DE LA PRATIQUE DE L'OBÉISSANCE
582. Par-dessus tout, le Curé doit être obéissant à l'Eglise; par conséquent connaître et observer le droit canon vraiment émané et approuvé d'elle.
auxiliaires du pasteur et les protecteurs de ses œuvres, comme aussi ceux dont la reconnaissance lui fait un devoir de cultiver la vertu avec des soins plus particuliers : bienfaiteurs, parents, amis, etc.
Ceux dont la jeunesse, la trempe d'esprit, la position sociale, les divers avantages de la nature peuvent devenir un pie'ge à eux-mêmes et aux autres.
Ceux qu'on prévoit devoir être constants dans le bien, après leur éducation ou leur conversion, certaines âmes d'élite qui, par leurs prières, leurs conseils, leurs exemples, peuvent beaucoup pour l'édification commune. Ne parlons pas de ces âmes vulgaires, sans ressort et sans influence, qui trop souvent ravissent au prêtre un temps précieux.
Donc, 3» préférer cedont nul ne se soucieou ne viendraità bout à ce que chacun fait volontiers et aussi bien. Les saints avaient un tact merveilleux pour découvrir les œuvres à faire et délaissées, et une charité infinie pour amener au festin du père de famille tout ce qui gît dans les carrefours ou se cache dans les réduits de la misère. Ces œuvres tournent, elles aussi, à la plus grande gloire de Dieu, tant à cause de l'édification qu'elles donnent, qu'à cause des bénédictions qu'elles attirent sur le prêtre qui les entreprend et sur son ministère.
Donc, 4» préférer le certain à l'incertain, le plus utile au moins utile, ce qui est urgent à ce qui peut être différé, ce qui est prescrit a ce qui n'est que de conseil, ce qu'on peut corriger ou innover sans détruire, ce qui s'expédie facilement et sans risquer à ce qui demande plus de temps et expose la vertu ou la réputation, ce qu'on achèvera soi-même à ce que le successeur laisserait probablement imparfait, ce qui a le plus de chances de succès et de sta- 1>ilité à ce qui en a moins.
Donc, 5» préférer, dans la distribution d» ses aumône» et ses dU-
Ceux-là sont Aussi insensés que pervers qui s'attachent à un droit canon réprouvé par elle, ou l'entendent autrement qu'elle ne l'entend. Un droit canon réprouvé par l'Eglise ou entendu autrement qu'elle ne l'entend, ne saurait avoir d'autorité : bien plus, c'est une contradiction dans les termes; c'est un droit canon non canonique, c'est un droit bâtard, forgé par les ennemis de l'Eglise, mais jamais un véritable droit ecclésiastique ou droit de l'Eglise. Et ensuite, il est évident que l'Eglise parle par la bouche du souverain Pontife et par les autorités établies par lui. Donc, eu tout temps, en toute éventualité, que le Curé obéisse à l'Eglise.
o83. Dans les choses douteuses, et dans toutes les affaires qui ressortent de la juridiction episcopale, qu'il obéisse à l'Ordinaire. Je dis : Dans les choses douteuses, parce que dans certaines circonstances il pourrait y avoir quelquefois doute sur la volonté de l'Eglise; si, dans ces doutes, l'Evèque parle, il faut lui obéir ; la responsabilité de sa décision devant Dieu et devant l'Eglise est son affaire.
Le Curé doit obéir à l'Evèque pleinement et de bon cœur, même quand il pourrait lui désobéir impunément. Les Evoques, surtout dans les diocèses étendus, ne peuvent pas connaître toutes les transpositions testamentaires, lo spirituel au temporel, le plus digne an moins digne, le plus de'laissé à ce qui est secouru d'ailleurs, les œuvres purement ecclésiastiques à celles où se mêle l'administration civile.
C'est-a-dire que, pour universaliser le bien, 11 faut préfe'rcr en toutes choses le plus excellent, le plus nécessaire, le plus féconi en heureux résultats, et donner aux œuvres une organisation si solide, qu'elles se perpétuent et se développent avec le temps.
{Note du traducteur.)
gressions que commettent les Curés à l'égard de leurs ordres, mais Dieu les connaît (1).
584. Comme il a déjà été dit, nous devons considérer que de nous Curés dépendent l'issue heureuse et refficacité des prescriptions épiscopales. Le Saint-Esprit a placé les Evéques pour gouverner les égli&es particulières qui, sous la juridiction du souverain Pontife, forment la sainte Eglise catholique , et animés du même Esprit divin, ils prennent les dispositions jugées plus convenables pour l'instruction religieuse des peuples, pour la digne administration des Sacrements, pour la conversion des pécheurs, pour l'excitation des bons à la ferveur, pour l'extirpation des désordres, pour l'alimentation de la piété. Or, si les Curés, avec un saint empressement qui naît d'une bonne volonté soumise, correspondent au zèle des Evéques, ceux-ci ont à se féliciter de ce que leurs entreprises deviennent très-salutaires au peuple chrétien; car. ils parlent par toutes les langues et ils agissent avec tous les bras de leurs Curés, et ainsi la force de la parole et de l'action est multipliée et propagée dans toutes les parties du diocèse. Si, au contraire, les Curés ne correspondent pas au zèle des Evéques, toutes les dispositions épiscopales restent inutiles ou peu s'en faut, étant très-difficile aux Evéques d'exhorter et
(1) En outre, que de choses, que d'irrégularités, que d'étranc^es anomalies même la routine on l'arbitraire fait commettre impune'ment à l'insu de l'Evêque f J'en ai vu et appris d'ine'narrables. Plus de respect pour les choses saintes et pour les lois ecclésiastiques retiendrait sous l'œil de Dieu. Que la sainte crainte de Dieu arrête le laisser-aller naturel et l'esprit d'indépendance qui tente si facilement un Cnré abaadouué à lui-œôiu», surtout aujourd'hui.
(kot* du traducteur.}
de persuader immédiatement les fidèles ; ainsi, les Curés doivent réfléchir à la grande responsabilité qui pèse sur eux-mêmes, relativement à l'efficacité ou à l'inutilité des sollicitudes des premiers pasteurs.
080. Qu'ils remarquent ensuite que l'Evèque est, non-seulement leur supérieur, mais encore leur père, leur maitre et leur conseiller-né, ou, pour mieux dire, celui que Dieu leur a assigné, et qu'en conséquence, ils aient pour lui une révérence filiale, une docilité entière et une continuelle dépendance dans leurs déterminations.
La révérence filiale demande que le Curé ne conteste pas avec l'Evèque ; il serait même bien qu'il ne le contredit jamais, pas même quand il aurait évidemment raison. Les contestations entre le Curé et l'Evèque sont à comparer aux procès des enfants avec leur propre père, généralement mal vus dans le public et n'aboutissant à rien de bon.
Quelquefois, l'Evèque, à l'occasion de faux rapports réitérés qui lui viennent de personnes qu'il croit bien informées, peut concevoir une idée défavorable de quelques-uns de ses Curés, et ensuite leur retirer sa confiance, les réprimander à tort, et en venir à certaines déterminations qui leur seraient nuisibles de quelque manière. Si le Curé a en mains des preuves suffisantes pour sa justification, qu'il les fasse valoir auprès du supérieur qui sera ainsi éclairé sur la vérité des choses. S'il n'a pas ces témoignages, ou si l'Evèque ne veut pas les admettre, il fera bien de se résigner et de recevoir cette contrariété des mains de Dieu, qui le permet ainsi pour son plus grand bien; qu'il reste bien conftiAxN. DU Cl- il.. 29
vaincu qu'il en est ainsi, parce que Dieu dispose véritablement que toutes les adversités tournent à notre avantage, comme le prouve l'expérience elle-même (1).
(1) Quoique des abus d'autorité, même criants, soient possibles ò la faiblesse humaine, surtout quand initia fervent et avec nos procédés extrajudiciaires fde plano), cependant il est sûr que notre autorité e'piscopale pèche plus par indulgence que par excès de rigueur. Evidemment, de toutes les administrations, celle du clergé est la pins paternelle.
Une humble soumission aux dispositions de la divine Providence dans les cas fâcheux doit être pratiquée par le prêtre qui est le premier à la recommander aux autres. Ajoutez que les adversités, attirant la grâce et écartant les démons, garantissent de mille fautes : Bonum mihi quia humiliasti me. (Ps. cxviii.)
Donc si les bons paroissiens sont plus agréables, les méchants sont plus utiles. C'est la lime qui polit le diamant, le sel de la mer qui engraisse le poisson, le flot du déluge qui fait monter l'arche vers le ciel, le dragon de nos fontaines publiques qui, de sa gueule béante, verse avec profusion l'eau la plus douce et la plus limpide,
Sénéque avait dit : Nul ne peut être parfaitement vertueux, s'il n'a un fidèle ami et un grand ennemi S. Bernard va plus loin : Si quelqu'un manquait d'un ennemi, il devrait l'acheter au poids de l'or.
Je risquais de m'enorgueillir de mon prétendu mérite et d"être la triste victime de la superbe ; mais, dit le P. Valuy, voici un ange de Satan qui me soufllette comme S. Paul, un Séméi qui me jette des pierres comme à David ; je vois alors ce que je vaux, le cas qu'on fait de moi.
Ajoutons qu'on se fait souvent un tort incalculable en confiant i^ des paroissiens le sujet de ses ennuis. Ah ! un secret confié est un fardeau si lourd, un frein si incommode ! U ne faut pas même s'informer cauteleuseujent de tout ce qui se dit contre nous. Ne parlez pas en mal de vos paroissiens, et ils ne parleront pas en mal de vous.
Si la contradiction vous poursuit et que votre présence soit une cause incessante de division, demandez votre changement : un autre fera mieux.
Si l'insuccès dans notre paroisse n'est pas notre faute, nous n'en aurons que plus de mérite par notre patience.
Priez et faites prier pour vos ennemis, excusez-les, saisissez toutes les occasions de les servir, et efforcez-vous par mille industries de les gagner. Pour bien gouverner les peuples, disait S. François de Sales, il faut avoir un cœur de père ou de mère, ou tous les â«ax ensemble.
DE lA PRATIQUE DE QUELQUES VERTUS. 507
586. Il y a deux points sur lesquels le Curé ne devrait pas se résigner facilement : c'est quand il est calomnié d'impureté ou de vol. Ces deux vices sont trop infamants pour le prêtre, et surtout pour le pasteur d'àmes. C'est pourquoi, tout en conservant la révérence due à son supérieur, le Curé serait obligé de faire son possible pour se justifier et démontrer son innocence. Ce serait le cas où le Curé, fort de son innocence et ne manquant pas de raisons pour la prouver, devrait en venir même à une contestation juridique avec son supérieur.
Au sujet de matières si délicates, sur lesquelles le Curé, pour l'honneur de son caractère, doit être extrêmement jaloux, personne ne trouverait mauvais qu'il se défendit contre les préventions de son supérieur, et il est même à espérer que Dieu ferait ressortir l'innocence de son ministre, à la grande consolation de l'Evêque qui, sans doute, n'a rien de plus à cœur que de pouvoir être persuadé de son erreur.
Un des plus ardents désirs du prêtre devrait être de mourir les armes à la main. Mais dès que le tien public réciame votre retraite nécessitée par l'âge et les inflrmite's, executez-vous de bonne grâce, pour ne pas laisser en souffrance une paroisse. Que votre testament bien régulier soit toujours prêt. Il est douloureux de voir tant de prêtres surpris par la mort sans sacrements et même sans testament...
Dans votre dernière maladie , priez instamment vos amis de ne pas vous entretenir dans l'illusion , mais de vous aider à vous disposer a la mort. Xe vous faites servir que par quelqu'un qui éloigne tout danger de Tâme et qui vous aide à bien mourir. A la crainte des jugements de Dieu, joignez toujours le sentiment de confiance dans le Père des miséricordes, dans le Sauveur qui ne demande que notre repentir et qui ne veut pas notre perte.
Assurez-vous d'avance les suffrages pour le repos de Târae, d'une manière sûre et prompte. Qu'à cette extrémité, les confrères déployent tout leur zèle et leur tendresse envers leur frère !...
(Note du traducteur.)
587. L'entière docilité exige que quand le Curé se trouve aux prises avec quelque difficulté de procès avec les labriciens, avec la confrérie, avec la commune, etc., il s'en rapporte aux conseils qui lui seront donnés par l'Evèque. Il est à supposer que l'Evèque a plus de prudence que lui, que tout au moins il est à l'abri de la passion qui peut le tromper, parce que celui qui est désintéressé voit mieux le pour et le contre ainsi que les conséquences qui peuvent résulter de la cession ou de la défense de son droit. D'ailleurs, dès que le Curé s'en remet aux conseils de l'Evèque, il est pleinement justifié, de quelque manière que tourne l'affaire. Certains Curés intriguent beaucoup, s'attirent bien des embarras et consument leur vie dans d'interminables démêlés , poui' n'avoir pas voulu s'en remettre pleinement aux conseils de leur Evoque.
588. La dépendance continuelle enfin requiert que le Curé ne fasse pas le bien à sa tête, mais qu'il consulte là-dessus l'Evèque, pour ne pas commettre d'imprudence. Cela ne veut pas dire que le Curé doive recourir à l'Evèque et demander son approbation et sa permission pour tout le bien qui se présente à faire dans la paroisse ; quand le bien est évidemment tel, et qu'il n'entraine aucun danger, comme serait exciter à la fréquentation des sacrements, favoriser les pieuses confréries approuvées dans l'Eglise et autres choses semblables ; il serait déraisonnable de supposer que l'Evèque voulût jamais s'y opposer, et il n'y aurait pas de raison de penser qu'il ne voulût pas que cela se lit sans sa permission expresse que d'ailleurs
il ne pourrait refuser. La dépendance est exigée pour toutes les choses, même bonnes et saintes, qui peuvent devenir dangereuses, à raison de quelque circonstance de temps ou de personnes, par exemple, si cela pouvait compromettre le Curé avec la fabrique, avec la confrérie, avec l'autorité locale, etc., et ensuite engendrer des procès, des troubles, des malheurs pour la paroisse ou pour le Curé luimême. Si les Curés ne se fiaient pas toujours tant à eux-mêmes, mais qu'ils consultassent plutôt leur Evêque dans chaque affaire tant soit peu importante et sujette à des dangers, la prudence de l'Evêque les sauverait de bien des imprudences, et le bien opéré par eux n'aurait pas de conséquences fâcheuses, comme cela est arrivé plus d'une fois.
Tout cela se fera aisément, si nous n'oublions pas que Spiritus Sanctus posuit Episcopos regereEcck' Siam Dei. [Act., xx, 28.] (1).
(1) On a remarqué que la lecture des journaux, ce besoin de notre époque, ne nous détourne pas seulement parfois d'études plus sïrieuses, mais qu'encore elle nous porte insensiblement à tout contrôler et critiquer dans la sainte Eglise, ce qui diminue l'esprit de foi et la soumission à l'autorité. Efforçons-nous de résister à cette pente funeste, au moins en ne lisant que des journaux vraiment catholiques, bien persuade's que la liberté de la presse étend, à notre insu, ses ravages jusque dans le clergé. C'est un scandale qu'un Ecclésiastique lise des journaux à tendances suspectes. fNote du traducteur.)
DES PBETBES KBTIBES PAR AGE, DfFIKMITES, ETC.
L'esprit et la discipline de l'Eglise sont bien de maintenir les Bénéficiers dans leur office jusqu'à la mort, sauf à leur donner des aides, au besoin. Mais si cela est sans grand inconvénient pour un chanoine et autres Bénéficiers sans charge d'âmes, souvent le maintien d'un Curé impotent peut préjudicier au bien des âmes. De là, la nécessité de sa mise à la retraite. Si ce cas ne s'étend guère aux
Carés Inamovibles, c'est qu'il est plus difficile d'obtenir leur démission. D'un autre côté, dans bien des cas oii la démission du Curé serait réclamée par l'état de soufiFrance d'une paroisse, la pénurie de prêtres ou le manque de secours de retraite retient.
11 est vrai que l'Eglise, toujours prévoyante, a pourvu aux nécessités oh pourrait se trouver le clergé, en exigeant de tous les ordinants in sacris un titre patrimonial. Mais outre que cette sage mesure était généralement tombée en désuétude, en France, par suite de nos bouleversements, de plus, ce titre devient presque illusoire, avec la cherté de la vie. On y obvie par des caisses de retraite diocésaines qu'on ne saurait trop encourager, et par quelques secours éventuels du gouvernement, sans toutefois que ces ressources donnent pleine satisfaction à tous les besoins.
Au reste, cet état de choses gênant a dû exister, en partie, sous l'ancien régime de la dîme, et, à tout prendre, la position faite au clergé secondaire par la Révolution, tout injuste qu'elle puisse être, n'a pas rendu la condition des Curés ordinaires aussi mauvaise qu'on serait tenté de le croire. S'il y avait alors dans l'Eglise de Franco des biens-fonds considérables , une grande portion échoyait ^ quelques gros Bénéficiers, tandis que la masse était réduite à la simple portion congrue, sans avoir toujours le confort actuel. Bénissons la Providence de notre médiocrité qui nous soustrait ainsi aux dangers des richesses et nous rappelle sans cesse que Dominus pars hxreditatis mex... Habentes autem alimenta et quibus tegamur, his contenti sumus, puisqu'après tout, n'ayant rien apporté avec nous en venant au monde, nous n'en emporterons non plus rien.
Les plus à plaindre, parmi nous, ce sont tant de prêtres infirmes, quelquefois atteints prématurément, tant de vieillards devenus incapables d'administrer convenablement une paroisse, et surtout ces pauvres prêtres éloignés forcément du saint minisière. Oui, ces derniers méritent toute notre commisération. Ce sont des frères doublement malheureux. C'est à nous à leur tendre une main secourable avec toute la plénitude de la charité sacerdotale. Malheur à l'ecclésiastique dénature qui, voyant un de ses confrères déshonoré, s'éloigne de lui et l'abandonne au mépris, a la détresse et au désespoir de Judas, au lieu de l'aborder, de l'embrasser et de l'accueillir, à l'exemple de notre divin Maître ! Que de malheureux égarés plutôt par faiblesse que par malice, perdus éternellement, qui seraient revenus à de bons sentiments, s'ils avaient eu le bonheur de tomber entre les mains d'un bon Samaritain 1 Abandonné et découragé, on est capable de tout ; tandis que si un autre Elie couvre de sa charité ce cadavre refroidi, il le ranimera peut-être, surtout par le souffle d'une prière ardente : Domine Deus meus, revertatur obsecro anima puerihujus in visceraejus. (III Reg., xvii, 21.) Sans doute que ce miracle est de premier ordre; mais c'est une raison de plus pour redoubler la poursuite de la brebis égarée avec effort et constance. Il y va même de l'honneur de l'ordre sacerdotal. Je reconnais que
les Ivrognes et les Impudiques blasés dans le sacrilège sont presque désespérés. N'importe, ne désespérons jamais du pouvoir de la grâce.
En voyage, je fis un jour la rencontre fortuite d'un confrère malheureux, obligé même de s'expatrier à un âge assez avancé. Il s'ouvrit à moi et se trouva si heureux de l'intérêt que je lui portai et de» conseils fraternels que je lui donnai qu'il voulut savoir mon nom. Je l'encourageai, surtout en IvU rappelant qu'auec la foi bien ancrée^ le mal lui-même tourne en bien...
Maintenons religieusement les égards hiérarchiques envers les vétérans du sacerdoce, fussent-ils interdits, pourvu qu'ils ne soient pas formellement excommuniés. C'est l'esprit de l'Eglise qu'aux offices, {'ancienneté d'ordination donne la préséance entre tous les ecclésiastiques sans titre, c'est-à-dire ni Chanoines, ni Curés, tandit que notre tendance serait assez de donner le pas aux "Vicaires, atix Aumôniers, quelque jeunes qu'ils soient.
Je supplie mes vénérés Confrères de combattre l'éloignement Instinctif que nous avons pour un ange déchu et de ne jamais contribuer â le plonger ainsi sans ressource dans l'abîme éternel : fraterenim et caro nostra est. Honorons toujours le caractère sacerdotal, même dans le prêtre Indigne.
De plus, qu'après la faute et la chute d'un confrère revenu a résipiscence, nous aimions à imiter le Père des miséricordes qui ne se souvient plus des péchis de ses enfants, et la sainte Eglise, notre Mère, qui, trois ans après la conversion, réhabilite pleinement son ministre déchu et entaché d'infamie. Laissons à d'autres ce principe, que celui qui a une fois failli semper malus prssumitur, sauf aux Evêques à user d'une sage prévoyance, mais sans rien laisser percer au dehors, à l'exemple du bien-aimé père, Mgr Cart, ce digne évêque de Nîmes. Ce serait le moyen d'éterniser injustement les préventions et la division là où doivent régner la parfaite charité et l'union qui fait la force. D'ailleurs, n'oublions jamais l'avis si pratique : Qui stat, videat ne cadat, et encore : Vide ne et tu tenteris. Spiritus quidem promptus est, caro vero infirma...
Enfin, qu'humiliés nous-mêmes par la chute de notre frère, nous n'en parlions jamais sans nécessité, bien loin de grossir sa culpabilité et d'ajouter l'ironie à son malheur. C'est le cas de redoubler les gémissements entre le vestibule et l'autel et d'apaiser la colère divine.
Puissent ces règles de conduite fixer notre attention sérieuse, et contribuera remédier à des abus trop communs ! Quoi! le premier empereur chrétien aurait eu une si haute idée de la dignité sacerdotale qu'il aurait voUé dans les plis de sa pourpre l'infamie d'un prêtre, et nous qui nous disons à juste titre ses confrères, nous insulterions presque au déshonneur d'un de nos membres, sans sentir qu'il rejaillit sur tout le corps !... Je connais un digne Curé de canton, qui, pour ramener un vieux prêtre défroqué et sans religion, se confina dans une petite paroisse, mais sans saccès, maLbeareusement.
^ citerai aussi cet Evêque apostolique, Mgr de Cliarbonnel, poussant la charité jusqu'à s assujétir à retenir cliez lui et admettre à sa table un prêtre exposé à s'oublier dans la boisson. Voila ce que c'est que d'être vrai pere de ses prêtres. Au reste, nos évêques sont bien plus embarrasse's qu'indiÊférents. Ils scut vraiment les premiers il plaindre pour le» angoisses imme'ritJes qui les atteignent (£{ote du traducteur.}
Mon travail achevé pour votre usage, jeunes Curés, je me trouve obligé de vous demander excuse et pardon sur deux points ; je veux dire sur le style très-négligé et sur le ton un peu libre avec lesquels j'ai traité mon sujet. Je ne suis pas littérateur, et, par conséquent, je n'écris pas purement ni élégamment ; d'un autre côté, sachant qu'en vous parlant, je parlo pour ainsi dire en famille, commue un frère ancien à ses frères plus jeunes, j'ai cru pouvoir adopter cette grande simplicité et ce laisseraller de paroles, si reçus en famille. Cette même pensée de mon ancienneté m'enhardit à m'aiTranchir des réserves et à dire nettement la vérité, telle que je crois l'apercevoir, ce qui, plus d'une fois, paraîtra presque hardi dans un écrivain qui n'a aucune autorité, ni par sa place dans les dignités ecclésiastiques, ni par son esprit et sa science. Cependant, ne pouvant me dispenser maintenant de vous offrir mon travail tel quel, j'aime à attendre de votre bienveillance que vous voudrez bien avoir égard à mon insuffisance et excuser m.a liberté.
Je me sens encouragé par la pensée que le fonds de mon travail doit être bon, puisque, outre qu'il est le fruit de l'expérience qui passe pour un si grand maître , de plus il n'a pas déplu à ceux qui ont à la fois et l'esprit juste et le droit d'en
jug"er. J*espère donc que, passant sur tous les accessoires, vous voudrez bien vous servir du fonds (1).
Au reste, nous ne sommes pas dans des temps où les compliments et les cérémonies doivent nous préoccuper. Il importe souverainement que vous, jeunes Curés, vous vous persuadiez du bien immense que vous pouvez faire au peuple chrétien, si vous commencez votre carrière pastorale avec un zèle ardent pour la gloire du Bon Pasteur et pour le salut de ses brebis qui lui sont plus chères que ne lui furent son sang tt sa vie divine.
Vous pouvez faire un bien immense, si vous considérez que les populations Ciirétiennes reçoivent de vous l'aliment de îa parole de Dieu, parole divine qui enseigne ces grandes vérités dont l'éclat efface toutes les lumières de la science humaine, et dont la force est telle qu'elle peut déraciner des cœurs tous les vices et y implanter toutes les vertus ; parole divine qui forme les justes et les saints, et qui, au besoin, sait faire les martyrs ; parole divine qui a transformé le monde de païen en chrétien, et qui, aujourd'hui, est destinée à nous empêcher de retomber dans le paga-
(1) Ce qui prouve que cette appréciation n'est pas une illusion d'auteur , c'est le rapide écoulement commercial qu'a obtenu cet opuscule, car dans quelques années il est arrivé à sa cinquième édition. Mais quelque forte que soit cette preuve extrinsèque, nous ne voulons pas priver le lecteur d'un jugement qui fait autorité, celui porté sur cet opuscule par le profond et érudit théologien Antoine Ballerini, professeur de théologie morale au Collège Romain. {Note de l'éditeur italien.)
Le traducteur, ayant déjà mis en tête de l'Ouvrage l'appréciation du a. p. jésuite Ballerini, la supprime ici.
nisme, où nous pousse la frénésie moderne, arrivée à son apogée.
Vous pouvez faire un bien immense, si vous considérez que vous êtes les administrateurs des sacrements, ces canaux des grâces du salut et de la vie éternelle, qui donnent la justification aux pécheurs, la perfection aux bons, à l'Eglise de Dieu son plus grand lustre, spécialement par le plus auguste d'entre eux où se perpétue le sacerdoce de Ïésus-Ghrist et où l'Eglise trouve sur cette terre tout ce qu'il y a de beau et de bon dans le paradis.
C'est à vous qu'il appartient de ramener les égarés, de conseiller ceux qui flottent incertains, d'encourager les timides, de modérer les imprudents, de venir en aide au peuple dans toutes ses nécessités, vous qui en êtes les pères immédiats.
La philanthropie ne sut jamais que parodier la charité dans le vaste champ que celle-ci vous ouvre pour opérer toutes sortes de biens spirituels et même temporels, de manière que, comme l'apprend l'expérience de tous les siècles, et comme le reconnaissent les hommes d'Etat éclairés, c'est sur vous que reposent les espérances de la société civile elle-même qui a son fondement le plus solide et sa sauvegarde dans cette religion que vous enseignez et faites pratiquer au peuple.
Vous pouvez faire uu bien immense, si vous considérez que, dans la vigueur de l'âge, vous avez àia fois plus de forces morales et physiques, et que vous pouvez vous promettre de longues années de travail incessant. Oh 1 que de bien vous pouvez faire, bien que nous, déjà vieillis, nous ne pouvons plus désormais espérer réaliser 1
Vous arrivez, il est vrai, dans des temps mauvais ; nous, nous vîmes des jours meilleurs. Mais comme les temps changent, et que les événements, tantôt bons, tantôt mauvais, sont toujours rapprochés dans ce pauvre monde, vous qui nous survivrez de longues années, vous verrez ensuite des temps meilleurs. Consolez-vous donc dans ces mauvais jours où s'épure la vertu, tant celle des pasteurs que celle du troupeau. C'est un grand problème, si dans l'Eglise de Dieu il se fait plus de bien en temps de paix qu'en temps de lutte ; nous n'oserions décider si, en somme, les temps meilleurs ont produit plus de bien que n'en produisent aujourd'hui les temps mauvais. C'est ainsi que se vérifie la parole divine : In mundo 'pressuram habebitis; sed confldite, ego vici mundum. (Joan., xvi, 33.) Le monde avant Jésus-Christ n'est qu'un vaincu ; même quand il combat avec le plus d'acharnement ses disciples, il n'est encore qu'un vaincu.
Courage donc, mes frères ; sans vous laisser intimider par les temps, commencez et poursuivez votre carrière pastorale, embrasés de zèle pour la gloire du Bon Pasteur et pour le salut de vos ouailles qui lui furent plus chères, comme il a été dit, que son propre sang et que sa vie divine elle-même. Le bien que vous ferez dans l'Eglise de Dieu sera immense, en dépit de tous les jours mauvais, fussent-ils ei>core plus contraires.
La sainte Eglise demande et attend de vous ce bien immense, dans ces temps si amers et si douloureux pour elle que nous traversons. L'Epouse affligée du Rédempteur, devenue plus belle et plus auguste par la grandeur de ses peines, l'exige et
l'attend de vous. Ces temps sont réellement solennels, extraordinaires et uniques dans son histoire. Elle en devient plus belle et plus auguste, comme l'antique Esther qui, dans son profond chagrin et son évanouissement si digne, fut plus admirée que jamais par Assuérus, témoin de son aimable majesté.
Bientôt, nous l'espérons, son Epoux lui présentera le sceptre pour la rasséréner, lui qui aime et aime tant son unique chérie. Celle qui mérite l'amour immense de Jésus-Christ n'attirera-t-elle pas l'amour de nos cœurs? Qui de nous, dans un transport d'amour, ne redira avec saint Jean Chrysostôme : Je l'aime, je l'aime, j'en suis passionné ? Qui ensuite ne fera pas son possible pour répondre à son attente et à son désir ? Il le fera ; car, c'est ainsi que l'amour se prouve à celui qui en est l'objet.
APPENfDIGE DU TRADUCTEUR
Sirs i^
Direction des Communautés religieuses
Frassinetti, qnoiqne fondateur d'nn institot de filles enseignantes, n'a rien mis dans son Manuel sur la Direction des Communautés religieuses. Elles sont si nombreuses et si importantes en France, et leurs membres sont même disséminés dans tant de paroisses qu'il est bon que chaque Curé sache les diriger sagement. J'extrais cette direction, pour la substance, de l'excellent Manuel de la Science pratique du Prêtre, par un chanoine d'Albi, M. de Pâvières. (Albi, 187i.)
Toujours esprit de foi, à l'intérieur et à l'extérieur, dans les rapports. Les religieuses sont les épouses de Jésus-Christ qui est jaloux à leur endroit. Voilà ce qu'il faut se dire et répéter très-souvent, et même le leur redire fréquemment. Ce titre t'épouses, bien senti, inspire la vénération. Notre-Seigneur bénit cette reconnaissance de son domaine sur le cœur de ses épouses.
Ne pas oublier que. nisleré les faiblesses humaines, ces épouses sont choisies entre mille et sont des âmes d'élite. Que de bon dans une communauté !
Elles peuvent avoir leurs maladies spirituelles, mais elle ne sont que passagères, non incurables. Ainsi, jamais de découragement pour leur sanctification.
Des rapports réglés et mesurés sont nécessaires avec la communauté que l'on dirige. C'est la présence du père au milieu de la famille. Ces communications entretiennent l'esprit de communauté, comme des conciliabules, des rapports particuliers avec tel ou tel membre, même sous prétexte de conscience, font surgir bien des jalousies et des misères. ^Toutefois un Aumônier restera dans la limite de ses attribulions et laissera au Supérieur ecclésiastique la haute direction.)
Le grand moyen de s'emparer d'une communauté religieuse, c'est de se vouer avec une régularité po?ictuelle à l'accomplissement du service religieux, messes, confessions, instructions, saints, etc. Par là^ on se rend presque nécessaire pour les intérêts spirituels et l'on gagne la reconnaissance et la confiance. Comme, au contraire, rien n'est froid comme une communauté mal servie.
Il faut laisser à la supérieure le libre exercice de son autorité et n'écouter que très-rarement les plaintes des inférieures ; autrement, on y perd plus qu'on n'y gagne. Notre-Seigoeur permet bien des choses, en apparence fâcheuses, pour la sanctification des âmes. Du reste, ou console les sujets, en représentant que le bon Jésus ne permettra pas que la croix les écrase.
Il faut toujours soutenir l'autorité quand même. Car, en principe, rien ne donne de la force à une communauté comme l'obéissance, et surtout l'obéissance passive, même héroïque. D'ailleurs, les supérieurs finissent par s'apercevoir qu'ils ne voudraient pas être traités comme ils traitenî, les autres. Les inférieurs, par une humble patience, édifient et Dieu bénit ceux qui sont demeurés sous le pressoir.
Les supérieures, sm-tout celles dont Dieu veut se servir pour le bien, sont tentées de découragement. Il faut savoir les soutenir, les encourager de toutes manières.
Les supérieures, surtout jeunes, sont portées à la domination : en vertu de la sainte obéissance, elles font marcher tout le monde sans ménagement. Il faut leur rappeler qu'elles sont mères, leur recommander de soulever elles-mêmes le fardeau avant de l'imposer aux autres.
La communion est le grand ressort qui donne de l'élan, de la joie, de la confiance, de la force, des lumières aux épouses de Jésus-Christ.
La Règle, bien observée, voilà ce qui en rend digne et ea fait recueillir des fruits abondants. Si même les âmes sont tièdes, il n'y a que la communion qui soit capable de leur donner ce nerf qui leur manque. Alors qu'on ne soit pas retenu par la crainte de l'abus. Cette nourriture, même quotidienne, estS pour ces faibles. Une âme qui a assez de générosité pour pra-a tiquer la Règle et Y obéissance est digne de la communion quotidienne. Nous prêtres, qui célébrons chaque jour, menons-nous une vie plus sainte qu'une pauvre religieuse qui accomplit sans cesse ses trois vœux, qui fait oraison, qui obéit au moindre si-