu. Par la grâce de Dieu, nous en avons un bon nombre qui sont tout heureux de ne savoir ni chasser ni jouer (1).

(1) En tenant le Curé constamment en haleine par les œuvres de «Me, et en ne lui accordant que peu de de'lassements, l'auteur montre assaz qu'il doit être ennemi de 1'. isiveté. Toutefois, comme ce vice est souvent dominant dans le clergé, et qu'il entraine plus que touto autre pxssion les suites les plus funestes, il importe de le signaler et de le stigmatiser.

Nous savons tous que multam enim malitiam docuit otiositas. ^.Eccli., X5XIII, 29.) C'est dans l'inaction que Davi»! succomba à la tentation envers Bethsabée. — La sagesse nous crie : Noli diligere

Le Curé zélé favorise tontes les œuvres de la -piété chrétienne.

581. De même que les amateurs se glorifient de leur jardin, riche de toutes espèces de belles fleurs, ainsi le Curé zélé se complaît que sa paroisse soit

somnnm. (Prov., xx. 13.) Ecce hxc fuit iniquitas Sodomse, superbia, snturitas panis et abundantia, et oiium ipsius... Et elevatse sunt, et fecerunt abominationes coram me. (Ezech., xvi, 49.)

n en coûte à notre amour-propre dî s'appliquer des v(?rites, dites, en apparence, pour tout autre. Mais a quoi bon nous faire illusion ? La vie aisée et libre d'un bon nombre de Cur^s désœuvrés devient leur plus funeste écueil, si, à défaut des œuvres de zèle, Tétude, et nne étude sérieusement organisée, n'est pas leur sauvegarde : Assidue et devote orare, sicut etlectioniperfectè intendere, sint opera clericorùm, disait un Concile de Langres, en UO-i. Otium, si quidem sine litterin est, sicut dicit Eieronymus, vivi hominis sepultura. (Pet. Blesen.)

Gravons bien dans notre esprit ces sentences des Pères, que nous a apprises \e Manuale ordinandorum : l" nikil esse tempore pretiosius ; 2» breve illud esse et irrevocabile ; Z" de tempore rationem strictam fore reddendam ; 4° clericum, non ad inertio.m atqne ignaviam, sed ad erclesiastics mililis labores vocatum esse ; .5» Christum Dominum in laboribus fuisse à juventaie sua; 6» De^im .solere neyligentes c?eserere ; 7» hiamriam cito decipere hominem oti^snm, hominem vaqantem ; otiosiiatem Deo et hominibus inutilem. reddere, et solam inutilitatem sufficere ad damnationem. La maxime des Pères du désert était : FacHo semper aliquid operis, ut te Deus aut diabolus inveniat occi'.patum : opérons monachus ab uno demone pulsatur, otiosus vero ab innum/^is devastatur.

Mais vous exa,'érez l'abus et l'écueil, dira-t-on. J'en appelle à la simple expérience et à la statistique des diocèses. Le P. Valuy n'a pas cru trop faire que de consacrer quatre instructions contre l'oisi- Teté dans les deux cents dernières pasres de son petit Manuel du prêtre, in-I8. Le mal est si bien constaté qu'un religieux, habile directeur de retraites, n'hésita pas à signaler à un ca'-dinal qui le consultait l'oiSîVETs comme radix omnium malorum dans le clergé... Et cependant il y aurait tant à faire, que maitre d'Avila afSrmait : Tot fantgque tunt Pastorum obligationes, ut qui vel tertiam earum

riche de toutes les œuvres de la piété chrétienne, qui sont réellement les fleurs ornant le jardin delà sainte Eglise. Or, cette richesse de tant de variétés

partem reipsa impleret, sanctus ab omnibus xstimaretur, cum tamen. eo solo contentus gehennam non sit evasurus.

Il y a deax siècles, Démia (Trésor elencai) disait que Ift moyen d'acquérir et de conserver l'esprit eccle'iiastique, était la fuite de l'oisiveté.

L'oisiveté a son principe dans le défaut d'ordre et de règlement de vie. Tant qu'on observe nn règlement, l'on travaille réellement et l'on remplit même ses obligations avec facilité, fide'lité et mérite. Du moment qu'on se laisse aller sans règlement, tout est en confusion, on va au hasard, on se relâche, et bientôt on tombe si bas, qu'on désespère presque de pouvoir jamais se relever et régulariser sa conduite. Or du désordre dans remploi du temps, il n'y a presque qu'un pas au désordre de l'âme. Cogitationum malai'um et omnium tentationum otiositas est sentina, nous dit S. Bernard.

On ne sait, dit le P. Valu y, laquelle de ces quatre choses doit étonner le plus : 1» la multitude des travaux de tous genres que des prêtres ont entrepris et exécutés pour la gloire de Dieu ; 2° le vide déplorable qui se trouve dans la vie de tant d'autres prêtres : 3° l'embarras inqualifiable de certains qui ne savent comment employer la journée; 4» la sécurité parfaite où vivent les prêtres oisifs par rapport au compte terrible qu'ils doivent a Dieu de leur temps et de leurs talents. L'oisiveté dans le prêtre, aujourd'hui surtout, peutelle s'expliquer autrement que par l'ignorance crasse de l'étendue et des difficultés du ministère pastoral, ou par le dessein formel et arrêté de trahir les intérêts de Dieu, de TEglise, de sa paroisse? — Et quand une foison a perdu le goût du travail, qu'il est difficile de le reprendre ! Qu'il est plus difficile encore de le prendre, quand on ne l'a jamais eu ! Le travail est plus agréable qu'on ne pense, mais il faut s'y livrer pour le trouver tel ; il n'est rebutant que pour ceux qui le craignent ; il se change en plaisir, il devient même un heureux besoin , quand on en a contracté l'habitude. (Consid. de février : l'oisiveté, prévarication du prêtre.)

Dans le Directoire du prêtre , le même auteur ajoute : Pour le prêtre qui veut se soutenir, la piété ne suffit pas, Tamour du travail suffit à peine, et il faudrait, pour ainsi dire, la passion du travail... Le prêtre oisif qui ne fait rien ou qui fait des riens, qui perd le temps en allées et en venues, qui ne s'arrête que pour jouer ou li' e le journal, doit prendre pour lui ces paroles de S. Bernard : \olat tempus irremeabile, nec advertit insipiens quid amittat... Sed^ keu, nihil hodie vilius zstimatur.

Au sujet de la direction des confrères, il donne cet avis : Il y a

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spirituelles aide beaucoup à la sanctification des âmes, parce que les goûts spirituels, comme les goûts corporels, sont différents, et plus les pratiques de dévotion abondent dans une paroisse, plus on satisfait et nourrit d'âmes, parmi lesquelles, plusieurs, qui ne trouveraient pas leur goût dans telle pratique et qui n'en voudraient pas user, le trouvent dans une autre et en profitent.

Ici, je ne descendrai pas dans le détail, parce que

deux points sur lesquels vous devez constamment insister : l'oraison et l'étude. Tant que vous n'aurez pas obtenu la pratique de l'oraison et l'application à l'étude, vous n'aurez rien fait; souvent même vous n'aurez pas les garanties suflSsantes pour donner l'absolution.

Concluons par les ré exions consignées, il y a plus de deux siècles, dans les Obligations des Ecoles astiques, (part. 2, art. 2, de La fuite de VoisivetéJ: La fainéantise rend tellement vicieux ceux qu'elle dégoiite de la bonne occupation, que la crainte de l'enfer, ni l'espérance du paradis ne sont plus capables de les retirer de ce bourbier qui les engage dans toute sorte de libertinage et les porte au désespoir à l'heure de la mort... L'oisiveté ferme la porte à toutes les vertus, pour l'ouvrir à toutes sortes de vices... Et l'on s'étonne, après cela, de voir tant d'Ecclésiastiques vicieux par oisiveté, et dans une si grande ignorance de leurs obligations : et moi, je suis bien plus étonné de ce qu'on s'en étonne : car que veut-on cu'un homme fasse, lui qui ne sait rien faire ? S. Augustin a sagement remarqué : Sicut nihil periculosius, aut damnabilius est in hoc ssculo Episcopi et Presbyteri officio, si perfiinctorie agaiur, ita nihil beatins et Deo acceptius, si eo modo iniLltetur qua Imperator noster jubet.

Il faut avoir perdu le jugement, ou n'en avoir jamais eu, pour ne savoir à quoi s'occuper parmi tant d'occupations. Crovez-moi, le tout ne dépend que d'une forte résolution de secouer pour jamais le joug de la fainéantise et de la mondanité, et cela fait, je puis vous assurer que vous n'aurez pas plutôt goûté cette manière d'employer le temps qu'elle vous fera regretter toutes les pertes du passé.

Nunc stude, nunc ara, Nunc cum fervore labora, Sic erit hora brevis.

Sic labor ipse levis.

(Note du traducteur.)

çà lì là ont déjà été indiquées les différentes œuvres de la piété chrétienne à favoriser par le Curé ; je noterai seulement qu'on ne doit pas compter parmi les Curés zélés ceux qui se moquent de plusieurs pratiques de piété que certains ont coutume d'appeler Jésuiteries, terme trop significatif à notre époque (1).

(1) Le P. Valny (Man. duprêt., 2« part., 4» jour) donne d'excellents avis pour universaliser le bien. Dans l'impossibilité où se trouve Quelquefois le prêtre de tout faire, ou du moins de s'appliquer également a tout, il doit, sans négliger le reste, préférer ce qui rend plus de gloire à Dieu et ce qui est plus utile au prochain, et tendre toujours et en toute chose à universaliser le bien; car. dit S. Ignace.» Bonum, quo universalius, eò divinius est.

Donc, 1» préférer pour la distribution de son temps, et l'exercice de son zfele, les œuvres et les institutions d'où le bien rayonne plus loin, avec des résultats plus considérables : école et catéchisme de petits garçons; associations d'hommes et de jeunes gens, et en second lieu, école et catéchisme de petites filles, associations de femmes et déjeunes personnes; bibliothèque paroissiale; substitution des bons journaux aux mauvais : propagation de la foi, etc.

Donc, 2» préférer les hommes qui sont des instruments et comme des centres d'action pour le bien : confrères, collaborateurs on voisins qu'on est appelé à confesser, à diriger, toujours à édifier, instituteurs et institutrices, communautés, oflBciers de différentes congrégations, pères et mères de familles, etc.

Ceux qui par leur rang élevé, leur profession, leurs talents, leurf relations nom'ureuscs, exerçant sur leurs concitoyens une grande influence, peuvent seconder ou entraver beaucoup le pasteur, et qui, une fois gagnée, formeront l'opinion et entraîneront après eux la multitu'.'.e : magistrats et fonctionnaires, hommes de lettres, cory- :■ • -s de partis, médecins, notaires, imprimeurs et libraires, etc.

Ceux qui, selon la droiture ou la perversité de leur cœur, selon aussi leur sympathie ou leur antipathie pour le clergé, font régner ou laissent périr la moralité et la religion parmi les ouvriers et les employés dont ils disposent : chefs d'usines, d'ateliers, d'établisaernents publics, etc.

Ceux en qui on découvre un germe de vocation pour l'état eccîé— sia-tique ou religieux, ou qui, à raison de la grâce dont Dieu les prévient, de leur caractère et de leur aptitude, seconderont merveilleusement le pasteur et entreprendront beaucoup pour la gloire de Dieu, dès qu'ils auront été façonnés à la charité et au zèle.

Ceux à qui la fortune uuie à la générosité permet de deveoir lei

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