DIRECTION DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES
gne d'une supérienre, qui part au premier coup de cloche pour ob<ers-er la Règle depuis son lever jusqu'à son coucher?...
Priver ces âmes de la communion très- fréquente, c'est attrister le cœur de leur Epoux, c'est laisser les épouses succomber sous le fardeau sans leur tendre une main seenurable, c'est priver des cœurs faits pour aimer de ce qui alimente l'amour, c'est refuser à ces autres Elles qui gravissent péniblement la montagne de la perfection, ce pain fortifiant.
La communion, c'est le soleil d'une communauté, qui faitéclore tous les sourires et qui dilate tous les cœurs. Le cœur d'une épouse de Jésus, voilà le vrai tabernacle de la divine Eucharistie.
La vie d'une religieuse, dans son ensemble, c'est-à-dire la Règle et les vertus qui en découlent, c'est là comme une préparation et une action de grâce toujours en permanence.
Comme la perfection religieuse avec toutes ses vertus découle de l'observation de la Règle, il faut incliner les âmes vers cette régularité. Par cela même qu'une âme accomplit cette Règle, elle est en réalité ce que Dieu veut qu'elle soit. Aussi, tin Pape a-t-il dit qu'une religieuse qui observerait sa Règle dans toute sa perfection serait par cela seul digne d'être canonisée. (S. Vincent Ferrier a dit cela de l'observateur fidèle et persévérant de la Règle des Frères Mineurs.)
En présentant ainsi les obligations de la vie religieuse, on n'effraye pas les âmes et l'on fait disparaître les difficultés imaginaires de la perfection.
De même que la charité est le signe distinctif des chrétiens en général, ainsi l'est-elle des communautés. La supérieure représentant Dieu, qui est la charité même, doit donner l'exemple de cette vertu, même dans les corrections. Ses religieuses doivent s'aimer comme des sœurs d'une même famille.
Quand une postulante entre, il s'agit de bâtir en elle le fondement de la perfection, qui n'est autre que la belle vertu de simplicité en toutes choses. Faites des âmes archisimples, et yous aurez de bonnes filles, bien dilatées, bien obéissantes, toujours contentes de tout. Mais pour façonner des âmes à la simplicité, il faut être simple soi-même. Si vos leçons laissent transpirer de la finesse, elles seront perdues.
n n'y a qu'un pas de la simplicité à Vobéissance, ce grand trésor des vertus et des mérites.
L'esprit de farnille est très-nécessaire aux communautés. C'est surtout l'affaire de la supérieure. Celle-ci se montrant
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vraie mère, les sœurs se montrent vraies filles, et entre elles, elles sont vraies sœurs. Pour cela, il faut procéder, non en vertu de la sainte obéissance, mais en vertu de la charité de Jésus-Christ, juger les sujets, non sur les actes extérieurs, mais d'après leurs bonnes intentions, incliner davantage vers la miséricorde que vers la sévérité, tenir à ce que tous les cœurs soient épanouis et qu'il n'y ait de mystères pour personne, veiller à ce que tx»ut le monde soit également aimé, soigné, encouragé et chargé, à ce que le support mutuel indispensable soit observé avec constance, sans préférence aucune, et à ce que les amitiés particulières ne détruisent pas l'union commune. C'est ainsi qu'on arrive à composer une bonne famille, simple, joyeuse, fervente, où les joies et les peines sont communes, sans égoïsme ni esprit de critique.
Il est nécessaire, dans certaines circonstances, de faire passer les âmes par l'humiliation : mais ce doit être sous l'inspiration de Dieu et non par passion. Il faut que l'humiliée sache que c'est pour son bien spirituel. C'est pourquoi la mère dira la vérité avec fermeté et tendresse tout à la lois. Par là, l'âme humiliée reconnaît ses défauts et travaille à s'en corriger. Au contraire, si elle est traitée impérieusement, elle ne se soumet qu'extérieurement, ne se corrige pas, mais couvre ses défauts des voiles de l'hypocrisie. Que de religieuses logées à celte enseigne par la faute des supérieures trop passionnées !
Pour savoir bien traiter les inférieures, il n'y a qu'à se demander comment on voudrait être traité. On avance mille fois plus avec la mansuétude qu'avec la rigueur. On peut toujours être bon, au moins dans les formes.
Quand une âme vraiment vertueuse s'oublie, le meilleur moyen, c'est de l'abandonner aux reproches de sa conscience.
Sans l'exemple de la régularité commune dans la supérieure, elle ne commandera pas efficacement. Il faut soigner les santés; c'est la base des communautés. Avec de faibles santés, tout souflre. On doit accorder les adoucissements et ménagements nécessaires, mais non les délicatesses contraires à l'esprit religieux. Ces attentions demandent beaucoup de tact dans la supérieure et sont la source de la confiance, de la dilection et de la vie de famille.
La Règle bien observée, voilà la mortification par excellence. Les mortifications exceptionnelles doivent être rarement ac* cordées.
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La gêne financière vient ou du désordre dans les dépenses, ou du relâchement de la Règle. Que de miracles Dieu fait contiiinellement pour donner du pain aux communautés ferventes !
Ne pas du tout fouiller dans le passé coupable des pauvres postulantes et novices. Ce pnssé est à tout jamais effacé par l'absolution. En tout cas, il ne regarde en aucune façon une supérieure. A quoi bon exposer à mentir et à perdre la confiance ? Or s'expose soi-même à la tentation, sans aucune mission. On peut même prendre des préventions et des résolutiens fâcheuses pour les sujets.
Du reste, la conséquence de ces confidences, c'est Vobligation grave du secret naturel qui fait qu'on se comporte en tout comme si l'on ne savait rien. Une permission de se servir de cette confidence est souvent extorquée et dès lors nulle.
De grâce, qu'on traite les autres comme on voudrait être traité soi-même. Durant trente ans dans la direction des communautés religieuses, j'ai vu les conséquences déplorables de ces confidences de l'intérieur. (Rome les interdit formellement dans l'état actuel des choses en France.)
Il faut se mettre à la portée de la pauvre nature humaine, n'exigeant que rarement de l'héroïsme.
Ne pas se tourmenter au sujet du développement de la communauté ; Dieu y pourvoira.
Redouter les richesses pour une communauté où l'on fait vœti de pauvreté. Quand tout abonde, ou se néglige : dans la détresse, on prie avec plus de ferveur. La pauvreté tient dans l'humilité, tandis que la richesse rend orgueilleux.
Heureuse la communauté riche qui, loin de thésauriser, fait d'abondantes aumônes de tout genre et exerce les différentes œuvres de miséricorde !
Dès l'entrée des sujets, on s'attachera à ne pas les gâter par des éloges, des faiblesses, des exemptions, des connivences sur leurs défauts, des distinctions, surtout si elles sont de bonne famille. Il faut les mettre au même moule. (Je n'aime pas cependant qu'on exige tout de suite d'une fille du monde une transformation subite, ni une observance parfaite qui doit résulter seulement de la pratique de la vie religieuse ; faisons la part des habitudes, de la faiblesse, des difficultés, et sachons condescendre ; [Nemo repente summus,)
Grande recommandation aux nouvelles venues de ne pas juger ni de ne pas s'occuper des autres, comme si elles étaient des
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réformatrices. Cette légèreté fatigue et dégoûte de sa vocation.
L'esprit de famille est inséparable du respect des aîiciennes que les jeunes ne doivent pas juger ni critiquer. Les anciennes maintiendront leur rang par la régularité et la bonté.
Reprendre sévèrement les inégalités d'humeur, les caprices, bouderies, jalousies, duplicités, murmures contre l'obéissance.
Il ne faut pas s'étonner, si, après une profession fervente, des âmes éprouvent des doutes sur leur vocation. C'est souvent qu'elles se ménagent trop et qu'elles sont privées des attraits primitifs.
Plus une âme est éprouvée, découragée, plus elle sera fervente, si elle se surmonte par l'abnégation, l'obéissance et la constance dans ses devoirs.
Toutes les communautés religieuses doivent s'attendre, après leur fondation, à une crise qui, quelquefois, détruit Tœuvre de Dieu. Il faut y opposer la fidélité à la Règle et une union étroite entre tous les membres. Si la crise est pécuniaire, il faut se borner aux dépenses indispensables. Il ne s'agit que d'être constant dans la foi en la mission reçue de Dieu ; Dominus proteget gradientes simpliciter.
L'oraison, cette nourriture si nécessaire à la religieuse, se fait, non dans une salle d'étude, mais, autant que possible, au pied du tabernacle.
Jésus se choisit une épouse dans la solitude, et voilà qu'on en fait une maitresse d'école, où elle est plus occupée de sa classe que de la vie religieuse.
On veut faire des religieuses savantes, brevetées, et il se rencontre qu'on a fait des orgueilleuses d'une susceptibilité et d'une indépendance qui font tout craindre pour l'avenir.
La religieuse enseignante verra toujours dans ses élèves des âmes rachetées par Jésus-Christ et confiées en dépôt. En s' entendant avec leurs anges gardiens, les maîtresses produiront des effets merveilleux d'ordre, de silence, d'obéissance et de piété. La prière unie à une vie de sacrifice, voilà les moyens héroïques pour triompher des natures les plus incorrigibles.
Toute âme, dans la vie religieuse, doit s'attendre à être mise sous le pressoir. Heureuses les âmes qui, au milieu des épreuves, comprennent et goûtent ce mot de saint Jean de la Croix : Domine, pati et coiitemni pro te!
L'esprit du monde, ses manières, ses illusions sur tant de choses sont infiniment à redouter dans les communautés.